Coopérer pour apprendre – apprendre à coopérer

Deux publications récentes invitent à se pencher sur la coopération entre élèves « dans un dessein d’efficacité, puisqu’on est à l’école pour apprendre » précise Véronique Baraize, dans l’éditorial du dernier numéro de la revue « Animation et éducation ». Pourquoi en effet former les élèves à la coopération ? Comme le soulignent Sylvain Connac, Cyril Lascassies et Julie Lefort dans leur avant-propos du numéro 476 des « Cahiers pédagogiques », « principalement pour qu’ils ne tombent pas dans les pièges des situations de classe où ils sont autorisés à coopérer. Des élèves initiés et ayant compris les raisons pour lesquelles ils peuvent essayer d’apprendre avec d’autres sont plus attentifs au calme, sont vigilants à ne pas laisser les autres travailler à leur place et acceptent plus facilement la controverse et le soutien mutuel », avant d’ajouter « vous l’aurez compris, il ne s’agit pas de former les élèves pour qu’ils apprennent à coopérer, ce n’est pas l’objectif. Le but est plutôt qu’ils parviennent à mieux apprendre par eux-mêmes, en choisissant de coopérer quand c’est utile ».

Alors certes, et les deux revues le font très bien, il est indispensable de proposer des pistes de réflexion et de mise en œuvre des conditions de la coopération en classe afin qu’elle soit réellement une aide pour toutes et tous aux apprentissages. Car si de très nombreuses recherches mettent en évidence les apports « des interactions entre pairs en matière d’engagement des élèves dans les tâches scolaires, de motivation à apprendre et de qualité des apprentissages », force est de constater comme le fait Marie-France Rachédi qu’« en France, et notamment au niveau du collège et du lycée, cette vision reste encore minoritaire et l’enseignement tend classiquement à privilégier une conception individualiste de l’apprentissage ». Elle y voit la marque de la complexité et de l’exigence d’une de mise en œuvre de la coopération entre élèves, se traduisant par une multitude de questions qui s’imposent : « comment organiser l’apprentissage par petits groupes pour que chaque élève participe et s’engage dans la tâche ? Comment éviter que ces interactions ne renforcent les écarts existants ? Comment favoriser des interactions entre élèves qui susciteraient des échanges productifs du point de vue cognitif ? Quels éléments contribuent à structurer un travail interactif efficace aux niveaux social et cognitif ? Plus largement, comment installer une coopération de laquelle chaque élève tire bénéfice ? Une coopération grâce à laquelle chacun apprend mieux, par et avec les uns et les autres ? ».

Ainsi des réponses concrètes sont proposées et expliquées. Les deux revues se proposent de préciser les notions coopératives utilisées, de distinguer entre « coopération et collaboration, groupe et équipe, travail de groupe et travail en groupe, tutorat et monitorat », mais aussi d’analyser des mise en œuvre « opérationnelles » et des dispositifs vécus en école élémentaire, en collège et en lycée. Les deux dossiers abordent surtout « les conditions pédagogiques de leur mise en œuvre et de leur efficacité – comme l’importance du rôle de l’enseignant, de la réciprocité de l’aide, de la formation des élèves aux habiletés coopératives, de distinguer la tâche scolaire de l’objectif d’apprentissage… – […] des conditions essentielles donc pour que l’apprentissage entre pairs soit effectif et bénéfique pour tous ».

Nul doute qu’il y a dans le champ pédagogique beaucoup à apprendre sur les mise en œuvre de la coopération et de ses apports dans l’acquisition des apprentissages. Pour autant, coopérer ne peut se limiter à une démarche « utile » permettant de mieux apprendre collectivement que seul(e). Coopérer est une démarche philosophique et humaniste qui renvoie à une conception de la société. Aussi, éduquer à la coopération dans le milieu scolaire revient à affirmer que la compétition n’est pas le seul mode de relation humaine qui doit prédominer et qu’il est possible -certainement même souhaitable- de « travailler avec, par et pour d’autres, afin de contribuer autant aux progrès des autres qu’aux siens » selon les mots de Sylvain Connac. Au-delà, en développant un apprentissage et une pratique de la coopération, les éducatrices et éducateurs participent « à former les enfants pour qu’ils puissent s’engager, une fois adultes, dans des actions qui transformeront nos sociétés vers moins d’individualisme », et cela est plus qu’indispensable et urgent.

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Animation et éducation, « L’apprentissage entre pairs, à quelles conditions ? », n° 287 , mars-avril 2021, http://www2.occe.coop/sites/default/files/fichiers-joints/ae287-bdef_extrait.pdf

Les cahiers pédagogiques, « Former les élèves à la coopération », n° 576, avril 2021, https://www.cahiers-pedagogiques.com/n-576-former-les-eleves-a-la-cooperation/

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