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« La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ?

Le jeunesse a dorénavant un ministre et un secrétaire d’État.

En effet à l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, se voit chargé de la Jeunesse. Ce qu’il était déjà en fait, mais cette fois la dimension jeunesse est inscrite dans le titre de son ministère. Affichage complété par la nomination de Gabriel ATTAL, en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et dont on comprend qu’il sera plus spécifiquement en charge de la jeunesse et de la mise en place du service national universel.

Si elle n’est pas inédite, cette configuration n’est pas si fréquente.Tant il est remarquable que le champ de la jeunesse est souvent difficilement à réduire à un seul portefeuille ministériel.

Cette jeunesse n’apparaît d’ailleurs qu’en 1940 sous le gouvernement de PÉTAIN, Georges RIPERT étant secrétaire d’État à l’Instruction publique et à la Jeunesse avec le Général D’HARCOURT en tant que secrétaire général à la Famille et à la Jeunesse jusqu’au 27 septembre, puis Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse. Cette situation, avec des appellations diverses perdurera durant toute la période de collaboration. Ainsi, du 23 février 1941 – 18 avril 1942 c’est Jérôme CARCOPINO qui en tant que secrétaire d’État réunit l’Éducation nationale la Jeunesse avec encore Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse.

A la libération ce sont les mouvements de jeunesse et non plus la jeunesse qui apparaît dans les titres ministériels. C’est le cas dès le 10 septembre 1944 date à laquelle Jean GUEHENNO devient directeur des Mouvements de Jeunesse et d’Éducation populaire dans le ministère l’Éducation nationale dont René CAPITANT est le ministre.

A partir de 1946, de manière général, c’est le regroupement de la jeunesse et des sports, sous la tutelle de l’Éducation nationale qui domine tout au long de l’histoire (de la 3ème à la 5ème République). On relève ainsi plus d’une trentaine de ministres ou secrétaires d’État ou encore haut-commissaires, ayant été en charge de la jeunesse et des sports.

Les exceptions à cette dénominations sont donc assez rares et méritent d’être signalées.

12 novembre 1954 – 1er février 1956 dans le gouvernement de Pierre MENDES-FRANCE, André MOYNET est « secrétaire d’État à la Présidence du Conseil », chargé de la « coordination des activités gouvernementales relatives aux problèmes intéressant la jeunesse ».

Il faut attendre le premier gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN en mai 2002 (du 7 mai 2002 au 30 mars 2004) pour que Luc FERRY, ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche ne soit pas en charge du sport (confié lui à Jean-François LAMOUR).

Les gouvernements FILLON auront également innové dans la matière puisque le 12 janvier 2009 Martin HIRSCH, est nommé à la fois Haut commissaire à la Jeunesse et Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Marc-Philippe DAUBRESSE lui succède le 22 mars 2010 mais avec le titre de ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives

Puis, 15 novembre 2010, Luc CHATEL, devient ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative avec Jeannette BOUGRAB comme secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative.

Si jeunesse et sports ont été de nouveau réunis sous le quinquennat de François HOLLANDE, ils l’étaient dans un ministère de plein exercice sans lien avec celui de l’Éducation nationale.

A l’inverse, dans les gouvernements successifs d’Édouard PHILIPPE, c’est l’Éducation nationale et la jeunesse qui sont regroupées.

Il va sans dire que ces aléas gouvernementaux sont révélateurs de la difficile place donnée aux jeunes et aux politiques de jeunesse. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet puisque le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation mène actuellement un travail de recherche sur le sujet.

On peut d’ores et déjà avancer quelques pistes de réflexion :

– l’apparition de la jeunesse dans les appellations ministérielles est souvent un fait conjoncturel : les années 1950 annoncent les révoltes des jeunes qui auront lieux la décennie suivante ; Jacques CHIRAC cherche en 2002 a se rapprocher d’une jeunesse qui n’a voté pour lui que pour repousser le Front national ; Nicolas SARKOZY veut faire une place aux sports et les détachent donc de la jeunesse « qui va mal », qu’il « case » au rayon des « solidarités ». ON peut imaginer sans peine que, après une absence de politique en direction des jeunes jusqu’alors, leur inscription aujourd’hui se justifie avant tout par la mise en place du service national universel.

– l’ancrage de la jeunesse comme objet interministériel n’a jamais réellement trouvé sa concrétisation. De GAULLE refusa à André MALRAUX un ministère de la jeunesse arguant que celui-ci était l’apanage des régimes totalitaires et avait vocation à encadrer les jeunes. Mais les dimensions du travail, du logement, de l’emploi, de la santé….des jeunes relèvent davantage des missions ordinaires des ministères en charge de ces domaines. Reste donc l’Éducation et les loisirs…

– l’appareil de l’État peine à trouver une organisation cohérente et durable quant à la prise en compte de la jeunesse et l’élaboration des politiques qui la concernent. La partition avec les collectivités territoriales n’est pas précisée. Les agents de l’État en charge de la « jeunesse et de l’éducation populaire » voient leurs missions évoluer vers la réparation sociale sans qu’aucune orientation politiques claires n’accompagnent cette évolution. Sans parler de l’incohérence de ne pas avoir l’ensemble des personnels éducatifs gérés par la même DGRH.

Aussi, sans politique ambitieuse et cohérente, affirmée et mise en œuvre, la jeunesse qui fait son apparition dans les titres du Ministre de l’Éducation nationale et de son secrétaire d’État risque de n’être qu’un mot.

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De l’influence de l’ « informel » sur le « formel » en éducation (et inversement)

Une précédente étude conduite par le Centre Henri Aigueperse, « Loisirs et éducation des enfants : une confusion entretenue » par Denis ADAM du SEP et de Nathalie ROUCOUS de l’Université Paris XII en partenariat avec le centre de recherche EXPERICE de l’Université Paris 13 (mai 2015), avait mis en évidence à partir de la pratique des animateurs, la tendance à la « scolarisation des loisirs » des enfants. La lutte contre l’échec scolaire s’imposant, l’animation socioculturelle est de plus en plus convoquée en effet pour y participer. Et même lorsque les activités sont éloignées des programmes scolaires, la formes d’une pédagogie « formelle » se retrouve fréquemment utilisée par des animateurs, alors même que ceux-ci s’en défendent, évoquant des démarches de liberté, de non contrainte, de choix des enfants.

Nous évoquions aussi dans ce travail, mais sans l’approfondir, le fait que l’éducation dite non-formelle, voire informelle, était également rentrée dans l’École et que nombre d’enseignants avaient par ces pratiques fait évoluer leur approches pédagogiques.

Ce sujet est repris et travaillé en profondeur par la revue Carrefours de l’éducation qui consacre le dossier son numéro 2018/1 (n° 45) à « L’éducation informelle contre la forme scolaire ? » s’appuyant sur les travaux du colloque international de l’Association transdisciplinaire pour les recherches historiques sur l’éducation (ATRHE), intitulé « Histoire des éducations dans et hors l’école », qui s’est tenu du 9 au 11 octobre 2014 à l’Université de Corse Pasquale Paoli.

L’hypothèse de la recherche, telle que la présente Bruno Garnier1 dans sa présentation, est sans « minimiser l’importance de l’éducation formelle, mais de suggérer qu’elle ne constitue, en définitive, qu’une faible partie de ce que nous savons et de ce que nous devrons apprendre, tout au long de notre vie. » Il constate en effet que « dans les sociétés occidentales hyper-scolarisées, telles que la France […] il suffit de se pencher sur nos activités quotidiennes, nos façons de résoudre les multiples problèmes de la vie, l’usage d’appareils électriques ou électroniques, l’usage d’une ou plusieurs langues, nos modalités de relation aux autres, nos modes d’adaptation aux activités professionnelles en constante évolution, pour saisir combien toutes ces pratiques sont éloignées des contenus d’enseignement et des modes d’apprentissage auxquels nous a exposés notre parcours scolaire. »

Est-ce à dire que la forme scolaire est dépassée et qu’elle devrait laisser la place à une éducation informelle davantage capable de répondre au contexte social, économique, territorial actuel ?

Tel n’est pas le propos de la recherche. Elle met en évidence la place acquise aujourd’hui par les apprentissages informels « devenus incontournables dans la conception des parcours de formation, de la petite enfance à l’âge scolaire et tout au long de la vie. » Elle analyse le fait que « l’appréhension de la complexité des savoirs indispensables pour comprendre la complexité du monde » n’est plus l’apanage exclusif de l’éducation formelle et montre que « la socialisation se fait de plus en plus au travers d’expérimentations entre pairs, par les usages de l’internet et des réseaux sociaux, c’est-à-dire par l’éducation informelle. »

De ces constats, il faut tirer une conclusion. Celle de ce dossier est claire, plutôt que d’opposer éducation formelle et éducation informelle, Bruno Garnier interroge un rapport dialogique dans lequel « la forme scolaire, sous l’influence de l’éducation informelle, deviendrait capable de favoriser la socialisation démocratique des futurs citoyens dans un monde complexe ».

Une piste importante de réflexion qui pourrait trouver également une part de sa concrétisation dans le travail, le partenariat, le formation commune des différents acteurs éducatifs, dans et hors l’École. A réfléchir alors que le ministère de l’éducation nationale pourrait abandonner la notion d’Éducation dans les structures de formation initiale et continue pour se recentrer sur le seul professorat…

Le dossier de Carrefours de l’éducation peut être retrouvé ici : https://www.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2018-1.htm

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Erasmus + ou les diversités de l' »aventure  » européenne

Une « aventure », un « voyage »… si les étudiants qui ont bénéficié du programme de mobilité Erasmus emploient volontiers ces termes ils sont pourtant « loin de ressembler tous aux personnages bohèmes dépeints par écrivains ou cinéastes », met en garde Magali Ballatore, Maîtresse de Conférences en sociologie, chercheuse au Laboratoire méditerranéen de sociologie, à l’université d’Aix-Marseille dans The Conversation du 23 août 2018 (à retrouver dans Universités et territoires de septembre 2018 http://www.universites-territoires.fr/wp-content/uploads/2018/09/UT125.pdf.) En effet la chercheuse constate que « souvent évoqué comme raison principale pour partir à l’étranger, l’apprentissage d’une langue étrangère est en général vécu comme un moyen d’augmenter ses chances d’accès aux filières sélectives ou de mieux s’insérer sur un marché du travail qualifié très compétitif, en raison de la massification scolaire. » Ainsi, selon elle « pour un grand nombre d’étudiants, le désir de mobilité est souvent directement lié à la construction de projets académiques ou professionnels ambitieux, et quelquefois bien arrêtés. »

Le constat conduit donc de considérer que derrière un « désir de réussite scolaire et/ou professionnelle, il existe différentes manières de vivre l’expérience Erasmus. » Ce que la chercheuse a identifier une typologie liée en grande partie aux « ré-investissements » espérés des compétences acquises, aux aspirations professionnelles, mais aussi « aux situations socio-économiques dans lesquelles se trouvent les étudiants Erasmus avant leur séjour. »

L’étudiant « défensif » qui se vit pleinement comme un « étranger », se tient « à distance raisonnable » des membres du pays d’accueil et maintient des liens forts avec ceux de son pays d’origine. Il vit l’expérience « Erasmus » davantage comme une « parenthèse », qui ne le conduira pas nécessairement vers d’autres mobilités.

L’étudiant « opportuniste », cherche à s’adapter à son environnement et à « synchroniser son comportement avec ce qu’il saisit d’une conduite type approuvée par les autochtones. » De retour dans son pays d’origine, il tentera de mettre à profit les compétences acquises -notamment linguistiques- dans des projets distinctifs pouvant conduire à de nouvelles mobilités, scolaires ou professionnelles.

L’étudiant « transnational » souvent déjà familialement (famille mixte ou mobilité professionnelle internationale des parents…) ouvert à une « socialisation internationale » concrétise son plurilinguisme et son esprit « cosmopolite » par le séjour Erasmus avant de s’orienter vers « des carrières qui permettront de nouvelles expatriations, tout en gardant leurs repères nationaux, car l’international n’abolit pas le national. »

Enfin, pour l’étudiant « converti », parti avant tout pour échapper à la société et/ou à l’université ou la ville d’origine, « l’expérience entraîne pour lui, le désir de réorienter ou d’arrêter ses études. Le séjour « Erasmus » est pour lui un révélateur, un moment de bifurcation, qui rompt avec la passivité, la politique des choix négatifs et le « laisser-aller », qui ordonnaient antérieurement son parcours scolaire. »

Ainsi, contrairement à l’idée répandue, un séjour Erasmus n’est pas automatiquement un « procédé révolutionnaire » qui « transforme chacun de manière radicale ». Pour Magali Ballatore, « les changements se situent ainsi davantage dans la façon de se penser, que dans la façon d’être. »

Ceci est loin d’être incompatible avec les objectifs mêmes du programme Erasmus+ qui soutient les actions dans les domaines de l’éducation et de la formation, de la jeunesse et du sport et a pour ambition de donner aux apprenants et au personnel la possibilité d’acquérir des compétences et de se former sur les plans personnel, socio-éducatif et professionnel dans le cadre d’études, de formations, d’expériences professionnelles ou d’activités de volontariat à l’étranger.

Un programme qui « jouit d’un grand succès » et « génère de nombreuses formes de valeur ajoutée européenne dans le renforcement de la mobilité à des fins d’éducation et de formation à l’étranger et a un effet positif sur l’attitude des participants à l’égard de l’UE. Seul, aucun pays ne pourrait obtenir un tel résultat » conclut la cour des compte européenne qui vient de rendre un rapport sur ce programme https://www.eca.europa.eu/Lists/ECADocuments/SR18_22/SR_ERASMUS_FR.pdf.

A l’heure où l’euroscepticisme tend à se développer, il n’est pas inutile de rappeler que l’Europe de demain, largement à améliorer, ne se construira qu’avec une génération convaincue de dépasser le seul repli national pour devenir un espace commun politique et social, de solidarité et de développement, de cultures partagées et d’enrichissements mutuels, de rayonnement et d’innovations. Le programme Erasmus + y contribue.

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Éducation à la citoyenneté : encore beaucoup à faire

Que sait-on de l’éducation à la citoyenneté, un des piliers de notre système éducatif ? En fait pas grand-chose constate le CNESCO qui a décidé de mener un dispositif d’investigation scientifique ambitieux, d’ampleur nationale sur ce sujet sensible des attitudes et engagements civiques des élèves au travers d’une enquête statistique menée auprès de 16 000 collégiens et lycéens répartis sur l’ensemble du territoire national : https://www.cnesco.fr/fr/engagements-citoyens/

Les résultats ainsi mis en évidence quant à la réalité des attitudes, représentations et engagements civiques des élèves ne peuvent pas être imputés exclusivement à l’école. Mais comme le précise Nathalie Mons, présidente du CNESCO, « plus que pour les autres évaluations scolaires en français ou en mathématiques, la famille, les médias, les pairs, façonnent aussi ces attitudes et engagements civiques. Mais l’école, premier lieu de socialisation, ne peut s’exonérer de toute responsabilité et porte une mission centrale d’éducation à la citoyenneté des jeunes. »

La première phase de cette étude est consacrée à l’engagement des jeunes en lycée (classe de terminale). Que nous apprend-elle ?

Si les lycéennes et lycéens montrent un grand intérêt pour participer à la vie de la cité et faire entendre leur voix – ainsi « près de la moitié d’entre elles/eux sont engagés bénévolement dans des associations humanitaires et/ou de défense de l’environnement (44%). Ils plébiscitent également des formes d’engagement plus revendicatives, à travers la signature de pétitions (71%), la participation à des manifestations (62%) ou encore le boycott de produits (58%) » – leur possibilité d’engagement dans le cadre scolaire apparaît comme réduit. Le plus souvent, il se limite « au rôle de délégués de classe et à leur présence dans les instances de gouvernance de l’établissement (25% des élèves de Terminale ont déjà été délégués) ».

Peu nombreux sont celles et ceux qui ont pu bénéficier « de pédagogies actives d’éducation à la citoyenneté, tels que les projets citoyens, encore très peu développées au lycée (37% seulement des élèves de Terminale y ont participé). Les autres activités proposant aux élèves de s’engager civiquement concernent un nombre limité d’élèves : 7% ont des responsabilités dans une maison des lycéens,10% s’investissent dans un journal d’établissement et 10% dans du tutorat. »

Dans ce contexte « les élèves ont le sentiment que leur avis n’est pas pris en compte » dans le cadre scolaire. Un ressenti qui n’est pas sans interroger. En effet, 87% de ces même jeunes « n’ont pas ou ont peu confiance dans les partis politiques et 78% dans le gouvernement. » Or cette défiance des élèves français est nettement en-deçà de la moyenne des pays de l’OCDE (sur les 15-29 ans).

Si elle n’est pas la seule responsable, l’École ne semble pas encore faire suffisamment dans ce domaine.

Un situation d’autant plus préoccupante pour certaines catégories de jeunes, puisque que l’enquête du CNESCO met en évidence que les lycéens, le plus souvent issus de milieux sociaux défavorisés, sont plus nombreux à déclarer « ne vouloir participer aucunement à la vie de la cité sous quelque forme que ce soit » ; « les filles apparaissent encore en retrait par rapport aux garçons sur certaines modalités de participation » et, l’élite des lycéennes et lycéens qui déclarent d’excellents résultats scolaires, « envisagent des investissement citoyens très limités à l’âge adulte. »

Les autres phase de l’étude du CNESCO devraient apporté des éclairages complémentaires tout au long de l’année sur cette dimension de l’éducation à la citoyenneté. Mais ce premier rapport, illustre déjà fortement la nécessité de dépasser le seul enseignement pour faire des écoles et des établissements scolaires des lieux d’apprentissage de l’engagement et de la citoyenneté, indispensable à la construction d’une capacité à prendre sa place dans le collectif et dans la vie de la cité.

Retrouvez ici la synthèse du rapport du CNESCO http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2018/09/180906_Dossier_synthese_engagement.pdf

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L’orientation : clé de la réussite scolaire

Notre système d’orientation cristallise les inégalités” affirme Marie Duru-Bellat. Et la chercheuse explique son affirmation par deux éléments forts du système scolaire français.

D’une part la réussite scolaire est essentiellement évaluée par les notes, « or dans notre pays, la réussite des élèves est particulièrement marquée par leur milieu social d’origine ». Ainsi les « bons élèves » vont être orientés vers « les « meilleures filières » (celles qui donnent accès aux emplois les plus attractifs) […] alors que ceux qui ont plus de difficultés sont relégués dans les voies (et les métiers) dont personne ne veut (et où il y a de la place). »

D’autre part les vœux des élèves et de leurs familles ont un poids important, officiellement du moins, dans l’orientation, « or ces vœux sont très inégalement ambitieux et informés. »

Deux éléments conjugués qui qui disent autant de notre système éducatif que plus globalement de notre vision de la société.

Lire la suite de « L’orientation : clé de la réussite scolaire »

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Paradoxes de notre École Républicaine

Le système scolaire français est très performant pour faire émerger une élite. Tel est le constat d’Agnès van Zanten dans le Journal du CNRS. Elle affirme que « comparé à d’autres modèles éducatifs, y compris ceux de nos proches voisins européens, le système français se montre particulièrement efficace pour dégager une élite, écrémer progressivement les meilleurs ou supposés tels, repérer les pépites qui occuperont les postes les plus en vue dans l’administration, la politique, l’économie, la recherche… »

Ne faut-il donc pas de se réjouir d’un tel résultat ? Après tout, la mission confiée à l’École est également celle-ci, fabriquer une élite, des « premiers de cordée » dirait l’actuel Président de la République.

Certes ! En cela l’ambition n’est pas condamnable. Ce qui pose davantage problème c’est que la « fabrication de cette élite » se fait au détriment de l’autre mission essentielle de l’École : celle de faire réussir tous les élèves.

Ce résultat n’est pas délibéré. Il est le fruit d’une croyance que dénonce Agnès van Zanten : « Tout le discours de l’école française repose sur l’idée que, pour atteindre cette excellence, l’environnement social et familial des élèves importe peu. Seuls comptent les efforts que l’on fournit en classe. Selon le principe méritocratique au fondement de l’école républicaine et indissociable de l’idée d’égalité des chances, plus un élève travaille, quel que soit son milieu d’origine, et plus il aura de bons résultats, sera récompensé par des diplômes et s’assurera une belle carrière. De même, notre système éducatif est irrigué par la croyance que le concours, avec ses épreuves anonymes passées dans les mêmes conditions par tous les candidats, est la procédure la plus sûre, la plus « pure », la plus juste, pour sélectionner les meilleurs élèves. »

La conclusion est sans appel : « En privilégiant un enseignement plus soucieux de fabriquer une élite que de faire acquérir à tous les élèves un socle commun de connaissances, notre système éducatif répond mal à la massification de l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Chaque année, environ 20 % des jeunes quittent l’école sans diplôme ni qualification, 23 % des élèves des filières professionnelles échouent au CAP, 26 % au BEP, et autant d’étudiants ou presque abandonnent leurs études supérieures. Ce taux d’échec élevé charrie beaucoup de frustration, de fatalisme et de doutes sur leur valeur personnelle chez celles et ceux qui sont ainsi mis de côté et se sentent condamnés à rester dans les strates inférieures de la société. »

Mais n’y a-t-il pas de possibilité de concilier, voire de réconcilier, les deux missions de l’École qui apparaissent trop souvent comme des injonctions paradoxales et contradictoires ?

Plusieurs pistes existent : la mixité sociale scolaire tout d’abord trop peu développée en France alors qu’« une masse de travaux montre pourtant que la mixité tire les plus faibles vers le haut sans pénaliser les plus forts, pourvu que les enseignants aient appris à gérer les différences de niveau entre les élèves et que cet écart ne soit pas maximal (il ne faut pas être démagogue, on ne peut pas mettre les enfants les plus brillants avec ceux les plus en difficulté).

Accompagnée, construite dans des conditions réfléchies, elle est une réponse pédagogique, mais aussi sociétale, philosophique et culturelle : « la mixité est donc favorable à la réussite de tous, sous certaines conditions, mais aussi profitable sur le plan sociétal. Se mélanger aux autres à l’école aide à construire le « vivre ensemble » dans nos sociétés hétérogènes, à condition que l’école soit porteuse d’un idéal culturel et social à la hauteur de cette ambition. »

La formation des enseignants est également un levier indispensable et en particulier la formation pédagogique qui dès le primaire devrait davantage permettre de lutter contre le décrochage scolaire. « Une partie du problème tient à ce que les enseignants du primaire ne reçoivent pas une formation didactique et pédagogique suffisamment poussée pour pouvoir détecter les « décrocheurs » précoces ».

Une réflexion intéressante à intégrer en cette veille de rentrée scolaire tant pour les équipes pédagogiques que pour les décideurs politiques, le ministre de l’Éducation Nationale en tête.

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Pratiques sportives : un accès encore trop inégalitaire

Y aura-t-il un effet coupe du monde de football entraînant un développement accru des pratiques sportives ? Pas sûr et de toute manière trop tôt pour le dire. Il faudra attendre les inscriptions dans les clubs à la rentrée pour le savoir.

En fait, la pratique sportive augmente régulièrement. Et, si ce sont les jeunes qui représentent la plus grande partie des pratiquants, l’augmentation, elle, est le fait des femmes et des seniors.

Des chiffre qui ne doivent pas masquer les grandes disparités existantes.

Une pratique de jeunes

Les jeunes de moins de 30 ans représentent environ 56 % des licenciés sportifs -71 % des licences dans les nouveaux quartiers prioritaires de la politique de la ville,  contre 55 % dans les autres quartiers-, mais dès après 12 ans le pourcentage de licenciés diminue. L’âge augmentant éloigne des clubs et des pratiques compétitives.

Pour autant plus de neuf jeunes sur dix, âgés de moins de 25 ans, déclarent pratiquer une ou plusieurs activités sportives, 46 % des jeunes de 15 à 29 ans se livrent à une activité sportive plus d’une fois par semaine, contre 39 % pour  les 30-49 ans.

Natation, football, vélo, footing sont les sports les plus prisés par les jeunes. Et, si le vélo et la natation appartiennent également aux tranches d’âge plus élevées, la pratique du football et du footing régresse avec l’âge.

Enfin les chiffres (analysés par l’INJEP http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/ias1_le_sport.pdf) montrent qu’ « après 25 ans, un fort écart se creuse entre les hommes et les femmes, le taux de pratique étant de 93 % pour les hommes de 26 à 29 ans, contre 78 % pour  les femmes. »

Une augmentation chez les femmes et les seniors

Les pratiques sportives des Français sont à la hausse passant de 44 % à 47 % de pratiquants entre 2009 et 2015 et de 28 % à 32 % de pratiquants réguliers, c’est-à-dire au moins ayant une activité sportive une fois par semaine.

Bien entendu, le développement de la notion de « sport-santé » explique cette hausse chez les plus de 60 ans.

Mais, précise l’INJEP (http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/ias15_pratiques_sportives.pdf ) cette « embellie sur le front des pratiques sportives des femmes ne doit pas masquer une autre réalité : le genre et l’origine sociale restent encore des facteurs déterminants dans la pratique d’un sport. »

Si pour les hommes, le principal facteur d’arrêt d’un sport est l’âge, pour les femmes, c’est l’arrivée d’un enfant qui est un frein à la pratique.

De même les disparités sociales sont flagrantes : « plus de la moitié des cadres sont sportifs contre un tiers pour les ouvriers. Avoir un niveau de diplôme élevé, une bonne santé, ainsi qu’un niveau de vie élevé, augmente la probabilité d’être sportif tandis que le fait d’avoir au moins un enfant la diminue. »

Saisi par le gouvernement sur son objectif d’augmenter de 3 millions (soit de +10 %) le nombre de personnes pratiquant une activité physique et sportive (APS) d’ici à 2024, pour tous les publics sur tous les territoires, en particulier ceux en situation de carence, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a rendu son avis le 10 juillet dernier (http://www.lecese.fr/travaux-publies/l-acces-du-plus-grand-nombre-la-pratique-d-activites-physiques-et-sportives-0 ). Il met en évidence les « décalages entre besoins et offres, qui nuisent au développement des pratiques d’APS, concernent notamment l’insuffisance mais aussi l’inadaptation des équipements sportifs, ainsi que le manque d’offre d’accompagnement et de pratiques adaptées accessibles au plus grand nombre. » Il précise que « les enjeux de l’accès du plus grand nombre aux pratiques d’APS sont importants : retisser des liens sociaux, lutter contre les inégalités d’accès, s’engager, se faire plaisir, se construire et inciter à se maintenir en bonne santé tout au long de sa vie. » Afin d’atteindre ces objectifs, il fait « des préconisations déclinées en cinq axes : mobiliser la population et co-construire un projet sportif de territoire ; favoriser le développement de la pratique d’APS à l’école et dans l’enseignement supérieur ; remédier aux principales insuffisances en matière d’équipements sportifs et améliorer leur utilisation ; conforter l’accompagnement à tous les âges de la vie, prévoir des stratégies renforcées pour certains publics et miser sur la formation ; renforcer la prise en compte durable des pratiques d’APS dans l’urbanisme et l’espace public. »

Comme l’étude de l’INJEP, le rapport du CESE montre l’effort qui doit encore être mené afin de permettre l’accès aux sports pour toutes et tous. Un chantier qui passe -entre autres- par une réflexion de fond sur la place des APS dans et hors le système scolaire.

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[Quoi de 9?] : les 9 infos du mois de juillet

  • le « plan mercredi »
  • le « pass  culture »
  • le « Service national universel »

mais aussi :

  • Georges Lapierre à Troyes au congrès de la JPA
  • un G20 consacré à l’Éducation
  • 23 % d’ « illectronistes » ?

A retrouver parmi les 9 infos de ce 9 juillet, dans [Quoi de ?] : quoi-de-neuf juillet 2018

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« Dis-moi quel est ton diplôme et je te dirai tes chances d’être riche ou pauvre »

ou

Quand le déterminisme social est avant tout une inégalité éducative

« Si les chances d’accès d’un individu à un niveau de vie élevé sont bien fonction de son origine sociale, ce déterminisme social s’explique d’abord par une inégalité des chances éducatives. »

A l’heure des premier résultats du baccalauréat 2018, les résultats publiés par France Stratégie et consacré à l’origine sociale et au niveau de vie en France résonnent de manière particulière

Il suffit de lire la conclusion du rapport pour s’en convaincre :

« Dans les générations qui ont aujourd’hui entre 30 et 45 ans, l’accès à un niveau de vie élevé comme le risque d’être en situation de pauvreté varient fortement selon l’origine sociale. Cet effet s’avère beaucoup plus déterminant que l’origine migratoire, le sexe ou l’âge de l’individu.

Cet effet s’explique largement par l’influence de l’origine sociale sur le niveau de diplôme atteint par les individus : l’inégalité des chances éducatives contribue pour moitié aux écarts de niveau de vie moyen entre enfants d’ouvriers et enfants de cadres et pour moitié également à l’écart de chances entre eux de faire partie des 20 % des ménages les plus aisés.

D’autres effets « hors diplôme » sont à l’œuvre, notamment l’homogamie sociale qui, couplée à l’influence sur la réussite éducative, conduit à ce que les conjoints des enfants d’ouvriers sont significativement moins diplômés que ceux des enfants de cadres. À l’inverse, les écarts de structures familiales (nombre d’enfants, situation maritale) entre classes sociales sont faibles et ne semblent jouer aucun rôle significatif sur les écarts de niveau de vie. »

Ainsi, alors que grâce, entre autres, à son système de protection sociale, la France figure parmi les pays les moins inégalitaires en termes de revenus (après redistribution), elle « accuse paradoxalement un niveau élevé d’inégalité des chances ».

De récents travaux de l’OCDE viennent de mettre en évidence qu’il faut, en France, six générations pour que les enfants de familles modestes atteignent le revenu moyen. Preuve que l’ascenseur social en panne ou en tout cas en grave dysfonctionnement. L’étude de France Stratégie montre comment et dans quelle mesure l’origine sociale d’une personne détermine son niveau de vie. Elle apporte non seulement une mesure du déterminisme social mais montre également que l’inégalité des chances en France est d’abord une inégalité des chances éducatives.

Des données qui doivent certes interroger le fonctionnement de notre système d’Éducation et questionner tous ses acteurs, mais qui le dépasse largement pour devenir une responsabilité sociétale majeure : Dans quelle société voulons-nous vivre ?

Nés sous la même étoile ? Origine sociale et niveau de vie, le rapport de France Stratégie est à retrouver ici : http://www.strategie.gouv.fr/publications/nes-meme-etoile-origine-sociale-niveau-de-vie

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Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Histoire-géographie-EMC : le niveau (re)monte

L’enquête CEDRE (cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon) de 2017 permet une comparaison du niveau des élèves en histoire, géographie, enseignement moral et civique, à onze ans d’intervalle, sur trois temps de mesure : 2006, 2012 et 2017.

Conclusion , après une forte baisse (-10 points) entre 2006 et 2012, les résultats pour les 5000 élèves de classe de troisième interrogés en 2017 enregistrent une remontée (+5 points).

Celle-ci est surtout sensible chez les filles qui, jusqu’alors avaient du retard sur les résultats des garçons. Ainsi, par rapport à 2012, pour les filles, le pourcentage d’élèves dans les groupes en difficulté connaît une baisse, de 21,5% à 16,8%. En revanche, leur part augmente dans les niveaux en réussite.

Si en 2017, on constate, une baisse de la proportion d’élèves dans les groupes les plus fragiles, concomitante d’un renforcement quantitatif des groupes davantage en réussite, comme toutes les autres études d’évaluation, l’enquête met une fois de plus en évidence la permanences des inégalités socio-scolaires. Le constat montre que le score moyen progresse à mesure que le niveau social augmente. Dans un contexte d’amélioration globale des résultats, on relève également que l’écart du score moyen entre les élèves des collèges défavorisés et ceux des collèges les plus favorisés apparaît toujours aussi important (34 points en 2012 contre 36 points en 2017).

Sans qu’une corrélation avec les résultats puisse être faite, une majorité d’élèves affirment consacrer davantage de temps de travail personnel à l’histoire, la géographie et l’enseignement moral et civique.

Une nouvelle question posée en 2017,, indique le travail prescrit indistinctement pour les trois matières. Selon les élèves , il leur est «souvent» ou «très souvent» demandé de «lire un document qui sera étudié en classe» (43%), d’ «apprendre une leçon pour la restituer en classe» (41%), d’ «élaborer un résumé, une carte ou un schéma» (37%). D’autres tâches, telles qu’«effectuer une recherche individuelle» (27%), ou «préparer un exposé» (8%) apparaissent en revanche comme des activités moins fréquemment demandées.

Retrouver l’ensemble des résultats de cette enquête du dispositif CEDRE ici : http://cache.media.education.gouv.fr/file/2018/69/0/depp-ni-2018-18-17-cedre-2006-2012-2017-histoire-geographie-enseignement-moral-civique-fin-de-college_974690.pdf