Publié dans quoi de 9 ?

[Quoi de 9?] : encore trop d’inégalités dans les 9 infos de ce mois de décembre

L’actualité de ce mois de décembre est largement marquée par la publication des nouveaux résultats de l’évaluation PISA. [Quoi de 9 ?] s’en fait l’écho en focalisant son approche sur la question des inégalités.

  • Il faut dire qu’à nouveau les résultats des tests internationaux mettent en évidence que l’École en France ne compense pas assez les inégalités et qu’elle tend à exacerber les déterminismes en particulier sociaux et culturels.

  • Inégalités territoriales aussi en banlieues comme le montre le film « Les Misérables » mais aussi dans le monde rural et dans les petites villes.

  • Incertitudes et inquiétudes des jeunes, là encore pas de toutes et tous, mais des plus fragiles, qui s’interrogent sur leur avenir et doutent.

  • Inégalités encore des établissements scolaires face aux actes de violence, concentrés dans une minorités qui cumulent les difficultés et apparaissent parfois comme des lieux de souffrance, alors que le climat scolaire joue un rôle important dans les réussites.

  • Inégalités des enfants, qui certes bénéficient depuis trente ans maintenant d’une reconnaissance de leurs droits, mais ceux-là peinent encore à être appliqués de par le monde.

Des infos qui invitent à réagir, des ressources à lire, écouter et regarder et des rendez-vous qui peuvent y aider, voici le menu de [Quoi de 9 ?] de décembre qui espère une fin d’année marquée par des décisions plus justes et plus solidaires : quoi-de-neuf décembre 2019

Publié dans Aujourd'hui, Recherches, vu, lu pour vous

L’océan en manque d’oxygène

D’ici vendredi 13 décembre les membres de la COP 25 réunis à Madrid seront-ils capables de prendre les bonnes décisions et de confirmer les ambitions de l’accord de Paris pour lutter contre le dérèglement climatique et endiguer l’actuelle catastrophe environnementale annoncée ?

Rien n’est moins sûr. D’autant que chaque nouveau rapport scientifique révèle ou amplifie de nouveaux points noirs et insiste sur l’urgence à agir efficacement.

Confirmant ce que le GIEC avait déjà mis en évidence, le récent rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), intitulé « Désoxygénation des océans : le problème de chacun », n’est pas en reste en affirmant que « Le réchauffement des océans est l’un des problèmes cachés les plus importants de cette génération – et pour lequel nous sommes totalement mal-préparés » Ce travail de trois années auquel ont collaboré 67 scientifiques de 51 instituts de recherche répartis dans 17 pays, aboutit à un rapport de plusieurs centaines de pages révélant les preuves scientifiques détectables d’impacts négatifs du réchauffement climatique sur la vie marine, des micro-organismes jusqu’aux mammifères. Impacts qui sont susceptibles d’augmenter significativement dans les années à venir.

Ainsi selon le rapport, à l’échelle mondiale, le taux d’oxygène dans les océans a diminué d’environ 2 % entre 1960 et 2010. Une perte qui pourrait atteindre 3 à 4 % de leurs stocks d’oxygène d’ici à 2100 si les émissions continuent à croître au rythme actuel. Or « la majeure partie de cette perte se concentrant dans les premiers 1.000 mètres de la colonne d’eau, où la richesse et l’abondance des espèces sont les plus élevées« , souligne le rapport qui cartographie déjà 700 sites à travers le globe, souvent sur des côtes et dans des mers semi-fermées, qui sont en manque d’oxygène, alors qu’il n’y en avait que 45 dans les années 1960.

Cette diminution de la teneur en oxygène des océans qui « a déjà commencé à modifier l’équilibre de la vie marine« , favorise le développement des espèces tolérantes à l’hypoxie (les microbes, les méduses et certains calmars) au détriment d’espèces sensibles à l’hypoxie, dont la plupart des poissons.

Un risque majeur pour la sauvegarde de la diversité et des écosystèmes marins. Une grave menace aussi pour la pêche et donc pour les humains, en particulier les populations côtières, spécifiquement dans des pays en développement, dont c’est l’essentielle source de nourriture et la base de leurs économies locales.

Une nouvelle urgence environnementale à prendre en compte qui nécessite volontarisme et réglementation. A Madrid, comme partout dans le monde, il est plus que temps d’agir.

Publié dans vu, lu pour vous

Banlieues : de « La Haine » aux « Misérables », près de 30 ans de souffrance urbaine

« L’image tremble, noir et blanc un peu sale, comme contaminée par la boue des ruelles en terre battue, entre deux baraques pourrissantes. Des enfants jouent dehors, par grappes, sur un lit déglingué. Des chiffonniers trient des déchets, tirent une charrette à bras. Plus loin, l’ombre monumentale d’une cheminée d’usine écrase le paysage. Bienvenue dans La Zone. En 1928, le cinéaste Georges Lacombe filmait la ceinture de misère qui encerclait Paris, une sorte d’état de siège de la pauvreté et de l’exclusion. » Comme le rappelle Cécile Mury sur télérama.fr,* le cinéma et la banlieue ont une longue histoire en commun. La sortie du film « Les Misérables » de Ladj Ly est l’occasion de la rappeler.

Mais la cité moderne, avec ses immeubles, ses cours en béton, ses trafics, ses « guerres » urbaines, c’est essentiellement « La Haine » le film de Mathieu Kassovitz, inspiré d’une bavure dans un commissariat de banlieue parisienne lors d’une garde à vue, sorti en 1995 en est l les plus révélateur, mettant en scène des alarmantes tensions sociales de la banlieue française. Des lieux dans lesquels règnent violence, exclusion et échec scolaire, comme le montrait déjà Jean-Claude Brisseau en 1988 dans « Du bruit et de fureur ».Et que confirme « Ma 6-t va crack-er » le film de 1997 de Jean-François Richet, qui insiste aussi sur le trafic de drogue, repris dans « Raï » de Thomas Gilou (1995). Un caïd violent est aussi au cœur du film « La Squale » de Fabrice Genestal qui déclarait en 2000 : « il s’agit de la violence des cités. Et je ne l’ai pas cachée, parce qu’il eût été hypocrite et lâche d’édulcorer au nom de je ne sais quelle bienséance pudibonde. »

Il faut ensuite attendre presque 15 ans pour retrouver une longue séries de films qui font d ela banlieues leur sujet. C’est ainsi le cas de « Dheepan » de Jacques Audiard en 2015, de « Chouf » de Karim Dridi en 2016, de « Divines » la même année, de Houda Benyamina et de « Banlieusards » de Kery James et Leïla Sy, en 2019, films que présente Laurent Schenck sur allociné.fr**.

Tous ces films, à leur manière, cherche à montrer et à comprendre. Dire à la fois que la banlieues c’est cela : de la violence, des multi-difficultés à vivre au quotidien, des discriminations, des trafics, les difficiles relations avec la police, les autorités, les voisins, le quartier d’à côté… Mais que ce n’est pas que cela. Que c’est aussi des solidarités, des envies de s’en sortir, un chez soi , des histoires d’amitiés et d’amour…

Des films qui surtout interrogent. De « La Haine » aux « Misérables », de 1995 à 2019, en presque 30 ans, aucun progrès ne semblent avoir été réalisés, les mêmes situations semblent se reproduire, enkystées dans des inégalités sociales, des enfermements communautaires, des ghettos sociaux qu’aucune politique ne prend réellement en compte pour les faire cesser.

* https://www.telerama.fr/cinema/de-la-zone-aux-miserables-une-histoire-de-la-banlieue-parisienne-dans-le-cinema-francais-12,n6552535.php

** http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18685856.html

Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Au-delà des résultats disciplinaires, les enseignements de PISA

« Votre intelligence est une de vos caractéristiques que vous ne pouvez pas vraiment changer », seuls 54 % des élèves français.e.s sont en désaccord avec cette affirmation, soit une proportion inférieure à la moyenne de l’OCDE (63%) selon l’enquête PISA, Ce sont les filles et les élèves favorisés qui, par rapport aux élèves défavorisés, affirment davantage que l’intelligence peut se développer.

62 % des élèves français.e.s déclarent dans PISA face à un échec, leur crainte de ne pas avoir suffisamment de talents (moyenne OCDE : 55 %) et cela les fait douter de leurs projets pour l’avenir (moyenne OCDE : 54 %). En prenant en compte le profil socio-économique des élèves et de l’établissement scolaire fréquenté, plus les élèves expriment une plus grande crainte de l’échec moins elles ou ils sont satisfait.e.s de leur vie.

En France, pour seulement 45% des répondant.e.s, les élèves coopèrent entre eux dans leur établissement (moyenne OCDE : 62 %), mais ce ne sont que 41 % des élèves (contre 50 % pour la moyenne de l’OCDE) qui déclarent que leurs camarades de classe sont en compétition les un.e.s avec les autres.

Un.e élève français.e sur cinq, venant d’un milieu défavorisé, ne prévoit pas de faire des études supérieures alors que cette proportion est très faible pour les élèves issu.e.s d’un milieu favorisé.

Parmi les élèves les plus performant.e.s en mathématiques ou en sciences, si un garçon sur trois en France souhaite travailler comme ingénieur ou comme scientifique à l’âge de 30 ans, seule une fille sur six se projette dans ce type de professions.

L’édition 2019 de l’évaluation PISA, relative aux enquêtes menées auprès des élèves en 2018, est donc rendue publique ce mardi 3 décembre. Elle est riche d’enseignements qu’il conviendra d’analyser en détail.

Ce premier article s’attache ainsi à regarder certains éléments de contexte, au-delà des résultats disciplinaires qui ont assez peu évolués.

Or, comme l’ont révélé, les éditions PISA précédentes, la France demeure l’un des pays de l’OCDE où la corrélation entre le niveau socio-économique et la performance éducative est la plus forte. Dans PISA, 107 points séparent les élèves français.e.s issu.e.s d’un milieu favorisé de celles et ceux appartenant à un milieu défavorisé. Une différence nettement supérieure à celle de 89 points observée en moyenne dans les pays de l’OCDE.

Moins de confiance en soi, plus de crainte face à l’échec, peu de coopération entre les élèves, des orientations genrées et de l’autocensure quant aux études supérieures et au choix d’avenir dans les classes défavorisées, sont autant d’éléments qui continuent à affirmer que l’École en France n’est pas un remède contre les inégalités sociales, économiques, culturelles.

Évidemment, il faut rappeler que les élèves interrogés sont ceux qui avaient 15 ans en 2018, les applications de la Loi de refondation de l’École de la République ne les concernent donc pas puisqu’ils étaient en CM2 en 2013 et que la réforme prévue du collège n’a finalement pas été mise en œuvre. L’OCDE avait tout de même salué le bon sens dans lequel allait les évolutions décidées alors. Quant aux réformes Blanquer, il faudra plusieurs années encore pour en voir les potentiels effets, même si les études montrent déjà l’inutilité des redoublements qui sont en augmentation.

Pour lire l’ensemble des résultats de l’évaluation PISA 2019 :

http://www.oecd.org/pisa/publications/PISA2018_CN_FRA_FRE.pdf

Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Insatisfaction et inquiétude en hausse chez les jeunes

Une majorité de jeunes s’avère satisfaite de leur situation et confiante dans leur avenir personnel. Pour autant, l’édition 2019 du baromètre DJEPVA sur la jeunesse révèle, par rapport à 2018, une montée de l’insatisfaction et des inquiétudes, y compris parmi les populations les mieux insérées socio-économiquement.

S’ils sont plus nombreux (+ 6 points par rapport à 2018) à exprimer l’impression que leur niveau de vie personnel s’est amélioré, les jeunes ont davantage l’impression de s’imposer des restrictions budgétaires (+ 5 points, ce qui correspond à un retour au niveau de 2017.) Ils s’attendent également plus (+ 6 points par rapport à 2018) à la dégradation de leurs conditions de vie au cours des cinq prochaines années.

Et, faut-il y voir la fin d’une « lune de miel politique » issue de l’élection d’Emmanuel Macron, si seulement 41 % estimaient en 2018 que le nombre de chômeurs allait « continuer à augmenter pendant plusieurs années », ils sont aujourd’hui plus de la moitié (54 %) qui le pensent.

Cette méfiance de la jeunesse envers l’avenir, ne se limite pas au seul contexte économique, l’étude révèle qu’elle « entre en résonnance avec une montée générale des inquiétudes au sein de la jeunesse depuis une dizaine d’années, sur des thématiques aussi variées que la santé ou les accidents de la route, mais aussi avec l’actualité environnementale et sociale de l’hiver 2018-2019. »

jeune moral

Évidemment, comme le montre le graphique ci-dessus, la jeunesse n’est pas uniforme. L’environnement socio-économique, le niveau d’étude, la situation familiale… sont des critères qui influent fortement sur la satisfaction à l’égard de sa vie. Celle-ci est en recul important auprès des jeunes non étudiants : entre 2018 et 2019, elle a ainsi reculé de 6 points chez les jeunes inactifs, de 3 chez celles et ceux en recherche d’emploi, mais également de 5 points chez les jeunes en emploi et jusqu’à 8 pour celles et ceux qui bénéficient d’un CDI.

Des données qui ne sont pas sans interroger les politiques publiques en faveur des jeunes.

[Le Baromètre DJEPVA pour la jeunesse 2019 est riche de nombreux autres enseignements qui donneront lieux à d’autres articles du Centre. Vous pouvez retrouver l’ensemble de l’étude sur le site de l’INJEP : https://injep.fr/wp-content/uploads/2019/11/rapport-2019-12-barometre-djepva-2019.pdf ]

Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Le déterminisme territorial dans l’avenir des jeunes des zones rurales et des petites villes

En France, le poids de l’appartenance sociale est déterminant par rapport au parcours et à la réussite scolaire. Cet élément, mis en évidence par les évaluation internationales, est aujourd’hui, malheureusement, bien connu et analysé.

A ce déterminisme socio-économique s’ajoute une forte disparité territoriale. Elle a été largement mis en évidence et étudiée en ce qui concerne la « banlieue » . La situation est bien moins observée pour les jeunes qui vivent dans le monde rural ou dans les petites villes de région.

Afin de remédier à cette méconnaissance, Chemins d’avenirs, la Fondation Jean-Jaurès et l’Ifop ont interrogé les jeunes Français de 17 à 23 ans sur leurs choix d’orientation et leur rapport à l’avenir.

Les réponse à cette enquête, mettent largement en évidence la manière dont « les origines géographiques et sociales continuent d’influer fortement sur la projection de ces jeunes vers l’avenir, sur leur degré d’ambition et sur l’autocensure qu’ils développent, de manière plus ou moins consciente, en fonction de leur milieu d’origine et de leur lieu de résidence. »

Quelques éléments pour illustrer ce constat

42 % pour les jeunes de zones rurales ont le sentiment de ne pas avoir suffisamment d’informations pour s’orienter, contre 32 % pour les jeunes d’agglomération parisienne (soit une moyenne de 41 % pour l’ensemble des jeunes de 17 à 23 ans intérrogé.e.s).

67 % des jeunes d’agglomération parisienne indiquent qu’ils ont fait ou vont faire des études supérieures « ambitieuses » contre 48 % des jeunes des villes de moins de 20 000 habitants soit un total de 58 % des jeunes de 17 à 23 ans enquêté.e.s).

SI 42 % des jeunes des villes-centres indiquent avoir des modèles qui les inspirent dans leurs choix de formation ou de carrières, il ne sont que 27 % dans les villes isolées et 28 % dans les territoires ruraux.

Cette forte différence, se retrouve également en dehors de l’École, puisque 32 % des jeunes des zones rurales disent n’avoir pratiqué aucune activité extra-scolaire pendant leur scolarité, contre seulement 20 % en agglomération parisienne.

Il en va également de même pour les possibilités d’études ou de travail à l’étranger. Ainsi ce ne sont que 27 % pour les jeunes des territoires ruraux qui déclarent être encouragés à aller étudier à l’étranger par leurs familles, contre 41 % en agglomération parisienne ( sur un total de 33 % des 17-23 ans des répondant.e.s). Et si, près d’un.e jeune Français.e sur deux envisage la possibilité de travailler à l’étranger dans le cadre d’une future activité professionnelle, cette éventualité n’est appréhendée que par 34 % des 17-23 ans issus des zones rurales, alors que 52 % vivant en agglomération parisienne l’envisagent.

Des données qui, certes ont été partiellement prises en compte dans le travail d’Ariane Azéma, inspectrice générale de l’Éducation nationale, du sport et de la recherche missionnée avec Pierre Mathiot par le ministre Jean-Michel Blanquer sur ce que devrait être la politique territoriale de l’Éducation nationale, mais dont l’importance nécessitent aller plus loin.

Un rapport nécessaire, mais au-delà, une (ré)action indispensable.

La totalité de l’étude est à lire sur le site de la Fondation Jean Jaurès : https://jean-jaures.org/nos-productions/jeunes-des-villes-jeunes-des-champs-la-lutte-des-classes-n-est-pas-finie

Voir également l’article de l’UNSA Education sur le rapport AZEMA-MATHIOT : http://www.unsa-education.com/Territoires-et-Reussite-25-propositions-pour-une-politique-educative-adaptee

Publié dans Aujourd'hui, Histoire sociale, Recherches, vu, lu pour vous

Convention des droits de l’enfant : un levier pédagogique

Ce 20 novembre est la journée internationale des droits de l’enfant.

Parce que voici exactement 30 ans, le 20 novembre 1989, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies adoptait La Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE ou Convention relative aux droits de l’enfant) Un traité international dont le but est de reconnaître et protéger les droits spécifiques des enfants et la rédaction est à l’initiative de la Pologne

Parce que 30 ans plus tôt, le 20 novembre 1959, onze ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’Assemblée générale des Nations unies avait déjà adopté une première déclaration des droits de l’enfant.

Parce que le fondement de ces idées viennent du Dr Janusz Korczak, pédiatre polonais, dès les années 1920.

L’ensemble cette démarche s’inscrit dans la volonté de consacrer le passage de l’enfant comme sujet de droit et non plus seulement objet de droit.

Une évidence dirait-on ? Pas tant que cela.

Comme le rappelle Philippe Meirieu dans so ouvrage Le pédagogue et les droits de l’enfant : histoire d’un malentendu ? (Paris, Editions du Tri, Paris, 2002) la filiation d’une telle démarche peut « s’inscrire dans la filiation de Rousseau et, peut-être même, voir en Montaigne un de ses précurseurs. » Et pourtant ce texte devenant force de loi et de références communes, a soulevé des objections, de natures différentes, mais relevant du même présupposé « le seul véritable droit de l’enfant est le droit d’être éduqué, à recevoir une éducation que seuls les adultes éduqués eux-mêmes, peuvent lui donner. »

« La mystification des droits de l’enfant », dira même Alain Finkielkraut, (Les droits de l’enfant, Actes du colloque européen d’Amiens, 8, 9 et 10 novembre 1990, Amiens, CRDP, 1991.)

Pourquoi ?

Parce qu’au-delà de la protection, la convention des droits de l’enfant, reconnaît à celui-ci des libertés : d’expression, de choix de ses opinions et de ses appartenances… en un mot, « le traiter comme un être responsable, déjà capable de penser par lui-même »

Si « chacun s’accorde sur le fait que le premier droit de l’enfant est le droit à l’éducation, chacun s’accorde sur la nécessité d’une préparation à l’exercice de la citoyenneté…[…] le désaccord porte sur les conditions de cette préparation et la nature de l’éducation à lui proposer. D’un côté, il y a ceux qui affirment que, parce qu’il est dans la minorité, l’enfant doit recevoir une éducation qui lui impose les principes nécessaires à son développement et les comportements permettant l’émergence de sa liberté. D’un autre côté, il a ceux qui affirment qu’on ne forme à la liberté que par l’exercice de la liberté et que l’éducation doit faire de cette dernière non seulement son objectif mais aussi son moyen.[…]. D’un côté, il y a ceux qui croient que la soumission à une discipline imposée forme la volonté nécessaire à l’exercice de la citoyenneté adulte. D’un autre côté, ceux qui pensent que la libre implication dès l’enfance dans une activité collective permet de découvrir soi-même les règles nécessaires à l’accès de la responsabilité citoyenne. D’un côté ceux qui croient possible de former à la démocratie par rigueur de l’instruction. De l’autre, ceux qui sont convaincus qu’on peut former à la démocratie par la démocratie elle-même », affirme Philippe Meirieu.

La convention fait le choix de la participation des enfants. Un droit ? Peut-être mais surtout « une exigence pédagogique, une manière de concevoir l’éducation à la responsabilité et à la citoyenneté. »

Une manière pour la Convention internationale des droits de l’enfant d’entrer au cœur de la démarche éducative et pose l’incontournable question de « l’articulation difficile entre le nécessaire exercice de l’autorité de l’adulte et la prise en compte indispensable de la liberté de l’enfant. »

En ce sens la Convention est un formidable levier pédagogique pour impliquer l’enfant dans son Éducation et la construction de son avenir.

Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

La violence dans les établissements scolaires : une réalité à nuancer

Y a-t-il de plus en plus de violence dans les établissements scolaires ? Quelques événements dramatiques et médiatisés tendent à l’affirmer.

La réalité est plus nuancée. L’enquête annuelle SIVIS permet de mieux l’appréhender en s’appuyant sur les déclarations (par les chefs d’établissements) des accidents graves survenus au cours de l’année scolaire.

Tout d’abord, il faut le dire avec force, en 2018-2019, un établissement sur 3 n’a déclaré aucun incident grave. C’est même le cas pour 39 % des lycées généraux et technologiques. Chiffre qui monte à 52 % si l’on considère les établissements dit « favorisés ».

A l’inverse, la concentration de 10 incidents graves et plus, se fait dans 1 établissement sur 5. C’est le cas pour 33 % des établissements considérés comme « socialement défavorisés ». Et ce sont pour 68,8 % des cas, dans les collèges qu’ont lieux ces incidents graves.

Ainsi donc, comparé à l’année scolaire 2017-2018, le taux d’incident grave est en hausse, passant de 10, 4 pour milles élèves à 12,2, avec une forte augmentation en lycées professionnels ( + 6,1 points) et en collège (+ 2,2 points).

infographie_sivis_2019_1203201

Ces actes graves sont pour l’essentiel des violences verbales pour 42 % (+ 4 points) et des violences physiques pour 30 % (- 2 points). Ces fait sont majoritairement commis par des élèves (91%).

Les auteurs en sont principalement des garçons (81%) et leur victimes également dans 7 cas sur 10. Lorsque les filles sont victimes, dans un cas sur deux le motif de la violence est sexiste.

Comme pour les garçons, les incidents que commettent les filles le sont avant tout envers d’autres filles (70 % des cas environ). Cette violence entre filles se manifeste plus fréquemment à l’extérieur de l’établissement (28 % contre 20 % des incidents des filles envers les garçons). De plus, dans 34 % des cas (contre 16 % en moyenne), elle s’inscrit plus souvent dans le cadre d’un harcèlement.

Les violences commises par les filles envers des garçons sont nettement moins fréquentes (2 % de l’ensemble des incidents), mais 16 % (contre 5 % de la moyenne des incidents graves) le sont pour des motifs homophobes, racistes, xénophobes ou antisémites.

Si la majorité des actes graves se produisent entre élèves du même âge, il est toutefois à noter qu’un incident grave sur quatre est commis à l’encontre d’un élève plus jeune alors que seulement 10 % sont commis contre des élèves plus âgés.

Enfin, nouveauté de l’enquête de cette année, 1 % de ces incidents graves correspondent à des atteintes à la laïcité.

La totalité des résultats de l’étude est à retrouver ici :

https://www.education.gouv.fr/cid96624/resultats-de-l-enquete-sivis-2018-2019.html

Publié dans quoi de 9 ?

[Quoi de 9?] de novembre : encore des murs à faire tomber

Évidemment en ce 9 novembre, l’Histoire nous rappelle « la joie d’événements heureux vraiment inattendus » lors de la chute du mur de Berlin.

Mais l’actualité dont [Quoi de 9 ?] de ce mois de novembre se fait l’écho, nous invite aussi à réfléchir aux murs qu’il faut continuer à faire tomber :

  • ceux des inégalités qui pourraient être dépassés si l’on « viser plus haut » pour l’Enseignement supérieur ou si la pédagogie prenait plus en compte la participation active de tous les élèves comme dans les démarches de projets ;

  • ceux qui s’effritent trop lentement en faisant progresser peu à peu la scolarité dans le monde ;

  • ceux de la confiance qui font encore douter de l’expertise des citoyens

  • ceux de la langue qui peinent à reconnaître la richesse et la diversité des langues et l’importance d’en apprendre et d’en parler « plus d’une »

  • ceux de la haine, qui cherchent à instrumentaliser la laïcité pour en faire un instrument de combat contre un partie de la population

Les infos ainsi que les ressources à lire, écouter et regarder et les rendez-vous que [Quoi de 9 ?] vous propose en ce mois de novembre, montrent qu’il y a des raisons de se réjouir, des murs tombent. Il faut aussi rester attentifs, d’autres pourraient être érigés ou résistants si nous n’y prenions garde. : quoi-de-neuf novembre 2019

Publié dans vu, lu pour vous

Difficile confiance

Selon un sondage Harris interactive pour le Nouveau magazine littéraire sur « La confiance des Français dans différents acteurs et personnalités » de septembre 2019, 74 % des sondé.e.s affirment faire confiance aux enseignant.e.s, 78 % aux scientifiques, mais seulement 38 % aux syndicalistes représentants les salarié.e.s (23 % pour les syndicalistes patronaux).

Comme dans d’autres sondages précédents, seul.e.s les maires, parmi les élu.e.s, recueillent un pourcentage élevé de confiance (63%) alors qu’il n’est que de 21 % pour les député.e.s et les sénateurs ainsi que pour les ministres.

Il est intéressant de noter que pour les enseignant.e.s et pour les syndicalistes le niveau de confiance est dégressif avec l’âge des sondé.e.s, les 18-24 ans leur accordant bien davantage leur confiance que les plus de 65 ans.

Si ce sont les interrogé.e.s proches d’ Europe Écologie Les Verts qui ont le plus confiance dans les enseignants (89%), se sont ceux proches du Rassemblement national qui leur accordent le moins leur confiance (65%).

Quant aux syndicalistes s’ils sont plébiscité par les proches de La France insoumise (72%), ils inspirent de la méfiance à celles et ceux proches des Républicains (27 % de confiance) et de La République en Marche (28 % de confiance). Les personnalités syndicales proposées par le sondages apparaissent comme suscitant très peu de confiance : 18 % pour Laurent Berger et 15 % pour Philippe Martinez (même si ces chiffres sont à modérer étant donné le grand nombre de celles et ceux qui « ne se prononcent pas » sur leurs noms).

Ce sont les proches de la France Insoumise et du Rassemblement National qui disent avoir le moins de confiance dans les élus à l’inverse des proches de la République en Marche leur faisant le plus confiance.

Trois enseignements à déduire de ce sondage, assez peu différents de ses prédécesseurs :

– près de 3/4 des sondé.e.s font confiance aux enseignants, les jeunes davantage que les séniors, ce qui révèle, en dehors d ‘une approche nostalgique du « c’était mieux avant », des attentes fortes vis à vis de l’École et de l’Éducation ;

– la confiance dans le syndicalisme et ses dirigeants bien que stable, reste faible et augure mal le renforcement du dialogue social ;

– la faiblesse démocratique se confirme avec une méfiance envers les élus qui s’ancre profondément, surtout aux extrêmes du champ politique.

Les résultats du sondage sont consultables ici : https://harris-interactive.fr/opinion_polls/la-confiance-des-francais-dans-differents-acteurs-et-personnalites/