Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale

Aurait-on oublié l’Éducation populaire ?

Jean-Michel Blanquer était l’invité lundi 14 janvier du grand entretien de la matinale de France Inter afin de parler du grand débat et de la lettre du président de la République aux Françaises et Français. Comme membre du gouvernement, c’est son rôle. En tant que ministre de l’Éducation nationale et de la jeunesse, en charge de l’éducation populaire, n’aurait-il pas dû rappeler que celle-ci propose justement une démarche de citoyenneté active… qui a peut-être été (un peu) oubliée ?

Un héritage

La seconde moitié et la fin du XIXème siècle sont marquées par de profondes évolutions sociales, économiques, culturelles… Elles s’accompagnent d’incertitudes politiques. La République est fragile et régulièrement menacée. Être citoyen.ne, ne va pas de soi. L’idée émerge, qu’en fait, il faut le devenir. Et que pour cela, il faut y être éduqué.e. Ainsi, pour Jean Macé, son fondateur, la Ligue de l’enseignement devait s’occuper de « l’éducation au suffrage universel, non pas pour faire des élections, mais des électeurs, non pas pour faire des candidats, mais des citoyens. » Une éducation qui postule que les citoyen.ne.s, au-delà du droit de vote, doivent être les actrices et acteurs de l’évolution et de la transformation de la société. Que pour agir, elles et ils ont besoin de comprendre le fonctionnement du monde et les leviers pour le changer. Que ce regard sur le monde s’acquiert par la culture, l’échange, le débat, le conflit aussi parfois. Que nul.le ne doit se sentir exclu.e de cette démarche dans laquelle chacun.e a des richesses à apporter. Que c’est, par cette éducation et cette action, que l’on fait peuple.

Ainsi naît l’Éducation populaire. Ainsi se développe-t-elle, se revendiquant des philosophies des Lumières, jusqu’à être au cœur de l’esprit qui anime le Conseil national de le résistance et la Libération.

Une actualité

L’histoire aura été maintes fois écrite sur les choix qui ont conduit à ne pas davantage développer l’éducation populaire après les années 1950-60. Ils auront fait dire à l’une de ses militantes, Christiane Faure « L’Éducation populaire, Monsieur ils n’en ont pas voulu » (phrase reprise par Franck Lepage comme titre de sa conférence gesticulée qui justement analyse cette histoire). Mais malgré le désengagement de l’État (qui n’aura de cesse de dénaturer les missions de ses agents en charge de l’Éducation populaire), la parfois trop forte institutionnalisation des grands réseaux associatifs, l’animation souvent considérée comme ne s’adressant qu’aux enfants dans des modes de garde (assez) peu chers et (un peu) éducatifs, les appels d’offre, mises en concurrences et baisses des subventions des collectivités territoriales…, l’Éducation populaire vit encore.

Elle agit au quotidien dans des milliers d’actions, de démarches, de projets. Elle émaille le territoire dans tous les domaines, de l’économie à l’environnement en passant par la culture. Elle propose des démarches éprouvées et innovantes. Jeu, théâtre-forum, débat mouvant, conférence de consensus, atelier de pratique, ciné-club, travail coopératif, échange de savoirs, numérique collaboratif… permettent la prise en compte de la dignité de toutes et tous à commencer par les plus démuni.e.s et donc de mieux faire société.

Un avenir

Alors certainement, les militant.e.s de l’éducation populaire n’en ont pas fait assez. Ou n’ont pas su suffisamment convaincre de la pertinence d’une telle approche. Si l’on analyse les éléments des « crises » d’aujourd’hui dans leurs dimensions sociales, culturelles, démocratiques, émerge de manière évidente, la volonté d’être écouté et entendu, d’être pris en compte et d’avoir une place dans la société, de savoir et comprendre pour pouvoir participer et agir. Autant de revendications qui composent les gènes originels de l’Éducation populaire, tant oubliée qu’on semble aujourd’hui la redécouvrir.

Il n’est pourtant pas trop tard.

Tous les ingrédients sont disponibles.

Si l’ambition politique est au rendez-vous de ce désir citoyen, l’Éducation populaire, loin d’être dépassée, est une réponse d’avenir.

Si seulement le ministre qui en est en charge s’en souvenait…

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L’esprit et la lettre

Aux grands maux, les grands remèdes. Face à la crise de confiance, le président de la République lance une grande consultation qu’il initie par une lettre aux Française et Français.

D’autres présidents se sont en leur temps livré à cet exercice d’écriture (François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande) avec des objectifs différents et des succès différents.

Il ne nous revient ni d’anticiper sur les effets d’un tel courrier, ni d’en faire l’exégèse exhaustive, mais de regarder la place des sujets qui nous concernent.

Dans sa lettre Emmanuel Macron évoque l’école, la citoyenneté, la laïcité, la fonction publique.

Qu’en dit-il ?

L’École, l’Éducation ne font pas partie des questions posées par le président. Il n’y a d’ailleurs aucun axe proposé à la réflexion sur le domaine éducatif et culturel, pas plus d’ailleurs que sur la formation et l’insertion professionnelle.

L’évocation de l’Éducation correspond donc d’abord à une fierté nationale : « Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune.» Affirmation certes juste en terme d’accès, mais totalement démentie par toutes les études lorsqu’il s’agit de la réussite scolaire. Ensuite le président réaffirme la ligne de sa politique et redit son soutien aux réformes en cours : « Je pense toujours qu’il faut rebâtir une école de la confiance… » Ce qui semble accréditer tout de même que tout ne pas si bien que cela dans l’Éducation en France. Mais c’est surtout au niveau européen que le président dessine le projet d’ « inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. »

La page est tournée, le président n’en dit pas plus sur le sujet. Mais comme « il n’y a pas de questions interdites », les débats pourront s’en emparer.

La citoyenneté est au cœur du message présidentiel. Est-ce bien sûr? Le mots « citoyen» est utilisé trois fois, dont deux fois dans un sens plutôt générique et « citoyenneté » deux fois dans le quatrième axe, introduit ainsi : « Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu’il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. »

Cette citoyenneté, Emmanuel Macron lui confère deux caractéristiques. La première, historique, est d’être électeur : « Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen », même s’il reconnaît que « ce système de représentation […] socle de notre République, […] doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections» sans pour autant jusqu’à dessiner les contours d’une démocratie participative. La seconde est « le fait de vivre ensemble », définition qui permet d’introduire la question de l’immigration (un raccourci qui déjà en dit long…) et de poser, comme incidemment, la question, « une fois nos obligations d’asile remplies » de « fixer des objectifs annuels définis par le Parlement », une limitation du nombre d’étrangers accueillis qui n’est pas sans rappeler « l’immigration choisie » chère à Nicolas Sarkozy.

« Valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques », la laïcité est alors évoquée par Emmanuel Macron de manière partielle, évoquant la « liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix », mais pas celle absolue de conscience et questionnant sur son renforcement dans «  le rapport entre l’État et les religions » et sur le « respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République »

C’est en évoquant l’impôt que le président de la République aborde la question de la fonction publique. D’abord pour rappeler que « c’est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. » Ensuite, toujours sur le plan économique et sans remettre en cause la politique mise en œuvre depuis le début de son quinquennat, il propose de « poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique» et interroge donc sur « les économies […] prioritaires à faire » en posant deux questions :

« Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité?

À l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? »

Une manière de réaffirmer le coût des services publics et de mettre en relation celui-ci avec leur utilité…dont on peut se demander laquelle (utilité sociale ou rentabilité financière?).

Nul doute que les questions évoquées par le président de la République dans sa lettre et celles qui au-delà seront abordées dans le grand débat sont d’importance et méritent de faire l’objet d’une concertation citoyenne qu’il aurait peut-être mieux fallu avoir avant les élections présidentielles que quelques mois après… Mais mieux vaut tard que jamais. L’échange peut avoir lieu, il faut souhaiter qu’il débouche sur une autre manière de faire vivre la politique et la démocratie. Ce n’est qu’à cette condition qu’il permettra d’agir, comme semble le souhaiter Emmanuel Macron qui conclut sa lettre par ces mots, « en confiance ».

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Vie démocratique : quand la méfiance s’installe…

Lassitude (32%) , morosité (31%) et méfiance (29%) sont les trois qualificatifs qui caractérisent le mieux l’état d’esprit actuel des Français loin devant sérénité (17%), bien-être (14%) ou confiance (11%), selon le baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, dont la dixième édition est parue aujourd’hui.

Il y a bien entendu un effet « gilets jaunes » dans les résultats de cette perception. Mais pas uniquement. Depuis plusieurs années déjà cette étude annuelle comme d’autres confirment une montée des craintes et une perte de confiance dans une grande partie des institutions.

Pour 70% des sondés, en France la démocratie ne fonctionne pas très bien, seuls 27 % ont une opinion positive sur son fonctionnement, même si comme Churchill, 86 % reconnaissent que la moins pire des solutions est d’avoir un système politique démocratique.

Le pouvoir actuel fait évidemment les frais de la contestation. La politique du gouvernement suscite de l’inquiétude pour 73 % des sondés, de la colère pour 64 %, de l’enthousiasme pour 17 %, alors que l’indice de confiance est de 23 % (en baisse de 13 point en 1 an) pour le président de la République Emmanuel Macron et de 25 % (moins 11 points) pour le premier ministre Édouard Philippe.

Dans ce contexte, les revendications de modes d’expression, de prise de parole et de participation du peuple sont davantage revendiquer, 53 % des personnes interrogées estimant que, « les citoyens n’ont plus besoin aujourd’hui des partis politiques ou des syndicats pour exprimer leurs demandes ».

La confiance dans les syndicats se maintient à 27%, celle dans les médias baisse légèrement (de 1 points) à 23% et celle des partis politiques stagne à 9%. En revanche les hôpitaux (78%, +2 points), les PME (78%, + 2 points), l’armée (74%, – 1 point), la police (74%, + 1 point)demeurent très majoritairement appréciés. Tout comme l’école qui avec 69% de confiance améliore son score de 4 points. Un satisfecit des réformes en cours ? Plutôt le soutien à davantage de moyens dans un investissement d’avenir pour une École dont il est attendu à 59 % qu’elle donne « avant tout le sens de la discipline et de l’effort », contre 37 % des sondés qui pensent qu’elle « devrait former avant tout des gens à l’esprit éveillé et critique ».

Bien entendu, il ne s’agit que d’une enquête réalisée auprès d’un peu plus de 2000 personnes, pour autant elle donne une photographie assez fidèle et inquiétante de l’évolution de l’opinion publique par rapport à la société française et à sa démocratie. Elle montre particulièrement une progression d’une défiance dont il est urgent que les responsables tant politiques que syndicaux tiennent compte et à laquelle, il faut impérativement répondre.

L’ensemble des résultats du baromètre du CEVIPOF sont à retrouver ici : https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/CEVIPOF_confiance_vague10-1.pdf

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[Quoi de neuf] : les 9 infos du mois de janvier

Évidemment, en ce premier 9 de l’année 2019, des vœux :

– ceux du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation

– ceux de l’Internationale de l’Éducation

 

Mais ce nouveau [Quoi de 9 ?] propose aussi :

– de mieux connaître les Français à travers des statistiques illustrées dans le magazine Oblik

– d’aller à la rencontre de Robin Renucci, dont le grand entretien se trouve dans le numéro 2 de notre revue [R]

– d’interroger la sensibilisation des jeunes aux questions environnementales grâce à l’étude PISA

– de penser une Éducation à l’orientation à la suite des travaux du CNESCO

– de revenir sur la passé militant et syndical de Pierre Mauroy

 

Le tout avec quelques invitations à lire, à écouter, à voir et à noter dans son agenda…

Les infos de [Quoi de 9 ?] pour accompagner ce début d’année, à retrouver ici :  quoi-de-neuf janvier 2019

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Quand on reparle des rythmes, mais cette fois au lycée…

Valérie Pécresse, présidente de la région Île de France vient de demander au ministre de l’Éducation nationale d’expérimenter le début des cours à 9h en lycée.

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L’idée n’est pas nouvelle. Les chronobiologistes (on peut se référer, entre autres, aux travaux de François Testu et de Claire Leconte sur le sujet) ont depuis longtemps mis en évidence le besoin de sommeil des adolescents et jeunes adultes, ainsi que leurs rythmes qui nécessitaient une heure de levé et une prise d’activités plus tardives.

Jean-Michel Blanquer, invité du Grand Jury RTL, Le Figaro, LCI, ne s’est pas dit hostile à la proposition : « Je suis très ouvert aux expérimentations (…) Lorsqu’il y a une proposition comme cela, il faut l’écouter (…) Pourquoi pas, à une petite échelle pour expérimenter.« 

Ainsi donc le Ministre qui a mis fin à la semaine de cinq demi-journées de classe en primaire, alors que cela était favorable aux enfants, pourrait être celui qui permet l’adaptation des horaires du lycée…

Il est vrai qu’expérimentation ne signifie pas généralisation, pas plus que dérogation n’équivalait à suppression.

Le temps scolaire en France reste supérieur à celui des autres pays. Ainsi la moyenne des pays de l’OCDE est de 26 heures hebdomadaires pour un peu moins de 5 heures de cours par jour. Par contre il est plus resserré, puis que sur moins de 178 jours alors que la moyenne des pays de l’OCDE se situe à 187 jours.

Au-delà de ce décalage d’une heure en début de journée de cours, c’est donc bien plus globalement l’organisation de l’ensemble du calendrier scolaire qui se pose. Combien d’heures de cours ? Quelle organisation de la journée ? De la semaine ? De l’année ?

Sans parler du rythme même des cours et à l’intérieur de ceux-ci, dans l’alternance des différentes situations pédagogiques.

Si la réforme du lycée a un peu allégé le nombre d’heures de cours annuel, elle n’a pas pris en compte l’ensemble de ces éléments et n’apporte aucune réponse globale. Et comme cela ne relève pas des compétences régionales, peu de chance de voir les choses évoluer dans l’expérimentation francilienne.

 

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Oblik : quand les chiffres permettent de voir sous un autre angle

Double bonne idée en cette fin d’année avec la sortie du numéro 2 du mook Oblik, publié par Alternatives économiques.

Belle initiative de marier statistiques et illustrations sans que la forme n’aille à l’encontre du fond, mais en posant « un regard créatif et décalé sur l’actualité, sans abandonner l’exigence et l’expertise » comme le confirme le rédacteur en chef Laurent Jeanneau. Et de le faire sur papier, avec un succès pour le premier numéro, « est là pour nous rappeler que l’imprimé n’est pas condamné, à condition de savoir innover. »

Intéressant challenge que de montrer à travers les chiffres que « les Français ne sont pas ceux que vous croyez » comme le propose ce deuxième numéro d’Oblik.

« Ni Astérix ni Schtroumpfs grognons. Ni cancres à la traîne, ni vacanciers permanents. Ni fraudeurs universels, ni grévistes compulsifs… Les Français ne sont pas tout ce qu’on dit, ni ce qu’ils croient d’eux-mêmes (et surtout de leur voisin). Égoïstes ? Ils restent très attachés à la protection sociale. Feignants ? Près de la moitié des salariés travaillent le soir, la nuit ou le week-end. En déclin ? Leurs logements sont plus grands qu’il y a trente ans. Conservateurs ? Oui, quand il s’agit de renoncer à la bagnole ou aux privilèges masculins. Mais en même temps, leur pays prend de belles couleurs exotiques, leurs familles se recomposent, leurs croyances évoluent… Une chose ne varie pas : tous les ans, les Français sont champions du monde pour le temps passé à table. Ce changement-là, ce n’est pas maintenant ! » C’est ainsi que Yann Mens ouvre ce dossier en cinq parties, consacrées successivement à :

1. Cocorico1

Dans laquelle on apprend que la France est passée de 5,3 % du PIB mondial en 1991 à 3,2 % en 2016 ; que si le français était parlé en 2010 par 379 millions de personnes, elles pourraient être 853 millions à le parler en 2060 et en faire la seconde langue du monde ; et que si les performances scolaires françaises ne sont pas toujours à la hauteur, le nombre de diplômés du supérieur est plus important et le taux de décrochage scolaire inférieur à ceux de ses voisins européens.

2. Métro, boulot, dodo2

Révèle que la taille moyenne des logements a augmenté de presque 10m2 par personne en 30 ans passant de 30, 7 à 40,3 m² entre 1984 et 2013 ; que le nombre de jours de grève dans le privé a fortement baissé durant les 10 dernières années ; qu’à 35 ans un cadre peut espérer vivre encore 49 années contre 42,6 pour un ouvrier.

33. Touchez pas au grisbi

Pointe que 10 % des ménages les plus riches possèdent en moyenne 1,25 millions d’euros soit 627 fois plus que les 10 % de ménages les plus modestes ; que le logement représente en moyenne 26,2 % des dépenses de consommation des ménages , alors que les loisirs et la culture en représentent 8,5 % et l’éducation 1 % ; que les dons s’élèvent à environ 2,5 milliards d’euros par an dus à la générosité de 5, 27 millions de ménages donateurs.

4. Un air de famille4

Nous rappelle qu’un enfant sur quatre ne vit pas avec ses deux parents 11 % étant en famille recomposée, 18 % en famille monoparentale ; qu’en 25 ans les femmes font toujours l’essentiel des tâches familiale (les 2 tiers), les hommes ne s’étant investis que davantage (de 21 % en 1985à 42 % en 2010) dans le temps consacré aux enfants ; en France 45 % des enfants d’immigrés ont des origines européennes contre 42 % africaines.

5. La culture c’est comme la confiture 5

Montre que le temps passé devant la télévision a augmenté passant de 3h13 en 2000 à 3h42 en 2017, même s’il baisse légèrement pour les plus jeunes ; que seuls 15 % des non diplômés vont au musée au moins une fois par an alors que ce taux atteint 71 % des bac +3 et plus ; que 44 % des Français utilisent les réseaux sociaux, recort battu pour les 18-24 ans qui sont 73 % à dire les utiliser.

Le reste est à retrouver dans Oblik en kiosque au prix de 15 euros ou à commander ici : https://www.alternatives-economiques.fr/publication/oblik-linfo-graphique/197001010100-00086634.html?utm_source=google&utm_medium=cpc&utm_campaign=Oblik2%2FGA-v3%2F2018&gclid=EAIaIQobChMIsPf_n7LH3wIV2pTVCh0ndgQqEAAYASAAEgJ0yPD_BwE

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Environnement : les jeunes davantage informés mais pas encore mobilisés à l’écocitoyenneté

La question de l’environnement, la lutte contre le réchauffement climatique, l’enjeu écologique sont au cœur des préoccupations actuelles. Si les décideurs politiques et économiques du monde peinent à construire des solutions ambitieuses et universellement partagées, l’implication citoyenne au quotidien est également requise. Elle implique des changements de mentalités et de comportements, auxquels l’Éducation peut largement contribuer, en visant à rendre les jeunes plus sensibilisés et plus encouragés à agir en écocitoyens.

Ainsi, au travers des résultats de l’enquête internationale PISA, l’OCDE s’est interrogé pour savoir si les jeunes de 15 ans sont davantage « verts ».

Les principaux résultats montrent une certaine efficacité de l’information puisque le nombre d’enquêtés « se disant informés (« Je vois de quoi il s’agit et je pourrais expliquer cela dans les grandes lignes ») ou bien informés (« Je connais ce sujet et je pourrais clairement expliquer de quoi il s’agit ») a connu une hausse modérée, en moyenne, dans les pays de l’OCDE. » Ainsi entre 2006 et 2015, « le pourcentage d’élèves se disant informés de l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère a ainsi augmenté, passant de 57 % en 2006 à 64 % en 2015 ; une hausse similaire s’observe au sujet de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM). »

Dans le même temps, ces mêmes jeunes enquêtés n’apparaissent pas plus optimistes. En effet, « en moyenne, dans les pays de l’OCDE, le pourcentage d’élèves se disant optimistes quant à l’avenir de la planète – ceux estimant que les problèmes environnementaux s’atténueront au cours des 20 prochaines années – est resté relativement stable durant cette même période. » Ainsi , si en 2015, les jeunes de 15 ans s’affirment légèrement « plus optimistes que leurs homologues en 2006 à l’égard des problèmes liés à l’abattage des forêts, aux déchets nucléaires et à la pollution de l’air », ils se disent davantage « pessimistes concernant l’accès à l’eau dans le futur. »

Quels liens avec l’Éducation ?

Il semble que trois caractéristiques puissent se dégager :

Tout d’abord la sensibilisation aux problèmes environnementaux a globalement augmentée dans de nombreux systèmes éducatifs

Ensuite, mieux formés aux questions environnementales et donc plus à même d’en comprendre les enjeux et les évolutions, les élèves sont « considérablement plus susceptibles d’estimer que ceux-ci s’aggraveront dans le futur. » Ainsi, 40 % se disant informés (de l’augmentation des gaz à effet de serre, de la pénurie d’eau et de la pollution de l’air) estiment que ces problèmes s’aggraveront au cours des 20 prochaines années.

Enfin, il est à noter que « les élèves se disant plus sensibilisés aux problèmes environnementaux sont en moyenne ceux issus d’un milieu socio-économique favorisé »  et que les « élèves ayant le goût des sciences – soit les élèves très performants qui participent à des activités scientifiques, envisagent d’exercer une profession à caractère scientifique et s’intéressent aux sujets scientifiques – font part d’une plus grande sensibilisation aux problèmes environnementaux ».

Plus globalement la sensibilisation à ces problèmes est accrue lorsque l’enseignement est fondé sur une démarche d’investigation « et, dans une moindre mesure, lorsque le département scientifique de leur établissement est doté des ressources adéquates et propose des activités scientifiques, notamment des concours et un club de sciences. »

Ce que l’étude de l’OCDE n’analyse pas pas, c’est le rapport entre ce meilleur niveau d’information, cette inquiétude plus grande et l’implication dans des actions de préservation de l’environnement. Il semble en effet que les jeunes ne traduisent pas leur sensibilisation aux questions écologiques par un « engagement important » dans ce domaine comme le montre les travaux de l’INJEP ou une étude de l’INSEE de l’an dernier sur « les acteurs économiques et l’environnement ». Ainsi comme le rapportait Alternatives économiques « les jeunes Français ne sont ni plus ni moins engagés dans les associations environnementales que les autres classes d’âge : 3 % y adhèrent et 1 % y sont bénévoles, exactement comme la moyenne. »

Au-delà d’un enseignement des risques écologiques, ces résultats montrent combien il est devenu essentiel de passer aux actes. Il s’agit dorénavant d’éduquer à l’écocitoyenneté de manière concrète et impliquée, dès les lieux d’enseignement, tant par l’apprentissage et l’application des gestes du quotidien que par une Éducation plus approfondie aux nouvelles relations à construire entre l’environnement naturelle et l’activité humaine : un « nouveau contrat naturel » comme le préconise Michel Serres.

Retrouvez ici l’étude thématique de PISA :

https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/4b2c2054-fr.pdf?expires=1545600360&id=id&accname=guest&checksum=9A5A94B6492263FF3DF356A9BA692D70

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« Nous sommes des travailleurs/euses de la sagesse » : les vœux de l’IE

En guise de « message de fin d’année adressé à l’ensemble des organisations membres, du personnel et des partenaires de l’IE », David Edwards secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation (IE) livre un extrait d’un texte écrit ces derniers mois et qui résume bien sa pensée en ce moment, alors que « nous avons indéniablement du pain sur la planche et des vents froids soufflent… » mais qui rappelle « qu’en restant uni(e)s, nous sommes plus fort(e)s. »

« Si nous examinons l’état actuel du monde, nous devons faire face à un creusement des inégalités au niveau global, à une crise climatique provoquée par l’Homme, à la résurgence d’un populisme autoritaire et d’une hostilité aux migrant(e)s, à des migrations massives, à l’automatisation et la numérisation, à la déformation des faits et à des attaques contre la presse libre, sans oublier des populations de plus en plus segmentées, isolées et ciblées par un flux incessant de messages destinés à influencer leur consommation et leur comportement et émanant d’acteurs transnationaux de plus en plus irresponsables.

Dire que le monde est complexe est un euphémisme. Dire que la démocratie et les sociétés ouvertes respectueuses des droits humains sont menacées est un euphémisme. Si seulement…

Si seulement il existait une profession capable d’aider les étudiant(e)s et les sociétés à donner du sens à cette complexité.

Si seulement il existait une profession qui combine les connaissances que nous avons accumulées dans toutes les disciplines au cours des siècles et les valeurs éthiques nécessaires à l’utilisation de ces connaissances.

Si seulement il existait une profession déterminée à comprendre et à soutenir en profondeur le développement, le bien-être et l’apprentissage de l’Homme. Une profession qui est profondément curieuse et ayant la recherche et la résolution collaborative de problèmes ancrées dans son ADN.

Si seulement il existait une profession capable de combiner les modes de connaissances et les pratiques culturelles locales avec la compréhension et la prise de conscience globales des droits universels. Ouverture d’esprit et sources d’information ouvertes.

Si seulement il existait une profession enracinée dans chaque communauté du monde. Imaginez le pouvoir qu’elle aurait si ses praticien(ne)s étaient aussi des membres actifs/ives, fiables et influent(e)s de ces communautés.

Cette profession pourrait être en mesure de jeter des ponts entre le possible et le souhaitable et mener des débats éclairés basés sur des faits et des informations. Bien sûr, l’émergence d’une telle profession sur la scène actuelle attirerait immédiatement les foudres de ceux et celles qui tirent profit des inégalités, d’une consommation débridée, de l’insécurité, de la peur, de l’ignorance, de la méfiance et pour tout dire, d’un système globalement truqué.

Cette profession devrait disposer de ses propres structures démocratiques et de son indépendance politique et financière pour asseoir son influence et faire valoir ses droits et ses valeurs alors qu’elle éclaire de ses feux la pénombre envahissante et défend les personnes vulnérables.

Cette profession devrait d’abord et avant tout compter sur la solidarité, car elle ne serait jamais en mesure d’acheter l’influence et les outils qui seraient mobilisés contre elle.

Cette profession aurait besoin d’un syndicat déterminé à défendre son autonomie et ses droits dans la pratique et en justice.

Si seulement il existait une profession organisée aux niveaux local, national et international pour s’en inspirer et se responsabiliser. Cette profession organisée, respectée et fondée sur des principes pourrait être en mesure de tracer une voie différente, de construire une architecture différente et peut-être même d’élever la justice et la dignité au rang de priorités.

Chers et chères collègues, l’époque des hommes et femmes forts, des conseillers/ères techniques, des entrepreneurs/euses de la privatisation, des alarmistes, des nativistes, des fondamentalistes du marché, des démagogues, des narcissiques et des gestionnaires doit être reléguée dans le passé. Nous sommes ceux et celles que nous attendions. Nous avons développé les connaissances de notre profession, avec la force de notre mouvement syndical et la croyance dans nos idéaux de justice sociale.

Nous sommes bien plus que des travailleurs/euses de la connaissance, nous sommes des travailleurs/euses de la sagesse. Nous parlons toutes les langues. Nous sommes témoins de toutes les atrocités et de toutes les réalisations. Nous défendons la vérité. Ensemble, nous cherchons un accord meilleur et plus juste pour nos sociétés, nos écoles et nos étudiant(e)s.

La bannière sous laquelle nous nous rassemblons tient en un mot, qui englobe tout à la fois notre histoire et nos aspirations :

NOUS. »

Les vœux 2019 de David Edwards

secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation (IE)

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L’évolution des métiers de la fonction publique vue par le CESE

«  […] qu’il me soit permis de conclure en vous proposant un petit exercice d’imagination.

Imaginons un pays en crise profonde du fait de ses fractures sociales, territoriales et économiques, au point qu’une fraction de ses citoyens en vienne à descendre dans la rue.

Imaginons que ce pays si divisé ait en même temps à faire face à des transformations écologiques, numériques et technologiques impératives, transformations qu’il ne pourra réussir sans la mobilisation et donc l’acceptation et le rassemblement de ses citoyens.

Imaginons que, pour faire face, ce pays ait la chance de disposer d’une sorte de bras armé, une Fonction publique de qualité fondée sur l’intérêt général, et, de surcroît, qu’il puisse s’appuyer sur un conseil représentant la société civile organisée qui lui indique des pistes d’évolution et, surtout, de consensus.

Et puis, faisons un dernier effort, et figurons-nous que ce pays imaginaire soit doté d’un gouvernement, en très grande difficulté du fait de la situation sociale, qui s’apprête à écrire une loi sur la Fonction publique.

J’arrête là cet exercice de pure fiction au meilleur moment , celui de la fin. Nous l’attendons tous mais ce n’est pas moi mais le gouvernement en question qui pourra véritablement l’écrire.

Souhaitons qu’avec cet avis il trouve la bonne inspiration car, si les contes de fées peuplent peu le réel, il est des histoires qui peuvent s’y finir très mal. »

Ainsi concluait Luc Berille, le 11 décembre dernier, l’avis de l’UNSA sur le rapport du CESE relatif à « l’évolution des métiers de la Fonction publique ». Une évolution qui concerne 5,4 millions d’agents publics au sein des trois versants de la fonction publique et que le gouvernement a décidé de mettre en réflexion jusqu’à l’aboutissement d’une loi qui devrait être proposée et débattue au premier trimestre 2019. La rapport du CESE, sous saisine gouvernementale, vient, dans ce contexte, éclairer les futurs débats.

A partir d’un état des lieux des disparités importantes qui existent au sein des différents métiers et des trois versants de la fonction public, les rapporteurs font une vingtaine de préconisations qui, s’appuyant sur les enjeux actuels de l’apport du numérique et de la question environnementale, concernent cinq leviers d’évolution :

– la gouvernance,

– les ressources humaines,

– la formation tout au long de la vie,

– la mobilité,

– les missions nouvelles.

Parmi les principales propositions, on retiendra :

– la mise en place d’un dispositif de pilotage en matière de gestion des ressources humaines comportant -entre autres, « une mission de prospective, visant une meilleure anticipation et une meilleure intégration des facteurs d’évolution dans les métiers de la fonction publique » ;

– l’élaboration, prévue dans la loi, d’un « plan pluriannuel sur la formation continue nécessaire à l’évolution des métiers de la fonction publique, répondant aux besoins en qualifications » ;

– la différenciation des entretiens annuels de formation de ceux d’évaluation ;

– la conception de « postes à profil destinés à l’expérimentation de projets innovants, sur des périmètres spécifiés, dans les différents corps et cadres d’emplois de la fonction publique » ;

– la mise en place d’un « réseau de conseillères et conseillers RH de proximité dans l’Éducation nationale » ;

– la garantie d’ « accès à la formation continue des effectifs contractuels dans les trois versants de la fonction publique et les orienter vers des concours adaptés, en proposant aux personnes concernées des dispositifs de valorisation des acquis de l’expérience (VAE), de reconnaissance de l’expérience professionnelle ou de certificats de qualification professionnelle adaptés au secteur public » ;

– l’encouragement à « toutes les mobilités en aménageant des conditions de retour favorables dans le corps ou cadre d’emplois d’origine, en tenant compte du gain d’expérience acquise et en prévoyant un temps de réadaptation nécessaire à l’emploi retrouvé » ;

– la garantie de « transparence des conditions de recrutement, de l’organisation des temps de travail et des régimes indemnitaires dans les différentes administrations pour faciliter les mobilités inter et intra-versants » ;

– l’intégration « dans la formation initiale et continue et dans les pratiques de travail collaboratif de l’ensemble des personnels de la fonction publique, quelle que soit leur spécialisation de base, la prise en compte des enjeux relatifs à l’environnement, en particulier ceux qui concernent les changements climatiques et l’érosion de la biodiversité ».

Au travers de celles-ci, le rapport montre que le statut des fonctionnaires est loin d’être le carcan interdisant toute évolution, comme certains se plaisent à le dénoncer.

Reste donc, comme le préconise l’UNSA, au gouvernement de s’en inspirer.

Retrouver le rapport du CESE ici : https://www.lecese.fr/travaux-publies/levolution-des-metiers-de-la-fonction-publique

Le numéro 26 de décembre 2018 de la Newsletter du Groupe UNSA au CESE : Newsletter 26