Publié dans Formation, Recherches, vu, lu pour vous

Paradoxes de notre École Républicaine

Le système scolaire français est très performant pour faire émerger une élite. Tel est le constat d’Agnès van Zanten dans le Journal du CNRS. Elle affirme que « comparé à d’autres modèles éducatifs, y compris ceux de nos proches voisins européens, le système français se montre particulièrement efficace pour dégager une élite, écrémer progressivement les meilleurs ou supposés tels, repérer les pépites qui occuperont les postes les plus en vue dans l’administration, la politique, l’économie, la recherche… »

Ne faut-il donc pas de se réjouir d’un tel résultat ? Après tout, la mission confiée à l’École est également celle-ci, fabriquer une élite, des « premiers de cordée » dirait l’actuel Président de la République.

Certes ! En cela l’ambition n’est pas condamnable. Ce qui pose davantage problème c’est que la « fabrication de cette élite » se fait au détriment de l’autre mission essentielle de l’École : celle de faire réussir tous les élèves.

Ce résultat n’est pas délibéré. Il est le fruit d’une croyance que dénonce Agnès van Zanten : « Tout le discours de l’école française repose sur l’idée que, pour atteindre cette excellence, l’environnement social et familial des élèves importe peu. Seuls comptent les efforts que l’on fournit en classe. Selon le principe méritocratique au fondement de l’école républicaine et indissociable de l’idée d’égalité des chances, plus un élève travaille, quel que soit son milieu d’origine, et plus il aura de bons résultats, sera récompensé par des diplômes et s’assurera une belle carrière. De même, notre système éducatif est irrigué par la croyance que le concours, avec ses épreuves anonymes passées dans les mêmes conditions par tous les candidats, est la procédure la plus sûre, la plus « pure », la plus juste, pour sélectionner les meilleurs élèves. »

La conclusion est sans appel : « En privilégiant un enseignement plus soucieux de fabriquer une élite que de faire acquérir à tous les élèves un socle commun de connaissances, notre système éducatif répond mal à la massification de l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Chaque année, environ 20 % des jeunes quittent l’école sans diplôme ni qualification, 23 % des élèves des filières professionnelles échouent au CAP, 26 % au BEP, et autant d’étudiants ou presque abandonnent leurs études supérieures. Ce taux d’échec élevé charrie beaucoup de frustration, de fatalisme et de doutes sur leur valeur personnelle chez celles et ceux qui sont ainsi mis de côté et se sentent condamnés à rester dans les strates inférieures de la société. »

Mais n’y a-t-il pas de possibilité de concilier, voire de réconcilier, les deux missions de l’École qui apparaissent trop souvent comme des injonctions paradoxales et contradictoires ?

Plusieurs pistes existent : la mixité sociale scolaire tout d’abord trop peu développée en France alors qu’« une masse de travaux montre pourtant que la mixité tire les plus faibles vers le haut sans pénaliser les plus forts, pourvu que les enseignants aient appris à gérer les différences de niveau entre les élèves et que cet écart ne soit pas maximal (il ne faut pas être démagogue, on ne peut pas mettre les enfants les plus brillants avec ceux les plus en difficulté).

Accompagnée, construite dans des conditions réfléchies, elle est une réponse pédagogique, mais aussi sociétale, philosophique et culturelle : « la mixité est donc favorable à la réussite de tous, sous certaines conditions, mais aussi profitable sur le plan sociétal. Se mélanger aux autres à l’école aide à construire le « vivre ensemble » dans nos sociétés hétérogènes, à condition que l’école soit porteuse d’un idéal culturel et social à la hauteur de cette ambition. »

La formation des enseignants est également un levier indispensable et en particulier la formation pédagogique qui dès le primaire devrait davantage permettre de lutter contre le décrochage scolaire. « Une partie du problème tient à ce que les enseignants du primaire ne reçoivent pas une formation didactique et pédagogique suffisamment poussée pour pouvoir détecter les « décrocheurs » précoces ».

Une réflexion intéressante à intégrer en cette veille de rentrée scolaire tant pour les équipes pédagogiques que pour les décideurs politiques, le ministre de l’Éducation Nationale en tête.

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