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Pas d’Éducation sans émotions

Pour une grande partie des élèves de classe de terminale -et pour leurs familles souvent aussi- s’achève une période de stress, celle de l’examen du baccalauréat. Elle a été précédée par l’angoisse de l’inscription en post-bac par le système parcour’sup et sera prolongée par l’incertitude des résultats qui se traduira par la joie de la réussite pour la plupart, la tristesse de l’échec pour d’autres…

Mais il n’y a pas qu’en terminale que les émotions envahissent le champ éducatif. Chaque élève vit sa scolarité en permanence aux travers de ses émotions et de celles des autres. Car familles, enseignants, camarades, personnels éducatifs, tout en cherchant à s’inscrire dans une attitude distanciée, éducative, professionnelle, réfléchie… n’échappe à pas à ses ressentis, ses affects.

Chance ou frein pour apprendre ou pour transmettre ? Sauf à se laisser déborder par elles, les émotions font partie intégrante de chaque individus et participent à la construction de nos relations collectives. Elle font donc partie intégrante de tout acte éducatif.

C’est à cette question difficile de la place des émotions à l’École que la revue Diversité consacre son n° 195 de mai-août 2019 (https://www.reseau-canope.fr/notice/diversite-n-195-mai-aout-2019.html )

Le première partie « L’émotion dans tous ses états », permet de faire un point sur ce que son les émotions et comment elles interviennent au quotidien. Dans la deuxième partie « Quand les émotions surgissent », il s’agit de prendre en compte leur surgissement dans des situations particulières (lors des attentats ou en cas de harcèlement…). Enfin la troisième partie « Des émotions et des jeunes » rend compte du compte des émotions avec l’activité ou les apprentissages scolaires.

Mais un élève doit-il être « heureux » à l’Ecole ? Ou tout du moins qu’est-ce qu’être un élève « heureux » ? C’est autour de cette question que Régis Guyon interroge Eva Illouz de l’EHESS et Edgar Cabanas, chercheur à l’université Camilo José Cela de Madrid, tous deux auteurs de Happycratie : Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies paru en 2018 chez Premier Parallèle.

Ils précisent que « l’éducation positive est progressivement devenue une priorité absolue dans de nombreux pays, avec un large éventail de programmes, axés sur le bonheur, destinés aux écoles primaires, aux collèges, lycées et aux universités. L’éducation positive est un bon exemple de la façon dont les scientifiques du bonheur agissent comme un canal pour les valeurs individualistes. » Ces valeurs individualistes reposent, selon eux, sur deux axes. Tout d’abord « la ferme conviction que les facteurs psychologiques sont des facilitateurs et des obstacles à l’apprentissage plus fondamentaux que les facteurs économiques ou sociologiques. Celle idée repose sur l’hypothèse que les problèmes éducatifs ont des solutions individuelles et non sociologiques. » Ce raisonnement conduit à affirmer que la solution aux problèmes scolaire dépend de l’élève et non du système. Toutes les dimensions sociales, économiques, culturelles, d’inégalité… sont minimisées voire écartées.

Mais, et c’est le second axe, « derrière l’éducation positive, il y a une intention claire de former un type d’élève et d’étudiant très particulier : les futurs entrepreneurs. L’élève idéal n’est plus celui qui privilégie la connaissance et la pensée critique, mais celui qui privilégie les compétences émotionnelles, développe l’estime de soi, la résilience et la confiance en soi ; fait preuve d’initiative ; construit une vision optimiste envers lui-même et le monde qui l’entoure ; et apprend à commercialiser ses compétences et ses capacités de la même manière qu’elle le ferait pour une entreprise. » Le risque d’un tel mouvement basé sur l’éducation émotionnelle conduit « à sur-infantiliser les élèves ou à leur fixer des attentes irréalistes quant à leurs capacités et à leurs parcours. » Ce qui ne les rend, de fait, pas plus heureux.

Pour Philippe Meirieu, autre interviewer du dossier, « il n’y a pas la transmission qui s’effectuerait exclusivement sur le registre du rationnel et auxquels certains seraient réfractaires parce qu’ils seraient figés dans le registre de l’émotionnel. La transmission, même apparemment rationnelle, véhicule de l’émotionnel. » Il précise que « l’acte pédagogique nécessite, tout à la fois, ce que j’ai appelé une hygiène professionnelle et qui consiste à mettre à distance les émotions – en acceptant la fécondité du principe d’intelligibilité maximale – et l’accompagnement lucide de transactions émotionnelles sans lesquelles l’accès à l’objectalité et à la rationalité des savoirs est impossible. »

Ainsi donc, s’il n’y a pas d’éducation sans émotion, reste à savoir les prendre en compte et leur donner leur juste place. C’est à cet éclairage que le numéro de Diversité participe.

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Lutte contre les inégalités sociales et scolaires : (trop) peu de progrès

En moyenne, « les 10 % des Français les plus aisés perçoivent des revenus 6,7 fois plus élevés que les 10 % les plus pauvres (Insee, 2016) après impôts et prestations sociales. Le 1 % le plus fortuné de notre pays possède 17 % de l’ensemble du patrimoine des ménages ; les 10 % les plus riches, presque la moitié (Insee, 2015). cinq millions de personnes pauvres vivent avec moins de 855 euros par mois pour une personne seule (Insee, 2016). »

Tels sont les constats du 3ème rapport sur les inégalités en France publié début juin 2019 par l’Observatoire des inégalités (https://www.inegalites.fr/L-Observatoire-des-inegalites-publie-le-troisieme-Rapport-sur-les-inegalites-en) .

Ces données ne sont certes pas nouvelles. Avec cynisme, il faudrait même avouer le risque de s’y habituer. Et là réside bien le problème. Ces chiffres ne diminuent pas au fil des années. Bien au contraire, les inégalités stagnent, voire elles augmentent. Ainsi « l’écart de niveau de vie moyen entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est de 4 000 euros mensuels. Il est stable sur les dix dernières années et a augmenté de 833 euros mensuels sur 20 ans. » Quant au taux de pauvreté, s’il a légèrement diminué de 8,3 % à 8 % entre 2011 et 2016, il a globalement « augmenté de 7,3 % à 8 % entre 2006 et 2016. »

Ces inégalités sociales et économiques ont de lourdes incidences sur l’ensemble de la vie des plus pauvres. Santé, alimentation, logement, culture, loisirs, éducation… aucun domaine n’y échappe.

Et précise le rapport, cette « pauvreté ne frappe pas au hasard, elle a un visage : celui des catégories populaires (presque la moitié des personnes concernées ont au plus le brevet des collèges), des mères de familles monoparentales, des immigrés. Tordons le cou une bonne fois pour toutes à une idée répandue : les enfants pauvres n’existent pas. Leur pauvreté, c’est celle de leurs parents, liée au chômage, aux bas salaires, aux faibles montants des prestations sociales, aux ruptures familiales et aux discriminations. »

Quelles en sont les incidences sur l’Éducation ?

Là encore rien de nouveau par rapport aux travaux  de Marie-Aleth Grard et Jean-Paul Delahaye (2015_13_ecole_reussite , Rapport_IGEN-mai2015-grande_pauvrete_reussite_scolaire_421527 ). Une origine sociale des enfants qui influence fortement leurs résultats scolaires. Ainsi , « en CE2, les élèves les moins favorisés obtiennent une note moyenne de 57 sur 100 en français et de 58 en mathématiques, pendant que le quart issu des milieux les plus favorisés atteint respectivement 87 et 85 (ministère de l’Éducation nationale, 2017) ». Il en va de même pour l’orientation avec un « taux d’accès en seconde générale ou technologique deux fois plus élevé pour les élèves d’origine favorisée (84,8 % contre 42,4 %) que pour les élèves d’origine sociale défavorisée (ministère de l’Éducation nationale, 2012). » Des inégalité qui s’accroissent dans l’enseignement supérieur puisque « les enfants de cadres supérieurs sont 2,9 fois plus nombreux que les enfants d’ouvriers parmi les étudiants (ministère de l’Éducation nationale 2017-2018) alors qu’ils sont presque deux fois moins nombreux dans la population totale. Les enfants d’ouvriers représentent seulement 12 % des étudiants, 7 % des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles et 4 % des effectifs des écoles de commerce. L’université opère en master pratiquement le même tri social que les grandes écoles : si les enfants d’ouvriers composent 13 % des étudiants en licence, ils ne sont plus que 9 % en master et 7 % en doctorat. »

Quant à la parité dans les école d’ingénieurs, elle est pratiquement en panne : ainsi , « les femmes représentaient 26,8 % des élèves en 2005-2006. Dix ans plus tard, elles atteignent 28,1 %. À ce rythme, conclut l’étude, il faudrait 170 ans pour parvenir à la parité. »

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Citéco : l’économie a dorénavant son musée

Est-ce comme le dénonçait Alphonse de Lamartine une mise au cimetière (Je suis las des musées, cimetières des artsdans le Voyage en Orient) ou au contraire un échappatoire à la mort tel que le prônait André Malraux (le musée est le seul lieu du monde qui échappe à la mortdans La Tête d’obsidienne? Toujours est-il que ce 14 juin l’ancien siège de la Banque de France à Paris devient la cité de l’économie, Citéco, un musée dédié à l’économie et à la finance.

Pourquoi un tel musée ?

Le site de Citéco répond :

« Parce que tout le monde est acteur de l’économie

Parce que chacune et chacun apporte sa pierre à l’édifice dans son territoire, dans un monde hyper-connecté et ouvert

Parce que tout le monde participe, peut apprendre et comprendre

Nous offrons un lieu de vie et d’expériences ouvert à toutes et tous

Pour découvrir les concepts et mécanismes de l’économie, de la finance et de la monnaie

Pour s’amuser, manipuler et expérimenter

Pour s’émerveiller des trésors d’ici et d’ailleurs

Pour s’éblouir d’un joyau architectural néo-Renaissance

Pour se détendre, se rassembler et vivre des expériences hors du commun

Pour offrir à toutes et tous l’opportunité de mieux comprendre le monde ; d’agir en citoyen éclairé. »

Un lieu éducatif donc et citoyen.

Évidemment, le risque d’une telle patrimonialisation de l’économie est d’en faire un lieu doctrinaire, d’y imposer une seule vision, d’être au service d’un dogme. Pire encore de faire de l’économie (comme ailleurs de l’art) une fin en soi. En un mot de déifier l’économie : le veau d’or aurait ainsi trouver son temple !

Bien entendu un projet porté par La Banque de France, voulu par son gouverneur Christian Noyer et soutenu par la patronne du FMI Christine Lagarde ne peut qu’interroger sur la possibilité de voir exposée dans ces lieux la diversité des approches et des alternatives économiques.

Les six thématiques du parcours permanent : l’échange, les acteurs, les marchés, les instabilités, les crises (« que les institutions cherchent à réguler ») et la fonction bancaire fond davantage penser à une approche classique de l’économie de marché.

Mais il s’agit d’un musée. Donc d’une mise en espace et en scène. Moins que la vérité « vraie », le musée donne à voir une réalité mise en spectacle, représentée. « Ceci n’est pas une pipe » indiquait Magritte sur son tableau « La trahison des images » rappelant qu’il s’agissait de sa représentation d’un objet appelait pipe. Citéco n’est donc pas l’économie, mais une manière de l’interpréter et de la montrer. Le visiteur, tout à son admiration, n’en est pas moins appelé à rester critique et à réfléchir.

Gageons que dans cette optique Citéco ne peut qu’être qu’un outil efficace à l’éducation économique des citoyen.ne.s. Et rappelons tout l’intérêt de développer une « pédagogie de l’argent » comme nous l’avons montré dans le n°1 de la revue [R] en septembre dernier.

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Travail collectif et collectif de travail

Évidemment la réalité évolue et l’image de l’enseignant isolé dans sa classe à la porte fermée est un peu jaunie. Pour autant, l’enseignement reste marqué par son caractère individuel et les injonctions au travail collectif se multiplient.

En avril 2018, l’Ifé consacrait un de ses dossier de veille (http://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/DA-Veille/124-avril-2018.pdf) à cette question du travail collectif des enseignants et constatait que pour l’enseignant, « nourrir sa professionnalité de l’expérience collective permet une reconnaissance de son travail » et que « coopération et construction d’une culture collective améliorent la professionnalisation, conçue comme une démarche collaborative ». Le dossier concluait donc que si cette « démarche collective peut être soutenue par des routines organisationnelles couplant organisation bureaucratique et collégialité (Spillane etal., 2016) » ou « favorisée par les textes prescriptifs », elle ne peut être imposée. Seuls les actrices et acteurs peuvent « déterminer de façon constructive et évolutive les règles de l’action collective », en reconnaissant «la pluralité des points de vue légitimes» (Bonvin, 2005) et s’emparer « des marges de manœuvre dont elles ou ils disposent en tant que professionnel.le.s de l’éducation. »

Dans le cadre du projet «Cross-curricular Teaching» (CROSSCUT) et d’une journée d’échanges (le 15 mai dernier) autour du travail collectif enseignant, l’Ifé revient sur cette notion et cherche à définir les conditions de sa mise en œuvre (http://ife.ens-lyon.fr/ife/partenariat/international/programmes-et-projets/crosscut/compte-rendu_journeee-echanges_crosscut_15-mai-2019/).

Plusieurs éléments sont à retenir de cette approche, parmi lesquels le fait que « le soutien de la direction, à la fois pour la mise en place et l’animation du travail collectif » soit indispensable. De fait, le travail collectif nécessite de s’inscrire dans un temps, dans un espace. La mobilisation autour d’un projet, d’un problème posé par les élèves ou par une réforme (comme celle du collège ou des EPI) peut en être le cadre, permettant une mobilisation au-delà de son cours ou de sa discipline. L’interdisciplinarité est d’ailleurs un critère principal de sélection des projets soumis aux CARDIE qui peuvent aussi être un levier important du développement des actions collectives.

De même le cadre des entretiens de carrière (PPCR) et plus globalement la démarche de développement professionnel peut conduire à envisager différemment la dimension collective, ce qui repose également la fonction de l’inspection.

Comment organiser le travail coopératif, veiller à l’interdépendance positive du collectif, pour que chaque enseignant.e trouve sa place et se sente responsable du travail du groupe? Cette question trouve certes des pistes de réponses dans des outils mobilisables, mais ce sont surtout le climat dans l’établissement et la formation qui permettent de fabriquer un espace de travail collectif voire collaboratif.

Il s’agit donc « de créer dans l’établissement un climat propice aux échanges professionnels et qui permette aux enseignant.e.s et personnels de direction de rester le plus possible centré.e.s sur les intérêts des élèves. » Cela passe par la capacité de mener « un diagnostic partagé en équipe pédagogique afin d’identifier les besoins d’apprentissage des élèves et engager un travail interdisciplinaire répondant à ces besoins », par la reconnaissance « des compétences ou expertises particulières de chaque personnel de l’établissement et leur mobilisation dans la construction des projets interdisciplinaires », par la valorisation « des projets existants par une plus grande formalisation par les personnels de direction et une insertion dans le projet d’établissement ».

Il s’agirait aussi d’ « organiser des formations dédiées dans les établissements » à travers un « véritable plan de formation aux pratiques collectives et/ou interdisciplinaires à mettre en œuvre dans les établissements, sur le modèle des formations d’initiative locale existantes. »

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« Petite Poucette » est orpheline

Ce matin « Petite Poucette » est triste. Ses doigts sont gourds sur le clavier. Ses messages remplis de larmes.

« Petite Poucette » est orpheline.

Michel Serres s’en est allé. Ultime voyage vers le grand large pour le philosophe navigateur.

Et nous voici nous aussi, un peu orphelins. Nous venons de perdre un ami de la famille.

Certes, nous ne le connaissions pas bien. Juste sa voix à la radio. Son image à la télévision. Mais surtout la profonde pensée, la réflexion éclairante, l’image juste et questionnante de chacun de ses livres.

A l’inverse de la pièce de Luigi Pirandello, Michel Serres, pédagogue, fut en permanence un auteur en quête de personnages. Un pour chaque concept développé, pour chaque idée exposée, pour chaque nouvelle réflexion. Et la galerie des portraits est longue. Celle des personnages qui peuplent ses plus de 80 livres et qui nous guident dans la compréhension d’une pensée complexe qui relient toutes les disciplines et s’appuie, comme le faisaient les philosophes antiques, au départ sur les avancées de la science.

Qu’on ne s’y trompe pas, Michel Serres n’est pas toujours facile à lire. Espiègle, il l’était aussi dans sa manière de nous conduire, sans toujours nous le dire, vers des abîmes de réflexion. Partis confiants pour un peu de canotage intellectuel, combien de fois, nombre d’entre nous, ses lecteurs, nous sommes nous retrouvés face à la houle des interrogations, au vent violent de la pensée, aux vagues des incertitudes. Mais le lieutenant de vaisseau Serres tient bon la barre et sait nous conduire à bon port.

Alors aujourd’hui, nous sommes un peu tristes et orphelins, comme « Petite Poucette ». Même les « grands-pères ronchons » ont une larmes à l’œil en marmonnant « C’était mieux avant » et ajoutant « quand Michel était encore là ». Mais Hermès, nous le rappelle : Michel Serres est immortel (au-delà du fait qu’il était académicien -sans épée). Le « gaucher boiteux » nous laisse ses livres et la richesse de sa pensée pour nous entraîner encore dans de nombreux nouveaux voyages.

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L’ÉDUCATION POPULAIRE, UNE EXIGENCE DU 21ÈME SIÈCLE (le rapport du CESE)

Adopté avec une très large majorité (166 votes favorables, 5 contre et 4 abstentions), le rapport du Conseil Économique, Social et Environnemental sur « l’Éducation populaire : un exigence du 21è siècle » doit désormais convaincre les décideurs, et en tout premier le ministre en charge de ce secteur, de porter la politique volontariste proposée au travers des 20 préconisations, décrite ci-dessous dans le document de synthèse du CESE.

« L’actualité de ces six derniers mois démontre l’urgence d’ouvrir des espaces permettant aux citoyens et aux citoyennes de s’exprimer, d’échanger, de participer aux débats qui alimentent notre société et surtout d’être entendus et ainsi de contribuer réellement aux décisions locales comme nationales. Parce qu’elle irrigue la société, qu’elle facilite la citoyenneté et l’engagement dans la cité, l’éducation populaire est un réel atout pour mieux « faire société ». Son approche bienveillante, sa reconnaissance que chacun « est capable », ses méthodes actives, tout comme sa volonté d’émancipation des femmes et des hommes, son approche critique, sont autant d’aspects qui peuvent alimenter la recherche de formes et d’espaces nouveaux de démocratie, de participation, de co-production et d’actions concrètes au plus près des réalités vécues. L’éducation populaire s’inscrit dans un projet politique de justice sociale et d’émancipation. Sa capacité de recherche et d’innovation sociale en fait aussi un laboratoire utile à l’intérêt général. L’enjeu de cet avis est de mettre en lumière la modernité de l’éducation populaire. Il propose vingt préconisations concrètes pour contribuer à restaurer et valoriser ses démarches, permettre aux multiples actrices et acteurs de sortir de l’invisibilité et les accompagner dans la nécessaire réforme de leur fonctionnement pour leur permettre de s’inscrire dans une dynamique de renouveau. Elles s’articulent autour de cinq grands axes : investir dans les politiques publiques d’éducation populaire pour contribuer à réconcilier la société ; développer le lien social pour conforter la citoyenneté ; sécuriser le modèle économique ; former les différents acteurs et reconnaître leurs compétences ; favoriser l’engagement et renouveler la gouvernance.

LES PRÉCONISATIONS DU CESE

INVESTIR DANS LES POLITIQUES PUBLIQUES D’ÉDUCATION POPULAIRE POUR CONTRIBUER À RÉCONCILIER LA SOCIÉTÉ

A cette fin, le CESE préconise :

  • l’engagement d’un plan national volontariste dont l’objectif sera de faire vivre sur tous les territoires au moins un équipement pluridisciplinaire, lieu de rencontres, de partage et de débat, en mobilisant pour cela les organisations d’éducation populaire de ces territoires ;

  • que soit nommé, de façon pérenne auprès du Premier ministre, une ou un délégué interministériel à l’éducation populaire ;

  • un renforcement significatif des moyens humains et financiers de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) ;

  • que soit créé et animé, en pleine association avec les actrices et acteurs de l’éducation populaire et des collectivités territoriales, un fonds de soutien à l’innovation et à l’expérimentation ;

  • que le champ de la recherche dans les domaines de l’éducation populaire fasse l’objet d’un soutien accru dans le cadre de la future loi de programmation de la recherche.

    DÉVELOPPER LE LIEN SOCIAL POUR CONFORTER LA CITOYENNETÉ

    A cette fin, le CESE préconise :

  • un plan de relance des projets éducatifs de territoire en en faisant un outil permettant la synergie de l’action des co-éducateurs sur leur territoire avec les établissements scolaires ;

  • de renforcer le Parcours citoyen au collège et au lycée en favorisant le travail partenarial entre les actrices et acteurs de l’Éducation nationale et ceux de l’éducation populaire ;

  • la relance des colonies de vacances et des classes de découverte par la sécurisation de leur cadre juridique et administratif et le retour à un niveau de financement public permettant le départ de chaque enfant au moins trois fois durant sa scolarité ;Êque, sous réserve de l’évaluation des actions réalisées, le dispositif des Fabriques d’initiatives citoyennes soit pérennisé et doté de moyens suffisants pour qu’il puisse se déployer ;

  • l’intégration dans les conventions collectives, grâce à la négociation entre partenaires sociaux, d’une mesure permettant d’accompagner les salariées et salariés des entreprises sans Comité social et économique.

    SÉCURISER LE MODÈLE ÉCONOMIQUE

    A cette fin, le CESE préconise :

  • de favoriser le recours à la convention pluriannuelle d’objectifs (CPO) comme mode de financement de l’activité des structures d’éducation populaire ;

  • d’augmenter le nombre de « postes Fonjep » en direction des organisations d’éducation populaire afin de stabiliser et de renforcer leurs actions dans la durée ;

  • la stabilité du cadre fiscal spécifique aux organisations d’éducation populaire au titre du caractère désintéressé de leur gestion, de l’impartageabilité de leurs bénéfices, du but non lucratif et de leur contribution à l’intérêt général conformément à la Charte des engagements réciproques.

    FORMER ET RECONNAÎTRE LES COMPÉTENCES

    A cette fin, le CESE préconise :

  • d’identifier et de coordonner l’offre de formation initiale et continue aux métiers relevant de l’éducation populaire ;

  • après étude, d’ouvrir le Compte engagement citoyen (CEC) à tous les bénévoles qui s’investissent au moins 200 heures par an dans des actions associatives et d’envisager l’abondement du CEC par le compte personnel de formation ;

  • un investissement fort dans la formation des bénévoles en abondant significativement le Fonds de Développement de la Vie Associative (FDVA – Formation des bénévoles ou FDVA).

    FAVORISER L’ENGAGEMENT ET RENOUVELER LA GOUVERNANCE

    A cette fin, le CESE préconise :

  • de développer le Passeport Bénévole®, de le promouvoir dès le lycée pour le rendre accessible à tous et toutes et de renforcer les moyens d’accès aux services civiques dans les organisations d’éducation populaire ;

  • de populariser les articles 10 et 43 de la loi «Égalité et citoyenneté» de janvier 2017 et de faire une évaluation régulière de son application. Cette loi permet à tous bénévoles de bénéficier d’un congé pour siéger dans l’organe d’administration ou de direction d’une association. Elle permet aussi à des jeunes de 16 ans d’en assumer l’administration ;

  • d’expérimenter l’extension, au-delà de six ans, du crédit d’impôt permettant de couvrir les charges liées à la garde d’enfants afin de promouvoir la parité dans les instances statutaires des organisations de l’éducation populaire ;

  • d’inciter les structures de l’éducation populaire à limiter pour leurs dirigeantes et dirigeants à trois le nombre de mandats consécutifs ou à neuf ans, à favoriser l’accès des jeunes et à garantir la parité dans leurs instances statutaires. »

Retrouver sur le site du CESE la séance plénière du 28 mai : https://www.lecese.fr/content/le-cese-adopte-son-avis-sur-leducation-populaire

et ici l’ensemble du rapport : 2019_12_education_populaire

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Et l’on reparle (enfin) d’Éducation populaire

En pleine revendication de plus de participation citoyenne, de la part des « gilets jaunes » et d’autres, nous avions poussé un cri d’alerte : aurait-on oublié l’Éducation populaire ? (https://centrehenriaigueperse.com/2019/01/16/aurait-on-oublie-leducation-populaire/)

Nous avons en effet en France une démarche, déjà ancienne (plus de 150 ans), mais loin d’être ringarde, d’implication des citoyens à la transformation de la société grâce à une éducation culturelle et politique partagée, portée par les pairs de manière transversale et bienveillante.

Une démarche certes qui a connu ses heures de gloire dans des temps passés (la fin du XIXème siècle, le Front populaire, la Libération…), mais qui depuis n’a cessé d’agir et d’innover au quotidien et dans la proximité.

Par chance, nous ne sommes pas les seuls à nous en être souvenus. Le Conseil économique social et environnemental s’est auto-saisi d’un rapport sur cette éducation populaire trop souvent méconnue et en a confié la rédaction à Christian Chevalier de l’UNSA et Jean-Karl Deschamps de la Ligue de l’Enseignement.

La séance plénière du CESE d’aujourd’hui se réunit pour entendre l’avis ainsi que les préconisations et les adopter.

L’objectif d’un tel rapport est triple :

– redonner de la visibilité à l’Éducation populaire, montrer la modernité de son ambition et de ses pratiques ;

– proposer un plan volontariste de soutien aux associations, mouvements et services de l’Éducation populaire souvent confrontés à la concurrence du privé commercial par les appels d’offres, l’absence de vision à moyen et long terme, l’absence de soutien des responsables politiques et du ministère qui en est en charge ;

– mais surtout, il s’agit de mettre en évidence que la fracture sociale, culturelle, citoyenne n’est pas une fatalité, que l’émancipation individuelle et collective est possible, que réconcilier la société commence par des actions du quotidien et de la proximité. Que cet apport est présent sur l’ensemble des territoires sous de multiples formes. Qu’il est déjà à l’œuvre et qu’une politique volontariste d’accompagnement permettrait la démultiplication de son engagement.

Le rapport du CESE sera à retrouver dans un prochain article, juste après la séance plénière de cet après-midi. Pour en savoir davantage, vous pouvez d’ores et déjà consulter le site du CESE : https://www.lecese.fr/content/leducation-populaire-une-exigence-du-21eme-siecle

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En éducation artistique et culturelle (aussi), les inégalités sociales restent encore (trop) souvent un impensé

 

Dans Les Héritiers. Les étudiants et la culture (Paris, Éditions de Minuit, 1964) Pierre Bourdieu et Jean Claude Passeron dénonçaient « l’idéologie du don » consistant à ne concevoir la transmission de la culture qu’au travers du prisme du comportement individuel de l’enfant ou du jeune, son comportement, son attitude, son intérêt, son don pour l’art.

L’éducation artistique et culturelle a pour vocation la démocratisation culturelle. La mise en œuvre des plans successifs de développement de l’EAC. Du parcours inscrit dans la loi de refondation à sa place dans les TAP, jusqu’au ville-laboratoire « 100 % EAC », l’ensemble des dispositifs visent l’implication de chaque enfant dans une approche artistique. Artistes, enseignants, animateurs forment le triptyque des professionnels qui interviennent, mettent en place et fond vivre cet éveil sensible, tant par la découverte des œuvres que par des ateliers de pratiques.

Pour autant, les disparités sociales continuent à jouer un rôle important dans la réception de ces démarches auprès des enfants. Une étude menée par le Laboratoire étude, recherche, formation en action sociale (LERFAS) entre 2015 et 2017 de six dispositifs soutenus par le FEJ est édifiante sur ce point. Répartis dans des contextes sociaux et territoriaux hétérogènes (urbain, péri-urbain, rural, non REP, REP+) portés par des structures à caractère associatif ou public, les activités proposées touchent plusieurs disciplines artistiques : cinéma, théâtre, danse, musique baroque, musique classique, arts plastiques, se déroulent dans le temps scolaire et/ou périscolaire et prennent forme à travers la réalisation d’ateliers.

Lorsque les enfants sont interrogés leur appréciation « varie en fonction du milieu social d’origine. Ce sont les enfants dont les parents sont issus des catégories cadres et professions intellectuelles supérieures qui déclarent plus fréquemment apprécier les activités proposées, contrairement aux enfants d’ouvriers, employés ou sans activité professionnelle qui se déclarent plus indifférents. Par exemple, 93 % des enfants de cadres déclarent apprécier de « découvrir de nouvelles choses », contre 76 % des enfants d’ouvriers. »

Il en va de même face à un spectacle, bien que ceux-ci apparaisse comme un vecteur de la démocratisation culturelle. Ainsi, « si 77 % des enfants déclarent apprécier faire un spectacle, ce sont les enfants d’employés et d’ouvriers qui déclarent plus souvent ne pas apprécier cela, contrairement aux enfants de cadres, professions intellectuelles supérieures ou professions intermédiaires. »

La recherche fait également apparaître que les artistes intervenants dans les dispositifs d’éducation artistique et culturelle sont rarement sensibilisés et donc encore moins formés à la prise en compte de ces disparités sociales : « les évaluations révèlent qu’un certain nombre d’artistes n’appréhendent pas les inégalités de pratiques entre les enfants en fonction des inégalités sociales. Certains intervenants, en effet, nourrissent peu, voire pas d’intérêt pour le milieu social et culturel de leur public. Dans leurs discours, le don ou encore la personnalité de l’enfant opèrent comme des clés de lecture permettant de justifier ces différences. »

Un élément pourtant essentiel à prendre en compte si l’on souhaite que le développement de l’éducation artistique et culturelle contribue à lutter contre les inégalités et apporte à chaque enfant et jeune une ouverture sur le monde, une approche sensible, des moyens de s’exprimer et d’être.

Retrouvez les résultats de cette études dans une note d’analyses et de synthèse de l’INJEP : http://injep.fr/wp-content/uploads/2019/03/IAS22_educationculturelle_BD.pdf

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Focus PISA : le libre choix de l’école augmente, les inégalités scolaires s’aggravent

« Les pays où la ségrégation sociale s’est le plus accentuée sont ceux où l’utilisation du lieu de résidence comme critère d’admission a reculé », tel est le constat d’un focus, à partir de l’analyse des résultats des évaluations PISA, que l’OCDE vient de publier (mai 2019).

Il y a, selon l’étude, un lien indéniable entre l’utilisation du lieu de résidence comme critère d’admission dans les établissements scolaires et les caractéristiques socio-économiques des élèves qui y sont scolarisés.

Ainsi, dans la majorité des pays étudiés, le libre choix de l’établissement laissé aux parents conduit à une concentration des élèves défavorisés dans quelques établissements.

Inversement, l’attribution du lieu de scolarisation en fonction du lieu d’habitation entraîne un équilibre socio-économique entre tous les établissements ou une grande majorité d’entre eux.

En effet, l’enquête fait apparaître que « lorsqu’on les interroge sur les principaux critères qu’ils prennent en compte lors du choix de l’établissement de leur enfant, la majorité des parents, et en particulier ceux de milieux défavorisés, citent la distance parmi les facteurs les plus importants. »

A cela s’ajoute le fait que de nombreuses familles ne connaissent pas ou ne savent pas distinguer ou ne peuvent pas se permettre financièrement de profiter de l’offre pédagogique ou éducative différente pouvant être offerte dans des établissements mis en concurrence. Alors que les familles proches de la culture scolaire savent très bien utiliser ce marché scolaire concurrentiel.

Une carte scolaire stricte serait donc la solution à la mixité scolaire ?

Pas uniquement, puisque, lier le lieu d’habitation et l’établissement scolaire ne peut créer de la mixité scolaire que s’il y a mixité socio-économique sur son territoire de recrutement.

Par contre déréguler les périmètres scolaires revient à aggraver les inégalités socio-économiques entre les établissements.

Or, entre les successives évaluations PISA, particulièrement entre les résultats 2000 et 2015, le nombre d’élèves dont le critère d’attribution d’un établissement dépend de son lieu d’habitation, a fortement baissé. La liberté de choix scolaire est de plus en plus majoritairement laissé au parents. Les inégalités scolaires augmentent.

Pour en savoir plus sur les éléments de ce focus PISA :

https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/943456f0-fr.pdf?expires=1558703171&id=id&accname=guest&checksum=D34F37A600438F1CF85F51D118F105DB

Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Éducation : « c’était mieux avant » pas vraiment , mais « peut (encore) mieux faire » c’est certain !

Qui n’a pas entendu (à l’image des « grands-pères ronchons de Michel Serres) l’idée que l’Éducation -ou du moins l’École- c’était mieux avant.

Pas vraiment, répond Denis Meuret (Professeur en sciences de l’Éducation à l’université de Bourgogne-Franche-Comté) dans le dernier numéro hors série de Sciences humaines consacré « aux enjeux de notre temps.

Par vraiment, d’abord parce que rien ne permet de mesurer ce (fameux) déclinisme. Dans les années 1960 « il était impossible de comparer sérieusement les systèmes éducatifs » affirme le chercheur, avant de préciser qu’« aujourd’hui, c’est un progrès, nous pouvons le faire, même si c’est d’une façon encore largement perfectible. »

Pas vraiment parce que si « un tiers des adultes en France souffrent d’un manque de compétences en numératie et/ou en littératie, ce qui représente cinq point de plus que la moyenne des pays de l’OCDE », cela concerne les plus âgés et est à mettre en relation avec leur moindre scolarisation. La France a en effet tardé à démocratiser l’école avec la mise en place du collège et du lycée, puis l’université.

Pas vraiment parce que c’est cette démocratisation scolaire qui a permis une élévation du niveau de compétence, mais aussi de salaire comme l’a montré l’économiste Eric Maurin. Ce qui fait dire à Denis Meuret que « tout ce qui tire vers le haut les qualifications de ceux qui entrent sur le marché du travail tend donc à diminuer les inégalités salariales. »

Quand aux inégalités sociales, en s’appuyant sur une récente étude du sociologue Louis-André Vallet, l’auteur déduit que « le système d’enseignement a joué un rôle majeur » dans la réduction des inégalité sociales dans la société française, à la fois « en réduire l’inégalité des chances face à l’école et en allongeant la durées des études. »

Ainsi donc, vraiment ce n’était pas mieux avant. Et l’on doit à la démocratisation scolaire puis universitaire le développement social, économique, intellectuel du pays.

Est-ce pour autant que tout va bien au royaume de l’Éducation ? Pas vraiment, non plus…

Pas vraiment parce la France est le pays de l’OCDE dans lequel l’effet de l’environnement familial (donc social et culturel) est le plus important par rapport au niveau d’acquisition des compétences des élèves.

Pas vraiment parce que les résultats des élèves issues de l’immigration (première et deuxième générations) demeurent (et même après correction des effet induit par le niveau sociale de leurs familles) bien plus faible que celui des enfants autochtones mais aussi bien mois élevés que celui de leurs homologues dans les autres pays de l’OCDE.

Pas vraiment parce que les « politiques ciblées sur les élèves en difficulté donnent des résultats décevants » ajoute le chercheur.

Le système scolaire français peut donc (encore) mieux faire. Il s’y emploi déjà. Mais si certaines réformes vont dans le bon sens, d’autres risquent de conduire à des reculs. Ainsi en est-il du redoublement, encore trop élevé mais dont la réduction a permis de réduire le taux d’échec scolaire. Qu’en sera-t-il de son retour ? De même pour la suppression des EPI en collège alors qu’il s’agissait là d’une piste intéressante.

La relation parents-enseignants est aussi une piste de (grande) amélioration possible, tout comme les évolutions pédagogiques (travaux de petits groupes, pédagogie de projet…)

Enfin reste le ressenti des enseignants qui impacte leur implication et la priorité faite à la politique éducative. 5 % des enseignants de collèges « estiment que leur métier est valorisé par la société contre 31 % en moyenne dans les 50 pays de l’enquête Talis de 2013 » rappelle Denis Meuret. A la question « Globalement, ressentez-vous de la reconnaissance et du respect dans votre pratique professionnelle ? » du baromètre UNSA des métiers de l’Éducation 2019, seulement 28, 2 des enseignants répondent positivement soit 8 points de moins qu’en 2018. Sur ce point, vraisemblablement, ce devait être mieux avant !

(Bons points et fragilités du système scolaire par Denis Meuret, Sciences Humaine Hors-série, Mai-juin 2019)