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[R] : éclairer un monde en mutation

Nul doute, le monde bouge, se transforme, mute. La recherche, la réflexion permettent d’éclairer ces évolutions et d’accompagner ces changements qui interrogent, déstabilisent parfois, enthousiasment aussi.

A sa mesure, notre revue [R] cherche à apporter ces éclairages.

Le troisième numéro qui vient de paraître (fin mai 2019) invite à voyager dans ce monde en mutation écologique, économique, culturel, éducatif, citoyen :

– en regardant lucidement ce que le recherche nous apprend du dérèglement climatique ;

– en analysant avec Xavier Pons, l’invité de notre grand entretien, la construction des politiques éducatives et leurs enjeux ;

– en imaginant avec notre partenaire Arts et Vie, ce qu’habiter le monde par un tourisme social, culturel et citoyen veut dire ;

– en interrogeant la notion de débat et son implication dans une société qui se rêve davantage participative sans trop savoir comment faire

– en considérant la culture comme une richesse à construire et à transmettre, à conserver et à inventer ;

– en s’inspirant d’un système éducatif original comme celui de l’Écosse ;

– en regardant le chemin parcouru de l’école et l’écran pour mieux questionner celui qui reste encore à faire pour une éducation par et à l’image.

80 pages pour un tour dans ce monde en mutation, avec des étapes, des pauses et des respirations. Comme toujours des indications pour « aller plus loin », des conseils de lecture. Des pistes de réflexion et pourquoi pas…d’action afin de prendre part à la transformation de notre monde.

Le numéro 3 de la revue [R] est disponible auprès du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation (celine.pourtier@unsa-education.org). Il peut être acquis au numéro au prix de 15 euros et par abonnement (35 euros pour trois numéros).

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« Petite Poucette » est orpheline

Ce matin « Petite Poucette » est triste. Ses doigts sont gourds sur le clavier. Ses messages remplis de larmes.

« Petite Poucette » est orpheline.

Michel Serres s’en est allé. Ultime voyage vers le grand large pour le philosophe navigateur.

Et nous voici nous aussi, un peu orphelins. Nous venons de perdre un ami de la famille.

Certes, nous ne le connaissions pas bien. Juste sa voix à la radio. Son image à la télévision. Mais surtout la profonde pensée, la réflexion éclairante, l’image juste et questionnante de chacun de ses livres.

A l’inverse de la pièce de Luigi Pirandello, Michel Serres, pédagogue, fut en permanence un auteur en quête de personnages. Un pour chaque concept développé, pour chaque idée exposée, pour chaque nouvelle réflexion. Et la galerie des portraits est longue. Celle des personnages qui peuplent ses plus de 80 livres et qui nous guident dans la compréhension d’une pensée complexe qui relient toutes les disciplines et s’appuie, comme le faisaient les philosophes antiques, au départ sur les avancées de la science.

Qu’on ne s’y trompe pas, Michel Serres n’est pas toujours facile à lire. Espiègle, il l’était aussi dans sa manière de nous conduire, sans toujours nous le dire, vers des abîmes de réflexion. Partis confiants pour un peu de canotage intellectuel, combien de fois, nombre d’entre nous, ses lecteurs, nous sommes nous retrouvés face à la houle des interrogations, au vent violent de la pensée, aux vagues des incertitudes. Mais le lieutenant de vaisseau Serres tient bon la barre et sait nous conduire à bon port.

Alors aujourd’hui, nous sommes un peu tristes et orphelins, comme « Petite Poucette ». Même les « grands-pères ronchons » ont une larmes à l’œil en marmonnant « C’était mieux avant » et ajoutant « quand Michel était encore là ». Mais Hermès, nous le rappelle : Michel Serres est immortel (au-delà du fait qu’il était académicien -sans épée). Le « gaucher boiteux » nous laisse ses livres et la richesse de sa pensée pour nous entraîner encore dans de nombreux nouveaux voyages.

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L’ÉDUCATION POPULAIRE, UNE EXIGENCE DU 21ÈME SIÈCLE (le rapport du CESE)

Adopté avec une très large majorité (166 votes favorables, 5 contre et 4 abstentions), le rapport du Conseil Économique, Social et Environnemental sur « l’Éducation populaire : un exigence du 21è siècle » doit désormais convaincre les décideurs, et en tout premier le ministre en charge de ce secteur, de porter la politique volontariste proposée au travers des 20 préconisations, décrite ci-dessous dans le document de synthèse du CESE.

« L’actualité de ces six derniers mois démontre l’urgence d’ouvrir des espaces permettant aux citoyens et aux citoyennes de s’exprimer, d’échanger, de participer aux débats qui alimentent notre société et surtout d’être entendus et ainsi de contribuer réellement aux décisions locales comme nationales. Parce qu’elle irrigue la société, qu’elle facilite la citoyenneté et l’engagement dans la cité, l’éducation populaire est un réel atout pour mieux « faire société ». Son approche bienveillante, sa reconnaissance que chacun « est capable », ses méthodes actives, tout comme sa volonté d’émancipation des femmes et des hommes, son approche critique, sont autant d’aspects qui peuvent alimenter la recherche de formes et d’espaces nouveaux de démocratie, de participation, de co-production et d’actions concrètes au plus près des réalités vécues. L’éducation populaire s’inscrit dans un projet politique de justice sociale et d’émancipation. Sa capacité de recherche et d’innovation sociale en fait aussi un laboratoire utile à l’intérêt général. L’enjeu de cet avis est de mettre en lumière la modernité de l’éducation populaire. Il propose vingt préconisations concrètes pour contribuer à restaurer et valoriser ses démarches, permettre aux multiples actrices et acteurs de sortir de l’invisibilité et les accompagner dans la nécessaire réforme de leur fonctionnement pour leur permettre de s’inscrire dans une dynamique de renouveau. Elles s’articulent autour de cinq grands axes : investir dans les politiques publiques d’éducation populaire pour contribuer à réconcilier la société ; développer le lien social pour conforter la citoyenneté ; sécuriser le modèle économique ; former les différents acteurs et reconnaître leurs compétences ; favoriser l’engagement et renouveler la gouvernance.

LES PRÉCONISATIONS DU CESE

INVESTIR DANS LES POLITIQUES PUBLIQUES D’ÉDUCATION POPULAIRE POUR CONTRIBUER À RÉCONCILIER LA SOCIÉTÉ

A cette fin, le CESE préconise :

  • l’engagement d’un plan national volontariste dont l’objectif sera de faire vivre sur tous les territoires au moins un équipement pluridisciplinaire, lieu de rencontres, de partage et de débat, en mobilisant pour cela les organisations d’éducation populaire de ces territoires ;

  • que soit nommé, de façon pérenne auprès du Premier ministre, une ou un délégué interministériel à l’éducation populaire ;

  • un renforcement significatif des moyens humains et financiers de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) ;

  • que soit créé et animé, en pleine association avec les actrices et acteurs de l’éducation populaire et des collectivités territoriales, un fonds de soutien à l’innovation et à l’expérimentation ;

  • que le champ de la recherche dans les domaines de l’éducation populaire fasse l’objet d’un soutien accru dans le cadre de la future loi de programmation de la recherche.

    DÉVELOPPER LE LIEN SOCIAL POUR CONFORTER LA CITOYENNETÉ

    A cette fin, le CESE préconise :

  • un plan de relance des projets éducatifs de territoire en en faisant un outil permettant la synergie de l’action des co-éducateurs sur leur territoire avec les établissements scolaires ;

  • de renforcer le Parcours citoyen au collège et au lycée en favorisant le travail partenarial entre les actrices et acteurs de l’Éducation nationale et ceux de l’éducation populaire ;

  • la relance des colonies de vacances et des classes de découverte par la sécurisation de leur cadre juridique et administratif et le retour à un niveau de financement public permettant le départ de chaque enfant au moins trois fois durant sa scolarité ;Êque, sous réserve de l’évaluation des actions réalisées, le dispositif des Fabriques d’initiatives citoyennes soit pérennisé et doté de moyens suffisants pour qu’il puisse se déployer ;

  • l’intégration dans les conventions collectives, grâce à la négociation entre partenaires sociaux, d’une mesure permettant d’accompagner les salariées et salariés des entreprises sans Comité social et économique.

    SÉCURISER LE MODÈLE ÉCONOMIQUE

    A cette fin, le CESE préconise :

  • de favoriser le recours à la convention pluriannuelle d’objectifs (CPO) comme mode de financement de l’activité des structures d’éducation populaire ;

  • d’augmenter le nombre de « postes Fonjep » en direction des organisations d’éducation populaire afin de stabiliser et de renforcer leurs actions dans la durée ;

  • la stabilité du cadre fiscal spécifique aux organisations d’éducation populaire au titre du caractère désintéressé de leur gestion, de l’impartageabilité de leurs bénéfices, du but non lucratif et de leur contribution à l’intérêt général conformément à la Charte des engagements réciproques.

    FORMER ET RECONNAÎTRE LES COMPÉTENCES

    A cette fin, le CESE préconise :

  • d’identifier et de coordonner l’offre de formation initiale et continue aux métiers relevant de l’éducation populaire ;

  • après étude, d’ouvrir le Compte engagement citoyen (CEC) à tous les bénévoles qui s’investissent au moins 200 heures par an dans des actions associatives et d’envisager l’abondement du CEC par le compte personnel de formation ;

  • un investissement fort dans la formation des bénévoles en abondant significativement le Fonds de Développement de la Vie Associative (FDVA – Formation des bénévoles ou FDVA).

    FAVORISER L’ENGAGEMENT ET RENOUVELER LA GOUVERNANCE

    A cette fin, le CESE préconise :

  • de développer le Passeport Bénévole®, de le promouvoir dès le lycée pour le rendre accessible à tous et toutes et de renforcer les moyens d’accès aux services civiques dans les organisations d’éducation populaire ;

  • de populariser les articles 10 et 43 de la loi «Égalité et citoyenneté» de janvier 2017 et de faire une évaluation régulière de son application. Cette loi permet à tous bénévoles de bénéficier d’un congé pour siéger dans l’organe d’administration ou de direction d’une association. Elle permet aussi à des jeunes de 16 ans d’en assumer l’administration ;

  • d’expérimenter l’extension, au-delà de six ans, du crédit d’impôt permettant de couvrir les charges liées à la garde d’enfants afin de promouvoir la parité dans les instances statutaires des organisations de l’éducation populaire ;

  • d’inciter les structures de l’éducation populaire à limiter pour leurs dirigeantes et dirigeants à trois le nombre de mandats consécutifs ou à neuf ans, à favoriser l’accès des jeunes et à garantir la parité dans leurs instances statutaires. »

Retrouver sur le site du CESE la séance plénière du 28 mai : https://www.lecese.fr/content/le-cese-adopte-son-avis-sur-leducation-populaire

et ici l’ensemble du rapport : 2019_12_education_populaire

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Et l’on reparle (enfin) d’Éducation populaire

En pleine revendication de plus de participation citoyenne, de la part des « gilets jaunes » et d’autres, nous avions poussé un cri d’alerte : aurait-on oublié l’Éducation populaire ? (https://centrehenriaigueperse.com/2019/01/16/aurait-on-oublie-leducation-populaire/)

Nous avons en effet en France une démarche, déjà ancienne (plus de 150 ans), mais loin d’être ringarde, d’implication des citoyens à la transformation de la société grâce à une éducation culturelle et politique partagée, portée par les pairs de manière transversale et bienveillante.

Une démarche certes qui a connu ses heures de gloire dans des temps passés (la fin du XIXème siècle, le Front populaire, la Libération…), mais qui depuis n’a cessé d’agir et d’innover au quotidien et dans la proximité.

Par chance, nous ne sommes pas les seuls à nous en être souvenus. Le Conseil économique social et environnemental s’est auto-saisi d’un rapport sur cette éducation populaire trop souvent méconnue et en a confié la rédaction à Christian Chevalier de l’UNSA et Jean-Karl Deschamps de la Ligue de l’Enseignement.

La séance plénière du CESE d’aujourd’hui se réunit pour entendre l’avis ainsi que les préconisations et les adopter.

L’objectif d’un tel rapport est triple :

– redonner de la visibilité à l’Éducation populaire, montrer la modernité de son ambition et de ses pratiques ;

– proposer un plan volontariste de soutien aux associations, mouvements et services de l’Éducation populaire souvent confrontés à la concurrence du privé commercial par les appels d’offres, l’absence de vision à moyen et long terme, l’absence de soutien des responsables politiques et du ministère qui en est en charge ;

– mais surtout, il s’agit de mettre en évidence que la fracture sociale, culturelle, citoyenne n’est pas une fatalité, que l’émancipation individuelle et collective est possible, que réconcilier la société commence par des actions du quotidien et de la proximité. Que cet apport est présent sur l’ensemble des territoires sous de multiples formes. Qu’il est déjà à l’œuvre et qu’une politique volontariste d’accompagnement permettrait la démultiplication de son engagement.

Le rapport du CESE sera à retrouver dans un prochain article, juste après la séance plénière de cet après-midi. Pour en savoir davantage, vous pouvez d’ores et déjà consulter le site du CESE : https://www.lecese.fr/content/leducation-populaire-une-exigence-du-21eme-siecle

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En éducation artistique et culturelle (aussi), les inégalités sociales restent encore (trop) souvent un impensé

 

Dans Les Héritiers. Les étudiants et la culture (Paris, Éditions de Minuit, 1964) Pierre Bourdieu et Jean Claude Passeron dénonçaient « l’idéologie du don » consistant à ne concevoir la transmission de la culture qu’au travers du prisme du comportement individuel de l’enfant ou du jeune, son comportement, son attitude, son intérêt, son don pour l’art.

L’éducation artistique et culturelle a pour vocation la démocratisation culturelle. La mise en œuvre des plans successifs de développement de l’EAC. Du parcours inscrit dans la loi de refondation à sa place dans les TAP, jusqu’au ville-laboratoire « 100 % EAC », l’ensemble des dispositifs visent l’implication de chaque enfant dans une approche artistique. Artistes, enseignants, animateurs forment le triptyque des professionnels qui interviennent, mettent en place et fond vivre cet éveil sensible, tant par la découverte des œuvres que par des ateliers de pratiques.

Pour autant, les disparités sociales continuent à jouer un rôle important dans la réception de ces démarches auprès des enfants. Une étude menée par le Laboratoire étude, recherche, formation en action sociale (LERFAS) entre 2015 et 2017 de six dispositifs soutenus par le FEJ est édifiante sur ce point. Répartis dans des contextes sociaux et territoriaux hétérogènes (urbain, péri-urbain, rural, non REP, REP+) portés par des structures à caractère associatif ou public, les activités proposées touchent plusieurs disciplines artistiques : cinéma, théâtre, danse, musique baroque, musique classique, arts plastiques, se déroulent dans le temps scolaire et/ou périscolaire et prennent forme à travers la réalisation d’ateliers.

Lorsque les enfants sont interrogés leur appréciation « varie en fonction du milieu social d’origine. Ce sont les enfants dont les parents sont issus des catégories cadres et professions intellectuelles supérieures qui déclarent plus fréquemment apprécier les activités proposées, contrairement aux enfants d’ouvriers, employés ou sans activité professionnelle qui se déclarent plus indifférents. Par exemple, 93 % des enfants de cadres déclarent apprécier de « découvrir de nouvelles choses », contre 76 % des enfants d’ouvriers. »

Il en va de même face à un spectacle, bien que ceux-ci apparaisse comme un vecteur de la démocratisation culturelle. Ainsi, « si 77 % des enfants déclarent apprécier faire un spectacle, ce sont les enfants d’employés et d’ouvriers qui déclarent plus souvent ne pas apprécier cela, contrairement aux enfants de cadres, professions intellectuelles supérieures ou professions intermédiaires. »

La recherche fait également apparaître que les artistes intervenants dans les dispositifs d’éducation artistique et culturelle sont rarement sensibilisés et donc encore moins formés à la prise en compte de ces disparités sociales : « les évaluations révèlent qu’un certain nombre d’artistes n’appréhendent pas les inégalités de pratiques entre les enfants en fonction des inégalités sociales. Certains intervenants, en effet, nourrissent peu, voire pas d’intérêt pour le milieu social et culturel de leur public. Dans leurs discours, le don ou encore la personnalité de l’enfant opèrent comme des clés de lecture permettant de justifier ces différences. »

Un élément pourtant essentiel à prendre en compte si l’on souhaite que le développement de l’éducation artistique et culturelle contribue à lutter contre les inégalités et apporte à chaque enfant et jeune une ouverture sur le monde, une approche sensible, des moyens de s’exprimer et d’être.

Retrouvez les résultats de cette études dans une note d’analyses et de synthèse de l’INJEP : http://injep.fr/wp-content/uploads/2019/03/IAS22_educationculturelle_BD.pdf

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Focus PISA : le libre choix de l’école augmente, les inégalités scolaires s’aggravent

« Les pays où la ségrégation sociale s’est le plus accentuée sont ceux où l’utilisation du lieu de résidence comme critère d’admission a reculé », tel est le constat d’un focus, à partir de l’analyse des résultats des évaluations PISA, que l’OCDE vient de publier (mai 2019).

Il y a, selon l’étude, un lien indéniable entre l’utilisation du lieu de résidence comme critère d’admission dans les établissements scolaires et les caractéristiques socio-économiques des élèves qui y sont scolarisés.

Ainsi, dans la majorité des pays étudiés, le libre choix de l’établissement laissé aux parents conduit à une concentration des élèves défavorisés dans quelques établissements.

Inversement, l’attribution du lieu de scolarisation en fonction du lieu d’habitation entraîne un équilibre socio-économique entre tous les établissements ou une grande majorité d’entre eux.

En effet, l’enquête fait apparaître que « lorsqu’on les interroge sur les principaux critères qu’ils prennent en compte lors du choix de l’établissement de leur enfant, la majorité des parents, et en particulier ceux de milieux défavorisés, citent la distance parmi les facteurs les plus importants. »

A cela s’ajoute le fait que de nombreuses familles ne connaissent pas ou ne savent pas distinguer ou ne peuvent pas se permettre financièrement de profiter de l’offre pédagogique ou éducative différente pouvant être offerte dans des établissements mis en concurrence. Alors que les familles proches de la culture scolaire savent très bien utiliser ce marché scolaire concurrentiel.

Une carte scolaire stricte serait donc la solution à la mixité scolaire ?

Pas uniquement, puisque, lier le lieu d’habitation et l’établissement scolaire ne peut créer de la mixité scolaire que s’il y a mixité socio-économique sur son territoire de recrutement.

Par contre déréguler les périmètres scolaires revient à aggraver les inégalités socio-économiques entre les établissements.

Or, entre les successives évaluations PISA, particulièrement entre les résultats 2000 et 2015, le nombre d’élèves dont le critère d’attribution d’un établissement dépend de son lieu d’habitation, a fortement baissé. La liberté de choix scolaire est de plus en plus majoritairement laissé au parents. Les inégalités scolaires augmentent.

Pour en savoir plus sur les éléments de ce focus PISA :

https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/943456f0-fr.pdf?expires=1558703171&id=id&accname=guest&checksum=D34F37A600438F1CF85F51D118F105DB

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Éducation : « c’était mieux avant » pas vraiment , mais « peut (encore) mieux faire » c’est certain !

Qui n’a pas entendu (à l’image des « grands-pères ronchons de Michel Serres) l’idée que l’Éducation -ou du moins l’École- c’était mieux avant.

Pas vraiment, répond Denis Meuret (Professeur en sciences de l’Éducation à l’université de Bourgogne-Franche-Comté) dans le dernier numéro hors série de Sciences humaines consacré « aux enjeux de notre temps.

Par vraiment, d’abord parce que rien ne permet de mesurer ce (fameux) déclinisme. Dans les années 1960 « il était impossible de comparer sérieusement les systèmes éducatifs » affirme le chercheur, avant de préciser qu’« aujourd’hui, c’est un progrès, nous pouvons le faire, même si c’est d’une façon encore largement perfectible. »

Pas vraiment parce que si « un tiers des adultes en France souffrent d’un manque de compétences en numératie et/ou en littératie, ce qui représente cinq point de plus que la moyenne des pays de l’OCDE », cela concerne les plus âgés et est à mettre en relation avec leur moindre scolarisation. La France a en effet tardé à démocratiser l’école avec la mise en place du collège et du lycée, puis l’université.

Pas vraiment parce que c’est cette démocratisation scolaire qui a permis une élévation du niveau de compétence, mais aussi de salaire comme l’a montré l’économiste Eric Maurin. Ce qui fait dire à Denis Meuret que « tout ce qui tire vers le haut les qualifications de ceux qui entrent sur le marché du travail tend donc à diminuer les inégalités salariales. »

Quand aux inégalités sociales, en s’appuyant sur une récente étude du sociologue Louis-André Vallet, l’auteur déduit que « le système d’enseignement a joué un rôle majeur » dans la réduction des inégalité sociales dans la société française, à la fois « en réduire l’inégalité des chances face à l’école et en allongeant la durées des études. »

Ainsi donc, vraiment ce n’était pas mieux avant. Et l’on doit à la démocratisation scolaire puis universitaire le développement social, économique, intellectuel du pays.

Est-ce pour autant que tout va bien au royaume de l’Éducation ? Pas vraiment, non plus…

Pas vraiment parce la France est le pays de l’OCDE dans lequel l’effet de l’environnement familial (donc social et culturel) est le plus important par rapport au niveau d’acquisition des compétences des élèves.

Pas vraiment parce que les résultats des élèves issues de l’immigration (première et deuxième générations) demeurent (et même après correction des effet induit par le niveau sociale de leurs familles) bien plus faible que celui des enfants autochtones mais aussi bien mois élevés que celui de leurs homologues dans les autres pays de l’OCDE.

Pas vraiment parce que les « politiques ciblées sur les élèves en difficulté donnent des résultats décevants » ajoute le chercheur.

Le système scolaire français peut donc (encore) mieux faire. Il s’y emploi déjà. Mais si certaines réformes vont dans le bon sens, d’autres risquent de conduire à des reculs. Ainsi en est-il du redoublement, encore trop élevé mais dont la réduction a permis de réduire le taux d’échec scolaire. Qu’en sera-t-il de son retour ? De même pour la suppression des EPI en collège alors qu’il s’agissait là d’une piste intéressante.

La relation parents-enseignants est aussi une piste de (grande) amélioration possible, tout comme les évolutions pédagogiques (travaux de petits groupes, pédagogie de projet…)

Enfin reste le ressenti des enseignants qui impacte leur implication et la priorité faite à la politique éducative. 5 % des enseignants de collèges « estiment que leur métier est valorisé par la société contre 31 % en moyenne dans les 50 pays de l’enquête Talis de 2013 » rappelle Denis Meuret. A la question « Globalement, ressentez-vous de la reconnaissance et du respect dans votre pratique professionnelle ? » du baromètre UNSA des métiers de l’Éducation 2019, seulement 28, 2 des enseignants répondent positivement soit 8 points de moins qu’en 2018. Sur ce point, vraisemblablement, ce devait être mieux avant !

(Bons points et fragilités du système scolaire par Denis Meuret, Sciences Humaine Hors-série, Mai-juin 2019)

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« L’Europe : un espace plutôt qu’un territoire » selon Arnauld Leclerc

Les élections européennes auront lieu dans 10 jours. Dans le cadre d’une réflexion/formation sur l’Europe, le [C@mpus] du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation a organisé un échange avec Arnauld Leclerc professeur des universités, directeur de la chaire de philosophie de l’Europe à l’université de Nantes

Cet article tente de mettre en évidence les points saillants de l’exposé et des riches échanges qui ont eu lieu entre notre intervenant et les militants fédéraux.

Pour débuter sa présentation Arnauld Leclerc a rappelé quelques données certes connues, mais que l’on oublie trop souvent.

L’Europe est

la 3ème zone démographique du monde,

la 1ère zone économique et d’investissement,

la 1ère zone commerciale du monde,

la 2ème zone monétaire du monde,

la 1ère puissance agricole mondiale mais aussi la 1ère pour les services,

la 1ère zone touristique (elle accueille 1 touriste sur 2).

Avec 7,8% de la population mondiale, elle concentre 30% de la richesse mondiale.

Dans les 6 mois qui viennent, toutes les instances de la communauté européenne vont être renouvelée (Parlement, Commission, Présidence du Conseil de l’Union, Présidence de la BCE).

Nous sommes donc à une période importante pour l’Europe qui s’est façonnée au fil de l’histoire et dont on peut mettre en lumière trois étapes, trois époques  de construction :

l’enfance de l’Europe : qui porte en elle une image un peu romantique, naïve mais qui symbolise l’espoir de paix (Kant)

l’adolescence de l’Europe (aux XIXè et XXè siècles) qui voit la montée des nationalismes et également une conception européenne portée par le nazisme

l’âge adulte de l’Europe, depuis la Libération qui construit une Europe économique, politique, culturelle.

Cette Europe politique s’inscrit dans une construction progressive reposant sur les notions :

d’État de droit

d’économie de marché…

• …à vocation sociale

de démocratie

Pourquoi faire l’Europe ?

Essentiellement pour la paix.

Et cet argument tient jusqu’au traité de Maastricht et la chute du mur de Berlin.

Face à la crise des années 1990, la paix n’est plus une justification. Apparaissent alors les premières réticences, voire résistances, longtemps masquées par un consensus permissif, mais renforcées par la crise de 2005, l’euro, les migrations.

2 grandes questions sont aujourd’hui en débat :

– L’Europe doit-elle avoir une fonction politique ou seulement une fonction économique ?

– Quelle doit être la place de l’union européenne face à la mondialisation et son flux de communication

Les réponses à ces questions entraînent quatre positionnements distincts que l’on peut représenter ainsi :

Pour une Europe politique

Contre une Europe politique

Contre la mondialisation

L’Europe forteresse (fédéralistes)

Repli sur l’Europe des Nations

Pour la mondialisation

Europe cosmopolite et transnationale (plus une vision intellectuelle que politique)

L’Europe du grand marché (Anglais)

L’enjeu des élections à venir est de voir quel est le modèle qui progresse, avec le risque d’une montée des partis populistes (des droites extrêmes), un affaiblissement des groupes majoritaires (le PPE à droite, les sociaux-démocrates à gauche). La question du poids du futur parlement se pose.

Quelques éléments du débat :

Le consensus permissif ?

De 1957 aux années 1980 la majorité de l’opinion publique est favorable à l’Europe même si c’est sous la forme d’un chèque en blanc aux élites qui soutiennent ce projet. L’Europe est encore mal connue et pèse peu sur le quotidien des européens.

Après les années 1980 : l’opinion devient critique alors que l’essentiel des lois nationales ont une origine européenne.

Construire un espace politique européen entraîne forcément des oppositions. L’absence d’une construction identitaire pose problème et interroge le développement de l’union européenne : doit-il passer par la monnaie ? Par la défense ?…

De fait un consensus de façade cache de véritables différences de points de vue qui finissent par éclater (Brexit)

L’Europe : un territoire ?

L’Europe, c’est moins une géographie physique qu’une géographie intellectuelle. L’Europe est davantage un espace, régulé et pacifié par des outils juridiques. Ce n’est pas un territoire avec un modèle vertical, mais plutôt des relations horizontales entre les différentes sociétés qui la composent.

L’identité européenne ?

Elle se construit dans le relationnel. Elle est donc dynamique et inscrite dans le temps. Dans la construction identitaire c’est la relation à l’autre qui permet de se construire soi (Ricoeur). Il est donc nécessaire pour se définir de chercher à l’extérieur, les choses qui viennent d’ailleurs.

L’identité renvoie aussi à la citoyenneté. Il s’agit de valeurs, de droits, de projets partagés. Or la citoyenneté européenne est au niveau zéro. Les droits européens sont ridicules. 5 % des européens vivent en dehors de leur État, mais seulement 50 % d’entre eux utilisent les droits européens.

La défense européenne ?

Un projet qui n’a pas marché ? Tant mieux… S’il s’agit d’un soft power, d’une zone d’influence qui se redéfinit en permanence alors oui l’Europe a un rôle à jouer. Mais construire une défense armée instaurée une fois pour toute, cela peut être dangereux. L’Europe n’a pas vocation à devenir une puissance sur le modèle de l’État.

La monnaie européenne ?

Les pères fondateurs de l’Europe avançaient avec une logique de petits pas. La création d’un espace économique unifié (mené par J. Delors) devant conduire à la monnaie unique. La Théorie de Robert Mundell impose que les économies soient homogènes au sein d’une même monnaie. Or en Europe du Nord il y a un fort investissement entrepreneurial lié à l’industrie alors que l’Europe du Sud connaît un déficit structurel avec un niveau de formation des salariés plus faible et une économie qui repose beaucoup sur le tourisme ou des services non exportables. Pour que la monnaie unique puisse être viable il faut une économie de transferts : des mécanismes de régulation et une démarche solidaire. Ce n’est pas le cas dans l’union européenne actuelle, sauf à la marge.

L’Europe à plusieurs vitesses ?

L’Europe se construit par strates. Il y a toujours eu plusieurs cercles avec des pays membres et des coopérations renforcées. L’Europe d’Erasmus (33 pays) n’est pas celle de la Recherche, de Schengen, de l’Euro (17 pays)…

L’Europe est un ensemble de politiques avec, à chaque fois, des tours de table différents qu’il s’agit de coordonner.

Espace politique européen ?

En fait il s’agit d’un espace démocratique transnational. Le cœur des politiques reste dans les États. On reproche souvent à la commission ce que l’on ne reprocherait pas à sa mairie, alors que le fonctionnement européen est très transparent et que c’est la Conseil de l’Union, c’est-à-dire la réunion des chefs d’État qui a de plus en plus le pouvoir. La difficulté est de trouver des compromis entre la Commission, le Parlement et le Conseil.

L’Europe politique repose sur une logique de compromis entre les groupes politiques au Parlement, entre les États au Conseil, entre la Commission, le Parlement et le Conseil. Ce système empêche la constitution d’un espace politique classique. Ainsi en 2000 tous les gouvernements des pays européens étaient à gauche comme le Parlement et la Commission, en 2010, ils étaient tous passés à droite. Or, les orientations politiques n’ont pas changé. Construire un espace politique européen suppose des lieux de débat, de critique dans les différentes sociétés européennes mais où les options politiques sont lisibles.

Quitter l’Europe ?

Avant le Brexit, beaucoup d’États se posaient la question et la tentation aurait été forte si cela avait positif. Mais les effets assez lourds du Brexit, même s’ils affectent peu l’économie, pour l’instant, et ont fait chuter la monnaie britannique de 15 %, refroidissent. Il faudra attendre le bilan, mais déjà l’impact politique en Angleterre est conséquent. Du coup, la plupart des partis populistes de droite ont renoncé à présenter la sortie de l’Europe comme une option (ex : le FN, le parti d’extrême droite suédois…). Il y peu de rêves de rupture aujourd’hui.

Plus d’Europe, mieux d’Europe ?

Il y a une demande de sens de la construction européenne. Il s’agit de retrouver un projet global. Il devrait être dans sa vocation sociale. Mais comment conserver une protection acquise il y a 70 ans et régulièrement remise en cause ? Il s’agit de faire que ces mécanismes sociaux ne se délitent pas alors que l’Europe a les plus fortes dépenses sociales du monde.

L’idée n’est pas de faire plus d’Europe à Strasbourg ou à Bruxelles, mais il faut surtout faire vivre l’Europe, l’idée européenne, parler de l’Europe dans les territoires nationaux. Pour se développer l’Europe doit occuper plus de place dans les médias, l’éducation, la réflexion quotidienne dans chaque pays membre de l’union.

Le point fort ?

C’est de ne pas raisonner à l’échelle d’une société mais d’un ensemble de 500 millions de citoyens qui pèse dans un monde globalisé.

Le point faible ?

Le risque de délitement des mécanismes sociaux.

 

Pour en savoir davantage sur Arnauld Leclerc et ses travaux : https://www.univ-nantes.fr/version-francaise/m-arnauld-leclerc-225989.kjsp

ainsi que sur la chaire de philosophie européenne de Nantes : https://alliance-europa.eu/fr/

Publié dans Aujourd'hui, vu, lu pour vous

Contre les discriminations : dire et agir

1 634 actes LGBTphobes. C’est le nombre de « cas » que SOS homophobie relève pour l’année 2018 dans son baromètre annuel. Soit 9 % d’augmentation par rapport à 2017.

Un candidat perçu comme étant d’origine maghrébine a en moyenne un tiers de chances en moins de recevoir une réponse à sa demande de logement. C’est le constat d’une étude menée par SOS racisme.

Discriminations à l’embauche, au logement, dans le sport… Insulte, violence, harcèlement, agressions. Grossophobie, LGBTphobie, racisme, antisémitisme, sexisme…

La liste est longue.

Certes les actions de prévention et de lutte existent. Elle sont à saluer.

Alors que s’ouvre le festival de Cannes, il faut rappeler que c’est du monde du cinéma qu’est venue cette action d’ampleur visant à libérer la parole, combattre le sexisme et les violences faites aux femmes.

Le cinéma tente aussi de rompre le silence dans le sports. Ainsi sur le mode sérieux du documentaire avec « Footballeur et homo, au cœur du tabou », réalisé par Yoann Lemaire et Michel Royer ou avec l’humour de la comédie des « Crevettes pailletées » de Cédric Le Gallo, Maxime Govare, l’homophobie est dénoncée.

Une vague de haine a pourtant accompagné la Une du magazine l’Équipe qui dénonçait l’homophobie dans le sport…

Si les « professionnels du logement » cherchent à lutter contre les discriminations, ce sont les particuliers qui sélectionnent le plus sur le patronyme, l’origine, la couleur de peau…

Il est difficile de dire la souffrance d’être rejeté pour ce que l’on est et les discriminations peuvent conduire de la « tristesse, au repli sur soi, à l’inquiétude, l’angoisse, la dépression, aux conduites à risque et à des tentatives de suicide », comme le rappelle SOS Homophobie.

Alors que celle des agressé.e.s tente d’être libérée, celles des agresseurs se fait également plus entendre…au risque d’être banalisée.

Il s’agit donc de « ne baisser ni les yeux, ni les bras » pour reprendre l’éditorial du rapport de SOS homophobie.

De ne rien laisser passer. De dire et d’agir !

Le baromètre de SOS homophobie est consultable ici : rapport_homophobie_2019_interactif

L’enquête de SOS Racisme est à retrouver sur leur site : https://sos-racisme.org/discrimination-au-logement-un-rapport-edifiant/

illustration : https://education.francetv.fr/matiere/education-civique/premiere/video/lutte-contre-les-discriminations

Publié dans Aujourd'hui, quoi de 9 ?

[Quoi de 9 ?] : les 9 infos du mois de mai

Un 9 mai particulier sur lequel revient [Quoi de 9 ?] puisque c’est aujourd’hui jour de grève dans la fonction publique.

C’est aussi la « journée de l’Europe », 69 ans après le discours fondateur de Robert Schuman.

Au sommaire de ce [Quoi de 9 ?] de mai 2019, vous trouverez aussi  :

le projet culturel algérien « L’art est public »

une réflexion sur la Recherche et l’Éducation

les résultats d’une étude sur l’éducation permanente au prisme d’un regard syndical

les risques de la marchandisation de l’Éducation au niveau international

un clin d’œil fleuri au 1er mai entre églantine et muguet

Ainsi, bien entendu, que quelques propositions à lire, écouter, voir et à noter dans votre agenda.

 

Retrouvez ici les 9 infos (et un peu plus) de ce [Quoi de 9 ?] de mai : quoi-de-neuf ma 19

Excellente lecture.