Publié dans Recherches

Du bon usage des téléphones portables

 » À l’exception des lieux où, dans les conditions qu’il précise, le règlement intérieur l’autorise expressément, l’utilisation d’un téléphone mobile par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges » tel est le texte déposé à l’Assemblée par Richard Ferrand, afin de satisfaire à l’engagement du président de la République et de son ministre de l’Éducation nationale, d’interdire les téléphones portables à l’école. Un projet de loi qui renvoie donc la responsabilité à chaque école et établissement, ce qui est exactement le cas actuellement.

Le point positif de cette annonce est donc que, si elles le souhaitent, les équipes pourront utiliser les téléphones portables à des fins pédagogiques.

Belle occasion pour rappeler la recherche menée en 2014 par Josie Bernicot, de l’université de Poitiers, pour le compte du Centre Henri Aigueperse, sur l’usage des SMS par les collégiens et les lycéens unsabernicotrapportfinal_161213.

La première partie fait référence à l’incidence -ou pas- de ce mode de communication sur le niveau d’orthographe des élèves de collège. La seconde analysent les formes et contenus des messages des lycéens.

Les deux approches montrent que la maîtrise des outils de communication modernes ne va pas de soi. Il n’y a pas de « miracle générationnel » pour les jeunes le plus en difficulté. Or ces technologies devenant usuelles, leur maîtrise apparaît comme un enjeu d’insertion sociale, dont l’École ne peut s’extraire.

A y réfléchir avant d’interdire.

Synthèse de la recherche par Josie Bernicot

Le travail réalisé est présenté en deux chapitres : le premier concerne les SMS et l’orthographe chez des collégiens de 11-12 ans et le second concerne le rôle de l’âge de l’expertise et du genre sur la longueur, la structure et la fonction sociale des SMS chez des collégiens et lycéens de 13 à 18 ans.

Chapitre 1. — Le lien entre le niveau des élèves en orthographe et leur pratique des SMS n’est pas clair et fait l’objet de nombreuses questions de la part des enseignants, des parents et des médias.

Un corpus de 5 000 SMS produits dans la vie quotidienne par des collégiens de 6e et de 5e (n=19, 11-12 ans) a été constitué. Les participants n’ont jamais possédé ou utilisé de téléphone mobile avant le début de l’étude ; leurs SMS sont recueillis pendant un an tous les mois.

Les SMS sont caractérisés par la densité de textismes en distinguant ceux en accord avec le code traditionnel (ex. : pour mais) et ceux en rupture avec ce code (ex. : bsx pour bisous). Le niveau en orthographe traditionnelle est évalué par un test standardisé qui permet de distinguer orthographe d’usage et orthographe de règle. On dispose aussi pour chaque participant des résultats scolaires en écrit traditionnel.

Les résultats montrent que la corrélation entre niveau en orthographe traditionnelle et la densité de textismes est variable, elle peut être :

a) absente (textismes en accord avec le code traditionnel et orthographe),
b) positive (textismes en rupture et orthographe d’usage en début de pratique des SMS)
ou
c) négative (textismes en rupture et orthographe de règle au bout d’un an de pratique des SMS).

Globalement, les élèves forts ou faibles en écrit traditionnel au début du recueil de données restent respectivement forts ou faibles pendant un an quelle que soit leur pratique des SMS (densité et type de textismes). Les implications pédagogiques de ces résultats sont discutées en allant dans le sens d’une complémentarité entre écrit traditionnel et écrit SMS.

Chapitre 2. — L’objectif est d’étudier un corpus de 1131 SMS produits en situation naturelle par 115 adolescents francophones âgés de 13 à 18 ans (issus du corpus sms4science de Fairon, Klein & Paumier, 2006). Les SMS sont recueillis par une méthode de redirection sur un serveur.

On a analysé l’effet de l’âge, du genre (masculin/féminin) et de la pratique des SMS (récente et rare/ancienne et fréquence) sur la longueur des messages (nombre de caractères avec espaces et nombre de mots), leur structure dialogique (avec ou sans ouverture et clôture) et leur fonction (informationnelle/relationnelle).

Pour la longueur, la supériorité des filles sur les garçons, habituellement mise en avant dans la littérature, est modalisée : elle existe surtout à 15-16 ans et uniquement pour les adolescents qui ont une pratique ancienne et fréquente. La structure dialogique des messages est différente de celle des interactions orales et écrites traditionnelles puisque 75% des messages n’ont pas la forme classique « ouverture+message+clôture » (l’ouverture et/ou la clôture étant manquantes).

Pour les fonctions, on met aussi en évidence, comme pour les indices de quantité, une variation avec les caractéristiques du scripteur : la proportion de messages ayant une fonction relationnelle est supérieure à celle des messages ayant une fonction informationnelle uniquement pour les adolescents de 15-16 ans, les filles et les adolescents ayant une pratique des SMS ancienne et fréquente.

Les résultats sont discutés par rapport aux spécificités qui permettent de définir le registre SMS par rapport au registre de la langue écrite traditionnelle.

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