Publié dans Histoire sociale, vu, lu pour vous

Présenter l’autre ?

Il, elle est l’autre, l’étrangère, l’étranger, la différente, le différent.

Longtemps lointain, il ou elle a été mal connu.e. Par les adultes qui ont cherché à le ou la découvrir. Par les enfants à qui les adultes ont cherché à la ou le présenter.

C’est au travers des livres, de la presse, des jeux et des jouets, mais aussi des manuels scolaires que la figure de l’autre est parvenu aux enfants, invités à devenir explorateurs.

Ainsi du mage Balthazar au figurines Playmobil, en passant par les affiches publicitaires et les récits de « Robinson Crusoé » ou de « Paul et Virginie », s’est imposé un univers d’aventure, d’exotisme, de découverte, d’imaginaire.

Pour le meilleur, mais aussi -bien trop souvent- pour le pire. En effet, par méconnaissance d’abord, puis par clichés et lieux communs, dire l’autre fut souvent la ou le caricaturer, la ou  le rabaisser, l’enfermer dans des poncifs aux relents racistes.

Il faudra attendre le film de Robert Flaherty en 1922 pour qu’enfin un changement s’amorce et que « Nanouk l’esquimau » puisse se raconter lui-même.

Réfléchir à la manière dont on présente l’autre. Aux images et aux mots qui nous servent à parler d’elle, de lui. A l’influence de nos lectures et de nos jeux d’enfance sur notre inconscient… tel est le but de l’exposition « Le magasin des petits explorateurs » présenté jusqu’au 7 octobre au Musée du Quai Branly et disponible dans le riche catalogue de l’exposition de 368 pages.

Alors que les discours de rejet de l’autre se multiplient et que les propos racistes tendent à se banaliser, cette réflexion est la bienvenue. Elle nous rappelle à notre responsabilité d’éducatrices et d’éducateurs et plus largement à la manière dont nous sommes attentives et attentifs à la construction d’une société capable de reconnaître l’autre comme égal.e à nous quelque soit son mode de vie, son éloignement, la couleur de sa peau… Egal.e aux delà de nos différences.

Retrouver plus d’informations sur l’exposition ici : http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/le-magasin-des-petits-explorateurs-37728/

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Éducation à la citoyenneté : encore beaucoup à faire

Que sait-on de l’éducation à la citoyenneté, un des piliers de notre système éducatif ? En fait pas grand-chose constate le CNESCO qui a décidé de mener un dispositif d’investigation scientifique ambitieux, d’ampleur nationale sur ce sujet sensible des attitudes et engagements civiques des élèves au travers d’une enquête statistique menée auprès de 16 000 collégiens et lycéens répartis sur l’ensemble du territoire national : https://www.cnesco.fr/fr/engagements-citoyens/

Les résultats ainsi mis en évidence quant à la réalité des attitudes, représentations et engagements civiques des élèves ne peuvent pas être imputés exclusivement à l’école. Mais comme le précise Nathalie Mons, présidente du CNESCO, « plus que pour les autres évaluations scolaires en français ou en mathématiques, la famille, les médias, les pairs, façonnent aussi ces attitudes et engagements civiques. Mais l’école, premier lieu de socialisation, ne peut s’exonérer de toute responsabilité et porte une mission centrale d’éducation à la citoyenneté des jeunes. »

La première phase de cette étude est consacrée à l’engagement des jeunes en lycée (classe de terminale). Que nous apprend-elle ?

Si les lycéennes et lycéens montrent un grand intérêt pour participer à la vie de la cité et faire entendre leur voix – ainsi « près de la moitié d’entre elles/eux sont engagés bénévolement dans des associations humanitaires et/ou de défense de l’environnement (44%). Ils plébiscitent également des formes d’engagement plus revendicatives, à travers la signature de pétitions (71%), la participation à des manifestations (62%) ou encore le boycott de produits (58%) » – leur possibilité d’engagement dans le cadre scolaire apparaît comme réduit. Le plus souvent, il se limite « au rôle de délégués de classe et à leur présence dans les instances de gouvernance de l’établissement (25% des élèves de Terminale ont déjà été délégués) ».

Peu nombreux sont celles et ceux qui ont pu bénéficier « de pédagogies actives d’éducation à la citoyenneté, tels que les projets citoyens, encore très peu développées au lycée (37% seulement des élèves de Terminale y ont participé). Les autres activités proposant aux élèves de s’engager civiquement concernent un nombre limité d’élèves : 7% ont des responsabilités dans une maison des lycéens,10% s’investissent dans un journal d’établissement et 10% dans du tutorat. »

Dans ce contexte « les élèves ont le sentiment que leur avis n’est pas pris en compte » dans le cadre scolaire. Un ressenti qui n’est pas sans interroger. En effet, 87% de ces même jeunes « n’ont pas ou ont peu confiance dans les partis politiques et 78% dans le gouvernement. » Or cette défiance des élèves français est nettement en-deçà de la moyenne des pays de l’OCDE (sur les 15-29 ans).

Si elle n’est pas la seule responsable, l’École ne semble pas encore faire suffisamment dans ce domaine.

Un situation d’autant plus préoccupante pour certaines catégories de jeunes, puisque que l’enquête du CNESCO met en évidence que les lycéens, le plus souvent issus de milieux sociaux défavorisés, sont plus nombreux à déclarer « ne vouloir participer aucunement à la vie de la cité sous quelque forme que ce soit » ; « les filles apparaissent encore en retrait par rapport aux garçons sur certaines modalités de participation » et, l’élite des lycéennes et lycéens qui déclarent d’excellents résultats scolaires, « envisagent des investissement citoyens très limités à l’âge adulte. »

Les autres phase de l’étude du CNESCO devraient apporté des éclairages complémentaires tout au long de l’année sur cette dimension de l’éducation à la citoyenneté. Mais ce premier rapport, illustre déjà fortement la nécessité de dépasser le seul enseignement pour faire des écoles et des établissements scolaires des lieux d’apprentissage de l’engagement et de la citoyenneté, indispensable à la construction d’une capacité à prendre sa place dans le collectif et dans la vie de la cité.

Retrouvez ici la synthèse du rapport du CNESCO http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/09/180906_Dossier_synthese_engagement.pdf

Publié dans Aujourd'hui, Recherches

L’orientation : clé de la réussite scolaire

Notre système d’orientation cristallise les inégalités” affirme Marie Duru-Bellat. Et la chercheuse explique son affirmation par deux éléments forts du système scolaire français.

D’une part la réussite scolaire est essentiellement évaluée par les notes, « or dans notre pays, la réussite des élèves est particulièrement marquée par leur milieu social d’origine ». Ainsi les « bons élèves » vont être orientés vers « les « meilleures filières » (celles qui donnent accès aux emplois les plus attractifs) […] alors que ceux qui ont plus de difficultés sont relégués dans les voies (et les métiers) dont personne ne veut (et où il y a de la place). »

D’autre part les vœux des élèves et de leurs familles ont un poids important, officiellement du moins, dans l’orientation, « or ces vœux sont très inégalement ambitieux et informés. »

Deux éléments conjugués qui qui disent autant de notre système éducatif que plus globalement de notre vision de la société.

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Publié dans Formation

L’éducation vue par les médias : un débat sans cesse recommencé ?

Dans le cadre de l’assemblée générale du Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation, une table-ronde regroupant les journalistes Judith Blanes (AEF, présidente de l’Ajeduc, association des journalistes en éducation), Luc Cédelle (le monde.fr) et Morgane Verviers (vice-présidente du Centre) à permis un riche échange sur cette question.

Retour sur les points forts.

Évidemment, il y a les marronniers comme celui de la rentrée des classes. Mais en dehors de ces rendez-vous imposés, la question éducative, généralement réduite à sa part scolaire, apparaît comme souvent récurrente. Évaluations, rythmes, méthodes de lecture, sélection à l’université… sont des sujets qui reviennent en permanence et semblent occulter tous les autres.

La faute aux médias ?

L’intérêt limité de l’opinion publique pour les questions d’Éducation ?

L’interminable succession des réformes de chaque ministre de l’Éducation nationale ?

« Une question qu’on se pose nous-mêmes journalistes éducation » confirme Judith Blanes qui évoque « deux éléments objectifs qui renforcent ce sentiment de répétition » : les « temporalités de l’éducation » avec ses rendez-vous inévitables et cycliques, rythmant l’année scolaire (rentrée, vacances, résultats des concours enseignants, Pisa, le mouvement des enseignants, le bac…) et ses « éléments de langage », souvent sous forme de slogans ministériels ou gouvernementaux qui standardisent les débats.

« La dimension institutionnelle de l’Éducation » pour Luc Cédelle qui relève deux autres niveaux, celui « du terrain » qui demande d’aller dans les classes, dans les établissements à la rencontre des acteurs… et celui « des débats », des controverses permanentes, des questions qui font polémiques, de la place de la recherche,…

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Publié dans La revue

Un peu plus d'[R] en cette rentrée

18ème lettre de l’alphabet, R se prête avec ses homonymes à donner les orientations de la revue : air (atmosphère), ère (période), aire (surface, espace) : pour changer d’air, d’aire et d’ère… , un support qui permet de faire connaître le Centre et ses travaux, mais aussi l’actualité des questions de recherches, d’éducation (Éducation scolaires, universitaires, populaires et de culture). Il est au service de la Fédération, de ses secteurs et ses syndicats.

[R] est une revue, presque un livre, un mook (contraction de magazine et de book en anglais) pourrait-on dire.

[R] est une publication consacrée aux cultures et à l’Éducation sous toutes leurs formes.

[R] est ancrée dans l’actualité, enrichie par un regard constructif sur les événements passés, nourrie par les

analyses et les résultats de la recherche.

[R] s’adresse à toutes celles et tous ceux qui veulent réfléchir au monde d’aujourd’hui pour participer à la

construction de celui de demain.

[R] est un objet de culture(s) et d’Éducation, dans ce qu’elles ont de populaire c’est à dire de partagé, de vivant, d’évolutif, de novateur.

Dans ce premier numéro, très documenté, à la maquette agréable et colorée, on y fait

un arrêt sur la confiance,

une escale en Suisse romande,

un point sur l’égalité femme-homme,

des regards sur l’histoire du bac,

une réflexion sur la Culture,

un cheminement avec Louise Tourret

une étape sur la pédagogie de l’argent (avec la CASDEN).

Pour penser plus large, voir plus loin et élargir son aire ?

Changer d’ère et inventer demain ?

Des pistes variées permettent de prolonger les articles de ce numéro.

N’hésitez donc pas à vous abonner pour 3 numéros par an pour 35 euros! à faire partager et participer à sa notoriété !

Abonnement Brochure R 0818.jpg

Publié dans Aujourd'hui

Assemblée générale : un important moment de débat

Le Centre Henri Aigueperse est une association. Son assemblée générale est donc un temps important dans son fonctionnement démocratique.

Il s’agit de faire le bilan de l’année 2017, d’échanger sur les orientations et les évolutions en cours depuis l’assemblée générale extraordinaire du 13 mars dernier.

Mais le Centre est également un lieu de débat sur les questions éducatives. Une table-ronde avec les journalistes Judith Blanes (AEF) et Luc Cédelle (Le monde.fr), nous permettra d’évoquer la manière dont est diffusée et discutée la réflexion sur l’Éducation en France. (Un article sur le site fera suite à ce temps fort).

A l’occasion de cette réunion un nouveau conseil d’orientation constitué de syndicalistes, de personnes qualifiées et de chercheurs va être installé. Un lieu d’échanges de croisements, d’éclairages mutuels permettant d’élargir nos réflexions et nos productions.

Enfin, le premier numéro de la revue [R] sera présenté cet après-midi : article à retrouver demain sur notre site….

Lire ici le document de l’Assemblée générale  : AGO 2018

Publié dans Aujourd'hui, quoi de 9 ?

[Quoi de 9 ?], les 9 infos du mois de septembre

Beaucoup de neuf en ce mois de rentrée ?

  • Un été (trop) chaud qui interroge l’engagement environnemental

  • Un bilan de l’UNICEF qui montre que des progrès dans la scolarisation des enfants sont encore à réaliser

  • Les paradoxes de notre École républicaine qui ne résorbe pas les inégalités

Mais aussi

  • Des héros ordinaires du syndicalisme mis à l’honneur

  • Un manga devenu film d’animation et qui aide à accepter ses différences et celles des autres

  • La pédagogie de l’argent pour apprendre à ne pas en être dépendant

Le tout (et d’autres choses) à retrouver dans [Quoi de 9 ?] et ses 9 infos de ce mois de septembre : quoi-de-neuf- 9 septembre 2018

Publié dans vu, lu pour vous

Rentrée = marronnier ?

Semaine de rentrée des classes oblige, nombreux sont les médias qui ont fait leur une sur des sujets scolaires.

Journaux, radios et télévisions généralistes ont essentiellement rendu compte , décrit ou analysé, avec plus ou moins de précision, les nouveautés de cette rentrée. Il faut dire qu’en cela Jean-Michel Blanquer les y avait aidé, en faisant dans sa conférence de presse, le catalogue exhaustif des changements qu’il met en place… joli paradoxe pour un ministre de l’Éducation nationale qui disait en arrivant ne pas vouloir faire de réforme !

Évidemment, entre l’obligation scolaire dès trois ans, le dédoublement des CE1 dans les écoles relevant de l’éducation prioritaire, les élèves de seconde se préparant à passer la nouvelle version du baccalauréat et le développement des évaluations, se sont glissés les difficultés de parcour’sup, les larmes de quelques bambins, les angoisses de certains parents, les portraits d’enseignants… Récit d’une rentrée ordinaire, donc…

Manière de faire moins « marronnier », certaines publications ont cherché un angle moins habituel ou un peu plus décalé pour évoquer l’Éducation.

Télérama se félicite qu’après l’apprentissage du lire-écrire-compter, l’École s’intéresse au « savoir parler ». La nouvelle épreuve du grand oral au baccalauréat va certes imposer cette préparation. Mais au-delà, exposés, débats, concours d’éloquence se sont déjà multipliés dans les écoles et établissements scolaires, tout autant pour apprendre à prendre la parole que pour apprendre avec la parole.

Psychologie magazine se demande si l’Éducation peut nous rendre meilleurs…et mobilise Luc Ferry, Joëlle Proust, Marie Duru-Bellat, Stanislas Dehaenne pour traiter la question. La réponse ne va pas de soi. L’Éducation serait selon le mensuel « notre dernière utopie », justifiant la recherche de pédagogie dites « alternatives » pouvant aller jusqu’à des « écoles antiscolaires », le recours aux neurosciences pour aider à mieux apprendre, l’inspiration de « l’idéal des Lumières » pour réinventer une articulation entre l’évolution des connaissances et le progrès moral.

Le sujet sera prolongé dans un partenariat avec France Inter qui propose le débat dans l’émission Grand bien vous fasse, d’Ali Rebeihi, vendredi 7 septembre de 10h à 11h.

Le 1, se penche lui sur les profs qu’il pense devoir sauver. Et après avoir interrogé ce « plus beau métier du monde » qui pour bien des raisons ne l’est pas vraiment, propose 6 chantiers urgents pour qu’il le (re)devienne : mieux les former, mieux les recruter, mieux les payer, bien utiliser les outils numériques, améliorer leur environnement de travail, bien vivre la relation humaine… Tout un programme qui ne manquera pas d’éclairer les débats sociaux à venir.

C’est un numéro spécial que Sciences Humaines consacre au conflit des modèles en Éducation et convoque Edgar Morin, Marcel Gaucher, Philippe Meirieu et Jacques Rancière afin d’évoquer la transmission aujourd’hui. « Autorité ou bienveillance ? École publique ou privée ? Avec ou sans écran ? » Telles sont les questions posées et qui rejoignent celles sur les méthodes de lectures, le retour du « par cœur », l’évaluation, sans éviter un détour par les systèmes scolaires de Singapour, de Norvège et des États-Unis.

La liste des sujets éducatifs traités en cette rentrée n’est certes, ici, pas complète. Ces quelques exemples illustrent à la fois la richesse des débats, des questions, des réflexions et leur permanence… comme si chaque rentrée n’était finalement qu’un éternel recommencement., sujet dont nous débattrons le 12 septembre prochain lors de l’assemblée générale du notre Centre de Recherches, de Formations et d’Histoire sociale de l’UNSA Éducation. A suivre, donc…

Publié dans Formation, Recherches, vu, lu pour vous

Paradoxes de notre École Républicaine

Le système scolaire français est très performant pour faire émerger une élite. Tel est le constat d’Agnès van Zanten dans le Journal du CNRS. Elle affirme que « comparé à d’autres modèles éducatifs, y compris ceux de nos proches voisins européens, le système français se montre particulièrement efficace pour dégager une élite, écrémer progressivement les meilleurs ou supposés tels, repérer les pépites qui occuperont les postes les plus en vue dans l’administration, la politique, l’économie, la recherche… »

Ne faut-il donc pas de se réjouir d’un tel résultat ? Après tout, la mission confiée à l’École est également celle-ci, fabriquer une élite, des « premiers de cordée » dirait l’actuel Président de la République.

Certes ! En cela l’ambition n’est pas condamnable. Ce qui pose davantage problème c’est que la « fabrication de cette élite » se fait au détriment de l’autre mission essentielle de l’École : celle de faire réussir tous les élèves.

Ce résultat n’est pas délibéré. Il est le fruit d’une croyance que dénonce Agnès van Zanten : « Tout le discours de l’école française repose sur l’idée que, pour atteindre cette excellence, l’environnement social et familial des élèves importe peu. Seuls comptent les efforts que l’on fournit en classe. Selon le principe méritocratique au fondement de l’école républicaine et indissociable de l’idée d’égalité des chances, plus un élève travaille, quel que soit son milieu d’origine, et plus il aura de bons résultats, sera récompensé par des diplômes et s’assurera une belle carrière. De même, notre système éducatif est irrigué par la croyance que le concours, avec ses épreuves anonymes passées dans les mêmes conditions par tous les candidats, est la procédure la plus sûre, la plus « pure », la plus juste, pour sélectionner les meilleurs élèves. »

La conclusion est sans appel : « En privilégiant un enseignement plus soucieux de fabriquer une élite que de faire acquérir à tous les élèves un socle commun de connaissances, notre système éducatif répond mal à la massification de l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Chaque année, environ 20 % des jeunes quittent l’école sans diplôme ni qualification, 23 % des élèves des filières professionnelles échouent au CAP, 26 % au BEP, et autant d’étudiants ou presque abandonnent leurs études supérieures. Ce taux d’échec élevé charrie beaucoup de frustration, de fatalisme et de doutes sur leur valeur personnelle chez celles et ceux qui sont ainsi mis de côté et se sentent condamnés à rester dans les strates inférieures de la société. »

Mais n’y a-t-il pas de possibilité de concilier, voire de réconcilier, les deux missions de l’École qui apparaissent trop souvent comme des injonctions paradoxales et contradictoires ?

Plusieurs pistes existent : la mixité sociale scolaire tout d’abord trop peu développée en France alors qu’« une masse de travaux montre pourtant que la mixité tire les plus faibles vers le haut sans pénaliser les plus forts, pourvu que les enseignants aient appris à gérer les différences de niveau entre les élèves et que cet écart ne soit pas maximal (il ne faut pas être démagogue, on ne peut pas mettre les enfants les plus brillants avec ceux les plus en difficulté).

Accompagnée, construite dans des conditions réfléchies, elle est une réponse pédagogique, mais aussi sociétale, philosophique et culturelle : « la mixité est donc favorable à la réussite de tous, sous certaines conditions, mais aussi profitable sur le plan sociétal. Se mélanger aux autres à l’école aide à construire le « vivre ensemble » dans nos sociétés hétérogènes, à condition que l’école soit porteuse d’un idéal culturel et social à la hauteur de cette ambition. »

La formation des enseignants est également un levier indispensable et en particulier la formation pédagogique qui dès le primaire devrait davantage permettre de lutter contre le décrochage scolaire. « Une partie du problème tient à ce que les enseignants du primaire ne reçoivent pas une formation didactique et pédagogique suffisamment poussée pour pouvoir détecter les « décrocheurs » précoces ».

Une réflexion intéressante à intégrer en cette veille de rentrée scolaire tant pour les équipes pédagogiques que pour les décideurs politiques, le ministre de l’Éducation Nationale en tête.

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S’accepter et accepter les autres

Difficile de vivre avec un handicap, entre plus quand celui-ci conduit au harcèlement. C’est le cas de Shoko Nishimiya. Elle est sourde et maltraitée par ses camarades dans sa nouvelle classe de CM2. Surtout par Shoya Ishida, leader puéril et malveillant qui se moque d’elle.

Quelques années plus tard, alors qu’ils sont devenus de jeunes adultes, la situation s’est retournée contre Shoya, qui subit à son tour l’exclusion par les autres élèves du lycée.

Il cherche alors à reprendre contact avec Shoko pour s’excuser de son comportement passé.

Telle pourrait être le résumé de « Silent voice » le film d’animation de Naoko Yamada qui vient de sortir en France mercredi 23 août et s’inspire d’un manga à succès.

Mais, l’histoire est plus subtile et ne tombe pas dans un manichéisme mièvre.

Car il s’agit de réactions collectives, de la responsabilité de tout un groupe de jeunes, tour à tour victimes et bourreaux, en difficulté avec sa propre violence.

Bien entendu, de manière sensible et profonde, le rapport au handicap et au harcèlement scolaire est au cœur de ce récit.

Mais l’analyse psychologique va au-delà. A la fois au niveau de chaque personnage, comme pour le fonctionnement du groupe. Chaque jeune tente de trouver sa place et de construire sa personnalité. L’amitié se cherche, se construit, s’échappe, se trouve.

L’acceptation de l’autre, des autres, implique l’acceptation de soi. Tel pourrait être l’enseignement du film.

S’il peut avoir des vertus pédagogiques, il s’adresse à toutes et tous et dépasse de loin un message pour adolescents.

Bien entendu, le film, comme la manga, montre la jeunesse japonaise et ses difficultés fasse à la violence, au handicap, ses rapports au suicide, au pardon, aux règles…

Mais, au-delà, l’analyse permet d’interroger la notion d’individuation : être soi dans un collectif. Une manière de dépasser l’égoïsme individuel, sans se perdre dans l’anonymat ou l’uniformité dans un groupe.

Une question d’actualité, qui se pose à toutes et tous.