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« La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ?

Le jeunesse a dorénavant un ministre et un secrétaire d’État.

En effet à l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, se voit chargé de la Jeunesse. Ce qu’il était déjà en fait, mais cette fois la dimension jeunesse est inscrite dans le titre de son ministère. Affichage complété par la nomination de Gabriel ATTAL, en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et dont on comprend qu’il sera plus spécifiquement en charge de la jeunesse et de la mise en place du service national universel.

Si elle n’est pas inédite, cette configuration n’est pas si fréquente.Tant il est remarquable que le champ de la jeunesse est souvent difficilement à réduire à un seul portefeuille ministériel.

Cette jeunesse n’apparaît d’ailleurs qu’en 1940 sous le gouvernement de PÉTAIN, Georges RIPERT étant secrétaire d’État à l’Instruction publique et à la Jeunesse avec le Général D’HARCOURT en tant que secrétaire général à la Famille et à la Jeunesse jusqu’au 27 septembre, puis Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse. Cette situation, avec des appellations diverses perdurera durant toute la période de collaboration. Ainsi, du 23 février 1941 – 18 avril 1942 c’est Jérôme CARCOPINO qui en tant que secrétaire d’État réunit l’Éducation nationale la Jeunesse avec encore Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse.

A la libération ce sont les mouvements de jeunesse et non plus la jeunesse qui apparaît dans les titres ministériels. C’est le cas dès le 10 septembre 1944 date à laquelle Jean GUEHENNO devient directeur des Mouvements de Jeunesse et d’Éducation populaire dans le ministère l’Éducation nationale dont René CAPITANT est le ministre.

A partir de 1946, de manière général, c’est le regroupement de la jeunesse et des sports, sous la tutelle de l’Éducation nationale qui domine tout au long de l’histoire (de la 3ème à la 5ème République). On relève ainsi plus d’une trentaine de ministres ou secrétaires d’État ou encore haut-commissaires, ayant été en charge de la jeunesse et des sports.

Les exceptions à cette dénominations sont donc assez rares et méritent d’être signalées.

12 novembre 1954 – 1er février 1956 dans le gouvernement de Pierre MENDES-FRANCE, André MOYNET est « secrétaire d’État à la Présidence du Conseil », chargé de la « coordination des activités gouvernementales relatives aux problèmes intéressant la jeunesse ».

Il faut attendre le premier gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN en mai 2002 (du 7 mai 2002 au 30 mars 2004) pour que Luc FERRY, ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche ne soit pas en charge du sport (confié lui à Jean-François LAMOUR).

Les gouvernements FILLON auront également innové dans la matière puisque le 12 janvier 2009 Martin HIRSCH, est nommé à la fois Haut commissaire à la Jeunesse et Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Marc-Philippe DAUBRESSE lui succède le 22 mars 2010 mais avec le titre de ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives

Puis, 15 novembre 2010, Luc CHATEL, devient ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative avec Jeannette BOUGRAB comme secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative.

Si jeunesse et sports ont été de nouveau réunis sous le quinquennat de François HOLLANDE, ils l’étaient dans un ministère de plein exercice sans lien avec celui de l’Éducation nationale.

A l’inverse, dans les gouvernements successifs d’Édouard PHILIPPE, c’est l’Éducation nationale et la jeunesse qui sont regroupées.

Il va sans dire que ces aléas gouvernementaux sont révélateurs de la difficile place donnée aux jeunes et aux politiques de jeunesse. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet puisque le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation mène actuellement un travail de recherche sur le sujet.

On peut d’ores et déjà avancer quelques pistes de réflexion :

– l’apparition de la jeunesse dans les appellations ministérielles est souvent un fait conjoncturel : les années 1950 annoncent les révoltes des jeunes qui auront lieux la décennie suivante ; Jacques CHIRAC cherche en 2002 a se rapprocher d’une jeunesse qui n’a voté pour lui que pour repousser le Front national ; Nicolas SARKOZY veut faire une place aux sports et les détachent donc de la jeunesse « qui va mal », qu’il « case » au rayon des « solidarités ». ON peut imaginer sans peine que, après une absence de politique en direction des jeunes jusqu’alors, leur inscription aujourd’hui se justifie avant tout par la mise en place du service national universel.

– l’ancrage de la jeunesse comme objet interministériel n’a jamais réellement trouvé sa concrétisation. De GAULLE refusa à André MALRAUX un ministère de la jeunesse arguant que celui-ci était l’apanage des régimes totalitaires et avait vocation à encadrer les jeunes. Mais les dimensions du travail, du logement, de l’emploi, de la santé….des jeunes relèvent davantage des missions ordinaires des ministères en charge de ces domaines. Reste donc l’Éducation et les loisirs…

– l’appareil de l’État peine à trouver une organisation cohérente et durable quant à la prise en compte de la jeunesse et l’élaboration des politiques qui la concernent. La partition avec les collectivités territoriales n’est pas précisée. Les agents de l’État en charge de la « jeunesse et de l’éducation populaire » voient leurs missions évoluer vers la réparation sociale sans qu’aucune orientation politiques claires n’accompagnent cette évolution. Sans parler de l’incohérence de ne pas avoir l’ensemble des personnels éducatifs gérés par la même DGRH.

Aussi, sans politique ambitieuse et cohérente, affirmée et mise en œuvre, la jeunesse qui fait son apparition dans les titres du Ministre de l’Éducation nationale et de son secrétaire d’État risque de n’être qu’un mot.

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« C’est chacun de nous qui est humilié en sa personne » : la FEN et le 17 octobre 1961

algerie

La répression des manifestations pour l’indépendance de l’Algérie organisées à Paris le 17 octobre 1961 a longtemps été occultée. Ce jour-là, le mouvement indépendantiste algérien souhaite montrer sa force en métropole en organisant une série de manifestations. La police parisienne sur ordre des autorités réprime très violemment les rassemblements parisiens, afin de dissuader les Algériens présents en France de rejoindre les rangs des indépendantistes. La violence systématique a causé plusieurs dizaines de morts et la presse fut muselée afin de ne pas rendre compte de ce climat de répression. Il a fallu attendre plus de trente ans pour que témoins et historiens puissent rendre compte des événements de ce 17 octobre sanglant. Pourtant des organisations syndicales et politiques, des médias également, ont bravé le silence et la censure, dès les premiers jours après cette violente répression. C’est le cas de la FEN (Fédération de l’Education nationale) qui regroupe la majorité des syndiqué.e.s du monde de l’éducation à l’époque. Le 1er novembre 1961 lors de son congrès, la FEN exprime sa condamnation des actes du 17 octobre en dénonçant le racisme contre les Algériens et en affirmant son soutien au mouvement indépendantiste.

La FEN et la Guerre d’Algérie

Depuis 1954, l’organisation syndicale est plongée dans la guerre d’Algérie. Face à l’enlisement du conflit, la FEN se place sous une double volonté : d’une part de défendre les droits humains , et d’autre part de trouver une solution pacifique en Algérie. La motion adoptée au congrès de novembre 1961 souligne clairement cette idée : l’organisation syndicale « exprime la douloureuse stupeur des enseignants devant l’explosion de violence raciste qui vient d’entacher l’honneur de notre pays ». Cette motion montre en particulier que malgré l’instauration de la censure, l’opinion publique est au courant des violences organisées par le pouvoir au mois d’octobre 1961. Le texte se place sous l’égide des droits de l’Homme qu’il faut absolument préservés. On condamne avec fermeté le « racisme camouflé » qui est destiné à habituer les Français à la répression collective.

La journée du 17 octobre est clairement ciblée par les syndicalistes enseignants : « Considérant que ces mesures légitiment la protestation collective des Algériens, et constatant le caractère pacifique de leurs manifestations dans les rues de Paris le 17 octobre, il réprouve avec indignation le déchaînement de brutalités policières qui s’est abattu sur eux, et dont le gouvernement est, en dernier ressort, le vrai responsable. »

Une action pour la défense des droits humains

À l’exemple de quelques journaux et revues, comme le Monde, l’Observateur ou Esprit, ou de plusieurs intellectuels, la FEN se place sur le terrain des valeurs pour défendre les Algériens contre la répression de l’État. En agissant de la sorte, le pouvoir en place met en danger les droits de l’Homme. L’Enseignement Public publie plusieurs pages sur la Déclaration universelles des droits de l’Homme dans son numéro de novembre 1961, et cela ne doit rien au hasard. Dans le numéro du mois suivant on peut lire ces lignes :

« Comment ne pas voir que lorsqu’un Algérien est méprisé, avili, c’est chacun de nous qui est humilié en sa personne. La paix, seul, nous délivrera de cette peste. »

Pour aller plus loin :

Plusieurs travaux d’historiens ou de journalistes ont été publié à propos de la répression du 17 octobre 1961, qui fait encore l’objet de recherches et de débats, en particulier sur le nombre de victimes. Nous vous conseillons cette étude plus large, magistralement menée :

Emmanuel Blanchard, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau monde éditions, 2011.

Plusieurs travaux sur la FEN et la Guerre d’Algérie ont été menés, voir ainsi les Cahiers du Centre fédéral, n°4, 1992 où l’on peut lire un article de Rémi Skoutelski.

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Octobre 1938 : une rentrée scolaire marquée par la peur

De nos jours, on a tendance à l’oublier : la rentrée scolaire s’est longtemps déroulée le 1er octobre de chaque année. Il y a 80 ans, en 1938, l’ouverture des écoles fut précipitamment repoussée au 10 octobre. Pourquoi un tel report ? Depuis plusieurs semaines, l’Europe est entrée dans une crise internationale qui fait craindre le déclenchement d’une guerre. Face à cela, de nombreux instituteurs sont mobilisés et on ne sait pas jusqu’à quand. De nombreux enfants ont trouvé refuge à la campagne pour les éloigner des centres urbains qui seraient les premiers visés en cas de guerre. C’est donc dans une certaine confusion que la rentrée scolaire de 1938 a lieu.

La crise de Munich paralyse le pays

La crise de Munich est un événement majeur dans l’histoire de la IIIe République. Elle trouve son origine dans la volonté d’expansion de l’Allemagne d’Hitler qui réclame l’annexion de la région des Sudètes qui dépend de la Tchécoslovaquie. Ce pays est allié à la France qui doit garantir son intégrité. La crise internationale s’enflamme à l’été 1938 et la Grande Bretagne participe aux négociations entre la France et l’Allemagne afin d’éviter un embrasement. L’opinion publique française se divise sur la nécessité d’entrer en guerre contre le voisin allemand pour honorer ses engagements à défendre un pays allié qui est menacé d’éclatement. Une majorité pense que pour sauver la paix, il faut satisfaire aux demandes d’Hitler. D’autres au contraire affirment qu’il faut faire preuve de fermeté. « Pacifistes » et « bellicistes » se divisent alors que le spectre de la guerre s’approche dangereusement.

L’hostilité à la guerre du syndicalisme enseignant

Dans le monde scolaire, on retrouve les clivages évoqués, et une très grande majorité des enseignants est marquée par le pacifisme et la volonté de négocier avec l’Allemagne. Le SNI, Syndicat national des instituteurs, qui syndique une très grande partie de la profession, adopte une position pacifiste, ce qui entraîne des remous dans ses rangs. Plusieurs militants, communistes en majorité mais aussi socialistes, s’offusquent qu’on puisse négocier avec le régime nazi qui a déjà fait preuve d’une volonté de puissance auparavant. Mais la peur d’une nouvelle guerre, le pacifisme émotionnel que ressentent beaucoup d’instituteurs encore hantés par le souvenir de la Grande Guerre, sont autant de raisons qui expliquent la volonté d’apaisement dans ce conflit. André Delmas, le secrétaire général du syndicat depuis 1932, lance un appel contre la guerre « Nous ne voulons pas la guerre » publié le 27 septembre 1938. Au même moment, beaucoup de ces enseignants rejoignent leur régiment car la France entre officiellement en état de mobilisation.

Tout rentre finalement dans l’ordre, en attendant une nouvelle crise

Les 29 et 30 septembre 1938 se déroule une rencontre diplomatique entre la France, la Grande Bretagne, l’Allemagne et l’Italie. L’accord de Munich reconnaît le droit pour l’Allemagne d’annexer la région des Sudètes. La guerre est évitée, les Français respirent et les écoliers peuvent reprendre le chemin de l’école. Dans beaucoup de territoires, la rentrée put avoir lieu dès le lundi 3 octobre, mais dans les centres urbains, cette rentrée s’étala sur plusieurs jours.

Dans le numéro de L’École Libératrice qui paraît juste après la crise, Louis Dumas écrit : « Que sera cette année scolaire ? Nul ne le sait. Mais, reprenant notre modeste tâche dans le même sens, nous ouvrons l’école avec le même sentiment que notre obscur travail apporte sa contribution quotidienne à la construction de la paix. » Préserver la paix devient l’objectif essentiel pour beaucoup d’enseignantes et d’enseignants. On parle de plus en plus de « munichois » et d’«antimunichois » pour différencier les partisans des concessions et ceux de la fermeté face à l’Allemagne nazie, qui n’arrête pas son désir d’expansion à la région des Sudètes. Le SNI publie dans les Cahiers d’information du militant un numéro spécial à succès sur la crise de septembre 1938 afin de renforcer le pacifisme de ses adhérent.e.s.

Si le camp pacifiste est majoritaire, nombreux sont les militant.e.s qui se rendent rapidement compte qu’il est impossible de négocier avec Hitler. Ainsi, Pierre Brossolette, qui écrit régulièrement dans L’École libératrice se détache du pacifisme. Dès octobre 1938, il déplore ainsi « que cette paix n’ait été sauvegardée qu’au prix de la capitulation la plus sensationnelle de notre histoire » (« Une joie : la paix. Une douleur : la capitulation » Le Populaire de l’Aube, octobre 1938). La rentrée 1938, même chaotique, est la dernière de la décennie qui se déroule en temps de paix. Un an plus tard, la France est en effet en guerre depuis quelques mois…

Pour aller plus loin :

On peut lire les mémoires d’André Delmas qui resta pacifiste jusqu’au bout, Mémoires d’un instituteur syndicaliste, Paris, Albatros, 1979.

Sur Pierre Brossolette, voir Guillaume Piketty, Pierre Brossolette. Un héros de la résistance, Paris, Odile Jacob, 1998.

Pour connaître l’ensemble du contexte, une étude essentielle et remarquable : Olivier Loubes, L’école, l’identité, la nation. Histoire d’un entre-deux-France, 1914-1940, Belin, 2017.

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Présenter l’autre ?

Il, elle est l’autre, l’étrangère, l’étranger, la différente, le différent.

Longtemps lointain, il ou elle a été mal connu.e. Par les adultes qui ont cherché à le ou la découvrir. Par les enfants à qui les adultes ont cherché à la ou le présenter.

C’est au travers des livres, de la presse, des jeux et des jouets, mais aussi des manuels scolaires que la figure de l’autre est parvenu aux enfants, invités à devenir explorateurs.

Ainsi du mage Balthazar au figurines Playmobil, en passant par les affiches publicitaires et les récits de « Robinson Crusoé » ou de « Paul et Virginie », s’est imposé un univers d’aventure, d’exotisme, de découverte, d’imaginaire.

Pour le meilleur, mais aussi -bien trop souvent- pour le pire. En effet, par méconnaissance d’abord, puis par clichés et lieux communs, dire l’autre fut souvent la ou le caricaturer, la ou  le rabaisser, l’enfermer dans des poncifs aux relents racistes.

Il faudra attendre le film de Robert Flaherty en 1922 pour qu’enfin un changement s’amorce et que « Nanouk l’esquimau » puisse se raconter lui-même.

Réfléchir à la manière dont on présente l’autre. Aux images et aux mots qui nous servent à parler d’elle, de lui. A l’influence de nos lectures et de nos jeux d’enfance sur notre inconscient… tel est le but de l’exposition « Le magasin des petits explorateurs » présenté jusqu’au 7 octobre au Musée du Quai Branly et disponible dans le riche catalogue de l’exposition de 368 pages.

Alors que les discours de rejet de l’autre se multiplient et que les propos racistes tendent à se banaliser, cette réflexion est la bienvenue. Elle nous rappelle à notre responsabilité d’éducatrices et d’éducateurs et plus largement à la manière dont nous sommes attentives et attentifs à la construction d’une société capable de reconnaître l’autre comme égal.e à nous quelque soit son mode de vie, son éloignement, la couleur de sa peau… Egal.e aux delà de nos différences.

Retrouver plus d’informations sur l’exposition ici : http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/le-magasin-des-petits-explorateurs-37728/

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Éducation à la sexualité : une préoccupation ancienne des militant.e.s de l’enseignement

Le sujet de l’éducation à la sexualité revient sous les feux de l’actualité en cette rentrée. En juillet dernier, Marlène Schiappa, la secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, rappelait que la mise en place obligatoire de trois séances par an d’éducation à la vie affective et sexuelle, prévue depuis plusieurs années, allait faire l’objet d’une nouvelle circulaire afin que les disparités constatées dans les classes soient atténuées. En effet, ces séances ne sont pas mises en place partout selon les territoires, et selon les niveaux, du CP à la terminale.

Depuis cette annonce, une campagne de désinformation est lancée par des groupes et officines qui voient dans cette information une incitation à la débauche ou un dévoiement du rôle de l’école. D’autres critiques sont plus outrancières encore et illustrent la conception rétrograde du monde que partagent celles et ceux qui propagent de tels propos. Pourtant, l’éducation à la sexualité fait partie des préoccupations du monde et du syndicalisme enseignant depuis bien longtemps.

Ainsi, durant l’entre-deux-guerres, on trouve des préconisations dans ce domaine. Au début de l’année 1931, plusieurs articles à ce sujet sont publiés par le Bulletin des groupes féministes de l’enseignement laïque. Le 1er porte sur la première éducation sexuelle pour les plus jeunes : l’auteure explique comment il est important de donner du sens à l’existence des jeunes élèves en leur expliquant comment ils sont nés, sans nier que leur naissance s’explique par l’union sexuelle d’une femme et d’un homme. Le second article porte plus précisément sur l’éducation sexuelle des adolescent.e.s. Sur ce sujet délicat, pour l’époque comme pour aujourd’hui, l’auteure explique qu’il faut à la fois expliquer aux élèves les bases de la sexualité, impliquer les parents qui doivent aussi répondre aux questions des enfants et surtout apprendre aux deux sexes le respect mutuel, alors que l’inégalité dans ce domaine est encore criante. Une attention particulière est faite au vocabulaire employé, et des précautions sont recommandées afin de ne choquer personne. On retrouve de tels conseils de nos jours dans les recommandations qui accompagnent la mise en place des séances d’éducation à la vie affective et sexuelle.

L’auteure de ces articles signe sous le pseudonyme de J.Lalande. Cela suffit à montrer qu’il n’est pas facile à cette période d’aborder de tels sujets. En réalité, c’est l’institutrice Josette Cornec qui a écrit sur ce thème de l’éducation à la sexualité. Institutrice dans le Finistère, elle est alors une des plus importantes militantes de l’enseignement en France. Elle souhaite à travers l’action des groupes féministes de l’enseignement laïque proposer des guides pour une meilleure entente entre les filles et les garçons, une éducation à la sexualité et à l’amour et une véritable égalité des sexes. Elle fait de nombreuses conférences à ce sujet partout en France, en diffusant des brochures sur ces thèmes. Elle évoque également le couple, la contraception, le respect des femmes et la nécessaire éducation des plus jeunes mais aussi des adultes dans ce domaine.

Son action est souvent critiquée, aussi bien par les plus conservateurs que par les autorités qui craignent une propagande en faveur de la contraception, l’avortement ou une promotion de l’amour libre. Il faut dire que Josette Cornec n’hésite pas à lier ces questions à la domination masculine d’une part, mais aussi d’autre part, à la domination du système capitaliste et bourgeois sur le reste de la société. C’est aussi pour elle un moyen de s’émanciper de la religion, et de promouvoir la laïcité. L’émancipation de toutes et tous passe par une meilleure éducation dans ces domaines, mais aussi par la construction de l’égalité dans la société. Elle aborde dans ses articles tous les problèmes et les interrogations que l’on peut retrouver sous-jacents aujourd’hui, même si parfois les expressions qu’elle emploie ou les idées qu’elle développe sont marquées par l’esprit de son temps. Ses écrits sont cependant à redécouvrir aujourd’hui pour mieux aider à comprendre les débats actuels. Elle n’hésite pas non plus à critiquer les militants syndicaux eux-mêmes, qui sur ces questions sont parfois aussi réactionnaires que le reste de la société : « Même dans les milieux avancés, beaucoup de camarades ne l’admettent pas ou l’acceptent avec peine. (…) Ils s’imaginent que la femme qui se sera donnée dans une minute de passion, dans un instant d’oubli, à l’homme qu’elle aime, qu’elle désire, se donnera désormais au premier venu. Comme si elle n’avait pas le respect de son corps ! Comme si l’amour n’était fait que du désir charnel ! » (Josette Cornec, « Une morale sexuelle pour les deux sexes », Bulletin des Groupes féministes de l’enseignement laïque, supplément de l’École émancipée, 21 juin 1925).

Il n’en demeure pas moins que rappeler son action montre que la question de l’éducation à la sexualité a depuis longtemps fait partie des préoccupations du syndicalisme enseignant et que cela permet d’instaurer une égalité entre les filles et les garçons, comme plus tard entre les femmes et les hommes. Comme Josette Cornec l’écrit elle-même en conclusion de ses articles : « Disons-nous bien que le problème sexuel domine toute la vie et que s’il était mieux connu il y aurait plus de possibilité de bonheur dans le monde. » (in Bulletin des groupes féministes de l’enseignement laïque, Mars 1931).

Pour aller plus loin :

Sur Josette Cornec, voir sa notice biographique dans le Maitron (en ligne). Voir également Claudie et Jean Cornec, Joséphine Phine Fine… La vie passionnée de Josette Cornec (1886-1972), éditions Les Monédières, 2002.

Un fonds d’archives de Josette et Jean Cornec est conservé aujourd’hui aux Archives nationales du monde du travail de Roubaix. Il appartient à un fonds plus large qui concerne le Syndicat national des instituteurs et a été transmis aux archives par le SE-Unsa en 2011. On peut y découvrir de nombreux manuscrits de Josette Cornec.

On peut retrouver les articles de Josette Cornec en ligne sur le site de Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34360662w/date

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[Quoi de 9?] : les 9 infos du mois de juillet

  • le « plan mercredi »
  • le « pass  culture »
  • le « Service national universel »

mais aussi :

  • Georges Lapierre à Troyes au congrès de la JPA
  • un G20 consacré à l’Éducation
  • 23 % d’ « illectronistes » ?

A retrouver parmi les 9 infos de ce 9 juillet, dans [Quoi de ?] : quoi-de-neuf juillet 2018

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

Hommage à Georges LAPIERRE, fondateur de la JPA

« L’erreur humaine réside dans son impatience et dans la croyance à l’efficacité immédiate de tout effort. Le progrès humain n’est pas à la mesure d’une génération. Il est à l’échelle de l’Histoire. »

Georges Lapierre

Dans le cadre du Congrès national de la Jeunesse au Plein Air (JPA) dont il fut le fondateur, la ville de Troyes inaugure une rue Georges Lapierre, ce 27 juin.

Né dans l’Aube en 1886, instituteur, responsable national du SNI (syndicat national des instituteurs affilié à la CGT), résistant, déporté et mort à Dachau en février 1945, Georges Lapierre était un militant pédagogique.

Collaborateur de la Revue de l’enseignement primaire, il fonda, en 1923, une section pédagogique au sein de l’Association française pour l’avancement des sciences et en organisa les travaux au cours des congrès nationaux de 1923 à 1926. En juin 1926, il créa le Bureau pédagogique international.

Particulièrement sensible à l’idée de coopération internationale pour la paix, il fonda en septembre de la même année, avec Louis Dumas, la Fédération internationale des associations d’instituteurs et en 1934, il participa à la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.

Il siégeait à la Commission de l’enseignement et de l’éducation ouvrière de la CGT. A ce titre, il fut le commissaire général (en parallèle avec l’exposition universelle de 1937) du congrès international de l’enseignement primaire et de l’éducation populaire, qui rassembla, à Paris, salle de la Mutualité, quatre mille instituteurs de quarante-cinq pays.

Poursuivant son action dans le domaine para-scolaire et en rupture avec la Ligue française pour les auberges de jeunesse, présidée par Marc Sangnier, à qui il reprochait son manque de laïcité, George Lapierre fonda le 8 juin 1933 le Centre laïque des auberges de jeunesse, dont il fut le vice-président.

Dans cette même approche d’une éducation en dehors de l’école et complémentaire à l’enseignement scolaire, George Lapierre, après avoir approuvé la création des Centres d’entraînement aux méthodes de l’éducation active et de la Jeunesse au plein air (les Ceméa), organisa la Fédération nationale des œuvres laïques de vacances d’enfants et d’adolescents en 1938. Celle-ci devint « La jeunesse au plein air » (JPA) en 1947 et œuvre pour permettre le départ en vacances et en loisirs éducatifs du plus grand nombre d’enfants et de jeunes en aidant les plus défavorisés.

Sources : Notice de George Lapierre dans le Dictionnaire Le Maitron rédigée par Jacques Girault, Claude Pennetier et Guy Putfin

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Candidater au prix Maitron, c’est maintenant.

Le prix Maitron est décerné chaque année, à la mi-novembre par un jury présidé par le professeur  Antoine PROST et composé d’enseignants-chercheurs et chercheurs et de syndicalistes.

Maitron2018

Le prix Maitron couronne le mémoire de master d’un étudiant en sciences sociales dont les travaux prolongent l’œuvre de Jean Maitron dans les domaines du mouvement social, du mouvement ouvrier, du syndicalisme, etc., aux XIX° et XX‘ siècles, en France comme à l’étranger.

Jean Maitron (1910-1987), instituteur syndicaliste puis maître de conférences à Paris 1, a créé le Centre d’histoire sociale et fut notamment à l’initiative de la création du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Le prix Maitron a été créé, pour honorer sa mémoire, sur l’initiative de la Fédération de l’Éducation nationale, aujourd’hui UNSA Éducation.

C’est le moment de candidater.

Le mémoire doit avoir été soutenu dans une université au cours d’une des deux années universitaires précédentes. Le montant du prix est de 1 500 euros.

 À qui s’adresser ?

Les mémoires sont à adresser en un seul exemplaire numérique (en format PDF) avant le 15 SEPTEMBRE 2018 à :

Thérèse Lortolary
Centre d’histoire sociale du XXe siècle
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Courriel : therese.lortolary [arrobe] univ—paris1.fr

 

 

 

 

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La laïcité : « l’idéal de toutes les sociétés modernes »

La laïcité est « l’idéal de toutes les sociétés modernes » affirmait Aristide Briand.

Elle est, à n’en pas douter, une valeur essentielle pour sa société actuelle et pour l’avenir.

Alors que le 30 mai dernier, le ministre Blanquer a fait distribuer dans toutes les écoles un « vade-mecum » de la laïcité, le CNAL, comité national d’action laïque, organise aujourd’hui un colloque consacré à « la Laïcité et l’École ». Il donne la parole aux enseignants et révèle les résultats d’une enquête menée auprès de 650 d’entre eux.

Occasion de rappeler que cette défense historique de la laïcité ne se comprend bien que si elle est inscrite dans son évolution, dans ses lignes de fond comme dans ses ruptures. Qu’elle est un marqueur fort du syndicalisme enseignant et qu’elle demeure pour l’UNSA Éducation, comme elle le fut pour la FEN, une valeur essentielle et constitutive de l’action syndicale et éducative.

En mars 2010, le Centre Henri Aigueperse publié dans son Cahier n°50 un travail de Guy Georges « La bataille de la laïcité, 1944-2004. De la République « une et indivisible »  au communautarisme».

« Une contribution majeure à une histoire qui s’écrit encore sous nos yeux » précise la 4ème de couverture. Difficile de dire mieux en 2018. L’actualité mondiale, comme les vidéos mises en ligne par le CNAL sont là pour nous rappeler la pertinence d’une attention permanente à la défense et à la promotion de la laïcité. Relire les pages de Guy Georges peut également nous y aider. GuyGeorges

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[Quoi de 9 ?] : les 9 infos du mois de juin

Vous voulez savoir :

  • Comment mai 1968 s’est prolongé en juin ?
  • Pourquoi les neurosciences pourraient faire leur entrée dans la formation des enseignants ?
  • Ce que créoliser la culture veut dire ?
  • Les conditions de liens entre la Recherche et l’Éducation ?
  • Où en est Parcoursup ?

Lisez [Quoi de 9 ?]  et ses 9 infos du mois de juin :  quoi-de-neuf juin18.def