Bilan du quinquennat par l’institut Montaigne : satisfecit pour l’École, peut mieux faire pour l’enseignement supérieur

« À moins d’un an de l’élection présidentielle, l’Institut Montaigne a cherché à savoir où en est le quinquennat d’Emmanuel Macron ». Il s’agit pour l’institut, proche d’Emmanuel Macron, de « tirer le fil des réformes mises en œuvre depuis 2017, qu’elles aient été annoncées dans le programme du candidat ou décidées durant son mandat ».

Les documents mis en ligne dans un souci de transparence sont annoncés comme ayant « été relus par plusieurs experts du champ couvert » et ayant « à cœur de présenter un décryptage impartial des actions du gouvernement, en partant des engagements pris en 2017 ».

L’institut Montaigne précise que « la thématique étudiée, le chemin parcouru est plus ou moins long, et les difficultés plus ou moins bien surmontées [et que ce] décryptage n’a aucunement vocation à être exhaustif : il vise simplement à alimenter le débat public et à recentrer celui-ci sur des enjeux de fond ».

Une telle démarche ne peut qu’être saluée dans son intention : l’évaluation des politiques publiques est un exercice salutaire, même s’il ne doit pas se limiter à un travail d’experts.

En regardant de plus près ces travaux d’ailleurs, on constate facilement les différences de traitement selon les sujets ainsi que la solidité des bases servant de critères à ces évaluations ;

Satisfecit global pour la politique scolaire

Ainsi la fiche « Éducation » essentiellement consacrée à la politique scolaire du quinquennat (et qui à l’exception du SNU ne fait mention d’aucune autre forme de politique éducative alors même que Jean-Michel Blanquer est également en charge du domaine de l’éducation populaire) tend à mettre en évidence la cohérence de l’action entreprise, même s’il faut que l’auteur (Baptiste Larseneur, chargé d’études à l’institut Montaigne) se doit, à plusieurs reprises et dès ses premières lignes, de rappeler qu’il est trop tôt pour pouvoir en mesurer les résultats « À court terme, la priorité résolue donnée au primaire durant ce quinquennat rend difficilement appréciable l’effet des réformes engagées sur l’amélioration de la performance de notre école » ou met les améliorations attendues au conditionnel « À plus long terme, les mesures mises en œuvre devraient avoir un effet positif sur la réduction de l’échec scolaire comme des inégalités sociales qui y sont attachées ». Voici qui est plus proche de la communication ministérielle ou de la méthode Coué que d’une véritable démarche d’évaluation. La mesure phare présentée comme essentielle et structurante reste (et elle occupe un part importante du rapport tant en données quantitatives qu’en commentaires) le dédoublement des classes de CP et de CE1. Or aucune évaluations internationales n’a encore eu lieu pour en mesurer les bénéfices supposés depuis la mise en œuvre progressive de cette politique. La prochaine livraison de PISA qui concerne les élèves en fin de scolarité obligatoire (15 ans) mesurera les résultats de la politique mise en œuvre durant le quinquennat précédent (2012-2017) et l’application de la Loi pour la refondation de l’École de la République, ce n’est au mieux qu’à partir de 2025-2026 que les effets des réformes portées par la Loi de l’École de la confiance pourront être évalués.

Le rapport rappelle avec l’OCDE que l’engagement dans le numérique est insuffisant même s’il insiste sur les mesures prises, qualifiant (en toute objectivité et sans rappel des différents éléments de programmes introduits en vingt ans dans ce domaine) Jean-Michel Blanquer comme étant « le premier ministre de l’Éducation nationale à réintégrer un enseignement informatique pour tous depuis sa suppression par Claude Allègre en 1998 ».

Le reproche d’avoir dit mais rien fait pour le lycée professionnel est tout de même indiqué «l’ambition affichée par Jean-Michel Blanquer d’en faire un véritable lieu d’insertion professionnelle n’a pas encore été suivie par des réalisations majeures » et permet de revendiquer un rapprochement entre la voie professionnelle et l’apprentissage.

Le parent pauvre de la politique éducative est l’orientation post-bac qui est présentée comme telle.

Une réforme de l’enseignement supérieur non (encore) aboutie

Rédigée par Jean-Michel Catin, ancien directeur de la rédaction enseignement-recherche de l’AEF, la note sur ‘enseignement supérieur est elle plus critique. Si elle dénonce « un manque de vision stratégique à long terme sur les grandes priorités pour le supérieur » antérieur au quinquennat, elle reconnaît les limites de la loi de programmation de la recherche (LPR) du 24 décembre 2020 : « la LPR est trop centralisée sur la recherche et les grands organismes de recherche (CNRS, CEA…) au détriment de l’imbrication nécessaire entre enseignement supérieur et recherche, incarnée par les universités, dont la crise a souligné les faiblesses structurelles ».

Plus globalement, le rapport note que dans le cadre de la loi ORE, « l’autonomie, les regroupements et les politiques de site ont également fait l’objet de mesures aux effets contrastés » et que « l’autonomisation progressive des universités se heurte auquotidien à l’incapacité de l’État à changer sa relation aux établissements supérieurs ». Alors que « la LPR aurait pu constituer une occasion unique pour approfondir le rapprochement entre les organismes de recherche et les universités, en facilitant les convergences locales, par exemple avec la création d’un statut de professeur attaché pour les chercheurs, permettant de faire converger les enseignants-chercheurs et les chercheurs et d’imbriquer davantage recherche et enseignement ». Mais « trop centralisée sur la recherche » l’auteur regrette que « la LPR “oublie” en effet largement le volet universitaire ».

Enfin le rapport rappelle que pour les universités, « l’enjeu du financement n’est pas réglé, même si la recherche a constitué (avec le régalien), une priorité budgétaire sur le quinquennat, que traduit la LPR ».

Deux auteurs au statut différent, deux domaines distincts mais pourtant liés et complémentaires, deux ministres avec des influences très différentes au sein des gouvernements et du parti présidentiel comme dans l’opinion publique… ces éléments ne sont pas sans poser question quant à l’impartialité de l’évaluation proposée par l’institut Montaigne, même si la démarche reste intéressante et les documents éclairants pour construire une réflexion et mener le débat sur le fond des sujets d’éducation.

————-

Pour retrouver l’ensemble du « grand décryptage » :

https://www.institutmontaigne.org/publications/quinquennat-macron-le-grand-decryptage

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :