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Aurait-on oublié l’Éducation populaire ?

Jean-Michel Blanquer était l’invité lundi 14 janvier du grand entretien de la matinale de France Inter afin de parler du grand débat et de la lettre du président de la République aux Françaises et Français. Comme membre du gouvernement, c’est son rôle. En tant que ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, en charge de l’éducation populaire, n’aurait-il pas dû rappeler que celle-ci propose justement une démarche de citoyenneté active… qui a peut-être été (un peu) oubliée ?

Un héritage

La seconde moitié et la fin du XIXème siècle sont marquées par de profondes évolutions sociales, économiques, culturelles… Elles s’accompagnent d’incertitudes politiques. La République est fragile et régulièrement menacée. Être citoyen.ne, ne va pas de soi. L’idée émerge, qu’en fait, il faut le devenir. Et que pour cela, il faut y être éduqué.e. Ainsi, pour Jean Macé, son fondateur, la Ligue de l’enseignement devait s’occuper de « l’éducation au suffrage universel, non pas pour faire des élections, mais des électeurs, non pas pour faire des candidats, mais des citoyens. » Une éducation qui postule que les citoyen.ne.s, au-delà du droit de vote, doivent être les actrices et acteurs de l’évolution et de la transformation de la société. Que pour agir, elles et ils ont besoin de comprendre le fonctionnement du monde et les leviers pour le changer. Que ce regard sur le monde s’acquiert par la culture, l’échange, le débat, le conflit aussi parfois. Que nul.le ne doit se sentir exclu.e de cette démarche dans laquelle chacun.e a des richesses à apporter. Que c’est, par cette éducation et cette action, que l’on fait peuple.

Ainsi naît l’Éducation populaire. Ainsi se développe-t-elle, se revendiquant des philosophies des Lumières, jusqu’à être au cœur de l’esprit qui anime le Conseil national de le résistance et la Libération.

Une actualité

L’histoire aura été maintes fois écrite sur les choix qui ont conduit à ne pas davantage développer l’éducation populaire après les années 1950-60. Ils auront fait dire à l’une de ses militantes, Christiane Faure « L’Éducation populaire, Monsieur ils n’en ont pas voulu » (phrase reprise par Franck Lepage comme titre de sa conférence gesticulée qui justement analyse cette histoire). Mais malgré le désengagement de l’État (qui n’aura de cesse de dénaturer les missions de ses agents en charge de l’Éducation populaire), la parfois trop forte institutionnalisation des grands réseaux associatifs, l’animation souvent considérée comme ne s’adressant qu’aux enfants dans des modes de garde (assez) peu chers et (un peu) éducatifs, les appels d’offre, mises en concurrences et baisses des subventions des collectivités territoriales…, l’Éducation populaire vit encore.

Elle agit au quotidien dans des milliers d’actions, de démarches, de projets. Elle émaille le territoire dans tous les domaines, de l’économie à l’environnement en passant par la culture. Elle propose des démarches éprouvées et innovantes. Jeu, théâtre-forum, débat mouvant, conférence de consensus, atelier de pratique, ciné-club, travail coopératif, échange de savoirs, numérique collaboratif… permettent la prise en compte de la dignité de toutes et tous à commencer par les plus démuni.e.s et donc de mieux faire société.

Un avenir

Alors certainement, les militant.e.s de l’éducation populaire n’en ont pas fait assez. Ou n’ont pas su suffisamment convaincre de la pertinence d’une telle approche. Si l’on analyse les éléments des « crises » d’aujourd’hui dans leurs dimensions sociales, culturelles, démocratiques, émerge de manière évidente, la volonté d’être écouté et entendu, d’être pris en compte et d’avoir une place dans la société, de savoir et comprendre pour pouvoir participer et agir. Autant de revendications qui composent les gènes originels de l’Éducation populaire, tant oubliée qu’on semble aujourd’hui la redécouvrir.

Il n’est pourtant pas trop tard.

Tous les ingrédients sont disponibles.

Si l’ambition politique est au rendez-vous de ce désir citoyen, l’Éducation populaire, loin d’être dépassée, est une réponse d’avenir.

Si seulement le ministre qui en est en charge s’en souvenait…

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L’esprit et la lettre

Aux grands maux, les grands remèdes. Face à la crise de confiance, le président de la République lance une grande consultation qu’il initie par une lettre aux Française et Français.

D’autres présidents se sont en leur temps livré à cet exercice d’écriture (François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande) avec des objectifs différents et des succès différents.

Il ne nous revient ni d’anticiper sur les effets d’un tel courrier, ni d’en faire l’exégèse exhaustive, mais de regarder la place des sujets qui nous concernent.

Dans sa lettre Emmanuel Macron évoque l’école, la citoyenneté, la laïcité, la fonction publique.

Qu’en dit-il ?

L’École, l’Éducation ne font pas partie des questions posées par le président. Il n’y a d’ailleurs aucun axe proposé à la réflexion sur le domaine éducatif et culturel, pas plus d’ailleurs que sur la formation et l’insertion professionnelle.

L’évocation de l’Éducation correspond donc d’abord à une fierté nationale : « Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune.» Affirmation certes juste en terme d’accès, mais totalement démentie par toutes les études lorsqu’il s’agit de la réussite scolaire. Ensuite le président réaffirme la ligne de sa politique et redit son soutien aux réformes en cours : « Je pense toujours qu’il faut rebâtir une école de la confiance… » Ce qui semble accréditer tout de même que tout ne pas si bien que cela dans l’Éducation en France. Mais c’est surtout au niveau européen que le président dessine le projet d’ « inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. »

La page est tournée, le président n’en dit pas plus sur le sujet. Mais comme « il n’y a pas de questions interdites », les débats pourront s’en emparer.

La citoyenneté est au cœur du message présidentiel. Est-ce bien sûr? Le mots « citoyen» est utilisé trois fois, dont deux fois dans un sens plutôt générique et « citoyenneté » deux fois dans le quatrième axe, introduit ainsi : « Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu’il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. »

Cette citoyenneté, Emmanuel Macron lui confère deux caractéristiques. La première, historique, est d’être électeur : « Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen », même s’il reconnaît que « ce système de représentation […] socle de notre République, […] doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections» sans pour autant jusqu’à dessiner les contours d’une démocratie participative. La seconde est « le fait de vivre ensemble », définition qui permet d’introduire la question de l’immigration (un raccourci qui déjà en dit long…) et de poser, comme incidemment, la question, « une fois nos obligations d’asile remplies » de « fixer des objectifs annuels définis par le Parlement », une limitation du nombre d’étrangers accueillis qui n’est pas sans rappeler « l’immigration choisie » chère à Nicolas Sarkozy.

« Valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques », la laïcité est alors évoquée par Emmanuel Macron de manière partielle, évoquant la « liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix », mais pas celle absolue de conscience et questionnant sur son renforcement dans «  le rapport entre l’État et les religions » et sur le « respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République »

C’est en évoquant l’impôt que le président de la République aborde la question de la fonction publique. D’abord pour rappeler que « c’est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. » Ensuite, toujours sur le plan économique et sans remettre en cause la politique mise en œuvre depuis le début de son quinquennat, il propose de « poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique» et interroge donc sur « les économies […] prioritaires à faire » en posant deux questions :

« Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité?

À l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? »

Une manière de réaffirmer le coût des services publics et de mettre en relation celui-ci avec leur utilité…dont on peut se demander laquelle (utilité sociale ou rentabilité financière?).

Nul doute que les questions évoquées par le président de la République dans sa lettre et celles qui au-delà seront abordées dans le grand débat sont d’importance et méritent de faire l’objet d’une concertation citoyenne qu’il aurait peut-être mieux fallu avoir avant les élections présidentielles que quelques mois après… Mais mieux vaut tard que jamais. L’échange peut avoir lieu, il faut souhaiter qu’il débouche sur une autre manière de faire vivre la politique et la démocratie. Ce n’est qu’à cette condition qu’il permettra d’agir, comme semble le souhaiter Emmanuel Macron qui conclut sa lettre par ces mots, « en confiance ».

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Vie démocratique : quand la méfiance s’installe…

Lassitude (32%) , morosité (31%) et méfiance (29%) sont les trois qualificatifs qui caractérisent le mieux l’état d’esprit actuel des Français loin devant sérénité (17%), bien-être (14%) ou confiance (11%), selon le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, dont la dixième édition est parue aujourd’hui.

Il y a bien entendu un effet « gilets jaunes » dans les résultats de cette perception. Mais pas uniquement. Depuis plusieurs années déjà cette étude annuelle comme d’autres confirment une montée des craintes et une perte de confiance dans une grande partie des institutions.

Pour 70% des sondés, en France la démocratie ne fonctionne pas très bien, seuls 27 % ont une opinion positive sur son fonctionnement, même si comme Churchill, 86 % reconnaissent que la moins pire des solutions est d’avoir un système politique démocratique.

Le pouvoir actuel fait évidemment les frais de la contestation. La politique du gouvernement suscite de l’inquiétude pour 73 % des sondés, de la colère pour 64 %, de l’enthousiasme pour 17 %, alors que l’indice de confiance est de 23 % (en baisse de 13 point en 1 an) pour le président de la République Emmanuel Macron et de 25 % (moins 11 points) pour le premier ministre Édouard Philippe.

Dans ce contexte, les revendications de modes d’expression, de prise de parole et de participation du peuple sont davantage revendiquer, 53 % des personnes interrogées estimant que, « les citoyens n’ont plus besoin aujourd’hui des partis politiques ou des syndicats pour exprimer leurs demandes ».

La confiance dans les syndicats se maintient à 27%, celle dans les médias baisse légèrement (de 1 points) à 23% et celle des partis politiques stagne à 9%. En revanche les hôpitaux (78%, +2 points), les PME (78%, + 2 points), l’armée (74%, – 1 point), la police (74%, + 1 point)demeurent très majoritairement appréciés. Tout comme l’école qui avec 69% de confiance améliore son score de 4 points. Un satisfecit des réformes en cours ? Plutôt le soutien à davantage de moyens dans un investissement d’avenir pour une École dont il est attendu à 59 % qu’elle donne « avant tout le sens de la discipline et de l’effort », contre 37 % des sondés qui pensent qu’elle « devrait former avant tout des gens à l’esprit éveillé et critique ».

Bien entendu, il ne s’agit que d’une enquête réalisée auprès d’un peu plus de 2000 personnes, pour autant elle donne une photographie assez fidèle et inquiétante de l’évolution de l’opinion publique par rapport à la société française et à sa démocratie. Elle montre particulièrement une progression d’une défiance dont il est urgent que les responsables tant politiques que syndicaux tiennent compte et à laquelle, il faut impérativement répondre.

L’ensemble des résultats du baromètre du CEVIPOF sont à retrouver ici : https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/CEVIPOF_confiance_vague10-1.pdf

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[Quoi de neuf] : les 9 infos du mois de janvier

Évidemment, en ce premier 9 de l’année 2019, des vœux :

– ceux du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation

– ceux de l’Internationale de l’Éducation

 

Mais ce nouveau [Quoi de 9 ?] propose aussi :

– de mieux connaître les Français à travers des statistiques illustrées dans le magazine Oblik

– d’aller à la rencontre de Robin Renucci, dont le grand entretien se trouve dans le numéro 2 de notre revue [R]

– d’interroger la sensibilisation des jeunes aux questions environnementales grâce à l’étude PISA

– de penser une Éducation à l’orientation à la suite des travaux du CNESCO

– de revenir sur la passé militant et syndical de Pierre Mauroy

 

Le tout avec quelques invitations à lire, à écouter, à voir et à noter dans son agenda…

Les infos de [Quoi de 9 ?] pour accompagner ce début d’année, à retrouver ici :  quoi-de-neuf janvier 2019

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La remise du Prix Maitron 2018

Le 5 décembre a eu lieu la journée Maitron 2018 avec trois temps forts : tout d’abord ce fut la présentation du site Internet qui a été totalement renouvelé avec une nouveauté majeure : l’accès libre de la très grande majorité des notices biographiques qui recouvrent une large période allant de 1789 aux années 1960. On y retrouve plus de 180 000 notices de militantes et de militants du mouvement ouvrier et du mouvement social. Dans ce corpus, la présence des enseignant.e.s est forte, et c’est toute l’histoire du mouvement syndical enseignant qui est illustré par le parcours de ces hommes et ces femmes connu.e.s ou inconnu.e.s. Plusieurs communications ont été présenté durant cette journée et on retiendra en particulier l’intervention d’Ismaïl Ferhat qui a porté justement sur le corpus enseignant. Le Maitron est une œuvre vivante et une nouvelle série de notices biographiques est en cours de réalisation : pour le monde enseignant, l’Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’éducation ( HIMASE http://www.himase.fr/ ) joue un rôle important dans l’écriture de ces notices.

Autre temps fort de la journée : la remise du Prix Maitron 2018, attribué cette année à Gaëlle Boursier pour son mémoire de M2, « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes » soutenu en 2017 à l’Université de Rennes 2 sous la direction de Gilles Richard. Le jury du prix, composé d’universitaires et de syndicalistes, a salué la grande qualité de ce travail. Chaque année le prix est doté d’une somme de 1500 euros financée par l’UNSA Éducation. Nous avons demandé à l’auteure de nous en dire davantage sur son travail de recherche.

Entretien avec Gaëlle Boursier, lauréate du Prix Maitron 2018.

Votre mémoire de master porte sur « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

L’intitulé de mon mémoire fait référence au slogan porté par les grévistes des Batignolles qui exigeaient un rattrapage des salaires avec le reste de la métallurgie nantaise, les questions de l’égalité et de la dignité s’avérant centrales dans ce conflit. Cette lutte voit se combiner, composer ou s’opposer les différentes stratégies et modes d’action des ouvriers, des organisations syndicales et des maoïstes de l’usine. Elle déclenche rapidement un vaste mouvement de solidarité et opère des désenclavements, en s’ouvrant aux militantes de quartier, aux paysans, aux chrétiens de gauche, aux étudiants. Elle engage la résistance acharnée des directions patronales et provoque l’intervention des pouvoirs publics, symbolisant les limites de la politique contractuelle qui cherche à s’imposer alors. En somme, tout en possédant ses spécificités propres, la grève des Batignolles concentre des enjeux qui confèrent au conflit une portée nationale et fonctionnent comme un révélateur de la période.

Il me semblait par ailleurs important d’interroger la grève dans la plus longue durée. J’ai donc développé la question de la formation et de l’évolution des identités ouvrières aux Batignolles, au regard des restructurations productives de l’usine, ainsi que des transformations économiques et sociales advenues en France et dans l’Ouest durant la période. Je tenais également à inscrire la lutte de 1971 dans le contexte d’effervescence des « années 68 », marqué notamment par une configuration singulière des luttes ouvrières.


Sans délaisser l’analyse des modes d’organisation, je cherche à interroger la grève par en bas, en portant une attention particulière aux points de vue des ouvriers sur la lutte, le travail, le quotidien, en considérant leur capacité d’agir, leurs objectifs propres et leurs aspirations. Ma recherche procède donc de l’histoire ouvrière récente et s’inscrit dans les nouveaux développements de l’historiographie sur les « années 68 » et sur l’Ouest de la France.


Comment en arrive-t-on à travailler sur un tel sujet ?

Comprendre ce qui sépare le temps de la centralité ouvrière de ce qui s’avère aujourd’hui une dissolution de la classe ouvrière me motivait. A cela s’ajoutaient un intérêt profond pour les luttes sociales, une curiosité pour les événements de mai-juin 1968 et un attrait pour l’histoire de la Bretagne et de l’Ouest. Après avoir échangé avec mon directeur de mémoire, Gilles Richard, j’ai axé mon sujet autour de l’étude d’une grève qui se déroulait dans la région et pendant la période. C’est en cherchant dans les fonds du Centre d’histoire du travail de Nantes que la lutte des Batignolles a retenu toute mon attention.


Obtenir le prix Maitron cette année , qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ce fut une impressionnante surprise. En fait, je suis très honorée que mon travail ait bénéficié de cette distinction, d’autant que le Maitron est une œuvre colossale qui nourrit mon propre goût pour l’histoire sociale, abordée par en bas. Je suis aussi heureuse que les actrices et les acteurs de la lutte des Batignolles soient ainsi un peu plus mis en lumière. A mes yeux, leurs récits sont autant d’expériences qui peuvent éclairer le sens de l’action collective, nourrir nos réflexions et inspirer nos engagements.


Et maintenant , avez-vous des projets dans le domaine de la recherche ?

J’avais l’idée de m’orienter dans les métiers des bibliothèques, la remise du prix Maitron a réactivé mon envie de faire de la recherche. J’ai pour projet de rédiger les notices biographiques des militantes et des militants rencontrés dans le cadre de mon mémoire. Je me pose également la question de poursuivre en thèse, ce que j’aimerais faire, même si rien n’est encore précis. Je sais en revanche que j’aime explorer l’histoire des luttes ouvrières et sociales, que j’ai un attrait pour les années 68 et la Bretagne, et que ma volonté serait de continuer à éclairer les trajectoires et les récits de celles et ceux qui luttent, oubliés de l’histoire qui pourtant font l’histoire.

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Quand on reparle des rythmes, mais cette fois au lycée…

Valérie Pécresse, présidente de la région Île de France vient de demander au ministre de l’Éducation nationale d’expérimenter le début des cours à 9h en lycée.

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L’idée n’est pas nouvelle. Les chronobiologistes (on peut se référer, entre autres, aux travaux de François Testu et de Claire Leconte sur le sujet) ont depuis longtemps mis en évidence le besoin de sommeil des adolescents et jeunes adultes, ainsi que leurs rythmes qui nécessitaient une heure de levé et une prise d’activités plus tardives.

Jean-Michel Blanquer, invité du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, ne s’est pas dit hostile à la proposition : « Je suis très ouvert aux expérimentations (…) Lorsqu’il y a une proposition comme cela, il faut l’écouter (…) Pourquoi pas, à une petite échelle pour expérimenter.« 

Ainsi donc le Ministre qui a mis fin à la semaine de cinq demi-journées de classe en primaire, alors que cela était favorable aux enfants, pourrait être celui qui permet l’adaptation des horaires du lycée…

Il est vrai qu’expérimentation ne signifie pas généralisation, pas plus que dérogation n’équivalait à suppression.

Le temps scolaire en France reste supérieur à celui des autres pays. Ainsi la moyenne des pays de l’OCDE est de 26 heures hebdomadaires pour un peu moins de 5 heures de cours par jour. Par contre il est plus resserré, puis que sur moins de 178 jours alors que la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 187 jours.

Au-delà de ce décalage d’une heure en début de journée de cours, c’est donc bien plus globalement l’organisation de l’ensemble du calendrier scolaire qui se pose. Combien d’heures de cours ? Quelle organisation de la journée ? De la semaine ? De l’année ?

Sans parler du rythme même des cours et à l’intérieur de ceux-ci, dans l’alternance des différentes situations pédagogiques.

Si la réforme du lycée a un peu allégé le nombre d’heures de cours annuel, elle n’a pas pris en compte l’ensemble de ces éléments et n’apporte aucune réponse globale. Et comme cela ne relève pas des compétences régionales, peu de chance de voir les choses évoluer dans l’expérimentation francilienne.

 

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Oblik : quand les chiffres permettent de voir sous un autre angle

Double bonne idée en cette fin d’année avec la sortie du numéro 2 du mook Oblik, publié par Alternatives économiques.

Belle initiative de marier statistiques et illustrations sans que la forme n’aille à l’encontre du fond, mais en posant « un regard créatif et décalé sur l’actualité, sans abandonner l’exigence et l’expertise » comme le confirme le rédacteur en chef Laurent Jeanneau. Et de le faire sur papier, avec un succès pour le premier numéro, « est là pour nous rappeler que l’imprimé n’est pas condamné, à condition de savoir innover. »

Intéressant challenge que de montrer à travers les chiffres que « les Français ne sont pas ceux que vous croyez » comme le propose ce deuxième numéro d’Oblik.

« Ni Astérix ni Schtroumpfs grognons. Ni cancres à la traîne, ni vacanciers permanents. Ni fraudeurs universels, ni grévistes compulsifs… Les Français ne sont pas tout ce qu’on dit, ni ce qu’ils croient d’eux-mêmes (et surtout de leur voisin). Égoïstes ? Ils restent très attachés à la protection sociale. Feignants ? Près de la moitié des salariés travaillent le soir, la nuit ou le week-end. En déclin ? Leurs logements sont plus grands qu’il y a trente ans. Conservateurs ? Oui, quand il s’agit de renoncer à la bagnole ou aux privilèges masculins. Mais en même temps, leur pays prend de belles couleurs exotiques, leurs familles se recomposent, leurs croyances évoluent… Une chose ne varie pas : tous les ans, les Français sont champions du monde pour le temps passé à table. Ce changement-là, ce n’est pas maintenant ! » C’est ainsi que Yann Mens ouvre ce dossier en cinq parties, consacrées successivement à :

1. Cocorico1

Dans laquelle on apprend que la France est passée de 5,3 % du PIB mondial en 1991 à 3,2 % en 2016 ; que si le français était parlé en 2010 par 379 millions de personnes, elles pourraient être 853 millions à le parler en 2060 et en faire la seconde langue du monde ; et que si les performances scolaires françaises ne sont pas toujours à la hauteur, le nombre de diplômés du supérieur est plus important et le taux de décrochage scolaire inférieur à ceux de ses voisins européens.

2. Métro, boulot, dodo2

Révèle que la taille moyenne des logements a augmenté de presque 10m2 par personne en 30 ans passant de 30, 7 à 40,3 m² entre 1984 et 2013 ; que le nombre de jours de grève dans le privé a fortement baissé durant les 10 dernières années ; qu’à 35 ans un cadre peut espérer vivre encore 49 années contre 42,6 pour un ouvrier.

33. Touchez pas au grisbi

Pointe que 10 % des ménages les plus riches possèdent en moyenne 1,25 millions d’euros soit 627 fois plus que les 10 % de ménages les plus modestes ; que le logement représente en moyenne 26,2 % des dépenses de consommation des ménages , alors que les loisirs et la culture en représentent 8,5 % et l’éducation 1 % ; que les dons s’élèvent à environ 2,5 milliards d’euros par an dus à la générosité de 5, 27 millions de ménages donateurs.

4. Un air de famille4

Nous rappelle qu’un enfant sur quatre ne vit pas avec ses deux parents 11 % étant en famille recomposée, 18 % en famille monoparentale ; qu’en 25 ans les femmes font toujours l’essentiel des tâches familiale (les 2 tiers), les hommes ne s’étant investis que davantage (de 21 % en 1985à 42 % en 2010) dans le temps consacré aux enfants ; en France 45 % des enfants d’immigrés ont des origines européennes contre 42 % africaines.

5. La culture c’est comme la confiture 5

Montre que le temps passé devant la télévision a augmenté passant de 3h13 en 2000 à 3h42 en 2017, même s’il baisse légèrement pour les plus jeunes ; que seuls 15 % des non diplômés vont au musée au moins une fois par an alors que ce taux atteint 71 % des bac +3 et plus ; que 44 % des Français utilisent les réseaux sociaux, recort battu pour les 18-24 ans qui sont 73 % à dire les utiliser.

Le reste est à retrouver dans Oblik en kiosque au prix de 15 euros ou à commander ici : https://www.alternatives-economiques.fr/publication/oblik-linfo-graphique/197001010100-00086634.html?utm_source=google&utm_medium=cpc&utm_campaign=Oblik2%2FGA-v3%2F2018&gclid=EAIaIQobChMIsPf_n7LH3wIV2pTVCh0ndgQqEAAYASAAEgJ0yPD_BwE

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Environnement : les jeunes davantage informés mais pas encore mobilisés à l’écocitoyenneté

La question de l’environnement, la lutte contre le réchauffement climatique, l’enjeu écologique sont au cœur des préoccupations actuelles. Si les décideurs politiques et économiques du monde peinent à construire des solutions ambitieuses et universellement partagées, l’implication citoyenne au quotidien est également requise. Elle implique des changements de mentalités et de comportements, auxquels l’Éducation peut largement contribuer, en visant à rendre les jeunes plus sensibilisés et plus encouragés à agir en écocitoyens.

Ainsi, au travers des résultats de l’enquête internationale PISA, l’OCDE s’est interrogé pour savoir si les jeunes de 15 ans sont davantage « verts ».

Les principaux résultats montrent une certaine efficacité de l’information puisque le nombre d’enquêtés « se disant informés (« Je vois de quoi il s’agit et je pourrais expliquer cela dans les grandes lignes ») ou bien informés (« Je connais ce sujet et je pourrais clairement expliquer de quoi il s’agit ») a connu une hausse modérée, en moyenne, dans les pays de l’OCDE. » Ainsi entre 2006 et 2015, « le pourcentage d’élèves se disant informés de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère a ainsi augmenté, passant de 57 % en 2006 à 64 % en 2015 ; une hausse similaire s’observe au sujet de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM). »

Dans le même temps, ces mêmes jeunes enquêtés n’apparaissent pas plus optimistes. En effet, « en moyenne, dans les pays de l’OCDE, le pourcentage d’élèves se disant optimistes quant à l’avenir de la planète – ceux estimant que les problèmes environnementaux s’atténueront au cours des 20 prochaines années – est resté relativement stable durant cette même période. » Ainsi , si en 2015, les jeunes de 15 ans s’affirment légèrement « plus optimistes que leurs homologues en 2006 à l’égard des problèmes liés à l’abattage des forêts, aux déchets nucléaires et à la pollution de l’air », ils se disent davantage « pessimistes concernant l’accès à l’eau dans le futur. »

Quels liens avec l’Éducation ?

Il semble que trois caractéristiques puissent se dégager :

Tout d’abord la sensibilisation aux problèmes environnementaux a globalement augmentée dans de nombreux systèmes éducatifs

Ensuite, mieux formés aux questions environnementales et donc plus à même d’en comprendre les enjeux et les évolutions, les élèves sont « considérablement plus susceptibles d’estimer que ceux-ci s’aggraveront dans le futur. » Ainsi, 40 % se disant informés (de l’augmentation des gaz à effet de serre, de la pénurie d’eau et de la pollution de l’air) estiment que ces problèmes s’aggraveront au cours des 20 prochaines années.

Enfin, il est à noter que « les élèves se disant plus sensibilisés aux problèmes environnementaux sont en moyenne ceux issus d’un milieu socio-économique favorisé »  et que les « élèves ayant le goût des sciences – soit les élèves très performants qui participent à des activités scientifiques, envisagent d’exercer une profession à caractère scientifique et s’intéressent aux sujets scientifiques – font part d’une plus grande sensibilisation aux problèmes environnementaux ».

Plus globalement la sensibilisation à ces problèmes est accrue lorsque l’enseignement est fondé sur une démarche d’investigation « et, dans une moindre mesure, lorsque le département scientifique de leur établissement est doté des ressources adéquates et propose des activités scientifiques, notamment des concours et un club de sciences. »

Ce que l’étude de l’OCDE n’analyse pas pas, c’est le rapport entre ce meilleur niveau d’information, cette inquiétude plus grande et l’implication dans des actions de préservation de l’environnement. Il semble en effet que les jeunes ne traduisent pas leur sensibilisation aux questions écologiques par un « engagement important » dans ce domaine comme le montre les travaux de l’INJEP ou une étude de l’INSEE de l’an dernier sur « les acteurs économiques et l’environnement ». Ainsi comme le rapportait Alternatives économiques « les jeunes Français ne sont ni plus ni moins engagés dans les associations environnementales que les autres classes d’âge : 3 % y adhèrent et 1 % y sont bénévoles, exactement comme la moyenne. »

Au-delà d’un enseignement des risques écologiques, ces résultats montrent combien il est devenu essentiel de passer aux actes. Il s’agit dorénavant d’éduquer à l’écocitoyenneté de manière concrète et impliquée, dès les lieux d’enseignement, tant par l’apprentissage et l’application des gestes du quotidien que par une Éducation plus approfondie aux nouvelles relations à construire entre l’environnement naturelle et l’activité humaine : un « nouveau contrat naturel » comme le préconise Michel Serres.

Retrouvez ici l’étude thématique de PISA :

https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/4b2c2054-fr.pdf?expires=1545600360&id=id&accname=guest&checksum=9A5A94B6492263FF3DF356A9BA692D70

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« Nous sommes des travailleurs/euses de la sagesse » : les vœux de l’IE

En guise de « message de fin d’année adressé à l’ensemble des organisations membres, du personnel et des partenaires de l’IE », David Edwards secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation (IE) livre un extrait d’un texte écrit ces derniers mois et qui résume bien sa pensée en ce moment, alors que « nous avons indéniablement du pain sur la planche et des vents froids soufflent… » mais qui rappelle « qu’en restant uni(e)s, nous sommes plus fort(e)s. »

« Si nous examinons l’état actuel du monde, nous devons faire face à un creusement des inégalités au niveau global, à une crise climatique provoquée par l’Homme, à la résurgence d’un populisme autoritaire et d’une hostilité aux migrant(e)s, à des migrations massives, à l’automatisation et la numérisation, à la déformation des faits et à des attaques contre la presse libre, sans oublier des populations de plus en plus segmentées, isolées et ciblées par un flux incessant de messages destinés à influencer leur consommation et leur comportement et émanant d’acteurs transnationaux de plus en plus irresponsables.

Dire que le monde est complexe est un euphémisme. Dire que la démocratie et les sociétés ouvertes respectueuses des droits humains sont menacées est un euphémisme. Si seulement…

Si seulement il existait une profession capable d’aider les étudiant(e)s et les sociétés à donner du sens à cette complexité.

Si seulement il existait une profession qui combine les connaissances que nous avons accumulées dans toutes les disciplines au cours des siècles et les valeurs éthiques nécessaires à l’utilisation de ces connaissances.

Si seulement il existait une profession déterminée à comprendre et à soutenir en profondeur le développement, le bien-être et l’apprentissage de l’Homme. Une profession qui est profondément curieuse et ayant la recherche et la résolution collaborative de problèmes ancrées dans son ADN.

Si seulement il existait une profession capable de combiner les modes de connaissances et les pratiques culturelles locales avec la compréhension et la prise de conscience globales des droits universels. Ouverture d’esprit et sources d’information ouvertes.

Si seulement il existait une profession enracinée dans chaque communauté du monde. Imaginez le pouvoir qu’elle aurait si ses praticien(ne)s étaient aussi des membres actifs/ives, fiables et influent(e)s de ces communautés.

Cette profession pourrait être en mesure de jeter des ponts entre le possible et le souhaitable et mener des débats éclairés basés sur des faits et des informations. Bien sûr, l’émergence d’une telle profession sur la scène actuelle attirerait immédiatement les foudres de ceux et celles qui tirent profit des inégalités, d’une consommation débridée, de l’insécurité, de la peur, de l’ignorance, de la méfiance et pour tout dire, d’un système globalement truqué.

Cette profession devrait disposer de ses propres structures démocratiques et de son indépendance politique et financière pour asseoir son influence et faire valoir ses droits et ses valeurs alors qu’elle éclaire de ses feux la pénombre envahissante et défend les personnes vulnérables.

Cette profession devrait d’abord et avant tout compter sur la solidarité, car elle ne serait jamais en mesure d’acheter l’influence et les outils qui seraient mobilisés contre elle.

Cette profession aurait besoin d’un syndicat déterminé à défendre son autonomie et ses droits dans la pratique et en justice.

Si seulement il existait une profession organisée aux niveaux local, national et international pour s’en inspirer et se responsabiliser. Cette profession organisée, respectée et fondée sur des principes pourrait être en mesure de tracer une voie différente, de construire une architecture différente et peut-être même d’élever la justice et la dignité au rang de priorités.

Chers et chères collègues, l’époque des hommes et femmes forts, des conseillers/ères techniques, des entrepreneurs/euses de la privatisation, des alarmistes, des nativistes, des fondamentalistes du marché, des démagogues, des narcissiques et des gestionnaires doit être reléguée dans le passé. Nous sommes ceux et celles que nous attendions. Nous avons développé les connaissances de notre profession, avec la force de notre mouvement syndical et la croyance dans nos idéaux de justice sociale.

Nous sommes bien plus que des travailleurs/euses de la connaissance, nous sommes des travailleurs/euses de la sagesse. Nous parlons toutes les langues. Nous sommes témoins de toutes les atrocités et de toutes les réalisations. Nous défendons la vérité. Ensemble, nous cherchons un accord meilleur et plus juste pour nos sociétés, nos écoles et nos étudiant(e)s.

La bannière sous laquelle nous nous rassemblons tient en un mot, qui englobe tout à la fois notre histoire et nos aspirations :

NOUS. »

Les vœux 2019 de David Edwards

secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation (IE)

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Bâtir des ponts, pas des murs

tel est le sous-titre du rapport mondial de suivi sur l’éducation 2019 de l’UNESCO consacré aux rapport entre migration, déplacement et éducation qu’il est intéressant de citer en cette journée internationale des migrants.

La rapport rappelle tout d’abord que « la migration est à la fois source d’ordre et de désordre ». Ainsi, migration volontaire et migration forcée coexistent dans les flux migratoires, mêlant celles et ceux qui décident de partir travailler ou étudier ailleurs à celles et ceux qui fuient (les guerres, les persécutions, les catastrophes climatiques, la famine, les maladies…). Ici, ces déplacements de population peuvent générer des clivages, là ils sont un apport de richesses (main d’œuvre, culture…)

Face à cet interminable dilemme entre chance ou menace, atout ou fardeau, « deux attitudes coexistent, l’accueil et le rejet. Les uns s’adaptent à leur nouvel environnement, les autres non. Les uns veulent aider, les autres veulent exclure » : pour le dire simplement « soit on construit des murs, soit on jette des ponts

Évidemment, la vocation même de l’UNESCO est d’agir pour la création de ponts afin d’ « instaurer la confiance, favoriser l’intégration, rassurer. »

L’Éducation apparaît comme un des levier essentiel pour construire ces ponts. Et cela dans une triple dimension :

– l’Éducation favorise l’intégration des enfants migrants ou déplacés dans les régions ou les pays d’accueil. Même lorsque leur scolarité apparaît comme difficile, elle est le plus souvent un facteur positif, limitant les marginalisations et les risques de délinquances ;

– le fait d’accueillir des élèves migrants ou déplacés influe également sur l’Éducation des autres enfants. La nécessité de mettre en œuvre une pédagogie adaptée, de prendre en compte des langues et des cultures différentes, de répondre à des difficultés spécifiques modifie la manière même d’éduquer tous les enfants. L’accueil est donc vecteur d’inclusion ;

– plus globalement, « l’attitude envers les immigrants est influencée par le niveau d’étude. Il apparaît que les personnes plus instruites sont moins ethnocentriques, qu’elles valorisent davantage la diversité culturelle et qu’elles considèrent les effets économiques de la migration sous un jour plus favorable. »

Si l’École est le lieu privilégié de cette éducation inclusive et tolérante, le rapport insiste sur les apports de l’éducation non formelle qui joue un rôle capital « dans l’édification des sociétés résilientes », rôle souvent négligé du fait que ne faisant généralement pas partie du système public, elle est peu étudiée. Or « l’art et le sport offrent à l’éducation non formelle des ressources très efficaces » pour « favoriser les échanges interculturels » et « mettre en valeur les contributions positives des étrangers dans le pays. »

Alors que tant de fausses informations circulent autour de l’accueil des migrants, exacerbées par les opposés au traité de Marrakech, le rapport de l’UNESCO permet, sans nier les difficultés, de réaffirmer les richesses dont les migrants sont porteurs et qui nécessitent d’être développées par les ponts que l’Éducation peut aider à construire et par les murs qu’elle peut contribuer à faire tomber.

Rapport à retrouver ici : https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000265996_fre

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Pierre Mauroy, syndicaliste

Le 6 décembre dernier, l’Institut Pierre Mauroy organisait, au Sénat, dans le cadre de son colloque annuel, une rencontre autour de la passion syndical et associative de Pierre Mauroy.

Si l’on connaît,en effet, la carrière politique de Pierre Mauroy, premier ministre et maire de Lille, si son engagement associatif dans la création puis dans la direction de la fédération d’éducation populaire Léo Lagrange, son implication syndicale, à la tête du Syndicat national de l’enseignement technique dans les centres d’apprentissage (SNET-CA, puis SNET-AA de la FEN) est moins connu.

Le Centre Henri Aigueperse est intervenu pour rappeler cet engagement militant dans une période politique troublée (4ème République et Guerre d’Algérie), mais aussi dans une époque de démocratisation massive de la scolarité et donc de réflexion sur les nécessaires réformes du système éducatif.

Ci-dessous, l’intervention du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation :

On imagine souvent la FEN comme une puissante structure syndicale, une « citadelle enseignante », une armée de permanents capable de faire trembler le ministre de l’éducation nationale comme aimait à le raconter l’autre ministre qui en est issu, André Henry.

Mais la FEN du début des années 1950 n’est pas celle de la fin des années 1970. Et si l’on veut comprendre comment un jeune prof de l’enseignement technique a pu avant trente ans être secrétaire général de son syndicat, secrétaire des commissions fédérales culture-jeunesse, puis pédagogie, rapporteur d’une motion au congrès national de 1957, c’est bien entendu par l’engagement et les qualités du militant Pierre Mauroy que cela s’explique, mais cela doit aussi être compris dans le contexte de cette époque, tant pour la FEN que pour le syndicalisme de l’enseignement technique.

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Avenir environnemental : et si la leçon venait des plus jeunes…

Si on ne fait pas attention, seuls les riches pourront consommer et les pauvres en seront victimes. Il faut donc que l’argent leur revienne.”

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Stockholm., Sweden 2018-08-28.Greta Thunberg

 Cette parole n’est ni celle d’un « gilet jaune », ni celle d’un leader politique d’extrême gauche. Elle vient d’une adolescente suédoise de 15 ans. Elle s’appelle Greta Thunberg et depuis le 9 septembre dernier, tous les vendredis, elle fait la grève de l’école devant le Parlement suédois pour que les responsables de son pays prennent réellement au sérieux le changement climatique.

Bien qu’invitée à la COP 24 par l’association Scientist’s warning qui soutient son action et son cri d’alarme, la jeune fille est très critique sur ces « grands-messes » internationale : « C’est beaucoup de parlotte mais il ne se passe rien. Ça fait 24 ans et ça ne mène nulle part. Il faut qu’on se fâche, qu’on demande des comptes aux générations plus âgées pour le désordre qu’ils nous laissent et dans lequel ils s’attendent qu’on vive« . 

Aussi, ce jeudi 13 décembre, a-t-elle posté sur les réseaux sociaux, une vidéo qui invite d’autres adolescents à l’imiter : « Où que vous soyez, qui que vous soyez, on a besoin de vous maintenant. S’il vous plait faites la grève du climat avec nous. Mettez vous devant votre parlement ou votre représentation locale, même si c’est un court instant, pour leur dire qu’on veut de l’action pour le climat« .

Un grève de l’école pour alerter sur le réchauffement climatique ?

« Certains disent que je devrais plutôt être à l’école, mais pourquoi étudier pour un futur qui n’existera peut-être pas. Quand personne n’essaye de sauver ce futur ? » affirme-t-elle.

Une telle réaction ne peut qu’interroger. Si, en effet, l’essentiel des mesures à prendre en faveur de l’environnement dépend des responsables politiques et économiques du monde, l’avenir de l’humanité sur la terre nous concerne tous et sera l’héritage des jeunes générations.

Il ne peut y avoir d’alternative simpliste entre éducation et développement durable, pas plus qu’il ne peut y avoir opposition entre transition écologique et justice sociale.

Si le monde est devenu notre village, si un battement d’aile de papillon ici entraîne un tsunami là-bas, si le choix des uns interfère dans l’existence des autres, c’est parce que tout est lié, tout fait système. La réponse politique doit donc être à cette dimension, à cette hauteur, à cette ambition. Celle d’accompagner une transformation globale, mondiale, systémique, qui n’oppose pas mais relie, rassemble et permet d’agir ensemble.

Nul doute que les réponses actuelles ne sont pas satisfaisantes et que la responsabilités des dirigeants du monde est immense.

Nul doute non plus, que l’Éducation a sa part d’engagement à prendre. Elle est importante, essentielle même. Lieux d’expression des interrogations, des demandes, des attentes, des espoirs des enfants et des jeunes, elle doit en être également la caisse de résonance et se mobiliser tant dans la mise en œuvre de gestes du quotidien respectueux de l’environnement que dans la diffusion des savoirs qui transformeront les mentalités et les pratiques.

Et si pour une fois, la leçon venait des enfants, que l’école puisse la transmettre et les adultes l’écouter, l’entendre et en tenir compte…

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Éduquer à s’orienter : une priorité pour l’égalité et la réussite de toutes et tous

Un jeune sur deux déclare ne pas avoir été bien accompagné par son établissement au sujet de l’orientation dont les filles, les élèves hors éducation prioritaire et ceux qui ont poursuivi leurs études en voie générale.

18 % des 18-25 ans considèrent qu’ils n’ont pas eu le choix de leur orientation, particulièrement lorsqu’ils sont issus de l’enseignement professionnel.

Une minorité des personnels de direction (27% en collège et 36 % au lycée) déclarent avoir été formés spécifiquement à l’orientation en tant que chefs d’établissement.

Ces chiffres mis en lumière par les travaux du CNESCO interrogent la politique d’éducation à l’orientation scolaire en France.

Marquée par une multiplicité de réformes et donc par une confusion dans les objectifs politiques visés, l’orientation pâtit d’une difficulté de coordination entre les différents acteurs et par un manque de lisibilité de l’offre pour les élèves et leurs familles. Les enseignants y sont insuffisamment formés alors que les conseillers d’orientation (PsyEN), formés en psychologie puis spécialisés en orientation, sont inégalement répartis sur le territoire.

Le processus d’orientation est donc marqué par de fortes inégalités sociales et de genre se traduisant entre autres par des phénomènes d’autocensure.


Comment permettre aux jeunes d’ être en capacité de « savoir évoluer » sur le marché du travail ? Dans « les préconisations du Cnesco pour aider les élèves à construire leur parcours d’orientation » issues de la conférence de comparaison internationale conduite en novembre dernier, le conseil invite désormais à « viser non plus uniquement à aider à trouver une formation professionnelle mais apprendre à s’orienter dans le système de formation initiale puis tout au long de la vie pour ajuster au mieux ses compétences professionnelles. »

Pour ce faire, le CNESCO rappelle les principes suivants :

Apprendre à s’orienter plutôt qu’«être orienté»

Mettre en place un continuum de l’éducation à l’orientation de l’enseignement scolaire à l’enseignement supérieur afin de faciliter l’orientation tout au long de la vie et de lutter efficacement contre les inégalités

Mettre en œuvre certaines actions liées à l’orientation dans le cadre de classes entières pour limiter l’autocensure

Permettre des parcours individualisés plutôt que des orientations définitives et des parcours fortement séparés

Favoriser l’interaction de l’école avec les autres parties prenantes

Ils peuvent se traduire par plusieurs préconisations :

Dès le primaire, travailler la connaissance de soi et la compétence à prendre une décision pour lever tous les déterminismes

Dans l’enseignement obligatoire, faire découvrir les métiers de façon alternative pour pouvoir par la suite comprendre l’univers professionnel

Dès le collège, comprendre les voies et filières existantes et les perspectives qu’elles ouvrent

Dès le primaire, déconstruire les stéréotypes de genre chez les élèves, les parents et les enseignants pour limiter leur impact sur l’orientation

Accompagner les élèves en situation de handicap tout au long de leur parcours

Limiter les inégalités d’orientation dues aux caractéristiques sociales des familles

S’appuyer sur les spécificités du territoire pour mobiliser les acteurs et penser l’orientation jusqu’à l’insertion

Rendre possible la mobilité géographique au niveau national et international

Utiliser la formation des acteurs pour construire et partager une

vision commune de l’éducation à l’orientation

Coordonner les acteurs de l’orientation au niveau de l’établissement et inter-établissements

Mobiliser tous les acteurs, du monde l’éducation au monde du travail

L’éducation à l’orientation est une priorité dans l’évolution de la politique éducative. Elle est au cœur de la coéducation et un puissant levier pour l’égalité et la réussite de toutes et tous.

Retrouvez ici tous les travaux du CNESCO sur ce sujet de l’orientation : http://www.cnesco.fr/fr/education-a-lorientation/

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[Quoi de 9 ?] : les 9 infos du mois de décembre

En ce 9 décembre :

– les enjeux de la COP 24

– la publication officielle des résultats des élections professionnelles au CTMEN

– l’importance de la Loi de 1905 qui fête aujourd’hui ses 113 ans

sont dans [Quoi de 9 ?]

Mais aussi :

– le coût de l’Éducation

– la sortie d’un important ouvrage sur « Éducation et intérêt général »

– une étude qui montre que l’allongement de la scolarité réduit le taux de délinquance

– des enfants et leurs droits au cinéma

Et d’autres informations à retrouver dans ce [Quoi de 9 ?] de décembre : quoi-de-neuf décembre 2018

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L’avenir de l’Éducation : un intérêt général, mais des réponses divergentes (aussi en jeu dans les élections professionnelles)

Le CIRIEC-France* présentait ce 5 novembre au soir l’ouvrage collectif qu’il a initié, consacré à l’Éducation et l’intérêt général**. A sa demande le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation a rédigé le chapitre traitant du rapport des organisations syndicales face aux réformes.

Plusieurs conclusions s’imposent quand on analyse les réformes scolaires et éducatives.

Tout d’abord, le constat qu’il n’y a pas en France, contrairement à d’autres grands pays, de consensus politique sur la question éducative. Si l’état des lieux est assez partagé et conduit à envisager des évolutions profondes, l’identification de l’École comme élément constitutif de la République, en fait un objet polémique entre courants divergents et souvent opposés.

Ce clivage permanent, et parfois volontairement et artificiellement entretenu, se traduit par une permanence de « réformettes » se chassant les unes les autres au gré des alternances politiques et des nominations de ministres. Le rythme de ses « changements de pied » successifs ne permettent ni leur efficacité, ni leur évaluation. Ainsi se succèdent des injonctions contradictoires qui déstabilisent parents, élèves et personnels éducatifs.

L’élève au centre du système éducatif, comme le voulait la loi d’orientation de 1989 est finalement rarement une priorité. Quant à la prise en compte de l’enfant, elle est souvent oubliée, tant la coéducation n’est pas pensée, pas plus que l’articulation entre les temps, les acteurs et les actions éducatifs dans et hors l’École.

Dans ce contexte, les acteurs éducatifs et au premier rang de ceux-ci les enseignants, doutent des réformes, ne s’y investissent que peu, voire les refusent. Certain.e.s s’enferment dans la solitude de leurs classes, d’autres innovent loin des instructions hiérarchiques. Chacun.e tente de faire au mieux, dans un système qui ne satisfait personne. Ce que confirme une étude menée par Opinionway pour la MGEN ***, dans laquelle 63 % des Français (même 66 % des adhérents MGEN) estiment que l’école évolue moins vite que les transformations de la société, les grands enjeux du monde contemporain n’étant pas assez étudiés.

Lire la suite de « L’avenir de l’Éducation : un intérêt général, mais des réponses divergentes (aussi en jeu dans les élections professionnelles) »

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Révision de la la loi de 1905 : une remise en cause inutile et dangereuse de la laïcité

La tentation n’est pas nouvelle. Régulièrement, la question est remise sur l’autel de l’égalité entre les cultes. Toujours une bonne âme pour trouver que le texte a vieilli ou est incomplet…et de jurer ses grands dieux, que c’est pour faire mieux…

Une fois (et non une foi, quoique) de plus la loi de séparation des églises et de l’État fait l’objet de débat, de velléité de révision.

Cette fois serait en question le financement des associations cultuelles et la lutte contre les dérives fondamentalistes.

Une modification de circonstance, qui sans le dire, ne viserait en fait que le culte musulman et ses supposés dérives.

Or la loi de 1905 a justement été pensée et écrite pour éviter ce type de réactions « d’actualité ». Ce qui fait sa force, c’est qu’elle est une loi de liberté. Liberté des cultes, certes, mais essentiellement liberté absolue de conscience. Elle est une loi d’équilibre et de justice, la neutralité de l’État est totale face aux religions.

L’arsenal juridique et réglementaire français est aujourd’hui suffisant pour agir contre les dérives sectaires ou les atteintes à la sécurité du pays.

Toucher à la loi de 1905, c’est ouvrir une brèche dans la capacité à « mieux vivre ensemble » : un danger inutile qui n’est ni raisonné, ni raisonnable.

Voir l’article de l’UNSA Éducation et le communiqué : http://www.unsa-education.com/spip.php?article3628

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Et si on profitait des fêtes pour changer d'[R]

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