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Du bon usage des téléphones portables

 » À l’exception des lieux où, dans les conditions qu’il précise, le règlement intérieur l’autorise expressément, l’utilisation d’un téléphone mobile par un élève est interdite dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges » tel est le texte déposé à l’Assemblée par Richard Ferrand, afin de satisfaire à l’engagement du président de la République et de son ministre de l’Éducation nationale, d’interdire les téléphones portables à l’école. Un projet de loi qui renvoie donc la responsabilité à chaque école et établissement, ce qui est exactement le cas actuellement.

Le point positif de cette annonce est donc que, si elles le souhaitent, les équipes pourront utiliser les téléphones portables à des fins pédagogiques.

Belle occasion pour rappeler la recherche menée en 2014 par Josie Bernicot, de l’université de Poitiers, pour le compte du Centre Henri Aigueperse, sur l’usage des SMS par les collégiens et les lycéens unsabernicotrapportfinal_161213.

La première partie fait référence à l’incidence -ou pas- de ce mode de communication sur le niveau d’orthographe des élèves de collège. La seconde analysent les formes et contenus des messages des lycéens.

Les deux approches montrent que la maîtrise des outils de communication modernes ne va pas de soi. Il n’y a pas de « miracle générationnel » pour les jeunes le plus en difficulté. Or ces technologies devenant usuelles, leur maîtrise apparaît comme un enjeu d’insertion sociale, dont l’École ne peut s’extraire.

A y réfléchir avant d’interdire.

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Parier sur « l’humain » pour sortir les jeunes de l’invisibilité

Trop de jeunes entre 15 et 29 ans rencontrent de nombreux obstacles à leur insertion dans la vie d’adulte. Les chiffres montrent qu’ils sont trois sur dix sont en situation précaire, qu’un jeune actif sur cinq est au chômage, qu’un sur vingt est en invisibilité totale, c’est à dire qu’ils ne sont ni en éducation, ni en formation, ni en emploi, ni en accompagnement.

« Les jeunes « invisibles » : ni en éducation, ni en formation, ni en emploi et ni en accompagnement en France et en Europe » (Rapport de recherche Claire Bernot-Caboche VFc2) le travail conduit par Claire Bernot-Caboche -pour la Centre Henri Aigueperse et soutenu par le financement de l’IRES- s’appuie sur une description de cette génération et un focus sur les jeunes en déshérence. Ils permettent d’affirmer, d’une manière générale, que les jeunes sont confrontés à un déficit de confiance, qu’ils ont du mal à trouver leur place dans la société, et qu’une partie non négligeable d’entre eux est entrée en invisibilité.

Or ceux-ci sont majoritairement (neuf sur dix) pas issus des seules Zones Urbaines Sensibles (ZUS) et deux sur cinq appartiennent à un milieu plutôt socialement favorisé. Ce qui change radicalement l’image des exclus faisant jusqu’à présent l’objet des « Politiques de la ville ». L’analyse des politiques régionales montre également combien elles ont une influence sur les résultats statistiques de l’invisibilité.

La recherche met en évidence un paradoxe. Les outils et les structures qui travaillent auprès des jeunes sont multiples. Pour autant l’offre présentent de nombreuses failles. En effet, il s’agit davantage d’un l’empilement, sans réelle coordination ni cohérence, souvent sous-dimensionné et donc conduisant à l’inefficacité.

Si la jeunesse est devenue est véritable sujet de complication pour les décideurs publics, malgré leurs bonnes intentions, Claire Bernot-Caboche constate que les politiques de jeunesse sont essentiellement concentrées sur le court terme de la réparation sociale et de l’insertion dans l’emploi. Elle invite à penser au long terme, obligeant à envisager un changement de paradigme politique. Et revendique de « jouer la carte de « l’humain », en équilibrant les moyens d’assistance pour sortir de l’aide à la survie, les moyens d’insertion pour donner à chacun(e) une place dans la société, et enfin les moyens politiques pour réinscrire les jeunes dans une citoyenneté active. Notre recherche a pour objectif d’ouvrir des pistes de solutions. »

Lire ici la présentation synthétique de l’étude : Note de synthèse du rapport de recherche Claire Bernot-Caboche VFc2

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Même s’ils se resserrent, les écarts de retraite entre les femmes et les hommes demeurent importants

Réalisée à la demande du Centre Henri Aigueperse – UNSA Education et avec le concours financier de l’IRES, la recherche conduite par Carole Bonnet (Ined), Dominique Meurs, (Economix Paris Ouest, Ined et Cepremap), Benoît Rapoport (Paris 1 et Ined) intitulée « Ecarts de retraite entre les hommes et les femmes dans le privé et le public » (février 2018) met en évidence que les écarts de retraite entre les femmes et les hommes tendent à se réduire, mais qu’ils demeurent encore très importants. (retrouvez ici l’ensemble de la recherche : Rapport final unsa mars 2018 )

Quels enseignements nous apportent cette recherche ?

  • Tout d’abord que les écarts moyens se sont un peu resserrés entre 2008 et 2012, quel que soit le régime d’affiliation considéré. Mais « la pension moyenne des femmes au Régime Général (mono et polypensionnés) représente environ 50 % de celle des hommes en 2008 comme en 2012. Les écarts sont plus faibles dans la Fonction publique, que ce soit pour les agents de l’État (plus de 80%) ou des collectivités (autour de 75% pour les monopensionnés, plus de 80% pour les polypensionnés).

  • Ensuite que les distributions des pensions n’ont pas évolué de façon spectaculaire entre 2008 et 2012, ce qui n’est guère étonnant compte tenu du fait qu’un grand nombre de retraités observés en 2012 était déjà présents en 2008. »

      • Ainsi, la distribution des retraites des femmes reflète toujours nettement une plus grande fréquence des petites pensions, même si on observe une lente convergence vers la distribution des hommes.

      • Quant aux distributions de durée validée, elle font toujours apparaître de fortes différences entre hommes et femmes, celle des hommes étant beaucoup plus ramassée, avec un pic très fort autour de 160 trimestres, alors que celles des femmes est très dispersée, avec un grand nombre de retraitées ayant des durées inférieures à 50 trimestres.

      • Enfin une grande inertie, en défaveur des femmes, caractérise la distribution des salaires de référence servant au calcul du montant des retraites.

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la radicalisation des jeunes en question

Le début de ce mois d’avril aura été l’occasion de nombreuses interrogations autour de la question de la radicalisation des jeunes. Au-delà de l’actualité, toujours éprouvante, qui entoure les phénomènes d’attentat, ravivée par l’ouverture du procès de la filière jihadiste de Lunel, c’est aussi la recherche qui vient éclairer le sujet avec la publication aux PUF de l’ouvrage du CNRS La Tentation radicale. Enquête sur les lycéens, sous la direction d’Olivier Galland et Anne Muxel.

A n’en pas douter, l’ouvrage réalisé à partir d’une grande enquête auprès de 7000 lycéens, marque une référence essentielle dans l’étude du phénomène de la radicalisation des jeunes en France. Elle tente d’apporter des réponses aux questions qui se posent sur l’ampleur et les causes de cette radicalisation. Mais elle est aussi contestée, tant dans sa méthodes que dans son manque de « neutralité axiologique », exigence définie par Max Weber que Jean Baubérot ne retrouve pas dans l’ouvrage qu’il critique largement dans un article paru sur son blog.

Le travail d’Olivier Galland et Anne Muxel affirme la présence d’une forme de radicalisation politique et religieuse chez les adolescents. Et met en évidence une « minorité préoccupante » -32 % d’entre eux pour les jeunes se réclamant de l’islamencline à un absolutisme religieux. Ils seraient 6 % parmi les lycéens se revendiquant chrétiens et 14 % chez les fidèles d’autres cultes.

Mais « cet absolutisme religieux ne débouche pas forcément sur la violence, laquelle peut s’exprimer sans absolutisme religieux », précise Anne Muxel, qui met en garde contre le « risque d’instrumentalisation » de ces chiffres. Une grande majorité des jeunes condamne les attaques terroristes (68 % pour Charlie Hebdo, 79 % pour le Bataclan). Et elle rappelle que l’enquête « ne porte pas seulement sur les jeunes musulmans » mais sur la jeunesse française au sens large.

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L’orientation des jeunes : le rapport du CESE et l’avis de l’UNSA

Aujourd’hui, le Conseil économique, social et environnemental, a adopté à une large majorité son rapport sur « l’orientation des jeunes ».

L’orientation interroge les valeurs de la République parce qu’elle est une interface déterminante entre la formation et l’insertion dans la vie professionnelle et qu’à travers elle est posé l’enjeu de trouver sa place dans la société, de construire du sens à son avenir, de donner une réalité à ses rêves. Enjeu d’autant plus important dans un monde incertain où de nombreux métiers se transforment, disparaissent et se créent, où les besoins en qualification augmentent, où les statuts des activités professionnelles sont interrogés, la capacité à s’orienter et se former tout au long de la vie devient essentielle.

Aussi, les 29 préconisations portées par le rapport du CESE, visent à répondre à trois objectifs :

– garantir les conditions d’un véritable accompagnement ;

– passer de procédures ponctuelles à un parcours progressif ;

– réussir son orientation pour une bonne insertion professionnelle.

Elles s’inscrivent dans une recherche de cohésion sociale et de démocratisation, cherchant à en garantir à chacun jeune des réponses à ses aspirations et une maîtrise de son parcours. Elles valorisent une orientation active, basée sur la mobilité, la construction progressive des parcours, le développement personnel et les possibilités d’évolutions ultérieures s’inscrivant dans une démarche de formation tout au long de la vie.

L’objectif visé est donc « de donner du sens à l’orientation dans une logique d’accompagnement pour que chaque jeune devienne un.e acteur.trice informé.e, avisé.e et agile dans son parcours d’orientation, de formation et d’insertion, trouve sa place dans la société et s’y épanouisse tant professionnellement que personnellement ».

Retrouvez ici le rapport du CESE :

http://www.lecese.fr/sites/default/files/pdf/Avis/2018/2018_12_orientation_jeunes.pdf

Et la déclaration de Christian Chevalier au nom de l’UNSA : CESE Orientation déclaration UNSA

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Pour une expertise partagée

« Éducation : 65 millions d’experts ? »

Telle était la question posée par France stratégie aujourd’hui, dans le cadre de son séminaire pluridisciplinaire « Paroles d’experts : pour quoi faire ? »

Question interrogée dans une double dimension :

  • « Comment mobiliser la connaissance pour la décision publique en matière d’éducation 

  • « Comment partager les connaissances pertinentes pour l’éducation ? »

Évidemment, c’est à des experts que France stratégie avait demandé d’éclairer (et donc d’orienter) le débat. Et parmi eux, pas d’enseignants « de base », pas de syndicalistes, pas de parents, pas d’élèves… Pas non plus d’acteurs éducatifs… il est traditionnel que lorsqu’on parle « éducation », il faut, de fait, comprendre « école ».

Pour autant, et sans présager de ce sur quoi débouchera l’ensemble des travaux du séminaire, les trois heures d’échanges ne furent pas sans intérêt.

D’abord pour rappeler avec l’intervention de Xavier Pons -que l’UNSA Éducation a déjà interrogé sur ce sujet- les limites du débat en Éducation, constater que les décisions relèvent essentiellement d’une sphère de haut-fonctionnaires et de politique qui ne sont pas, pour l’essentiel, formés à la recherche, déplorer que la complexité des questions et des enjeux servent trop souvent de prétexte pour ne pas entrer dans des explications et des échanges plus techniques.

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La peur d’échouer

Les notes du conseil scientifique de la FCPE viennent de publier (n°9 de mars 2018) les résultats d’une étude conduite par Mathias Millet, professeur de sociologie, CITERES-CNRS, université François-Rabelais de Tours et Jean-Claude Croizet, professeur de psychologie sociale expérimentale, CERCA-CNRS, université de Poitiers, consacrée ) « la peur d’échouer : un vecteur des inégalités dès l’école maternelle ».

Si, une fois encore, ce travail met en évidence la manière dont l’école contribue, le plus souvent bien malgré elle, à la reproduction des inégalités sociales et à la production des inégalités scolaires dès l’école maternelle, l’axe privilégié ici s’appuie, pour l’essentiel, sur ce niveau scolaire peu investi scientifiquement, et pourtant essentiel qu’est l’école maternelle et croise l’analyse sociologique avec une approche psychosociale.

Les résultats obtenus montrent que l’école insuffle dès les premiers niveaux la peur d’échouer. Cette peur de ne pas savoir apprise à l’école conduit des élèves à se détourner des apprentissages scolaires contribuant ainsi à générer des écarts de « performance » : une des causes d’inégalités scolaires potentielles.

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L’école maternelle à la source de la réduction des inégalités sociales

Alors que s’ouvre aujourd’hui les « assises de l’école maternelle », il n’est pas inutile de lire ou de relire le rapport « L’école maternelle à la source de la réduction des inégalités sociales : une comparaison internationale » publié en septembre 2016, dans le cadre du rapport scientifique du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco): comment l’école amplifie les inégalités sociales et migratoires.

( à retrouver ici : http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2016/09/west_solo_fr1.pdf )

Ce rapport analyse le lien entre les dispositifs d’accueil et d’éducation des jeunes enfants (Early Childhood Education and Care, ECEC) et les inégalités sociales de résultats scolaires dans une perspective de comparaison internationale, dans le but d’éclairer la prise de décision en France en matière d’enseignement pré-primaire.

De nombreuses études ont révélé que l’éducation pré-primaire permet d’améliorer le bien-être des élèves, de poser les fondations de l’apprentissage tout au long de la vie, d’accroître l’égalité des chances dans l’éducation, de réduire la pauvreté et de faire progresser la mobilité sociale d’une génération à l’autre.

La première partie du rapport analyse les politiques éducatives d’éducation pré-primaire à l’échelle européenne. Selon la Commission Européenne (2011), la « participation des enfants issus de milieux sociaux défavorisés, indépendamment de la situation professionnelle de leurs parents, doit être favorisée afin d’éviter la stigmatisation et la ségrégation ».

La seconde partie du rapport analyse l’influence des dispositifs d’accueil et d’éducation des jeunes enfants sur les résultats scolaires ultérieurs des élèves issus de milieux défavorisés notamment en se basant sur la littérature internationale récente.

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