La continuité de l’enseignement assurée par des « maîtres invisibles »

Pandémie oblige, la fermeture des établissements scolaires et d’enseignement supérieur fait (re)découvrir les ressources du CNED, centre national d’enseignement à distance.

Il faut rappeler que c’est justement dans une autre période fortement troublée, durant laquelle l’activité scolaire était largement perturbée qu’est né, en 1939, cet établissement public au service de la continuité de l’enseignement.

Petit retour historique

Les premières initiatives d’enseignement à distance datent de la seconde moitié du XIXème siècle. Elles sont rendues possibles grâce au développement des moyens modernes de communication que sont alors le courrier et le téléphone. Elles sont d’abord personnelles, avant que « des organismes privés se lancent dans l’aventure de cours individualisés de soutien ou de préparation à des diplômes d’État ou à des examens organisés par des établissements d’enseignement supérieur traditionnels. » Ainsi des formations par correspondance en langues étrangères sont disponibles en Allemagne à partir de 1856 ; au Royaume-Uni, dès le début des années 1870, des services pédagogiques personnalisés sont proposés par voie postale, la Société d’encouragement à l’étude à domicile, est fondée à Boston en 1873, en Suède, la prestigieuse école Hermods de Malmö qui dispense formations en comptabilité et en langues est fondée en 1898. Elle comptera jusqu’à plus de 150 000 étudiants par an. Mais c’est l’immensité des territoires en Australie et aux États-Unis qui va susciter l’institutionnalisation de l’enseignement à distance.

En France le Cours Hattemer est en 1885 le premier cours par correspondance. Il est suivi par « L’École chez soi » qui, en 1891, propose un enseignement technique par correspondance. Quant à la « préparation Francis Lefebvre », elle offre à partir de 1894 un entraînement par correspondance aux concours de recrutement des personnels de l’administration du ministère de l’instruction publique.

Le développement s’organise surtout en réponse à des demandes lucratives et conduit à une âpre concurrence entre les organismes privés de cours par correspondance. C’est ainsi qu’à partir de 1920 le soutien scolaire devient leur priorité.

Les progrès technologiques accompagnent ce « commerce » avec des disques 78 tours proposés pour l’apprentissage des langues, puis avec la radiophonie. En 1927 la radio d’État Paris-PTT diffuse une émission de l’Institut radiophonique d’extension universitaire et, dix ans plus tard, Radio-Sorbonne émet régulièrement. Mais, cet « enseignement médiatisé », continue pour l’essentiel d’être l’apanage du secteur privé et se heurte à l’« indifférence des pédagogues » selon J.-P. Lehnisch.

Avec la déclaration de guerre en 1939, les choses vont changer. Les circonstances interdisent des conditions normales de scolarisation, en effet de très nombreux enfants sont déplacés, certains établissements scolaires sont réquisitionnés pour d’autres usage : il s’impose donc de « créer, pendant la durée des hostilités, un enseignement par correspondance qui suivra les mêmes programmes, les mêmes méthodes et sera donné par les mêmes maîtres que dans les établissements publics » qui bénéficiera de « l’emploi d’un personnel de manipulation et d’un matériel spécial ». Ainsi née par décret le 2 décembre 1939 une structure nationale d’enseignement par correspondance. Le 30 mai 1944 cette structure est modifiée par un décret qui institue, toujours à titre provisoire, le Centre national d’enseignement par correspondance (CNEPC). Celui-ci sera confirmé à la Libération et renouera avec la vocation première de l’enseignement à distance : contribuer par la formation à la promotion sociale.

Une double mission

Rendre accessibles à toutes et tous l’enseignement et la formation, est en effet l’objectif prioritaire de l’enseignement à distance. Parce qu’il a dû suppléer à la désorganisation du système scolaire, les aléas de l’Histoire ont permis sont développement. Les évolutions technologiques, du courrier au numérique, du papier à l’écran, du téléphone à la visioconférence, ont fournis les outils nécessaires à une évolution en nombre d’utilisateurs ainsi qu’à de très nombreuses transformations pédagogiques. Celles et ceux qui ne peuvent se rendre en classe aujourd’hui peuvent largement bénéficier des services du désormais (depuis 1986) CNED. Mais sa vocation demeure celle de permettre à toutes et tous de pouvoir à tout moment tout au long de leur vie bénéficier de la possibilité de suivre un enseignement, une formation, de reprendre des études, de préparer des concours… Pour cela, il développe de nombreux supports et ressources.

La mise en lumière du CNED alors que les établissements scolaires et universitaires sont fermés pour cause d’épidémie de covid 19 est l’occasion de valoriser sa mission et le travail de ses personnels, trop souvent « maîtres invisibles» comme les nommait en 1940, M. Gastinel premier directeur de la structure d’enseignement par correspondance.

Pour en savoir davantage sur l’histoire du CNED : https://www.cned.fr/media/20658/cnedhistoire1.pdf

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