Publié dans Histoire sociale

« Ne pas perdre le contact avec la vie ouvrière » : Il y a 100 ans, la lutte pour le droit syndical des institutrices et instituteurs

Après la fin de la guerre en 1918, la France peine à se reconstruire. Les combattants reviennent progressivement à la vie civile dans les premiers mois de l’année 1919, et beaucoup ne veulent plus de la France d’avant-guerre. Les aspirations à un monde plus juste, la volonté de construire une société plus égalitaire, ce sont autant d’idées qui touchent toutes les strates de la société. Une foi révolutionnaire se lève aussi en France, inspirée par la Révolution russe ou les soulèvements des couches populaires dans plusieurs pays européens.

Le retour à la normale est impossible, et le monde scolaire n’échappe pas à la volonté de changement. Plusieurs voix se font entendre pour mettre fin à la séparation entre deux modèles d’école, l’une réservée à l’élite, l’autre où l’on cantonne les moins aisés. Il faut pour ces partisans du changement construire une école unique. Les institutrices et les instituteurs souhaitent aussi pouvoir profiter d’une liberté nouvelle. En particulier, ils revendiquent de pouvoir s’organiser dans une structure syndicale reconnue par la loi. Le syndicalisme des fonctionnaires n’est en effet que toléré jusqu’à présent et cette situation favorise la mainmise par le gouvernement sur le mouvement social dans le monde de l’éducation. Pourtant, plusieurs autres catégories de fonctionnaires, comme les postiers, ont obtenu ce nouveau droit à adhérer à un syndicat. C’est pourquoi en janvier 1919, les responsables de la fédération des amicales d’instituteurs (seule organisation officiellement reconnue) adresse aux députés une lettre ouverte pour demander la reconnaissance du droit syndical pour leur profession.

Leur argumentaire est simple : les instituteurs ont payé un lourd sacrifice pour la défense de leur pays, et en retour ils doivent pouvoir jouir de tous les droits de citoyenneté et donc de disposer de la liberté d’adhérer à un syndicat. Plus encore, l’école étant le creuset du relèvement économique et moral du pays, il faut que les enseignant.e.s soient au cœur du renouveau social après la Grande Guerre.

La lettre indique ainsi : « l’éducation par l’école prolongée, qui a l’ambition de faire des hommes, préparera aussi de bons ouvriers et d’habiles techniciens à condition de ne pas perdre le contact avec la vie ouvrière elle-même. La logique exige dans ces conditions que les éducateurs soient eux-mêmes admis à pénétrer dans les organisations ouvrières, et par voie de conséquence à faire usage des libertés syndicales. » Le but affiché est clair : il faut tout d’abord pouvoir disposer de la liberté syndicale, et ensuite s’intégrer dans un mouvement syndical ouvrier. Cela signifie clairement à l’époque adhérer à la CGT qui regroupe les travailleurs et les ouvriers. Ce courrier souligne également que « le facteur économique est le pivot autour duquel s’effectuera la révolution pédagogique de demain ». On souhaite en particulier de nouvelles lois scolaires pour constituer une société plus égalitaire.

Après ce courrier, les députés acceptent cette réforme, mais les sénateurs sont réticents. Il faudra plusieurs mois pour que ce droit syndical soit reconnu officiellement aux éducateurs. Rapidement, le choix de l’intégration au sein de la CGT sera fait (à la fin de l’année 1919) puis l’année suivante sera créé le Syndicat national des instituteurs. À partir de ce moment, la présence d’éducateurs au sein du mouvement ouvrier et syndical a joué un rôle essentiel dans l’histoire sociale en France.

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