Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

La peur d’échouer

Les notes du conseil scientifique de la FCPE viennent de publier (n°9 de mars 2018) les résultats d’une étude conduite par Mathias Millet, professeur de sociologie, CITERES-CNRS, université François-Rabelais de Tours et Jean-Claude Croizet, professeur de psychologie sociale expérimentale, CERCA-CNRS, université de Poitiers, consacrée ) « la peur d’échouer : un vecteur des inégalités dès l’école maternelle ».

Si, une fois encore, ce travail met en évidence la manière dont l’école contribue, le plus souvent bien malgré elle, à la reproduction des inégalités sociales et à la production des inégalités scolaires dès l’école maternelle, l’axe privilégié ici s’appuie, pour l’essentiel, sur ce niveau scolaire peu investi scientifiquement, et pourtant essentiel qu’est l’école maternelle et croise l’analyse sociologique avec une approche psychosociale.

Les résultats obtenus montrent que l’école insuffle dès les premiers niveaux la peur d’échouer. Cette peur de ne pas savoir apprise à l’école conduit des élèves à se détourner des apprentissages scolaires contribuant ainsi à générer des écarts de « performance » : une des causes d’inégalités scolaires potentielles.

Ce n’est pas la première étude qui met en lumière comment les sentiments d’incompétence peuvent augmenter l’anxiété sociale face aux apprentissages et altérer les résultats scolaires. « Alors qu’ils disposent des compétences nécessaires pour réaliser un travail scolaire, certains élèves y échouent par peur de se tromper. D’un autre côté, les élèves sont inégalement confrontés à des difficultés mettant en doute leur valeur personnelle. » Si tous les élèves peuvent être concernés, la sociologie démontre que ce sentiment ne se développe pas de manière identique selon les origines sociales. « La familiarité à l’égard des exigences scolaires, que certains élèves doivent aux proximités culturelles de leur famille avec l’école, favorise l’aisance et la rapidité face aux exercices. A l’inverse, les élèves de classes populaires affrontent plus souvent dans l’école, pour des raisons exactement inverses, des situations nouvelles et des contenus étrangers. Ils sont ainsi davantage affectés par des doutes sur leurs capacités. Face à un tel enjeu, les élèves finissent par être persuadé que l’enjeu des apprentissages est avant tout de réussir et surtout de ne pas échouer. »

Or pour l’étude, dès l’école maternelle, malgré des enseignements et des évaluations moins formalisés (ou à cause de cette forme d’apprentissage) les difficultés scolaires seraient davantage attribuées à des fautes morales (manque de concentration, de travail, de motivation ou d’écoute, etc.) ou à des capacités limitées, des déficiences ou des perturbations psychologiques.

En fait, les chercheurs insistent sur le fait que les difficultés d’apprentissage ne sont, en définitive, pas suffisamment regardées comme normales ou souhaitables, que le travail sur la confiance en soi n’est pas toujours assez développé, que trop souvent l’erreur renvoie à un échec personnel.

Une donnée à bien intégrer alors que les nouveaux programmes de 2015 tentent de luttre contre cette « primarisation » de l’école maternelle et qu’un nouveau rapport sur ce niveau scolaire, devenant obligatoire dès 3 ans, est attendu.

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