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La loi [du ministre qui ne devait pas faire de loi] : un rendez-vous manqué ?

« Il n’y aura pas de loi Blanquer, j’en serai fier » ainsi s’exprimait le, alors tout nouveau, ministre de l’Éducation nationale, le 25 mai 2017 à Avignon.

Une phrase qui fait échos à celle de juillet 2008 de Xavier Darcos : « Je n’entends pas lancer une énième réforme qui porterait mon nom… plutôt procéder par touches successives, nettoyer les programmes, les améliorer au mieux, laisser aux enseignants toute liberté pédagogique, mais en fixant des objectifs clairs… » qui supprimera le samedi matin de classe par décret, mais passera par la loi pour imposer aux professeur.e.s des écoles l’obligation de se déclarer grévistes et aux communes de prévoir un accueil des élèves.

Il aura fallu moins de vingt mois pour que, celui qui annonçait vouloir faire « des évolutions du système qui ne seront pas verticales », défende les 25 articles de sa loi sur l’école de la confiance devant les parlementaires et rejoindre ainsi le cercle des ministres législateurs en matière scolaire. « Car au total, durant toute la cinquième République, seulement sept ministres de l’Éducation nationale « ont donné leur nom à une loi scolaire » . Sept sur les trente quatre qui se sont succédé ! Jean-Michel Blanquer  »surfait » (à bon compte!) sur l’idée (répandue, mais fausse) que chaque ministre de l’Éducation nationale n’avait de cesse de donner son nom à une loi (alors que seulement un sur cinq l’a fait…) » précise Claude Lelièvre sur son blog (https://blogs.mediapart.fr/claude-lelievre/blog/150219/point-historique-sur-la-loi-blanquer-mediocrite-en-latin-medio-stat-virtus).

L’histoire retient essentiellement les lois d’orientation : la loi Jospin de 1989, la loi Fillon de 2005, la loi Peillon de 2013. Qu’en sera-t-il pour ce qu’il convient de nommer, même si le ministre récuse cette personnification, la loi Blanquer de 2019 ?

A l’issu du débat à l’Assemblée nationale plusieurs constats s’imposent.

Il ne s’agit pas d’une loi d’orientation, elle se veut plus technique que globale. Le ministre Blnquer la joue d’ailleurs modeste dans la presse comme le relate Le Monde « Cette loi ne prétend pas résoudre tous les maux de l’école, avertit le ministre de l’éducation. Elle est un levier, une étape dans la série de réformes nécessaires pour faire évoluer notre système éducatif. » Pourtant ce n’est pas sans lyrisme qu’il a ouvert le débat à l’Assemblé nationale affirmant : « Par ce projet, mesdames et messieurs les députés, nous souhaitons donner à nos enfants des racines et des ailes, leur faire ressentir la fierté d’être des citoyens de France et la fierté d’être eux-mêmes. Alors, nous pourrons croire à notre destin, parce que nous aurons préparé celui de nos enfants sur la seule base qui vaille : celle de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ».

D’où l’inquiétude de nombreux parlementaires comme Patrick Hetzel, député LR le lundi 11 février dernier:  » À y regarder de près, ce projet de loi est plus dangereux que ne le laissaient présager jusqu’ici vos sorties faussement rassurantes. De ses articles émerge un fourre-tout de mesures prétendument techniques, qui reflètent en réalité de profondes réformes et une inquiétante volonté de reprise en main de l’ensemble du système éducatif – et tout cela, bien entendu, avec l’air de ne pas y toucher. […]. »

Des craintes d’autant plus légitimes que les échanges parlementaires n’ont pas brillé par une élévation du débat. Il suffit de les lire sur le site de l’assemblée nationale pour s’en persuader. Il n’est pas certain, pour ne reprendre que les amendements les plus softs, que de répéter en boucle que l’école doit apprendre à lire, écrire et compter (ce que prévoit déjà le socle commun), d’imposer l’affichage du drapeau tricolore et de la Marseillaise sur une affiche dans chaque classe, de chercher à imposer l’uniforme ou le lever des couleurs soient de nature à résoudre les problèmes de notre système scolaire, à lutter contre l’échec scolaire, à limiter les inégalités sociales.

Les mêmes débats avaient déjà été menés lors de la loi de refondation de l’école de la République (dite Loi Peillon) en 2013. Ils n’avaient conduit qu’à exacerber deux conceptions de l’Éducation et donc de la société. Et ces le troisième constats : une fois de plus, alors que l’École a besoin de temps et de sérénité pour évoluer et remplir au mieux la mission qui lui est confiée, la nouvelle loi du ministre Blanquer apparaît comme clivante voire comme une revanche qui détricote la précédente.

Cela est d’autant plus dommage que bien des éléments proposés n’avaient pas besoin d’une loi pour être mis en place. Le passage par le cadre législatif aurait donc dû être l’occasion d’un grand débat national (l’éducation est d’ailleurs exclue du grand débat et la loi discutée en parallèle avec de nombreux amendements jamais évoqués avec les acteurs éducatifs et leurs représentants) et la recherche d’un consensus national sur l’avenir. A ce titre c’est un rendez-vous manqué.

Difficile dans ces conditions de croire que la confiance sera au rendez-vous.

Finalement le ministre aurait peut-être dû s’inspirer de ses propres paroles « Il n’y aura pas de loi Blanquer, j’en serai fier » et s’y tenir.

[Image : Ouest-France https://www.ouest-france.fr/education/la-loi-blanquer-sur-l-ecole-de-la-confiance-au-menu-des-deputes-ce-lundi-6218387%5D

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L’Europe, « le pari du cœur et de la raison »

Un peu plus de trois mois nous sépare des élections européennes.

Elles seront l’objet de nombreux débats et d’instrumentalisations politiciennes. Accusée de tous les maux, faire le choix de l’Europe semble aujourd’hui difficile. Mais pas plus qu’hier.

«…Au XXe siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l’empêchera pas d’être libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique, cordiale au reste de l’humanité […] Elle s’appellera l’Europe. Et aux siècles suivants, elle s’appellera l’humanité […] ».

Ainsi, c’est par ces mots enthousiasmants de Victor Hugo, que Guy Le Néouannic, alors secrétaire général de la FEN saluait le 21 septembre 1992, le vote favorable français au référendum en faveur de la ratification du traité de Maastricht.

Mais il ajoutait : « Il dépendra aussi de nous, du syndicalisme, de donner un contenu à ce pari du cœur et de la raison».

Car si la fédération a toujours affiché sa défense de la construction européenne, en revendiquant « une Europe démocratique et sociale, celle des citoyens et de la culture», elle savait que le traité ne répondait pas parfaitement à ses orientations mais pouvait «être la voie qui y conduit ».

Pour donner du sens à cette ambition Européenne et avancer sur cette voie, les élections de 2019 ont toute leur importance.

Renouveler le choix du cœur et de la raison pour l’Europe passe par une connaissance juste du fonctionnement, des pouvoirs, des orientations et des politiques européennes.

Le premier module du [c@mpus], l’espace numérique de formation du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation qui débutera en mars sera consacré à l’Europe. S’il reviendra sur l’histoire de la construction européenne, il permettra aussi d’appréhender l’importance de l’Europe dans nos vies quotidiennes.

Et qu’en est-il dans le domaine de l’Éducation ?

« Questions d’Éduc. » consacre son n°36 de ce mois de février à cette interrogation « Europe et Éducation : quels liens ? », avec un sommaire divisé en trois parties pour mieux entrer dans les débats européens :

  • L’Europe présente dans le débat éducatif

  • Regarder ailleurs

  • Engagé.e.s pour et avec l’Europe

numéro à télécharger ici : https://nuage.unsa.org/index.php/s/MJi9BIwvh1neuwP#pdfviewer

Des outils de formation indispensable pour se sentir citoyen.ne européen.ne « de cœur et de raison », pas seulement le jour des élections.

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[Quoi de 9 ?] : les 9 infos de ce mois de février

Pas de 29 pour ce mois de février 2019, mais un 9, et donc un nouveau [Quoi de 9 ?].

Au sommaire de ce mois-ci nous vous invitons :

à nous interroger sur la crise de confiance qui semble durer en France

à comparer les pactes sociaux en Europe et ce qu’ils nous apprennent de la démocratie sociale

– à prolonger par la question (justement) de l’éducation à la démocratie et à la citoyenneté en Europe

– à nous rappeler que le droit syndical dans l’Éducation a été gagné, il y a tout juste cent ans

– à penser « l’égalité des sens » plutôt que « l’égalité des chances« … 

Et bien entendu des invitations à lire, à écouter, à voir et à noter dans votre agenda…à commencer par le numéro 2 de notre revue [R] qui vient de paraître et qui vous attend.

Toutes les infos du [Quoi de 9 ?] de ce mois de février sont à retrouver ici :  quoi-de-neuf février 2019

Bonne lecture.

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L’école inclusive : au-delà de l’accueil des élèves en situation de handicap

L’école inclusive fait débat. Elle inquiète. Elle pose question. Elle interroge les pratiques pédagogiques. Elle demande de repenser l’articulation entre travail collectif et démarches individuelles d’apprentissage. Elle postule que chaque enfant a des besoins particuliers, sans nier la nécessité de faire avancer l’ensemble du groupe classe.

Exigence paradoxale ? Quadrature du cercle ? Schizophrénie éducative ?

Le dernier dossier de veille de l’IFÉ (n° 127, janvier 2019) est consacré à « Apprendre (dans) l’école inclusive ».

Faisant le détour par l’accueil des enfants en situation de handicap dans l’école en l’illustrant pas l’expérience italienne, ce riche dossier met en évidence l’évolution progressive des termes, mais aussi de la philosophie sous-tendue.

Le souci de non discrimination a conduit à étendre l’inclusion à l’ensemble des enfants à la fois pour qu’à l’inclusion scolaire corresponde une inclusion sociale et donc prenne en compte également les accès aux loisirs, à la culture… mais pour qu’au-delà de l’intégration dans l’école, elle se traduise par une démocratisation de la réussite scolaire : « La promotion de l’éducation inclusive constitue en quelque sorte la suite de l’«Éducation pour tous», car elle vise à limiter au maximum l’exclusion des élèves, mais également à leur apporter une éducation de qualité, au-delà d’une simple intégration, et au-delà des murs de l’école (activités extrascolaires, éducation non formelle…). C’est l’inclusion sociale qui est en jeu […] »

Lire la suite de « L’école inclusive : au-delà de l’accueil des élèves en situation de handicap »

Publié dans La revue

Découvrez la revue [R]

La revue [R] est une invitation à un tour du monde éducatif et culturel en 80 pages trois fois par an (en septembre, janvier et mai).

C’est une revue papier, vendue au numéro (15 euros le numéro) ou par abonnement (35 euros les trois numéros).

Afin de vous permettre de la découvrir vous pouvez parcourir et télécharger ici le numéro 0 qui vous présente des extraits du numéro 1 de septembre 2018 : Brochure R N°0 UNSA Education 1118 WEB

Vous trouverez également ici le bulletin d’abonnement : bulletin d’abonnement revue [R]

Bonne découverte, et au plaisir de vous compter très bientôt parmi les abonné.e.s et fidèles lectrices et lecteurs de la revue [R].

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Les pactes sociaux en Europe. Déclin ou permanence ?

Conduite par Noélie DELAHAIE, Jean FANIEL, Annie JOLIVET, Udo REHFELDT, Catherine VINCENT, Marie WIERINK de l’IRES, la recherche étudie les pactes sociaux (conclus ou échoués) depuis les années 1990 dans sept pays européens. L’analyse comparative s’appuie sur sept monographies-pays détaillées. Ces pactes sont des accords bi- ou tripartites interprofessionnels nationaux d’une certaine complexité qui comprennent, d’un point de vue syndical, des avancées, mais aussi des concessions, le plus souvent salariales. Pour chaque pays, les monographies présentent les principaux pactes et analysent leur contenu, en les situant dans le contexte économique et dans le cadre des systèmes nationaux de négociation collective. Elles identifient les acteurs qui étaient à l’initiative des négociations, leurs objectifs, ainsi que les concessions et contreparties obtenues dans la négociation. Le cas échéant, les monographies expliquent également ce qui a fait échouer la négociation.

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« Bienveillance », « Montessori », « neuropédagogie », « punir »… seront-ils les mots de l’Éducation en 2019 ?

En tout état de cause, ils sont ceux que le magazine Sciences humaines a retenu dans son « abécédaire des idées d’aujourd’hui » paru dans le numéro 311 de février 2019 et dans lesquels ils côtoient « démocrature », « happycratie », « posthumanisme », « réactionnaires » ou « utopies réalistes »… sans oublier « connerie ».

Comme le précise l’introduction à cet abécédaire, bien malin qui peut dire où va la pensée. « Elle avance de guingois, comme notre société, entre inventivité et crispations, progrès et repli, ambition révolutionnaire et humilité de l’expertise située. Elle doute, expérimente, tâtonne, sans autre choix que de composer avec l’incertitude de notre temps. Bref, elle chemine. »

Et c’est à ce cheminement, à cette « déambulation, à saut et à gambades » qu’un abécédaire invite. Car chacune des pensées émises invite à aller réfléchir à une autre…Tant est si bien que c’est bientôt un dictionnaire, une encyclopédie dans laquelle il faut se promener.

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