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[Quoi de 9?] : les 9 infos du mois de juillet

  • le « plan mercredi »
  • le « pass  culture »
  • le « Service national universel »

mais aussi :

  • Georges Lapierre à Troyes au congrès de la JPA
  • un G20 consacré à l’Éducation
  • 23 % d’ « illectronistes » ?

A retrouver parmi les 9 infos de ce 9 juillet, dans [Quoi de ?] : quoi-de-neuf juillet 2018

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« Dis-moi quel est ton diplôme et je te dirai tes chances d’être riche ou pauvre »

ou

Quand le déterminisme social est avant tout une inégalité éducative

« Si les chances d’accès d’un individu à un niveau de vie élevé sont bien fonction de son origine sociale, ce déterminisme social s’explique d’abord par une inégalité des chances éducatives. »

A l’heure des premier résultats du baccalauréat 2018, les résultats publiés par France Stratégie et consacré à l’origine sociale et au niveau de vie en France résonnent de manière particulière

Il suffit de lire la conclusion du rapport pour s’en convaincre :

« Dans les générations qui ont aujourd’hui entre 30 et 45 ans, l’accès à un niveau de vie élevé comme le risque d’être en situation de pauvreté varient fortement selon l’origine sociale. Cet effet s’avère beaucoup plus déterminant que l’origine migratoire, le sexe ou l’âge de l’individu.

Cet effet s’explique largement par l’influence de l’origine sociale sur le niveau de diplôme atteint par les individus : l’inégalité des chances éducatives contribue pour moitié aux écarts de niveau de vie moyen entre enfants d’ouvriers et enfants de cadres et pour moitié également à l’écart de chances entre eux de faire partie des 20 % des ménages les plus aisés.

D’autres effets « hors diplôme » sont à l’œuvre, notamment l’homogamie sociale qui, couplée à l’influence sur la réussite éducative, conduit à ce que les conjoints des enfants d’ouvriers sont significativement moins diplômés que ceux des enfants de cadres. À l’inverse, les écarts de structures familiales (nombre d’enfants, situation maritale) entre classes sociales sont faibles et ne semblent jouer aucun rôle significatif sur les écarts de niveau de vie. »

Ainsi, alors que grâce, entre autres, à son système de protection sociale, la France figure parmi les pays les moins inégalitaires en termes de revenus (après redistribution), elle « accuse paradoxalement un niveau élevé d’inégalité des chances ».

De récents travaux de l’OCDE viennent de mettre en évidence qu’il faut, en France, six générations pour que les enfants de familles modestes atteignent le revenu moyen. Preuve que l’ascenseur social en panne ou en tout cas en grave dysfonctionnement. L’étude de France Stratégie montre comment et dans quelle mesure l’origine sociale d’une personne détermine son niveau de vie. Elle apporte non seulement une mesure du déterminisme social mais montre également que l’inégalité des chances en France est d’abord une inégalité des chances éducatives.

Des données qui doivent certes interroger le fonctionnement de notre système d’Éducation et questionner tous ses acteurs, mais qui le dépasse largement pour devenir une responsabilité sociétale majeure : Dans quelle société voulons-nous vivre ?

Nés sous la même étoile ? Origine sociale et niveau de vie, le rapport de France Stratégie est à retrouver ici : http://www.strategie.gouv.fr/publications/nes-meme-etoile-origine-sociale-niveau-de-vie

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Histoire-géographie-EMC : le niveau (re)monte

L’enquête CEDRE (cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon) de 2017 permet une comparaison du niveau des élèves en histoire, géographie, enseignement moral et civique, à onze ans d’intervalle, sur trois temps de mesure : 2006, 2012 et 2017.

Conclusion , après une forte baisse (-10 points) entre 2006 et 2012, les résultats pour les 5000 élèves de classe de troisième interrogés en 2017 enregistrent une remontée (+5 points).

Celle-ci est surtout sensible chez les filles qui, jusqu’alors avaient du retard sur les résultats des garçons. Ainsi, par rapport à 2012, pour les filles, le pourcentage d’élèves dans les groupes en difficulté connaît une baisse, de 21,5% à 16,8%. En revanche, leur part augmente dans les niveaux en réussite.

Si en 2017, on constate, une baisse de la proportion d’élèves dans les groupes les plus fragiles, concomitante d’un renforcement quantitatif des groupes davantage en réussite, comme toutes les autres études d’évaluation, l’enquête met une fois de plus en évidence la permanences des inégalités socio-scolaires. Le constat montre que le score moyen progresse à mesure que le niveau social augmente. Dans un contexte d’amélioration globale des résultats, on relève également que l’écart du score moyen entre les élèves des collèges défavorisés et ceux des collèges les plus favorisés apparaît toujours aussi important (34 points en 2012 contre 36 points en 2017).

Sans qu’une corrélation avec les résultats puisse être faite, une majorité d’élèves affirment consacrer davantage de temps de travail personnel à l’histoire, la géographie et l’enseignement moral et civique.

Une nouvelle question posée en 2017,, indique le travail prescrit indistinctement pour les trois matières. Selon les élèves , il leur est «souvent» ou «très souvent» demandé de «lire un document qui sera étudié en classe» (43%), d’ «apprendre une leçon pour la restituer en classe» (41%), d’ «élaborer un résumé, une carte ou un schéma» (37%). D’autres tâches, telles qu’«effectuer une recherche individuelle» (27%), ou «préparer un exposé» (8%) apparaissent en revanche comme des activités moins fréquemment demandées.

Retrouver l’ensemble des résultats de cette enquête du dispositif CEDRE ici : http://cache.media.education.gouv.fr/file/2018/69/0/depp-ni-2018-18-17-cedre-2006-2012-2017-histoire-geographie-enseignement-moral-civique-fin-de-college_974690.pdf

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L’obtention d’une licence se joue dès l’école

Le n° 499 de juin 2018 de la revue Économie et Statistique de l’INSEE publie un article intitulé « 50 % à la licence… mais comment ? Les jeunes de familles populaires à l’université en France », signé Yaël Brinbaum, Cédric Hugrée et Tristan Poullaouec, qui interroge la sociologie et le parcours scolaire des jeunes obtenant une licence.

Leur étude est sans appel, « toutes choses égales par ailleurs et une fois contrôlées les origines sociales et migratoires, les chances d’obtenir une licence sont plus de 5 fois plus élevées pour les bacheliers ayant un bac général sans mention et sans retard que pour ceux ayant un bac technologique ou professionnel. Mais surtout, les étudiants dont les résultats aux évaluations de 6ème se situaient dans la moitié inférieure des résultats ont moins souvent obtenu la licence. »

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Ainsi donc si l’écart est important entre ceux qui entrent à l’université et ceux qui obtiennent leur diplôme de fin de premier cycle universitaire (61% hors études de santé), une grande partie de cette réussite dépend de la scolarité précédente et de l’orientation.

Or la licence est devenue (avec le système LMD : Licence, Master, Doctorat) la « nouvelle clé de voûte de la politique scolaire française» puisque l’essentiel des concours se situe dorénavant à ce niveau de formation. Depuis 2015, la France a pour objectif de conduire 60 % d’une génération aux diplômes de l’enseignement supérieur, dont 50 % au niveau licence. La réalité actuelle en est encore assez éloignée puisque 44 % des élèves entrés en 6ème en 1995 sont diplômés de l’enseignement supérieur et 44.7 % des personnes de 25 à 34 ans en 2014 en France métropolitaine.

Un important travail de démocratisation de l’enseignement supérieur reste donc encore à mener. L’analyse suggère que cet objectif est indissociable de la lutte contre les inégalités scolaires dès l’enseignement primaire.

Retrouvez ici l’intégralité de l’article : 499_Brinbaum-Hugree-Poullaouec-FR

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Qui sont les professeurs des écoles ?

Au travers de l’analyse de 70 portraits socioprofessionnels originaux, le travail « Professeurs des écoles au XXIème siècle » conduit par André D. Robert et Françoise Carraud répond en grande partie à cette question.

L’ensemble des éléments constitutifs des parcours professionnels y est abordé : du « choix » d’entrer dans le métier à l’ « amour des enfants », de la polyvalence à la surprescription hiérarchique, du lien syndical et politique aux rythmes scolaires.

L’hétérogénéité des territoires, la segmentation des publics et des tâches, la diversité du métier selon les niveaux et les contextes d’exercices ne sont pas oubliées.

La lecture de l’ouvrage permet de mieux appréhender ce corps professionnel d’environ 330 000 membres, féminisé à près de 83 % et dont 40 % a entre 35 et 45 ans.

Ainsi pour cette profession relativement « jeune », si l’attirance pour le métier, une « vocation » dominent les choix, la déception se situe majoritairement du côté de l’action du ministère de l’Éducation nationale. Comme l’a montré le baromètre UNSA des métiers de l’Éducation, que l’étude cite parmi ses nombreuses sources, la charge de travail est jugée trop importante, les injonctions trop nombreuses, les réformes trop rapides et mal explicitée. Globalement, les professeurs des écoles se sentent mal armés pour débuter dans le métier, manquant trop souvent de connaissances pédagogiques et d’accompagnement. Ils subissent un système de plus en plus basé sur la performance et la culture du résultat, dont ils ont dû mal à percevoir en quoi il permet une meilleure réussite de leurs élèves.

Face à ce besoin d’être représenté et défendu, ils jugent utiles les organisations syndicales, mais regrettent leur morcellement qu’ils identifient comme une fragilisation qui ne leur permet plus de faire contre-pouvoir par rapport aux injonctions ministérielles.

De fait, avec l’élévation du niveau de recrutement et de l’origine sociale des enseignants la proximité avec un engagement syndical s’estompe tout comme se développe un « éclectisme politique » assurant « aux représentations politiques de droite une place plus grande que pas le passé dans ce milieu. »

Ainsi, aux travers de cette riche analyse se dégage le portrait type d’une enseignante fière de son métier, surtout mobilisée et investie dans le travail quotidien de la classe avec ses élèves et ses collègues, méfiante des « appareils » administratifs, ministériels, syndicaux ou politiques jugés éloignés de ses préoccupations et souffrant d’un manque de reconnaissance professionnelle voire sociétale.

Dans le contexte particulier, à la fois de nouvelles attentes en matière d’enseignement et d’Éducation et de permanence, voire d’aller-retour permanents, dans les réformes scolaires, la construction d’une identité professionnelle des professeurs des écoles reste encore à construire. C’est certainement un des « oubliés » des politiques éducatives récentes. Cet ouvrage fournit de nombreux éléments pour alimenter cet indispensable chantier.

André D. Robert, Françoise Carraud, Professeurs des écoles au XXIème siècle, Portraits socioprofessionnels, PUF, Paris, juin 2018

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Aujourd’hui, c’est philosophie

Michel T : Les philosophes, vous qu’est-ce que vous allez faire […]

Melvil : et bah euh en fait on va débattre sur ce que, sur le sujet que Matthéo va donner

Michel T : donc toi tu vas essayer de dire ton point de vue et Lou aussi voulait s’exprimer, donc tu vas donner ton point de vue tu vas dire ce que tu penses sur le sujet qu’on va traiter d’accord

Lou : Bah on va s’exprimer on va dire tout ce qu’on pense sur le sujet

Michel T : d’accord et pour que la discussion avance à votre avis qu’est-ce que c’est qu’il faut faire […]

Eloi : ben il faut dire si on est d’accord ou pas d’accord avec euh c’que une personne a dit

Michel T : oui

Eloi : et si on est pas d’accord bah on essaie de dire pourquoi1

Socrate discutait dans le Lysis avec des adolescents. Epicure, dans sa Lettre à Ménécée, affirme qu’ « il faut que le jeune homme aussi bien que le vieillard cultive la philosophie. » Pour Montaigne, il fallait commencer la philosophie « à la nourrice ».

Aujourd’hui, évidemment, c’est aux élèves de terminale générale, qu’il est demandé de discuter des thèmes philosophiques comme « Quel besoin avons-nous de chercher la vérité ? » (en STHR) « Peut-on renoncer à la vérité ? » (en L), « Toute vérité est-elle définitive ? » (en ES), « Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ? » (en S), ou de commenter les textes de Mill (en S) , de Schppenhauer (en L) ou de Durkheim (en ES).

Mais si l’enseignement de la pensée philosophique est cantonné en fin de scolarité, la réflexion philosophique, elle, comme la valeur, n’est pas soumise à attendre le nombre des années. Elle se pratique avec succès dès l’école maternelle.

En 2015, Aline Boussaroque intitulait un projet pour la DSDEN 93 « Philosopher à l’école: quand nos élèves se font architectes. » car il y a une notion de construction dans le fait de faire de la philosophie. « Philosopher, c’est de tout temps fonder » rappelle Emmanuelle Auriac-Slusarczyk2, avant d’ajouter « la responsabilité de l’école républicaine est décisive en matière de développement de pensée. Pourquoi ? Parce que la philosophie déroule l’ascenseur du temps pour se prémunir de la censure des temps modernes. »

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[Quoi de 9 ?] : les 9 infos du mois de juin

Vous voulez savoir :

  • Comment mai 1968 s’est prolongé en juin ?
  • Pourquoi les neurosciences pourraient faire leur entrée dans la formation des enseignants ?
  • Ce que créoliser la culture veut dire ?
  • Les conditions de liens entre la Recherche et l’Éducation ?
  • Où en est Parcoursup ?

Lisez [Quoi de 9 ?]  et ses 9 infos du mois de juin :  quoi-de-neuf juin18.def

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Recherche et Éducation sont-elles compatibles ?

« Une des idées fortes qui ressort de la plupart des débats internationaux sur la formation des enseignants est celle de la nécessité de renforcer la sensibilisation des enseignants aux apports de la recherche sur les questions éducatives. Peu d’experts défendent encore une vision de l’apprentissage du métier éducatif qui reposerait sur un simple compagnonnage ou la compilation de quelques gestes et techniques de terrain qui auraient fait leurs preuves», écrivait Olivier Rey en janvier 2014 pour introduire le Dossier de veille de l’IFÉ, n°89 intitulé Entre laboratoire et terrain : comment la recherche fait ses preuves en éducation.

En répondant au questions du magazine Sciences et avenirarticle à lire dans le numéro de juin 2018 qui sort aujourd’hui-, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ne dit pas autre chose en affirmant : « l’école est consubstantiellement reliée aux méthodes de la science et il faut faire en sorte que les politiques publiques avancent à la lumière des connaissances. »

L’apport des sciences à l’Éducation est un débat qui n’est pas nouveau.

En 2009 dans la revue Administration et éducation, Antoine Prost affirmait : « Éducation et recherche : un divorce historique.»

Sans le faire remonter aux interrogations sur la transmission portées par les philosophes de la Grèce antique, on peut citer successivement les questionnements liés à la philosophie, à l’économie, à la psychologie, à la sociologie. On sait aussi le poids de l’opposition entre pédagogie et didactique. Auquel il faut ajouter toutes les interrogations nées autour des sciences de l’éducation qui se structurent à partir de 1967 et qui oscillent entre une recherche en éducation qui ne ferait qu’« emprunter » à d’autres disciplines et « une science de l’éducation autonome, caractérisée par des racines dans les pratiques d’enseignement et d’apprentissage et dont la valeur serait attestée par les pratiques éducatives elles-mêmes, tel que le plaidait déjà John Dewey au début du XXe siècle » comme le relève Olivier Rey.

Revenant à l’actualité plus récente celui-ci note qu’ « au delà des procès idéologiques, une autre façon d’aborder la question est apparue plus récemment en France, consistant à opposer ce qu’on estime être la recherche traditionnelle en éducation et les « recherches scientifiques » qu’il faudrait développer.  Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, s’est par exemple fait le propagateur de cette doctrine estimant qu’en éducation, comme en médecine, il faut appliquer des techniques issues de la science. » Et il s’appuie pour cela sur l’exemple des sciences cognitives et les neurosciences.

C’est justement au sujet de ces disciplines que le ministre Blanquer est appelé à se justifier, après avoir nommé Stanislas Dehaenne, neuroscientifique et professeur au Collège de France, à la présidence du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) nouvellement créé.

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Du bon usage des téléphones portables

 » À l’exception des lieux où, dans les conditions qu’il précise, le règlement intérieur l’autorise expressément, l’utilisation d’un téléphone mobile par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges » tel est le texte déposé à l’Assemblée par Richard Ferrand, afin de satisfaire à l’engagement du président de la République et de son ministre de l’Éducation nationale, d’interdire les téléphones portables à l’école. Un projet de loi qui renvoie donc la responsabilité à chaque école et établissement, ce qui est exactement le cas actuellement.

Le point positif de cette annonce est donc que, si elles le souhaitent, les équipes pourront utiliser les téléphones portables à des fins pédagogiques.

Belle occasion pour rappeler la recherche menée en 2014 par Josie Bernicot, de l’université de Poitiers, pour le compte du Centre Henri Aigueperse, sur l’usage des SMS par les collégiens et les lycéens unsabernicotrapportfinal_161213.

La première partie fait référence à l’incidence -ou pas- de ce mode de communication sur le niveau d’orthographe des élèves de collège. La seconde analysent les formes et contenus des messages des lycéens.

Les deux approches montrent que la maîtrise des outils de communication modernes ne va pas de soi. Il n’y a pas de « miracle générationnel » pour les jeunes le plus en difficulté. Or ces technologies devenant usuelles, leur maîtrise apparaît comme un enjeu d’insertion sociale, dont l’École ne peut s’extraire.

A y réfléchir avant d’interdire.

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