Publié dans Histoire sociale

22 octobre 1941 à Chateaubriant : des syndicalistes enseignants parmi les 27 otages exécutés

Le 22 octobre 1941, les autorités allemandes décidèrent d’exécuter 27 otages pris parmi les détenus du camp de Châteaubriant en représailles de l’attentat contre un officier allemand à Nantes deux jours auparavant. En tout, près d’une centaine d’otages dans toute la France sont fusillés en représailles à cet attentat organisé par la branche armée de la résistance communiste. Ces otages sont pour une très grande majorité des communistes, ainsi Guy Môquet, et certains avaient été arrêtés avant l’occupation allemande. Parmi eux, on trouve également des syndicalistes enseignants comme Pierre Guéguin et Marc Bourhis, tous deux originaires du Finistère. Leur engagement dans le syndicalisme enseignant a parfois été passé sous silence, et nous souhaitons donc aujourd’hui le rappeler. Il faut dire que la mémoire des ces deux amis a parfois été maltraitée : Guéguin, ancien maire communiste de Concarneau, a quitté le PCF lors du pacte germano-soviétique, et Bourhis est partisan du trotskysme. Tous deux sont donc mis au ban dans le camp de prisonniers de Chateaubriant par les autres détenus communistes. Cette mise à l’écart a duré plusieurs années après leur disparition.

2 parmi les 27

Pierre Guéguin, professeur et ancien maire communiste de Concarneau et l’instituteur Marc Bourhis ont été arrêtés en juillet 1941, quelques jours après le début de l’invasion de l’URSS par l’Allemagne et ils ont été conduits au camp de Choisel près de Châteaubriant. Ils font partie des 27 otages tués le 22 octobre. Tous deux n’avaient toutefois pas été accueillis à bras ouvert par les autres détenus. En effet, Marc Bourhis après avoir milité au PCF jusqu’en 1933 s’est rapproché du mouvement trotskyste comme d’autres instituteurs de la région. Membre du POI, Parti Ouvrier Internationaliste, il a aidé à l’organisation d’un meeting de ce parti à Concarneau en 1937, puis a rejoint les rangs du PSOP, Parti Socialiste Ouvrier et Paysan, de Marceau Pivert, qui est un parti d’extrême-gauche. Ce parti dispose d’une toute petite organisation régionale avec des militants essentiellement issus du mouvement syndicaliste enseignant. Bourhis est aussi un ami très proche de Pierre Guéguin. Lui aussi eut des difficultés avec les autres otages: militant communiste important de la Bretagne, maire de Concarneau et conseiller général, il avait aussi mené la campagne des législatives de 1936 au nom du Front Populaire devenant ainsi malgré sa défaite un partisan de l’union des partis de gauche. En août 1939, il ne suivit pas la ligne officielle du PCF en ce qui concerne le pacte germano-soviétique et condamne publiquement lors d’un conseil municipal le 1er septembre 1939 la politique de l’URSS. Il est aussitôt banni de toutes les organisations communistes et lorsqu’il arrive au camp de Choisel, lui et son ami sont immédiatement mis à l’écart.

La mémoire des deux hommes fut ensuite constamment l’objet d’enjeux plus politiques qu’historiques. Le PCF a longtemps refusé avec violence d’accepter la présence d’un trotskyste et d’un communiste critique parmi les fusillés de Châteaubriant. Les organisations trotskystes ont elles souvent annexées Pierre Guéguin faisant de lui un militant qui aurait rejoint leurs rangs.

Deux militants syndicaux

Guéguin, né en 1896, a d’abord été instituteur et a milité parallèlement à son engagement politique au sein de la fédération unitaire de l’enseignement. C’est également le cas de Marc Bourhis, né en 1907. Une fois devenu professeur, Pierre Guéguin milite dans le syndicalisme du second degré, tandis que son ami rejoint le SNI, après que les forces syndicales se soient unifiées dans les années 30. Bourhis devient un des responsables du syndicat dans le Finistère, où il s’occupe plus particulièrement des questions sociales et des questions internationales. Il n’hésite pas dans les articles qu’il publie à polémiquer avec d’autres militants, en particulier sur la question de la paix qui occupe une place de plus en plus importante dans les colonnes du bulletin mensuel du syndicat. Il faut dire que les positions au sein du syndicat des instituteurs sont de plus en plus marquées : à une grande majorité pacifiste, s’oppose une ligne de défense antifasciste, portée par des sympathisants du communisme mais aussi du socialisme. Bourhis lui promeut une position pacifiste révolutionnaire et met dos à dos les deux autres courants. Les débats sont vifs et l’instituteur est aidé par d’autres camarades qui expriment le même point de vue dans le journal.

Mais Bourhis garde des liens d’amitié très forts avec beaucoup de militant.e.s du département et en particulier avec Pierre Guéguin. Lorsqu’ils sont incarcérés, ils restent très proches. Bourhis a en particulier l’occasion de s’échapper mais il choisit de rester pour apporter son aide à Guéguin. Le 2Z octobre 1941, ils sont exécutés avec 25 autres militants.

« Deux de nos meilleurs camarades »

En octobre 1945, lorsque le bulletin du SNI reparaît dans le Finistère, un long article rend hommage aux deux hommes : « Parmi les 27 victimes de ce sinistre 22 octobre 1941, nous comptions deux de nos meilleurs camarades, deux de nos militants les plus dévoués : Pierre Guéguin, professeur l’ EPS de Concarneau et marc Bourhis, instituteur à Trégunc ».

On peut lire également à la fin de l’article : « tous deux resteront nos guides dans nos batailles futures. »

Pour aller plus loin :

On trouve les notices biographiques de Pierre Guéguin et Marc Bourhis dans le dictionnaire biographique Maitron

Sur les 27 otages de Chateaubriant et le contexte général, Jean-Marc Berlière , Franck Liaigre, le Sang des communistes, Paris, Fayard, 2004.

On peut retrouver les articles de Marc Bourhis dans le Bulletin mensuel du syndicat de l’Enseignement laïque du Finistère.

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