Capital d’autochtonie

Alors même que la France a un taux relativement élevé (49,4%) de diplômé·es du supérieur chez les 24-35 ans, les jeunes résidant dans un territoire rural éloigné des centres urbains ou dans un espace rural périphérique peu dense, à niveau scolaire équivalent, ont une probabilité plus faible de poursuivre des études longues dans l’enseignement supérieur.

Plusieurs facteurs expliquent ce déséquilibre entre jeunes ruraux et jeunes urbains comme le met en évidence le dernier Edubref de l’IFé (n° 16, juin 2023). Parmi eux, il faut retenir la pression familiale, le milieu social ainsi que l’éloignement des structures d’enseignement supérieur, ce qui peut se traduire par une double distance « spatiale et sociale ».

Mais le dossier de l’IFé insiste également sur la notion de capital d’autochtonie.

De quoi s’agit-il ?

Même s’il la nuance et propose d’en approfondir le sens, Nicolas Renahy (INRA, Centre d’économie et sociologie appliquées à l’agriculture et aux espaces ruraux, CESAER) en donne une définition « minimale » dans la revue Regards Sociologiques (n°40, 2010, pp. 9-26). Selon le chercheur, la notion de capital d’autochtonie « est l’ensemble des ressources que procure l’appartenance à des réseaux de relations localisés. Il s’agit de nommer des ressources symboliques, symboliques en ce qu’elles ne tiennent ni d’un capital économique, ni d’un capital culturel, mais d’une notoriété acquise et entretenue sur un territoire singulier ».

Comment cela se traduit-il pour les jeunes issu·es des territoires ruraux ?

Essentiellement par un attachement à leur territoire. Il se mesure par exemple dans leur engament associatif : « près de la moitié des jeunes fréquentant un établissement scolaire rural font partie d’une association locale (association sportive et culturelle, pompiers volontaires), contre un quart en ville ». Cet attachement se traduit également par une forte socialisation familiale, particulièrement présente dans les milieux modestes.

Le réseau local est davantage mobilisable pour l’insertion professionnelle (stages puis emploi), ce qui justifie, du moins en partie, le choix de formations courtes et de proximité. Elles apparaissent « plus en adéquation avec les besoins de main-d’œuvre du marché local de l’emploi ». Les jeunes ruraux peuvent ainsi envisager de vivre en tant qu’adulte là où elles et ils ont grandi. A l’inverse, le départ pour des études longues en ville, peut apparaitre comme un déracinement. Celui-ci sera d’autant plus durable que, selon Benoit Coquard (INJEP, notes te rapports 2015-03, p. 27), « les probabilités de retour en milieu rural sont d’autant plus faibles que l’on est diplômé ».  

Préserver et développer son capital d’autochtonie en milieu rural revient donc à la fois à s’inscrire dans un territoire pour y vivre et y étudier en tant que jeune puis de s’appuyer sur cette formation pour y réaliser sa vie d’adulte. Un choix sous la double contrainte des moyens : financiers d’une part et de ressources en formation supérieure d’autre part.


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