La scolarité des filles : bons résultats, autocensure et conformité aux stéréotypes genrés

De très nombreuses études renseignent sur la scolarité des filles, leurs résultats, leurs choix d’orientation, leurs comportements vis-à-vis de l’École. Aussi, s’il n’apporte par vraiment de données nouvelles, le très complet chapitre « De l’école élémentaire à l’entrée dans l’enseignement supérieur : filles et garçons construisent des parcours distincts » rédigé par Léa Chabanon et Maxime Jouvenceau (Depp) dans le récent ouvrage de l’Insée Femmes et hommes, l’égalité en question. Édition 2022, a l’avantage de balayer l’ensemble de la scolarité des filles, de la comparer avec celui des garçons et de l’illustrer par de nombreux résultats de recherche. Une riche recension qui permet de mieux connaître et comprendre la distinction des parcours scolaires des filles et des garçons de manière quasi-exhaustive et dans un seul et même document.

Qu’en retenir ?

Trois éléments essentiels :

– la rupture du collège : c’est en effet durant les années collège que la distinction dans les résultats comme dans les comportements scolaires va le plus se matérialiser. Si les résultats en français demeurent supérieurs pour les filles que pour les garçons, l’écart se creuse à leur désavantage en mathématiques (particulièrement pour les filles issues des milieux favorisés ou très favorisés). Mais les études montrent aussi des distinctions de réussite entre les évaluations qui s’appuient sur le programme scolaire et correspondent au travail demandé en classe (plus favorables aux filles) et les tests cognitifs proches de ceux réalisés lors des enquêtes du programme international de suivi des acquis des élèves (PISA) moins favorables aux filles.

– des choix d’orientation moins scientifiques et moins diversifiés. A la rentrée 2019 en terminale générale, 43 % des filles avaient choisi la filière S, contre 62 % des garçons. La nouvelle organisation du baccalauréat n’a pas modifié ces tendances. Ainsi, en classe de Première, « les triplettes exclusivement scientifiques réunissent désormais 26 % des filles, contre 37 % des garçons » 42 % des filles, contre 61 % des garçons choisissent les triplettes avec au moins deux matières scientifiques et elles sont 33 % des filles, contre 16 % des garçons, dans les triplettes sans aucune matière scientifique. Une tendance qui se confirme en classe de Terminale et se retrouve également, sous d’autres formes, dans les voies technologiques et professionnelles : « les filles sont surreprésentées dans la série technologique sanitaire et sociale et la série laboratoire tandis que les garçons sont surreprésentés dans la série industrielle. Dans la voie professionnelle, les filles sont surreprésentées dans les spécialités des services et les garçons dans les spécialités de la production ».

Alors qu’« au baccalauréat scientifique, les filles réussissent mieux que les garçons, notamment en français et en SVT, et obtiennent des résultats comparables en mathématiques », plus du quart des bachelières (contre seulement 11 % des bacheliers) s’oriente à l’université dans les filières de santé et sont nettement moins nombreuses dans les autres filières ; « dans les CPGE scientifiques et les écoles d’ingénieurs post-bac, la part de bacheliers représente près du double de celles des bachelières ».

– une moins grande confiance en soi malgré de bons résultats scolaires. Là encore, c’est durant les années de collège que les évolutions négatives pour les filles se réalisent. Si en fin de sixième, la motivation aux études est légèrement supérieure pour les filles que les garçons dans les milieux favorisés et similaires dans les milieux moins favorisés, elle chute en fin de troisième et devient nettement inférieure à celle des garçons, quels que soient les milieux sociaux. « Les années de collège s’accompagnent donc d’une forte baisse de la motivation des filles ». Il faut certainement y voir une corrélation avec la dégradation au cours de ces mêmes années de leur sentiment d’efficacité personnelle (SEP) particulièrement dans sa composante sociale : « au collège, les filles déclarent davantage que les garçons se sentir mises à l’écart par les autres élèves [… et] leurs éventuelles difficultés dans les relations sociales ont davantage de conséquences négatives sur leur confiance et les jugements qu’elles portent sur leurs propres compétences ». Pour autant, « en troisième, en dépit d’un sentiment d’efficacité personnelle diminué, les filles adhèrent toujours aux attentes de l’école : plus des trois quarts d’entre elles déclarent faire très bien leur travail en classe et aimer beaucoup l’école, soit nettement plus que les garçons ».

Cette différence correspond également dès l’école élémentaire à une distinction d’appréhension des comportements scolaires. Ainsi face à des difficultés d’apprentissage, « celles des filles en mathématiques sont plus souvent interprétées par les enseignants comme « cognitives », étant liées à des « difficultés de compréhension et à des lacunes antérieures », [alors que] celles des garçons sont plus souvent perçues comme « comportementales » et « ponctuelles » dans le sens où leurs difficultés d’apprentissage disparaîtraient s’ils respectaient les normes de la classe ». De même, « les garçons se permettraient aussi plus facilement que les filles, davantage respectueuses des règles scolaires, de répondre aux questions collectives ou qui ne leur sont pas destinées ». Ayant « tendance à se conformer au stéréotype de l’élève assidu et réservé » qui leur est souvent assigné, les filles seraient ainsi progressivement enfermées dans «la construction d’un sentiment d’auto-disqualification » qui contribue ensuite au manque de confiance en elle qu’elles vont développer au contraire des garçons davantage inscrits dans la contexte concurrentiel de compétition et moins inhibés.

L’ensemble de ces données et analyses sont connues et bien documentées, reste à s’en servir afin de permettre les conditions d’une véritable égalité scolaire entre filles et garçons, ce qui n’est pas encore le cas, loin de là.

Pour en savoir davantage , le dossier de l’INSEE : https://www.insee.fr/fr/statistiques/6047791?sommaire=6047805

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :