Les inégalités : c’est aussi dans l’Enseignement Supérieur

Beaucoup a été dit sur les inégalités scolaires et le fait que le système scolaire ne réussisse pas à les réduire mais participe lui-même, au contraire à les renforcer. Dans le même temps, on se félicite d’une « démocratisation » accélérée de l’Enseignement supérieur. Ainsi, depuis soixante ans, le nombre d’étudiant.e.s en France n’a cessé d’augmenter, passant de 310 000 en 1960, à 1,7 million en 1990 jusqu’à 2,8 millions en 2021. Une augmentation du nombre d’étudiant.e.s d’autant plus difficile à absorber par les universités dans un budget contraint : puisque, depuis 2010 selon Alternatives Économiques, la hausse du nombre d’inscrit.e.s de 20 % a été accompagnée d’une baisse de 2 % du nombre d’enseignant.e.s., faisant nettement diminuer la dépense par étudiant.e.

Au-delà des difficultés budgétaires, la question des inégalités dans l’Enseignement Supérieur, moins souvent abordée que pour l’École, vient d’être récemment illustrée par plusieurs études, dont celles réalisées par le Conseil d’analyse économique (CAE).

La note n° 68, de décembre 2021 rédigée par Gabrielle Facka et Élise Huilleryb invite à agir dans l’ »Enseignement supérieur : pour un investissement plus juste et plus efficace« . Les auteurs rappellent que le développement du nombre d’étudiant.e.s en France « ne s’est pas accompagnée d’une baisse du rendement relatif des diplômes. […] les titulaires d’une licence ou d’un master gagnent respectivement 30 ou 50 % de plus que les bacheliers des voies générale et technologique, un gain relativement stable dans le temps même si le nombre de diplômes délivrés a fortement augmenté depuis les années 1990. Le diplôme du supérieur continue de jouer un rôle impor­tant de rempart face au chômage comme cela a pu être vérifié lors de la crise de 2008 ». Pour autant « en consacrant 1,5 % du PIB (dont 1,2 % pour la part publique) à l’enseignement supérieur, la France se trouve dans une position moyenne au sein de l’OCDE » et « la dépense par étudiant baisse cependant tendanciellement depuis les années 2010 ». Caractéristique française aggravante les différentes formations sont dotées de moyens très inégaux, leurs coûts variant dans « un rapport de 1 à 4 entre une année de licence et une année en classe préparatoire et également sensiblement entre différentes disciplines telles que les sciences dures et les sciences humaines et sociales ». Des variations essentiellement dues aux taux d’encadrement : les formations les plus élitaires sont également les mieux dotées en nombre d’enseignants : un phénomène qui renforce les inégalités et peut « affecter le taux de réussite des étudiant.e.s ». Autre caractéristique « les inégalités d’accès aux études supérieures et aux types de formation en fonction du niveau social sont encore très importantes : moins de 30 % des enfants issus de familles modestes accèdent à l’enseignement supérieur, contre près de 90 % parmi les plus aisés ».

Des constats qui selon les auteurs, « invitent à repenser la stratégie d’investissement dans l’enseignement supérieur pour gagner en efficience et en équité ».

La note N° 074, également de décembre 2021 due à Hamza Bennani, Gabriele Dabbaghian et Madeleine Péron prolonge cette réflexion, analysant de manière détaillée « les coûts des formations dans l’enseignement supérieur français : déterminants et disparités ».

Par ailleurs, la dernière édition du « France, portrait social »* de l’Insee confirme le lien entre origine sociale et niveau scolaire (mesuré par la mention au baccalauréat), tout comme une note du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation** constatant qu’à la rentrée 2021, les boursiers représentant 38,4 % de l’ensemble des étudiants, était répartis de manière très inégalitaires, puisque c’est la cas « de 55 % des élèves de BTS et seulement 27 % des effectifs de CPGE, 23 % de ceux des écoles d’ingénieurs et 12 % suivant un cursus en école de commerce ».

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* D’Admission post‑bac à Parcoursup : quels effets sur la répartition des néo‑bacheliers dans les formations d’enseignement supérieur ? − France, portrait social | Insee

** Publications | enseignementsup-recherche.gouv.fr page=1

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