Publié dans Histoire sociale

Le syndicalisme enseignant à l’épreuve de mai 1968

« Le syndicalisme enseignant à l’épreuve de mai 1968 » tel est le sujet du colloque que l’HIMASE (Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicalistes de l’Éducation) dont le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation est membre, organise, sous la direction de Jacques Girault. à l’occasion de sa prochaine assemblée générale.

Ce colloque est ouvert à toutes et à tous, il se tiendra

mercredi 20 mars 2019 de 14h à 17 h à la Bourse du Travail,

salle Ferrer 3, rue du Château d’Eau, Paris 10° (métro République)

Plusieurs interventions sont prévues:

– « L’Université en crise. Le SNEsup en 1968-1969 » par Danielle Tartakowsky.

– « La place des enseignants en mai-juin 1968 dans le Dictionnaire biographique, Le Maitron » par Claude Pennetier.

– « Les commissions professeurs-élèves dans les lycées » par Alain Dalançon.

– « Des émeutiers à Puiseaux ? » par François Printanier.

Elles seront suivie d’une discussion générale avec les participants.

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

Hommage à un militant de conviction et de communication : Alain Madoré

Il n’y a pas de syndicalisme sans les femmes et les hommes qui l’incarnent, le font vivre.

Il n’y a pas de défense des libertés sans celles et ceux qui s’y consacrent et en font le cœur de leur action.

Il n’y a pas de militants sans l’engagement de celles et ceux qui les accompagnent, les aident et leur permettent de se former.

Militant de conviction, chaleureux et engagé, développeur infatigable, formateur au dynamisme communicatif, Alain Madoré, qui vient de nous quitter, était tout cela. Il a su mettre sa disponibilité, sa bonne humeur, sa rigueur au service du syndicat des enseignants d’abord, tant régionalement qu’au niveau national, de la fédération (FEN puis UNSA Éducation) et de l’UNSA dont il a été le premier secrétaire régional en Bretagne.

Il y a dans les archives de l’INA cette petite vidéo dans laquelle, il prépare, en janvier 1994, avec quelques autres, la grande manifestation pour l’école publique.

https://www.dailymotion.com/video/xff8p8

Un bel hommage pour cet homme d’image et de valeurs, cet éducateur laïque, ce camarade et ami de l’UNSA dont nous saluons la mémoire, l’action et la fidélité alors que ces obsèques sont célébrées aujourd’hui.

Publié dans Histoire sociale, vu, lu pour vous

L’Europe, « le pari du cœur et de la raison »

Un peu plus de trois mois nous sépare des élections européennes.

Elles seront l’objet de nombreux débats et d’instrumentalisations politiciennes. Accusée de tous les maux, faire le choix de l’Europe semble aujourd’hui difficile. Mais pas plus qu’hier.

«…Au XXe siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l’empêchera pas d’être libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l’humanité […] Elle s’appellera l’Europe. Et aux siècles suivants, elle s’appellera l’humanité […] ».

Ainsi, c’est par ces mots enthousiasmants de Victor Hugo, que Guy Le Néouannic, alors secrétaire général de la FEN saluait le 21 septembre 1992, le vote favorable français au référendum en faveur de la ratification du traité de Maastricht.

Mais il ajoutait : « Il dépendra aussi de nous, du syndicalisme, de donner un contenu à ce pari du cœur et de la raison».

Car si la fédération a toujours affiché sa défense de la construction européenne, en revendiquant « une Europe démocratique et sociale, celle des citoyens et de la culture», elle savait que le traité ne répondait pas parfaitement à ses orientations mais pouvait «être la voie qui y conduit ».

Pour donner du sens à cette ambition Européenne et avancer sur cette voie, les élections de 2019 ont toute leur importance.

Renouveler le choix du cœur et de la raison pour l’Europe passe par une connaissance juste du fonctionnement, des pouvoirs, des orientations et des politiques européennes.

Le premier module du [c@mpus], l’espace numérique de formation du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation qui débutera en mars sera consacré à l’Europe. S’il reviendra sur l’histoire de la construction européenne, il permettra aussi d’appréhender l’importance de l’Europe dans nos vies quotidiennes.

Et qu’en est-il dans le domaine de l’Éducation ?

« Questions d’Éduc. » consacre son n°36 de ce mois de février à cette interrogation « Europe et Éducation : quels liens ? », avec un sommaire divisé en trois parties pour mieux entrer dans les débats européens :

  • L’Europe présente dans le débat éducatif

  • Regarder ailleurs

  • Engagé.e.s pour et avec l’Europe

numéro à télécharger ici : https://nuage.unsa.org/index.php/s/MJi9BIwvh1neuwP#pdfviewer

Des outils de formation indispensable pour se sentir citoyen.ne européen.ne « de cœur et de raison », pas seulement le jour des élections.

Publié dans Histoire sociale

« Ne pas perdre le contact avec la vie ouvrière » : Il y a 100 ans, la lutte pour le droit syndical des institutrices et instituteurs

Après la fin de la guerre en 1918, la France peine à se reconstruire. Les combattants reviennent progressivement à la vie civile dans les premiers mois de l’année 1919, et beaucoup ne veulent plus de la France d’avant-guerre. Les aspirations à un monde plus juste, la volonté de construire une société plus égalitaire, ce sont autant d’idées qui touchent toutes les strates de la société. Une foi révolutionnaire se lève aussi en France, inspirée par la Révolution russe ou les soulèvements des couches populaires dans plusieurs pays européens.

Le retour à la normale est impossible, et le monde scolaire n’échappe pas à la volonté de changement. Plusieurs voix se font entendre pour mettre fin à la séparation entre deux modèles d’école, l’une réservée à l’élite, l’autre où l’on cantonne les moins aisés. Il faut pour ces partisans du changement construire une école unique. Les institutrices et les instituteurs souhaitent aussi pouvoir profiter d’une liberté nouvelle. En particulier, ils revendiquent de pouvoir s’organiser dans une structure syndicale reconnue par la loi. Le syndicalisme des fonctionnaires n’est en effet que toléré jusqu’à présent et cette situation favorise la mainmise par le gouvernement sur le mouvement social dans le monde de l’éducation. Pourtant, plusieurs autres catégories de fonctionnaires, comme les postiers, ont obtenu ce nouveau droit à adhérer à un syndicat. C’est pourquoi en janvier 1919, les responsables de la fédération des amicales d’instituteurs (seule organisation officiellement reconnue) adresse aux députés une lettre ouverte pour demander la reconnaissance du droit syndical pour leur profession.

Lire la suite de « « Ne pas perdre le contact avec la vie ouvrière » : Il y a 100 ans, la lutte pour le droit syndical des institutrices et instituteurs »

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

Se souvenir et enseigner

Chaque année a lieu le 27 janvier la journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité. Il s’agit d’une date symbolique car elle est identifiée à la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques le 27 janvier 1945. Le Ministère de l’éducation nationale propose, en collaboration avec plusieurs partenaires dont le Mémorial de la Shoah, de nombreuses ressources pédagogiques que l’on peut trouver sur le site en ligne « Enseigner l’histoire de la Shoah » http://www.enseigner-histoire-shoah.org

Cette année est également marquée par la publication d’un important rapport sur la recherche et l’enseignement des génocides et des crimes de masse, rédigé par Vincent Duclert en collaboration avec Stéphane Audouin-Rouzeau.

Lire la suite de « Se souvenir et enseigner »

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

Aurait-on oublié l’Éducation populaire ?

Jean-Michel Blanquer était l’invité lundi 14 janvier du grand entretien de la matinale de France Inter afin de parler du grand débat et de la lettre du président de la République aux Françaises et Français. Comme membre du gouvernement, c’est son rôle. En tant que ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, en charge de l’éducation populaire, n’aurait-il pas dû rappeler que celle-ci propose justement une démarche de citoyenneté active… qui a peut-être été (un peu) oubliée ?

Un héritage

La seconde moitié et la fin du XIXème siècle sont marquées par de profondes évolutions sociales, économiques, culturelles… Elles s’accompagnent d’incertitudes politiques. La République est fragile et régulièrement menacée. Être citoyen.ne, ne va pas de soi. L’idée émerge, qu’en fait, il faut le devenir. Et que pour cela, il faut y être éduqué.e. Ainsi, pour Jean Macé, son fondateur, la Ligue de l’enseignement devait s’occuper de « l’éducation au suffrage universel, non pas pour faire des élections, mais des électeurs, non pas pour faire des candidats, mais des citoyens. » Une éducation qui postule que les citoyen.ne.s, au-delà du droit de vote, doivent être les actrices et acteurs de l’évolution et de la transformation de la société. Que pour agir, elles et ils ont besoin de comprendre le fonctionnement du monde et les leviers pour le changer. Que ce regard sur le monde s’acquiert par la culture, l’échange, le débat, le conflit aussi parfois. Que nul.le ne doit se sentir exclu.e de cette démarche dans laquelle chacun.e a des richesses à apporter. Que c’est, par cette éducation et cette action, que l’on fait peuple.

Ainsi naît l’Éducation populaire. Ainsi se développe-t-elle, se revendiquant des philosophies des Lumières, jusqu’à être au cœur de l’esprit qui anime le Conseil national de le résistance et la Libération.

Une actualité

L’histoire aura été maintes fois écrite sur les choix qui ont conduit à ne pas davantage développer l’éducation populaire après les années 1950-60. Ils auront fait dire à l’une de ses militantes, Christiane Faure « L’Éducation populaire, Monsieur ils n’en ont pas voulu » (phrase reprise par Franck Lepage comme titre de sa conférence gesticulée qui justement analyse cette histoire). Mais malgré le désengagement de l’État (qui n’aura de cesse de dénaturer les missions de ses agents en charge de l’Éducation populaire), la parfois trop forte institutionnalisation des grands réseaux associatifs, l’animation souvent considérée comme ne s’adressant qu’aux enfants dans des modes de garde (assez) peu chers et (un peu) éducatifs, les appels d’offre, mises en concurrences et baisses des subventions des collectivités territoriales…, l’Éducation populaire vit encore.

Elle agit au quotidien dans des milliers d’actions, de démarches, de projets. Elle émaille le territoire dans tous les domaines, de l’économie à l’environnement en passant par la culture. Elle propose des démarches éprouvées et innovantes. Jeu, théâtre-forum, débat mouvant, conférence de consensus, atelier de pratique, ciné-club, travail coopératif, échange de savoirs, numérique collaboratif… permettent la prise en compte de la dignité de toutes et tous à commencer par les plus démuni.e.s et donc de mieux faire société.

Un avenir

Alors certainement, les militant.e.s de l’éducation populaire n’en ont pas fait assez. Ou n’ont pas su suffisamment convaincre de la pertinence d’une telle approche. Si l’on analyse les éléments des « crises » d’aujourd’hui dans leurs dimensions sociales, culturelles, démocratiques, émerge de manière évidente, la volonté d’être écouté et entendu, d’être pris en compte et d’avoir une place dans la société, de savoir et comprendre pour pouvoir participer et agir. Autant de revendications qui composent les gènes originels de l’Éducation populaire, tant oubliée qu’on semble aujourd’hui la redécouvrir.

Il n’est pourtant pas trop tard.

Tous les ingrédients sont disponibles.

Si l’ambition politique est au rendez-vous de ce désir citoyen, l’Éducation populaire, loin d’être dépassée, est une réponse d’avenir.

Si seulement le ministre qui en est en charge s’en souvenait…

Publié dans Histoire sociale

La remise du Prix Maitron 2018

Le 5 décembre a eu lieu la journée Maitron 2018 avec trois temps forts : tout d’abord ce fut la présentation du site Internet qui a été totalement renouvelé avec une nouveauté majeure : l’accès libre de la très grande majorité des notices biographiques qui recouvrent une large période allant de 1789 aux années 1960. On y retrouve plus de 180 000 notices de militantes et de militants du mouvement ouvrier et du mouvement social. Dans ce corpus, la présence des enseignant.e.s est forte, et c’est toute l’histoire du mouvement syndical enseignant qui est illustré par le parcours de ces hommes et ces femmes connu.e.s ou inconnu.e.s. Plusieurs communications ont été présenté durant cette journée et on retiendra en particulier l’intervention d’Ismaïl Ferhat qui a porté justement sur le corpus enseignant. Le Maitron est une œuvre vivante et une nouvelle série de notices biographiques est en cours de réalisation : pour le monde enseignant, l’Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’éducation ( HIMASE http://www.himase.fr/ ) joue un rôle important dans l’écriture de ces notices.

Autre temps fort de la journée : la remise du Prix Maitron 2018, attribué cette année à Gaëlle Boursier pour son mémoire de M2, « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes » soutenu en 2017 à l’Université de Rennes 2 sous la direction de Gilles Richard. Le jury du prix, composé d’universitaires et de syndicalistes, a salué la grande qualité de ce travail. Chaque année le prix est doté d’une somme de 1500 euros financée par l’UNSA Éducation. Nous avons demandé à l’auteure de nous en dire davantage sur son travail de recherche.

Entretien avec Gaëlle Boursier, lauréate du Prix Maitron 2018.

Lire la suite de « La remise du Prix Maitron 2018 »

Publié dans Histoire sociale

Pierre Mauroy, syndicaliste

Le 6 décembre dernier, l’Institut Pierre Mauroy organisait, au Sénat, dans le cadre de son colloque annuel, une rencontre autour de la passion syndical et associative de Pierre Mauroy.

Si l’on connaît,en effet, la carrière politique de Pierre Mauroy, premier ministre et maire de Lille, si son engagement associatif dans la création puis dans la direction de la fédération d’éducation populaire Léo Lagrange, son implication syndicale, à la tête du Syndicat national de l’enseignement technique dans les centres d’apprentissage (SNET-CA, puis SNET-AA de la FEN) est moins connu.

Le Centre Henri Aigueperse est intervenu pour rappeler cet engagement militant dans une période politique troublée (4ème République et Guerre d’Algérie), mais aussi dans une époque de démocratisation massive de la scolarité et donc de réflexion sur les nécessaires réformes du système éducatif.

Ci-dessous, l’intervention du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation :

On imagine souvent la FEN comme une puissante structure syndicale, une « citadelle enseignante », une armée de permanents capable de faire trembler le ministre de l’éducation nationale comme aimait à le raconter l’autre ministre qui en est issu, André Henry.

Mais la FEN du début des années 1950 n’est pas celle de la fin des années 1970. Et si l’on veut comprendre comment un jeune prof de l’enseignement technique a pu avant trente ans être secrétaire général de son syndicat, secrétaire des commissions fédérales culture-jeunesse, puis pédagogie, rapporteur d’une motion au congrès national de 1957, c’est bien entendu par l’engagement et les qualités du militant Pierre Mauroy que cela s’explique, mais cela doit aussi être compris dans le contexte de cette époque, tant pour la FEN que pour le syndicalisme de l’enseignement technique.

Lire la suite de « Pierre Mauroy, syndicaliste »

Publié dans Histoire sociale, vu, lu pour vous

Les élections professionnelles : agir sur le renouvellement des syndicats

Les résultats des élections professionnelles dans la fonction publique auront un impact fort sur l’avenir et l’évolution des organisations syndicales.

Évidemment, elles vont permettre de calculer leurs audiences respectives, mais aussi, grâce au taux de participation, leur poids collectif.

Dans le contexte de méfiance par rapport aux corps constitués – les syndicats ne recueillent que 27 % de confiance dans le baromètre du CEVIPOF https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/content/le-barometre-de-la-confiance-politique – et de mouvements non organisés comme les « gilets jaunes », c’est la représentativité des syndicats qui est en cause.

Sont-ils à l’image de la diversité de ceux qu’ils sont censés représenter ? Quelle est la part des femmes, des jeunes, des catégories de travailleurs modestes dans leurs instances ?

Si les études sur les militants syndicaux sont peu nombreuses, elles tendent à montrer souvent une domination masculine et une moyenne d’âge des dirigeants syndicaux autour de la cinquantaine.

Le rajeunissement et la promotion de la parité sont donc deux enjeux dans l’évolution des organisations syndicales, comme le montre bien Bastien Scordia dans son article « Le renouvellement des troupes, condition de survie du syndicalisme » publié le 29 nov. 2018 sur le site acteurs publics https://www.acteurspublics.com/2018/11/29/le-renouvellement-des-troupes-condition-de-survie-du-syndicalisme-4-6

Mais au-delà, et les revendications d’horizontalité et de participation accrue le renforce, c’est le travail même des syndicats qui est interrogé.

Lire la suite de « Les élections professionnelles : agir sur le renouvellement des syndicats »

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale, vu, lu pour vous

Révision de la la loi de 1905 : une remise en cause inutile et dangereuse de la laïcité

La tentation n’est pas nouvelle. Régulièrement, la question est remise sur l’autel de l’égalité entre les cultes. Toujours une bonne âme pour trouver que le texte a vieilli ou est incomplet…et de jurer ses grands dieux, que c’est pour faire mieux…

Une fois (et non une foi, quoique) de plus la loi de séparation des églises et de l’État fait l’objet de débat, de velléité de révision.

Cette fois serait en question le financement des associations cultuelles et la lutte contre les dérives fondamentalistes.

Une modification de circonstance, qui sans le dire, ne viserait en fait que le culte musulman et ses supposés dérives.

Lire la suite de « Révision de la la loi de 1905 : une remise en cause inutile et dangereuse de la laïcité »