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Aurait-on oublié l’Éducation populaire ?

Jean-Michel Blanquer était l’invité lundi 14 janvier du grand entretien de la matinale de France Inter afin de parler du grand débat et de la lettre du président de la République aux Françaises et Français. Comme membre du gouvernement, c’est son rôle. En tant que ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, en charge de l’éducation populaire, n’aurait-il pas dû rappeler que celle-ci propose justement une démarche de citoyenneté active… qui a peut-être été (un peu) oubliée ?

Un héritage

La seconde moitié et la fin du XIXème siècle sont marquées par de profondes évolutions sociales, économiques, culturelles… Elles s’accompagnent d’incertitudes politiques. La République est fragile et régulièrement menacée. Être citoyen.ne, ne va pas de soi. L’idée émerge, qu’en fait, il faut le devenir. Et que pour cela, il faut y être éduqué.e. Ainsi, pour Jean Macé, son fondateur, la Ligue de l’enseignement devait s’occuper de « l’éducation au suffrage universel, non pas pour faire des élections, mais des électeurs, non pas pour faire des candidats, mais des citoyens. » Une éducation qui postule que les citoyen.ne.s, au-delà du droit de vote, doivent être les actrices et acteurs de l’évolution et de la transformation de la société. Que pour agir, elles et ils ont besoin de comprendre le fonctionnement du monde et les leviers pour le changer. Que ce regard sur le monde s’acquiert par la culture, l’échange, le débat, le conflit aussi parfois. Que nul.le ne doit se sentir exclu.e de cette démarche dans laquelle chacun.e a des richesses à apporter. Que c’est, par cette éducation et cette action, que l’on fait peuple.

Ainsi naît l’Éducation populaire. Ainsi se développe-t-elle, se revendiquant des philosophies des Lumières, jusqu’à être au cœur de l’esprit qui anime le Conseil national de le résistance et la Libération.

Une actualité

L’histoire aura été maintes fois écrite sur les choix qui ont conduit à ne pas davantage développer l’éducation populaire après les années 1950-60. Ils auront fait dire à l’une de ses militantes, Christiane Faure « L’Éducation populaire, Monsieur ils n’en ont pas voulu » (phrase reprise par Franck Lepage comme titre de sa conférence gesticulée qui justement analyse cette histoire). Mais malgré le désengagement de l’État (qui n’aura de cesse de dénaturer les missions de ses agents en charge de l’Éducation populaire), la parfois trop forte institutionnalisation des grands réseaux associatifs, l’animation souvent considérée comme ne s’adressant qu’aux enfants dans des modes de garde (assez) peu chers et (un peu) éducatifs, les appels d’offre, mises en concurrences et baisses des subventions des collectivités territoriales…, l’Éducation populaire vit encore.

Elle agit au quotidien dans des milliers d’actions, de démarches, de projets. Elle émaille le territoire dans tous les domaines, de l’économie à l’environnement en passant par la culture. Elle propose des démarches éprouvées et innovantes. Jeu, théâtre-forum, débat mouvant, conférence de consensus, atelier de pratique, ciné-club, travail coopératif, échange de savoirs, numérique collaboratif… permettent la prise en compte de la dignité de toutes et tous à commencer par les plus démuni.e.s et donc de mieux faire société.

Un avenir

Alors certainement, les militant.e.s de l’éducation populaire n’en ont pas fait assez. Ou n’ont pas su suffisamment convaincre de la pertinence d’une telle approche. Si l’on analyse les éléments des « crises » d’aujourd’hui dans leurs dimensions sociales, culturelles, démocratiques, émerge de manière évidente, la volonté d’être écouté et entendu, d’être pris en compte et d’avoir une place dans la société, de savoir et comprendre pour pouvoir participer et agir. Autant de revendications qui composent les gènes originels de l’Éducation populaire, tant oubliée qu’on semble aujourd’hui la redécouvrir.

Il n’est pourtant pas trop tard.

Tous les ingrédients sont disponibles.

Si l’ambition politique est au rendez-vous de ce désir citoyen, l’Éducation populaire, loin d’être dépassée, est une réponse d’avenir.

Si seulement le ministre qui en est en charge s’en souvenait…

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La remise du Prix Maitron 2018

Le 5 décembre a eu lieu la journée Maitron 2018 avec trois temps forts : tout d’abord ce fut la présentation du site Internet qui a été totalement renouvelé avec une nouveauté majeure : l’accès libre de la très grande majorité des notices biographiques qui recouvrent une large période allant de 1789 aux années 1960. On y retrouve plus de 180 000 notices de militantes et de militants du mouvement ouvrier et du mouvement social. Dans ce corpus, la présence des enseignant.e.s est forte, et c’est toute l’histoire du mouvement syndical enseignant qui est illustré par le parcours de ces hommes et ces femmes connu.e.s ou inconnu.e.s. Plusieurs communications ont été présenté durant cette journée et on retiendra en particulier l’intervention d’Ismaïl Ferhat qui a porté justement sur le corpus enseignant. Le Maitron est une œuvre vivante et une nouvelle série de notices biographiques est en cours de réalisation : pour le monde enseignant, l’Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’éducation ( HIMASE http://www.himase.fr/ ) joue un rôle important dans l’écriture de ces notices.

Autre temps fort de la journée : la remise du Prix Maitron 2018, attribué cette année à Gaëlle Boursier pour son mémoire de M2, « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes » soutenu en 2017 à l’Université de Rennes 2 sous la direction de Gilles Richard. Le jury du prix, composé d’universitaires et de syndicalistes, a salué la grande qualité de ce travail. Chaque année le prix est doté d’une somme de 1500 euros financée par l’UNSA Éducation. Nous avons demandé à l’auteure de nous en dire davantage sur son travail de recherche.

Entretien avec Gaëlle Boursier, lauréate du Prix Maitron 2018.

Votre mémoire de master porte sur « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

L’intitulé de mon mémoire fait référence au slogan porté par les grévistes des Batignolles qui exigeaient un rattrapage des salaires avec le reste de la métallurgie nantaise, les questions de l’égalité et de la dignité s’avérant centrales dans ce conflit. Cette lutte voit se combiner, composer ou s’opposer les différentes stratégies et modes d’action des ouvriers, des organisations syndicales et des maoïstes de l’usine. Elle déclenche rapidement un vaste mouvement de solidarité et opère des désenclavements, en s’ouvrant aux militantes de quartier, aux paysans, aux chrétiens de gauche, aux étudiants. Elle engage la résistance acharnée des directions patronales et provoque l’intervention des pouvoirs publics, symbolisant les limites de la politique contractuelle qui cherche à s’imposer alors. En somme, tout en possédant ses spécificités propres, la grève des Batignolles concentre des enjeux qui confèrent au conflit une portée nationale et fonctionnent comme un révélateur de la période.

Il me semblait par ailleurs important d’interroger la grève dans la plus longue durée. J’ai donc développé la question de la formation et de l’évolution des identités ouvrières aux Batignolles, au regard des restructurations productives de l’usine, ainsi que des transformations économiques et sociales advenues en France et dans l’Ouest durant la période. Je tenais également à inscrire la lutte de 1971 dans le contexte d’effervescence des « années 68 », marqué notamment par une configuration singulière des luttes ouvrières.


Sans délaisser l’analyse des modes d’organisation, je cherche à interroger la grève par en bas, en portant une attention particulière aux points de vue des ouvriers sur la lutte, le travail, le quotidien, en considérant leur capacité d’agir, leurs objectifs propres et leurs aspirations. Ma recherche procède donc de l’histoire ouvrière récente et s’inscrit dans les nouveaux développements de l’historiographie sur les « années 68 » et sur l’Ouest de la France.


Comment en arrive-t-on à travailler sur un tel sujet ?

Comprendre ce qui sépare le temps de la centralité ouvrière de ce qui s’avère aujourd’hui une dissolution de la classe ouvrière me motivait. A cela s’ajoutaient un intérêt profond pour les luttes sociales, une curiosité pour les événements de mai-juin 1968 et un attrait pour l’histoire de la Bretagne et de l’Ouest. Après avoir échangé avec mon directeur de mémoire, Gilles Richard, j’ai axé mon sujet autour de l’étude d’une grève qui se déroulait dans la région et pendant la période. C’est en cherchant dans les fonds du Centre d’histoire du travail de Nantes que la lutte des Batignolles a retenu toute mon attention.


Obtenir le prix Maitron cette année , qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ce fut une impressionnante surprise. En fait, je suis très honorée que mon travail ait bénéficié de cette distinction, d’autant que le Maitron est une œuvre colossale qui nourrit mon propre goût pour l’histoire sociale, abordée par en bas. Je suis aussi heureuse que les actrices et les acteurs de la lutte des Batignolles soient ainsi un peu plus mis en lumière. A mes yeux, leurs récits sont autant d’expériences qui peuvent éclairer le sens de l’action collective, nourrir nos réflexions et inspirer nos engagements.


Et maintenant , avez-vous des projets dans le domaine de la recherche ?

J’avais l’idée de m’orienter dans les métiers des bibliothèques, la remise du prix Maitron a réactivé mon envie de faire de la recherche. J’ai pour projet de rédiger les notices biographiques des militantes et des militants rencontrés dans le cadre de mon mémoire. Je me pose également la question de poursuivre en thèse, ce que j’aimerais faire, même si rien n’est encore précis. Je sais en revanche que j’aime explorer l’histoire des luttes ouvrières et sociales, que j’ai un attrait pour les années 68 et la Bretagne, et que ma volonté serait de continuer à éclairer les trajectoires et les récits de celles et ceux qui luttent, oubliés de l’histoire qui pourtant font l’histoire.

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Pierre Mauroy, syndicaliste

Le 6 décembre dernier, l’Institut Pierre Mauroy organisait, au Sénat, dans le cadre de son colloque annuel, une rencontre autour de la passion syndical et associative de Pierre Mauroy.

Si l’on connaît,en effet, la carrière politique de Pierre Mauroy, premier ministre et maire de Lille, si son engagement associatif dans la création puis dans la direction de la fédération d’éducation populaire Léo Lagrange, son implication syndicale, à la tête du Syndicat national de l’enseignement technique dans les centres d’apprentissage (SNET-CA, puis SNET-AA de la FEN) est moins connu.

Le Centre Henri Aigueperse est intervenu pour rappeler cet engagement militant dans une période politique troublée (4ème République et Guerre d’Algérie), mais aussi dans une époque de démocratisation massive de la scolarité et donc de réflexion sur les nécessaires réformes du système éducatif.

Ci-dessous, l’intervention du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation :

On imagine souvent la FEN comme une puissante structure syndicale, une « citadelle enseignante », une armée de permanents capable de faire trembler le ministre de l’éducation nationale comme aimait à le raconter l’autre ministre qui en est issu, André Henry.

Mais la FEN du début des années 1950 n’est pas celle de la fin des années 1970. Et si l’on veut comprendre comment un jeune prof de l’enseignement technique a pu avant trente ans être secrétaire général de son syndicat, secrétaire des commissions fédérales culture-jeunesse, puis pédagogie, rapporteur d’une motion au congrès national de 1957, c’est bien entendu par l’engagement et les qualités du militant Pierre Mauroy que cela s’explique, mais cela doit aussi être compris dans le contexte de cette époque, tant pour la FEN que pour le syndicalisme de l’enseignement technique.

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Les élections professionnelles : agir sur le renouvellement des syndicats

Les résultats des élections professionnelles dans la fonction publique auront un impact fort sur l’avenir et l’évolution des organisations syndicales.

Évidemment, elles vont permettre de calculer leurs audiences respectives, mais aussi, grâce au taux de participation, leur poids collectif.

Dans le contexte de méfiance par rapport aux corps constitués – les syndicats ne recueillent que 27 % de confiance dans le baromètre du CEVIPOF https://www.sciencespo.fr/cevipof/fr/content/le-barometre-de-la-confiance-politique – et de mouvements non organisés comme les « gilets jaunes », c’est la représentativité des syndicats qui est en cause.

Sont-ils à l’image de la diversité de ceux qu’ils sont censés représenter ? Quelle est la part des femmes, des jeunes, des catégories de travailleurs modestes dans leurs instances ?

Si les études sur les militants syndicaux sont peu nombreuses, elles tendent à montrer souvent une domination masculine et une moyenne d’âge des dirigeants syndicaux autour de la cinquantaine.

Le rajeunissement et la promotion de la parité sont donc deux enjeux dans l’évolution des organisations syndicales, comme le montre bien Bastien Scordia dans son article « Le renouvellement des troupes, condition de survie du syndicalisme » publié le 29 nov. 2018 sur le site acteurs publics https://www.acteurspublics.com/2018/11/29/le-renouvellement-des-troupes-condition-de-survie-du-syndicalisme-4-6

Mais au-delà, et les revendications d’horizontalité et de participation accrue le renforce, c’est le travail même des syndicats qui est interrogé.

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Révision de la la loi de 1905 : une remise en cause inutile et dangereuse de la laïcité

La tentation n’est pas nouvelle. Régulièrement, la question est remise sur l’autel de l’égalité entre les cultes. Toujours une bonne âme pour trouver que le texte a vieilli ou est incomplet…et de jurer ses grands dieux, que c’est pour faire mieux…

Une fois (et non une foi, quoique) de plus la loi de séparation des églises et de l’État fait l’objet de débat, de velléité de révision.

Cette fois serait en question le financement des associations cultuelles et la lutte contre les dérives fondamentalistes.

Une modification de circonstance, qui sans le dire, ne viserait en fait que le culte musulman et ses supposés dérives.

Or la loi de 1905 a justement été pensée et écrite pour éviter ce type de réactions « d’actualité ». Ce qui fait sa force, c’est qu’elle est une loi de liberté. Liberté des cultes, certes, mais essentiellement liberté absolue de conscience. Elle est une loi d’équilibre et de justice, la neutralité de l’État est totale face aux religions.

L’arsenal juridique et réglementaire français est aujourd’hui suffisant pour agir contre les dérives sectaires ou les atteintes à la sécurité du pays.

Toucher à la loi de 1905, c’est ouvrir une brèche dans la capacité à « mieux vivre ensemble » : un danger inutile qui n’est ni raisonné, ni raisonnable.

Voir l’article de l’UNSA Éducation et le communiqué : http://www.unsa-education.com/spip.php?article3628

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Élections professionnelles : les résultats d’hier, les enjeux d’aujourd’hui

Le scrutin électronique pour les élections professionnelles dans la fonction publique ouvre aujourd’hui. Déjà, les votes par correspondances ont commencé. Et les bureaux de votes ouvriront dans les services le 6 décembre.

Enjeux 2018

Dans le contexte actuel de transformation de l’action publique et de mise en œuvre de la démarche Action publique 2022, il va de soi que les enjeux de ces élections sont particulièrement importants.

Évidemment, il s’agira de « se compter » pour connaître la force que représente chacune des organisations syndicales.

L’équilibre entre le camp réformiste et le camp contestataire sera également à analyser. IL aura un impact non négligeable sur la suite des négociations et le rapport avec l’État et les structures publiques employeurs.

Mais au premiers rangs de ces enjeux, se situe le taux de participation. En effet, la représentativité des élus sera relative au nombre d’agents publics qui auront voté. Plus cette participation sera forte, plus la légitimité des organisations syndicales, de leurs revendications, de leurs propositions sera reconnue.

Rappel 2014

Un petit retour en arrière permet de regarder le paysage syndical de la fonction publique à la veille de ces élections.

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11 novembre 1918 : enfin la Paix !

Alors que depuis quelques jours, les rumeurs de paix deviennent de plus en plus nombreuses, c’est chose faite le 11 novembre 1918. L’Allemagne signe l’armistice et cela entraîne la victoire des Alliés, après plusieurs années de terribles combats. La Grande Guerre a dévasté le continent européen et a bouleversé l’ensemble des sociétés en guerre. Les mondes scolaires n’y ont pas échappé : plusieurs dizaines de milliers d’enseignants ont été mobilisé, et près d’un quart meurent au feu entre 1914 et 1918. Les enfants eux-mêmes sont marqués par ce conflit durant les longues années des combats comme le montre le tout récent livre de Manon Pignon et Yann Potin sur Françoise Dolto, qui devient « veuve de guerre à sept ans. »

Alors qu’avant 1914, les instituteurs étaient soupçonnés d’être des antipatriotes influencés par le syndicalisme, ils ont participé à ce conflit en défendant le territoire mais aussi leur idéal marqué par l’espérance d’un monde meilleur. Ainsi, dans le numéro de juillet 1916 de la Revue des deux mondes, le recteur de l’académie de Bordeaux, Raymond Thamin, évoque la participation des enseignants dans la Grande Guerre. Il souhaite ainsi démontrer le rôle positif que jouent les instituteurs au combat : « À quelques-uns, qui connaissaient mal nos instituteurs, leurs vertus militaires ont causé une agréable surprise. On les jugeait d’après des manifestations tapageuses qui n’engageaient que ceux qui s’y livraient, et qui, eux-mêmes, étaient le plus souvent des esprits généreux grisés par le vin des idées. » Plusieurs leaders syndicaux comme André Chalopin, secrétaire du syndicat des instituteurs à Paris, meurent au combat.

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22 octobre 1941 à Chateaubriant : des syndicalistes enseignants parmi les 27 otages exécutés

Le 22 octobre 1941, les autorités allemandes décidèrent d’exécuter 27 otages pris parmi les détenus du camp de Châteaubriant en représailles de l’attentat contre un officier allemand à Nantes deux jours auparavant. En tout, près d’une centaine d’otages dans toute la France sont fusillés en représailles à cet attentat organisé par la branche armée de la résistance communiste. Ces otages sont pour une très grande majorité des communistes, ainsi Guy Môquet, et certains avaient été arrêtés avant l’occupation allemande. Parmi eux, on trouve également des syndicalistes enseignants comme Pierre Guéguin et Marc Bourhis, tous deux originaires du Finistère. Leur engagement dans le syndicalisme enseignant a parfois été passé sous silence, et nous souhaitons donc aujourd’hui le rappeler. Il faut dire que la mémoire des ces deux amis a parfois été maltraitée : Guéguin, ancien maire communiste de Concarneau, a quitté le PCF lors du pacte germano-soviétique, et Bourhis est partisan du trotskysme. Tous deux sont donc mis au ban dans le camp de prisonniers de Chateaubriant par les autres détenus communistes. Cette mise à l’écart a duré plusieurs années après leur disparition.

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« La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ?

Le jeunesse a dorénavant un ministre et un secrétaire d’État.

En effet à l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, se voit chargé de la Jeunesse. Ce qu’il était déjà en fait, mais cette fois la dimension jeunesse est inscrite dans le titre de son ministère. Affichage complété par la nomination de Gabriel ATTAL, en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et dont on comprend qu’il sera plus spécifiquement en charge de la jeunesse et de la mise en place du service national universel.

Si elle n’est pas inédite, cette configuration n’est pas si fréquente. Tant il est remarquable que le champ de la jeunesse est souvent difficilement à réduire à un seul portefeuille ministériel.

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« C’est chacun de nous qui est humilié en sa personne » : la FEN et le 17 octobre 1961

algerie

La répression des manifestations pour l’indépendance de l’Algérie organisées à Paris le 17 octobre 1961 a longtemps été occultée. Ce jour-là, le mouvement indépendantiste algérien souhaite montrer sa force en métropole en organisant une série de manifestations. La police parisienne sur ordre des autorités réprime très violemment les rassemblements parisiens, afin de dissuader les Algériens présents en France de rejoindre les rangs des indépendantistes. La violence systématique a causé plusieurs dizaines de morts et la presse fut muselée afin de ne pas rendre compte de ce climat de répression. Il a fallu attendre plus de trente ans pour que témoins et historiens puissent rendre compte des événements de ce 17 octobre sanglant. Pourtant des organisations syndicales et politiques, des médias également, ont bravé le silence et la censure, dès les premiers jours après cette violente répression. C’est le cas de la FEN (Fédération de l’Education nationale) qui regroupe la majorité des syndiqué.e.s du monde de l’éducation à l’époque. Le 1er novembre 1961 lors de son congrès, la FEN exprime sa condamnation des actes du 17 octobre en dénonçant le racisme contre les Algériens et en affirmant son soutien au mouvement indépendantiste.

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