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Avenir environnemental : et si la leçon venait des plus jeunes…

Si on ne fait pas attention, seuls les riches pourront consommer et les pauvres en seront victimes. Il faut donc que l’argent leur revienne.”

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Stockholm., Sweden 2018-08-28.Greta Thunberg

 Cette parole n’est ni celle d’un « gilet jaune », ni celle d’un leader politique d’extrême gauche. Elle vient d’une adolescente suédoise de 15 ans. Elle s’appelle Greta Thunberg et depuis le 9 septembre dernier, tous les vendredis, elle fait la grève de l’école devant le Parlement suédois pour que les responsables de son pays prennent réellement au sérieux le changement climatique.

Bien qu’invitée à la COP 24 par l’association Scientist’s warning qui soutient son action et son cri d’alarme, la jeune fille est très critique sur ces « grands-messes » internationale : « C’est beaucoup de parlotte mais il ne se passe rien. Ça fait 24 ans et ça ne mène nulle part. Il faut qu’on se fâche, qu’on demande des comptes aux générations plus âgées pour le désordre qu’ils nous laissent et dans lequel ils s’attendent qu’on vive« . 

Aussi, ce jeudi 13 décembre, a-t-elle posté sur les réseaux sociaux, une vidéo qui invite d’autres adolescents à l’imiter : « Où que vous soyez, qui que vous soyez, on a besoin de vous maintenant. S’il vous plait faites la grève du climat avec nous. Mettez vous devant votre parlement ou votre représentation locale, même si c’est un court instant, pour leur dire qu’on veut de l’action pour le climat« .

Un grève de l’école pour alerter sur le réchauffement climatique ?

« Certains disent que je devrais plutôt être à l’école, mais pourquoi étudier pour un futur qui n’existera peut-être pas. Quand personne n’essaye de sauver ce futur ? » affirme-t-elle.

Une telle réaction ne peut qu’interroger. Si, en effet, l’essentiel des mesures à prendre en faveur de l’environnement dépend des responsables politiques et économiques du monde, l’avenir de l’humanité sur la terre nous concerne tous et sera l’héritage des jeunes générations.

Il ne peut y avoir d’alternative simpliste entre éducation et développement durable, pas plus qu’il ne peut y avoir opposition entre transition écologique et justice sociale.

Si le monde est devenu notre village, si un battement d’aile de papillon ici entraîne un tsunami là-bas, si le choix des uns interfère dans l’existence des autres, c’est parce que tout est lié, tout fait système. La réponse politique doit donc être à cette dimension, à cette hauteur, à cette ambition. Celle d’accompagner une transformation globale, mondiale, systémique, qui n’oppose pas mais relie, rassemble et permet d’agir ensemble.

Nul doute que les réponses actuelles ne sont pas satisfaisantes et que la responsabilités des dirigeants du monde est immense.

Nul doute non plus, que l’Éducation a sa part d’engagement à prendre. Elle est importante, essentielle même. Lieux d’expression des interrogations, des demandes, des attentes, des espoirs des enfants et des jeunes, elle doit en être également la caisse de résonance et se mobiliser tant dans la mise en œuvre de gestes du quotidien respectueux de l’environnement que dans la diffusion des savoirs qui transformeront les mentalités et les pratiques.

Et si pour une fois, la leçon venait des enfants, que l’école puisse la transmettre et les adultes l’écouter, l’entendre et en tenir compte…

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Éduquer à s’orienter : une priorité pour l’égalité et la réussite de toutes et tous

Un jeune sur deux déclare ne pas avoir été bien accompagné par son établissement au sujet de l’orientation dont les filles, les élèves hors éducation prioritaire et ceux qui ont poursuivi leurs études en voie générale.

18 % des 18-25 ans considèrent qu’ils n’ont pas eu le choix de leur orientation, particulièrement lorsqu’ils sont issus de l’enseignement professionnel.

Une minorité des personnels de direction (27% en collège et 36 % au lycée) déclarent avoir été formés spécifiquement à l’orientation en tant que chefs d’établissement.

Ces chiffres mis en lumière par les travaux du CNESCO interrogent la politique d’éducation à l’orientation scolaire en France.

Marquée par une multiplicité de réformes et donc par une confusion dans les objectifs politiques visés, l’orientation pâtit d’une difficulté de coordination entre les différents acteurs et par un manque de lisibilité de l’offre pour les élèves et leurs familles. Les enseignants y sont insuffisamment formés alors que les conseillers d’orientation (PsyEN), formés en psychologie puis spécialisés en orientation, sont inégalement répartis sur le territoire.

Le processus d’orientation est donc marqué par de fortes inégalités sociales et de genre se traduisant entre autres par des phénomènes d’autocensure.


Comment permettre aux jeunes d’ être en capacité de « savoir évoluer » sur le marché du travail ? Dans « les préconisations du Cnesco pour aider les élèves à construire leur parcours d’orientation » issues de la conférence de comparaison internationale conduite en novembre dernier, le conseil invite désormais à « viser non plus uniquement à aider à trouver une formation professionnelle mais apprendre à s’orienter dans le système de formation initiale puis tout au long de la vie pour ajuster au mieux ses compétences professionnelles. »

Pour ce faire, le CNESCO rappelle les principes suivants :

Apprendre à s’orienter plutôt qu’«être orienté»

Mettre en place un continuum de l’éducation à l’orientation de l’enseignement scolaire à l’enseignement supérieur afin de faciliter l’orientation tout au long de la vie et de lutter efficacement contre les inégalités

Mettre en œuvre certaines actions liées à l’orientation dans le cadre de classes entières pour limiter l’autocensure

Permettre des parcours individualisés plutôt que des orientations définitives et des parcours fortement séparés

Favoriser l’interaction de l’école avec les autres parties prenantes

Ils peuvent se traduire par plusieurs préconisations :

Dès le primaire, travailler la connaissance de soi et la compétence à prendre une décision pour lever tous les déterminismes

Dans l’enseignement obligatoire, faire découvrir les métiers de façon alternative pour pouvoir par la suite comprendre l’univers professionnel

Dès le collège, comprendre les voies et filières existantes et les perspectives qu’elles ouvrent

Dès le primaire, déconstruire les stéréotypes de genre chez les élèves, les parents et les enseignants pour limiter leur impact sur l’orientation

Accompagner les élèves en situation de handicap tout au long de leur parcours

Limiter les inégalités d’orientation dues aux caractéristiques sociales des familles

S’appuyer sur les spécificités du territoire pour mobiliser les acteurs et penser l’orientation jusqu’à l’insertion

Rendre possible la mobilité géographique au niveau national et international

Utiliser la formation des acteurs pour construire et partager une

vision commune de l’éducation à l’orientation

Coordonner les acteurs de l’orientation au niveau de l’établissement et inter-établissements

Mobiliser tous les acteurs, du monde l’éducation au monde du travail

L’éducation à l’orientation est une priorité dans l’évolution de la politique éducative. Elle est au cœur de la coéducation et un puissant levier pour l’égalité et la réussite de toutes et tous.

Retrouvez ici tous les travaux du CNESCO sur ce sujet de l’orientation : http://www.cnesco.fr/fr/education-a-lorientation/

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L’avenir de l’Éducation : un intérêt général, mais des réponses divergentes (aussi en jeu dans les élections professionnelles)

Le CIRIEC-France* présentait ce 5 novembre au soir l’ouvrage collectif qu’il a initié, consacré à l’Éducation et l’intérêt général**. A sa demande le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation a rédigé le chapitre traitant du rapport des organisations syndicales face aux réformes.

Plusieurs conclusions s’imposent quand on analyse les réformes scolaires et éducatives.

Tout d’abord, le constat qu’il n’y a pas en France, contrairement à d’autres grands pays, de consensus politique sur la question éducative. Si l’état des lieux est assez partagé et conduit à envisager des évolutions profondes, l’identification de l’École comme élément constitutif de la République, en fait un objet polémique entre courants divergents et souvent opposés.

Ce clivage permanent, et parfois volontairement et artificiellement entretenu, se traduit par une permanence de « réformettes » se chassant les unes les autres au gré des alternances politiques et des nominations de ministres. Le rythme de ses « changements de pied » successifs ne permettent ni leur efficacité, ni leur évaluation. Ainsi se succèdent des injonctions contradictoires qui déstabilisent parents, élèves et personnels éducatifs.

L’élève au centre du système éducatif, comme le voulait la loi d’orientation de 1989 est finalement rarement une priorité. Quant à la prise en compte de l’enfant, elle est souvent oubliée, tant la coéducation n’est pas pensée, pas plus que l’articulation entre les temps, les acteurs et les actions éducatifs dans et hors l’École.

Dans ce contexte, les acteurs éducatifs et au premier rang de ceux-ci les enseignants, doutent des réformes, ne s’y investissent que peu, voire les refusent. Certain.e.s s’enferment dans la solitude de leurs classes, d’autres innovent loin des instructions hiérarchiques. Chacun.e tente de faire au mieux, dans un système qui ne satisfait personne. Ce que confirme une étude menée par Opinionway pour la MGEN ***, dans laquelle 63 % des Français (même 66 % des adhérents MGEN) estiment que l’école évolue moins vite que les transformations de la société, les grands enjeux du monde contemporain n’étant pas assez étudiés.

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Les élections professionnelles : agir sur le renouvellement des syndicats

Les résultats des élections professionnelles dans la fonction publique auront un impact fort sur l’avenir et l’évolution des organisations syndicales.

Évidemment, elles vont permettre de calculer leurs audiences respectives, mais aussi, grâce au taux de participation, leur poids collectif.

Dans le contexte de méfiance par rapport aux corps constitués – les syndicats ne recueillent que 27 % de confiance dans le baromètre du CEVIPOF https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/content/le-barometre-de-la-confiance-politique – et de mouvements non organisés comme les « gilets jaunes », c’est la représentativité des syndicats qui est en cause.

Sont-ils à l’image de la diversité de ceux qu’ils sont censés représenter ? Quelle est la part des femmes, des jeunes, des catégories de travailleurs modestes dans leurs instances ?

Si les études sur les militants syndicaux sont peu nombreuses, elles tendent à montrer souvent une domination masculine et une moyenne d’âge des dirigeants syndicaux autour de la cinquantaine.

Le rajeunissement et la promotion de la parité sont donc deux enjeux dans l’évolution des organisations syndicales, comme le montre bien Bastien Scordia dans son article « Le renouvellement des troupes, condition de survie du syndicalisme » publié le 29 nov. 2018 sur le site acteurs publics https://www.acteurspublics.com/2018/11/29/le-renouvellement-des-troupes-condition-de-survie-du-syndicalisme-4-6

Mais au-delà, et les revendications d’horizontalité et de participation accrue le renforce, c’est le travail même des syndicats qui est interrogé.

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Révision de la la loi de 1905 : une remise en cause inutile et dangereuse de la laïcité

La tentation n’est pas nouvelle. Régulièrement, la question est remise sur l’autel de l’égalité entre les cultes. Toujours une bonne âme pour trouver que le texte a vieilli ou est incomplet…et de jurer ses grands dieux, que c’est pour faire mieux…

Une fois (et non une foi, quoique) de plus la loi de séparation des églises et de l’État fait l’objet de débat, de velléité de révision.

Cette fois serait en question le financement des associations cultuelles et la lutte contre les dérives fondamentalistes.

Une modification de circonstance, qui sans le dire, ne viserait en fait que le culte musulman et ses supposés dérives.

Or la loi de 1905 a justement été pensée et écrite pour éviter ce type de réactions « d’actualité ». Ce qui fait sa force, c’est qu’elle est une loi de liberté. Liberté des cultes, certes, mais essentiellement liberté absolue de conscience. Elle est une loi d’équilibre et de justice, la neutralité de l’État est totale face aux religions.

L’arsenal juridique et réglementaire français est aujourd’hui suffisant pour agir contre les dérives sectaires ou les atteintes à la sécurité du pays.

Toucher à la loi de 1905, c’est ouvrir une brèche dans la capacité à « mieux vivre ensemble » : un danger inutile qui n’est ni raisonné, ni raisonnable.

Voir l’article de l’UNSA Éducation et le communiqué : http://www.unsa-education.com/spip.php?article3628

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La peur d’une évaluation indépendante ?

« Un usage efficace des ressources publiques est attendu en ces temps de contraintes budgétaires réelles. Pour cela, il faut être en mesure d’évaluer l’adéquation des moyens et le succès des grandes politiques mises en œuvre. Le discours politique est favorable à une telle évaluation. Cependant, l’organisation de l’administration et des institutions françaises, et leur histoire récente, ne traduisent pas clairement ce souhait. » peut-on lire dans l’article L’évaluation des politiques publiques : qui et comment ? de Stéphane Gregoir dans la revue Economie & prévision en 2014 (n° 204-205, pages 211 à 224 ).

Et l’auteur de rappeler, en s’appuyant sur le rapport Viveret (1989) qui adopte une optique pluraliste, qu’une évaluation des politiques publiques doit satisfaire à trois exigences :

reposer sur une méthodologie propre et des observations qualitatives et quantitatives ;

être transparente sur ses critères d’évaluation et ses méthodes ;

être indépendante des commanditaires et des institutions gestionnaires (en particulier les résultats, quels qu’ils soient, doivent être rendus publics sous une forme adaptée, avec le matériau explicatif nécessaire).

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Droits des enfants sur écrans noirs

Bien entendu, il y a quelques films qui font peur, Halloween n’est pas très loin et d’autres qui font rêver, Noël approche. Comme toujours, il y a les dessins animés et les héros enfantins, mais le cinéma met aussi en scène des vies d’enfants trop proches de la réalité pour ne pas interroger, bousculer, inviter à la réflexion et à l’action.

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« Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne. »

Nous connaissons toutes et tous l’aphorisme (et ses nombreuses variante) célébrant l’idéal républicain « Quand on ouvre une école, on évite, vingt ans plus tard, d’ouvrir une prison » et souvent attribué à Victor Hugo. Si celui-ci n’en ai pas le véritable auteur, ses convictions n’en démentaient, en tout cas, pas l’esprit. Tant il était convaincu des vertus de l’Éducation pour lutter contre la délinquance.

Les chercheurs Brian Bell, Rui Costa et Stephen Machin du London School of Economics lui donnent raison. A partir des données du FBI pour la criminalité américaine et d’un fichier équivalent pour l’état de Queensland en Australie, ils démontrent que l’allongement de la scolarité de 15 à 17 ans fait reculer le taux de criminalité (jusqu’à 6 % aux États-Unis). Alors qu’à l’inverse, l’état du Texas, qui a baissé d’un an l’âge de la scolarité obligatoire, voit son taux de criminalité augmenter.

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Et si on avait recours à des vidéos francophones, en Éducation !

Pour introduire un nouveau sujet, dynamiser une présentation, faire débattre, varier les supports de cours, relancer l’intérêt, susciter la curiosité, provoquer des réactions…. quoi de mieux que la vidéo ?

D’autant que les enfants et les jeunes sont grands amateurs -et consommateurs- d’images animées.

La culture, les sciences, l’histoire, les questions de citoyenneté, de philosophie…sont l’objet de nombreuses ressources vidéos numérique. Et, contrairement à ce que pourraient laisser à penser la mondialisation et l’ère numérique, toutes ne sont pas en anglais. Il existe même de nombreuses chaînes de vulgarisation francophones sur YouTube, alliant généralement rigueur et humour pour expliquer des thèmes précis de diverses disciplines.

Le tout est de les connaître et de savoir où les trouver afin de pouvoir les utiliser à des fins d’Éducation.

C’est à ce travail que s’est attaché le Ministère de la Culture.

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La mixité sociale scolaire profiterait d’abord aux garçons d’origine populaire

Les 40 ans de la politique de la ville sont l’occasion de s’interroger sur les disparités territoriales. Dans son n° 193 de septembre 2018, la revue Diversité propose de montrer le chemin parcouru en quatre décennies, ses réussites et ses écueils, avec la volonté de montrer que les territoires de la périphérie sont aussi des territoires comme les autres, ou aspirent à le devenir.

Elle interroge ainsi la question scolaire et la mixité sociale à l’école en donnant la parole à Marco Oberti, sociologue et professeur à Sciences-Po. Ce directeur de l’Observatoire sociologique du changement (OSC) met en évidence un des paradoxes des inégalités territoriales dans l’éducation en montrant que « le verdict social et scolaire est plus dur pour certains collèges très populaires des parties chics » de certains départements « favorisés » que dans des départements globalement défavorisés (comme la Seine-Saint-Denis, par exemple). Dans ces derniers, en effet, « les logiques d’évitement entre collèges publics ne sont pas si importantes. »

Si ces éléments relativisent « les effets locaux et les logiques de compétition des établissements pour attirer les élèves », il n’en demeure pas moins que, « une fois contrôlés l’origine sociale, le sexe et le profil social d’un élève, être scolarisé dans un collège populaire de Seine-Saint-Denis divise par 1,4 à 1,8 les chances pour cet élève d’obtenir la mention bien ou très bien au brevet des collèges. »

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