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Focus PISA : le libre choix de l’école augmente, les inégalités scolaires s’aggravent

« Les pays où la ségrégation sociale s’est le plus accentuée sont ceux où l’utilisation du lieu de résidence comme critère d’admission a reculé », tel est le constat d’un focus, à partir de l’analyse des résultats des évaluations PISA, que l’OCDE vient de publier (mai 2019).

Il y a, selon l’étude, un lien indéniable entre l’utilisation du lieu de résidence comme critère d’admission dans les établissements scolaires et les caractéristiques socio-économiques des élèves qui y sont scolarisés.

Ainsi, dans la majorité des pays étudiés, le libre choix de l’établissement laissé aux parents conduit à une concentration des élèves défavorisés dans quelques établissements.

Inversement, l’attribution du lieu de scolarisation en fonction du lieu d’habitation entraîne un équilibre socio-économique entre tous les établissements ou une grande majorité d’entre eux.

En effet, l’enquête fait apparaître que « lorsqu’on les interroge sur les principaux critères qu’ils prennent en compte lors du choix de l’établissement de leur enfant, la majorité des parents, et en particulier ceux de milieux défavorisés, citent la distance parmi les facteurs les plus importants. »

A cela s’ajoute le fait que de nombreuses familles ne connaissent pas ou ne savent pas distinguer ou ne peuvent pas se permettre financièrement de profiter de l’offre pédagogique ou éducative différente pouvant être offerte dans des établissements mis en concurrence. Alors que les familles proches de la culture scolaire savent très bien utiliser ce marché scolaire concurrentiel.

Une carte scolaire stricte serait donc la solution à la mixité scolaire ?

Pas uniquement, puisque, lier le lieu d’habitation et l’établissement scolaire ne peut créer de la mixité scolaire que s’il y a mixité socio-économique sur son territoire de recrutement.

Par contre déréguler les périmètres scolaires revient à aggraver les inégalités socio-économiques entre les établissements.

Or, entre les successives évaluations PISA, particulièrement entre les résultats 2000 et 2015, le nombre d’élèves dont le critère d’attribution d’un établissement dépend de son lieu d’habitation, a fortement baissé. La liberté de choix scolaire est de plus en plus majoritairement laissé au parents. Les inégalités scolaires augmentent.

Pour en savoir plus sur les éléments de ce focus PISA :

https://www.oecd-ilibrary.org/docserver/943456f0-fr.pdf?expires=1558703171&id=id&accname=guest&checksum=D34F37A600438F1CF85F51D118F105DB

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Éducation : « c’était mieux avant » pas vraiment , mais « peut (encore) mieux faire » c’est certain !

Qui n’a pas entendu (à l’image des « grands-pères ronchons de Michel Serres) l’idée que l’Éducation -ou du moins l’École- c’était mieux avant.

Pas vraiment, répond Denis Meuret (Professeur en sciences de l’Éducation à l’université de Bourgogne-Franche-Comté) dans le dernier numéro hors série de Sciences humaines consacré « aux enjeux de notre temps.

Par vraiment, d’abord parce que rien ne permet de mesurer ce (fameux) déclinisme. Dans les années 1960 « il était impossible de comparer sérieusement les systèmes éducatifs » affirme le chercheur, avant de préciser qu’« aujourd’hui, c’est un progrès, nous pouvons le faire, même si c’est d’une façon encore largement perfectible. »

Pas vraiment parce que si « un tiers des adultes en France souffrent d’un manque de compétences en numératie et/ou en littératie, ce qui représente cinq point de plus que la moyenne des pays de l’OCDE », cela concerne les plus âgés et est à mettre en relation avec leur moindre scolarisation. La France a en effet tardé à démocratiser l’école avec la mise en place du collège et du lycée, puis l’université.

Pas vraiment parce que c’est cette démocratisation scolaire qui a permis une élévation du niveau de compétence, mais aussi de salaire comme l’a montré l’économiste Eric Maurin. Ce qui fait dire à Denis Meuret que « tout ce qui tire vers le haut les qualifications de ceux qui entrent sur le marché du travail tend donc à diminuer les inégalités salariales. »

Quand aux inégalités sociales, en s’appuyant sur une récente étude du sociologue Louis-André Vallet, l’auteur déduit que « le système d’enseignement a joué un rôle majeur » dans la réduction des inégalité sociales dans la société française, à la fois « en réduire l’inégalité des chances face à l’école et en allongeant la durées des études. »

Ainsi donc, vraiment ce n’était pas mieux avant. Et l’on doit à la démocratisation scolaire puis universitaire le développement social, économique, intellectuel du pays.

Est-ce pour autant que tout va bien au royaume de l’Éducation ? Pas vraiment, non plus…

Pas vraiment parce la France est le pays de l’OCDE dans lequel l’effet de l’environnement familial (donc social et culturel) est le plus important par rapport au niveau d’acquisition des compétences des élèves.

Pas vraiment parce que les résultats des élèves issues de l’immigration (première et deuxième générations) demeurent (et même après correction des effet induit par le niveau sociale de leurs familles) bien plus faible que celui des enfants autochtones mais aussi bien mois élevés que celui de leurs homologues dans les autres pays de l’OCDE.

Pas vraiment parce que les « politiques ciblées sur les élèves en difficulté donnent des résultats décevants » ajoute le chercheur.

Le système scolaire français peut donc (encore) mieux faire. Il s’y emploi déjà. Mais si certaines réformes vont dans le bon sens, d’autres risquent de conduire à des reculs. Ainsi en est-il du redoublement, encore trop élevé mais dont la réduction a permis de réduire le taux d’échec scolaire. Qu’en sera-t-il de son retour ? De même pour la suppression des EPI en collège alors qu’il s’agissait là d’une piste intéressante.

La relation parents-enseignants est aussi une piste de (grande) amélioration possible, tout comme les évolutions pédagogiques (travaux de petits groupes, pédagogie de projet…)

Enfin reste le ressenti des enseignants qui impacte leur implication et la priorité faite à la politique éducative. 5 % des enseignants de collèges « estiment que leur métier est valorisé par la société contre 31 % en moyenne dans les 50 pays de l’enquête Talis de 2013 » rappelle Denis Meuret. A la question « Globalement, ressentez-vous de la reconnaissance et du respect dans votre pratique professionnelle ? » du baromètre UNSA des métiers de l’Éducation 2019, seulement 28, 2 des enseignants répondent positivement soit 8 points de moins qu’en 2018. Sur ce point, vraisemblablement, ce devait être mieux avant !

(Bons points et fragilités du système scolaire par Denis Meuret, Sciences Humaine Hors-série, Mai-juin 2019)

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« L’Europe : un espace plutôt qu’un territoire » selon Arnauld Leclerc

Les élections européennes auront lieu dans 10 jours. Dans le cadre d’une réflexion/formation sur l’Europe, le [C@mpus] du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation a organisé un échange avec Arnauld Leclerc professeur des universités, directeur de la chaire de philosophie de l’Europe à l’université de Nantes

Cet article tente de mettre en évidence les points saillants de l’exposé et des riches échanges qui ont eu lieu entre notre intervenant et les militants fédéraux.

Pour débuter sa présentation Arnauld Leclerc a rappelé quelques données certes connues, mais que l’on oublie trop souvent.

L’Europe est

la 3ème zone démographique du monde,

la 1ère zone économique et d’investissement,

la 1ère zone commerciale du monde,

la 2ème zone monétaire du monde,

la 1ère puissance agricole mondiale mais aussi la 1ère pour les services,

la 1ère zone touristique (elle accueille 1 touriste sur 2).

Avec 7,8% de la population mondiale, elle concentre 30% de la richesse mondiale.

Dans les 6 mois qui viennent, toutes les instances de la communauté européenne vont être renouvelée (Parlement, Commission, Présidence du Conseil de l’Union, Présidence de la BCE).

Nous sommes donc à une période importante pour l’Europe qui s’est façonnée au fil de l’histoire et dont on peut mettre en lumière trois étapes, trois époques  de construction :

l’enfance de l’Europe : qui porte en elle une image un peu romantique, naïve mais qui symbolise l’espoir de paix (Kant)

l’adolescence de l’Europe (aux XIXè et XXè siècles) qui voit la montée des nationalismes et également une conception européenne portée par le nazisme

l’âge adulte de l’Europe, depuis la Libération qui construit une Europe économique, politique, culturelle.

Cette Europe politique s’inscrit dans une construction progressive reposant sur les notions :

d’État de droit

d’économie de marché…

• …à vocation sociale

de démocratie

Pourquoi faire l’Europe ?

Essentiellement pour la paix.

Et cet argument tient jusqu’au traité de Maastricht et la chute du mur de Berlin.

Face à la crise des années 1990, la paix n’est plus une justification. Apparaissent alors les premières réticences, voire résistances, longtemps masquées par un consensus permissif, mais renforcées par la crise de 2005, l’euro, les migrations.

2 grandes questions sont aujourd’hui en débat :

– L’Europe doit-elle avoir une fonction politique ou seulement une fonction économique ?

– Quelle doit être la place de l’union européenne face à la mondialisation et son flux de communication

Les réponses à ces questions entraînent quatre positionnements distincts que l’on peut représenter ainsi :

Pour une Europe politique

Contre une Europe politique

Contre la mondialisation

L’Europe forteresse (fédéralistes)

Repli sur l’Europe des Nations

Pour la mondialisation

Europe cosmopolite et transnationale (plus une vision intellectuelle que politique)

L’Europe du grand marché (Anglais)

L’enjeu des élections à venir est de voir quel est le modèle qui progresse, avec le risque d’une montée des partis populistes (des droites extrêmes), un affaiblissement des groupes majoritaires (le PPE à droite, les sociaux-démocrates à gauche). La question du poids du futur parlement se pose.

Quelques éléments du débat :

Le consensus permissif ?

De 1957 aux années 1980 la majorité de l’opinion publique est favorable à l’Europe même si c’est sous la forme d’un chèque en blanc aux élites qui soutiennent ce projet. L’Europe est encore mal connue et pèse peu sur le quotidien des européens.

Après les années 1980 : l’opinion devient critique alors que l’essentiel des lois nationales ont une origine européenne.

Construire un espace politique européen entraîne forcément des oppositions. L’absence d’une construction identitaire pose problème et interroge le développement de l’union européenne : doit-il passer par la monnaie ? Par la défense ?…

De fait un consensus de façade cache de véritables différences de points de vue qui finissent par éclater (Brexit)

L’Europe : un territoire ?

L’Europe, c’est moins une géographie physique qu’une géographie intellectuelle. L’Europe est davantage un espace, régulé et pacifié par des outils juridiques. Ce n’est pas un territoire avec un modèle vertical, mais plutôt des relations horizontales entre les différentes sociétés qui la composent.

L’identité européenne ?

Elle se construit dans le relationnel. Elle est donc dynamique et inscrite dans le temps. Dans la construction identitaire c’est la relation à l’autre qui permet de se construire soi (Ricoeur). Il est donc nécessaire pour se définir de chercher à l’extérieur, les choses qui viennent d’ailleurs.

L’identité renvoie aussi à la citoyenneté. Il s’agit de valeurs, de droits, de projets partagés. Or la citoyenneté européenne est au niveau zéro. Les droits européens sont ridicules. 5 % des européens vivent en dehors de leur État, mais seulement 50 % d’entre eux utilisent les droits européens.

La défense européenne ?

Un projet qui n’a pas marché ? Tant mieux… S’il s’agit d’un soft power, d’une zone d’influence qui se redéfinit en permanence alors oui l’Europe a un rôle à jouer. Mais construire une défense armée instaurée une fois pour toute, cela peut être dangereux. L’Europe n’a pas vocation à devenir une puissance sur le modèle de l’État.

La monnaie européenne ?

Les pères fondateurs de l’Europe avançaient avec une logique de petits pas. La création d’un espace économique unifié (mené par J. Delors) devant conduire à la monnaie unique. La Théorie de Robert Mundell impose que les économies soient homogènes au sein d’une même monnaie. Or en Europe du Nord il y a un fort investissement entrepreneurial lié à l’industrie alors que l’Europe du Sud connaît un déficit structurel avec un niveau de formation des salariés plus faible et une économie qui repose beaucoup sur le tourisme ou des services non exportables. Pour que la monnaie unique puisse être viable il faut une économie de transferts : des mécanismes de régulation et une démarche solidaire. Ce n’est pas le cas dans l’union européenne actuelle, sauf à la marge.

L’Europe à plusieurs vitesses ?

L’Europe se construit par strates. Il y a toujours eu plusieurs cercles avec des pays membres et des coopérations renforcées. L’Europe d’Erasmus (33 pays) n’est pas celle de la Recherche, de Schengen, de l’Euro (17 pays)…

L’Europe est un ensemble de politiques avec, à chaque fois, des tours de table différents qu’il s’agit de coordonner.

Espace politique européen ?

En fait il s’agit d’un espace démocratique transnational. Le cœur des politiques reste dans les États. On reproche souvent à la commission ce que l’on ne reprocherait pas à sa mairie, alors que le fonctionnement européen est très transparent et que c’est la Conseil de l’Union, c’est-à-dire la réunion des chefs d’État qui a de plus en plus le pouvoir. La difficulté est de trouver des compromis entre la Commission, le Parlement et le Conseil.

L’Europe politique repose sur une logique de compromis entre les groupes politiques au Parlement, entre les États au Conseil, entre la Commission, le Parlement et le Conseil. Ce système empêche la constitution d’un espace politique classique. Ainsi en 2000 tous les gouvernements des pays européens étaient à gauche comme le Parlement et la Commission, en 2010, ils étaient tous passés à droite. Or, les orientations politiques n’ont pas changé. Construire un espace politique européen suppose des lieux de débat, de critique dans les différentes sociétés européennes mais où les options politiques sont lisibles.

Quitter l’Europe ?

Avant le Brexit, beaucoup d’États se posaient la question et la tentation aurait été forte si cela avait positif. Mais les effets assez lourds du Brexit, même s’ils affectent peu l’économie, pour l’instant, et ont fait chuter la monnaie britannique de 15 %, refroidissent. Il faudra attendre le bilan, mais déjà l’impact politique en Angleterre est conséquent. Du coup, la plupart des partis populistes de droite ont renoncé à présenter la sortie de l’Europe comme une option (ex : le FN, le parti d’extrême droite suédois…). Il y peu de rêves de rupture aujourd’hui.

Plus d’Europe, mieux d’Europe ?

Il y a une demande de sens de la construction européenne. Il s’agit de retrouver un projet global. Il devrait être dans sa vocation sociale. Mais comment conserver une protection acquise il y a 70 ans et régulièrement remise en cause ? Il s’agit de faire que ces mécanismes sociaux ne se délitent pas alors que l’Europe a les plus fortes dépenses sociales du monde.

L’idée n’est pas de faire plus d’Europe à Strasbourg ou à Bruxelles, mais il faut surtout faire vivre l’Europe, l’idée européenne, parler de l’Europe dans les territoires nationaux. Pour se développer l’Europe doit occuper plus de place dans les médias, l’éducation, la réflexion quotidienne dans chaque pays membre de l’union.

Le point fort ?

C’est de ne pas raisonner à l’échelle d’une société mais d’un ensemble de 500 millions de citoyens qui pèse dans un monde globalisé.

Le point faible ?

Le risque de délitement des mécanismes sociaux.

 

Pour en savoir davantage sur Arnauld Leclerc et ses travaux : https://www.univ-nantes.fr/version-francaise/m-arnauld-leclerc-225989.kjsp

ainsi que sur la chaire de philosophie européenne de Nantes : https://alliance-europa.eu/fr/

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« En même temps», une tendance… dans l’air du temps

Il est peut-être le mot d’ordre d’une orientation politique dont il n’est pas toujours évident d’en voir la concrétisation dans les décisions présidentielles ou dans l’action gouvernementale. Mais le slogan « en même temps » est surtout un révélateur de la mentalité et des aspirations actuelles des Française.s.

En bons spécialistes de la communication, les conseillers d’Emmanuel Macron ne s’y sont pas trompés et ont bien ciblé leur public.

La nouvelle livraison de l’enquête « valeurs » qui vient de paraître confirme cet état d’esprit, au premier abord paradoxal, qui mêlent des revendications que l’on penserait plutôt contradictoires, parfois même antinomiques.

Que nous apprend la recherche sur les valeurs des Français.e.s ?

Depuis 1981 l’enquête de l’European Values Study met en évidence tous les 10 ans la mesure et l’évolution des valeurs et des croyances des Européen.ne.s. Si l’étude des résultats au niveau européen ne sera achevée qu’en 2020, l’ouvrage « La France des valeurs » présente les grandes tendances françaises.

Trois enseignements majeurs sont mis en évidence.

Tout d’abord, ce que les auteurs nomment « la progression du libéralisme des mœurs ». Pour eux, comme pour les autres, les Français.e.s entendent que chacun.e puisse vivre comme elle ou il l’entend, faire ses propres choix (sexualité, fin de vie…) et pour cela revendiquent davantage de liberté (« autonomisation, refus des contraintes, épanouissement personnel »). Ainsi en 40 ans la moyenne de l’indice de libéralisme des mœurs est passée de 4,3 à 6,4 (sur une échelle de 1 à 10).

On constate ainsi une montée significative des valeurs liées à l’individualisation.

Mais « en même temps », l’enquête met en évidence que les Français.e.s sont également plus sensibles aux autres. Ils « se disent de plus en plus concernés par les conditions de vie des personnes âgées, malades ou handicapées…mais aussi des chômeurs et des immigrés. » Ainsi, au lieu d’une disparition du lien social et d’un dissolution de la cohésion nationale, prédits par certain.e.s, on assiste à une forte progression, entre 2008 et 2018, de l’altruisme. Les jeunes étant ceux qui développent le plus cette valeur.

Epris.e.s de liberté individuelle, les Français.e.s se révèlent également partisan.ne.s de davantage de respect des règles collectives et réclament dans ce cadre plus d’autorité. Une tendance qui se traduit paradoxalement dans le domaine politique par une forte critique du fonctionnement actuel. Ainsi , « ils sont même très nombreux à penser que la France n’est pas gouvernée démocratiquement. » La moitié des personnes interrogées serait séduite par un gouvernement d’experts, un quart ferait confiance à un « leader fort ». Et « ne même temps », à près de 90 %, elles et ils reconnaissent l’importance « de vivre dans un pays gouverné démocratiquement.»

Comment expliquer ce « en même temps » ?

Les chercheurs tendent à mettre en évidence plusieurs éléments explicatifs. Ainsi l’élévation du niveau d’éducation permet « des formes de sophistication cognitive » qui intègrent « des valeurs à première vue opposées.»

Alors que « le développement économique, la sécularisation et le recul de l’influence des grandes institutions expliquent en partie la montée des valeurs liées à l’individualisation », les mutations de la société créent des incertitudes et des menaces qui paraissent justifier une demande de « plus de sécurité dans la sphère publique », devenue « la condition même de la liberté de choix au niveau individuel. »

Enfin, si « les différences de revenus, de diplôme, d’engagement dans la vie publique, d’intérêt pour la politique façonnent des préférences différentes en matière économique et sociale », dans nombre de domaines, « leur influence n’est pas plus forte aujourd’hui qu’il y a quarante ans. » C’est davantage les identités politiques au sens large (proximité ou non avec un parti, adhésion ou non à des idéologies partisanes…) qui semblent marquer les clivages « et organiser des appartenances multiples et parfois en tension. » Le mouvement des gilets jaunes a d’ailleurs été une parfaite illustration de ce « en même temps » des revendications contradictoires voire opposées, auxquelles le « en même temps » du Président a tenté de répondre…

La France des valeurs. Quarante ans d’évolutions, Pierre Bréchon, Frédéric Gonthier et Sandrine Astor, Presses universitaires de Grenoble, avril 2019

Article de présentation dans le Journal du CNRS : https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-france-de-2019-plus-critique-et-plus-altruiste

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Articuler le champ de la recherche et les pratiques de terrain en Éducation

L’actuel ministre de l’éducation nationale revendique le recours à la science pour comprendre et faire évoluer les enseignements scolaires. Il privilégie pour cela le recours aux neurosciences. Il s’appuie ainsi sur ce qui est traditionnel d’appeler « une science dure », par opposition aux sciences humaines ou « anthroposociales ». Cette distinction interroge en particulier les sciences de l’éducation qui appartiennent à cette seconde catégorie et qui souffrent d’une critique souvent assez sévère.

« Quoique souvent prises à partie par les uns ou prises à témoin par les autres, les sciences de l’éducation sont finalement assez mal connues. On leur prête beaucoup d’arrogance quand elles sont, en permanence, en interrogation sur leur identité et leurs méthodologies. On les imagine faisant la leçon alors qu’elles s’efforcent de problématiser la difficile articulation entre observations et prescriptions. On les croit limitées au domaine de l’École quand elles pénètrent tout autant le champ de la santé que celui de la formation professionnelle. » Ainsi est introduit l’ouvrage dirigé par Béatrice Mabilon-Bonfils et Christine Delory-Momberger intitulé  À quoi servent les sciences de l’éducation ? qui vient de paraître aux éditions ESF.

Paradoxalement, c’est essentiellement le rapport au « terrain » qui fait débat. Scientifiquement les sciences de l’éducation « sont remises en cause par les sciences de la nature pour leur manque de « netteté » épistémologique, leur incapacité à se donner un objet délimité et à produire des lois générales, en restant attachées à l’étude de singularités et de situations contextuelles. » On leur reprocherait ainsi leur analyses trop spécifiques des pratiques professionnelles. Mais justement dans ce domaine, les acteurs éducatifs regrettent qu’elles soient au contraire « trop « théoriques », « difficilement applicables », mettant en doute leur possible efficience. »

Dans le chapitre introductif de ce livre Brigitte Albero, professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Rennes, précise qu’il convient de bien délimiter les « différents périmètres analysés comme des champs (scientifique, académique, de recherche, de pratiques) qui se traduisent localement par des configurations variées selon l’histoire, les types de regroupements d’acteurs et les évolutions d’un espace social particulier, institutionnalisé en section ».

Elle identifie pour les sciences de l’éducation, « un accord implicite plus ou moins partagé sur une triple exigence de production de connaissances, d’utilité sociale et de conduite éthique, produisant une identité disciplinaire qui fait de cet espace social un microcosme générateur de collectifs de pensée et d’action concernés par leur participation à la vie démocratique de la société. »

Mais surtout, elle met en évidence les enjeux de la construction des sciences de l’éducation par « les positionnements des acteurs du domaine concernant la production scientifique et les pratiques d’éducation et formation, qui peuvent être considérés non pas comme opposés, mais plutôt inscrits dans un continuum. »

Au-delà de « la variété des définitions et des délimitations attribuées aux sciences de l’éducation (SE), ainsi que le rôle des multiples instances qui en animent les activités », il, s’agit de repérer et d’analyser les caractéristiques et les fonctions des zones d’intersection voire de médiation que créent les sciences de l’éducation entre les activités de recherches et la pratiques professionnelle sur le terrain éducatif et social.

Lien entre « pratiques » et « recherches » est également le sujet au cœur du 200e numéro, de la Revue française de pédagogie, qui « a souhaité renouer avec l’une des interrogations fondamentales qui la caractérisent depuis sa création en 1967 : celle des rapports entre recherche, politique, administration et pratique professionnelle en éducation. »

Si le résultat est loin des ambitions très larges posées par l’appel à contributions, il n’en est pas moins riche et intéressant, puisqu’il réussit « la particularité de ne pas regrouper uniquement des articles émanant de chercheurs, mais de croiser ceux-ci avec des contributions d’acteurs aux profils divers. »

Ainsi de la loi sur l’ « école inclusive » tchèque à l’accompagnement scolaire en Suisse dans le canton de Vaud, de la construction de séances didactiques au Mexique aux rôle et fonctionnement de différents « Conseils supérieurs » en France ou au Québec… « les analyses présentées permettent ainsi de couvrir une grande diversité de situations nationales et institutionnelles » autour de deux axes qui « structurent le numéro : l’étude de divers espaces, supports ou acteurs assurant une fonction de médiation entre les univers étudiés ; l’analyse de la place et des transformations de la recherche en contexte non strictement académique (situations d’expertise ou de formation par exemple)

Ces deux contributions enrichissent la réflexion actuelle sur les articulations entre recherche et pratiques en éducation. Xavier Pons, invité du grand entretien dans le numéro 3 de notre revue [R] (mai 2019), témoignera également de cette question et interrogeant la diversité de la recherche en éducation qui ne peut être limité au seul apport des neurosciences.

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Un regard syndical sur l’éducation permanente

Formidable levier possible d’épanouissement et de développement social et professionnel jamais réellement abouti, et/ou mécanisme au service des catégories les plus favorisées, inscrit dans des logiques concurrentielles et court-termistes ? L’éducation permanente est à la fois l’un et l’autre. Tels sont les résultats d’une recherche menée par Luc Bentz et Maxime Blanc au titre du Centre Henri Aigueperse-UNSA Éducation dans le cadre de l’agence d’objectifs de l’IRES.

De manière rétrospective, l’étude analyse l’évolution du modèle de formation des adultes en France entre 1959 et 2014 au prisme de la Fédération de l’Éducation nationale (FEN), puis, après 1992, de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA). En reprenant en détail la construction légale progressive qui a conduit à la loi de juillet 1971, le rapport met en évidence les approches syndicales très longtemps « scolaro-centrées » de la FEN, la prééminence que revêtaient pour elle les interactions avec les enjeux de formation initiale (notamment professionnelle), jusqu’au « choc » de l’accord national interprofessionnel du 9 juillet 1970. Il analyse ensuite la prise en compte du sujet dans le projet d’« École de l’éducation permanente » (1973-1981) et ses avatars successifs. Il montre également l’importance de la « formation des adultes » dans la construction de la dimension interprofessionnelle de l’UNSA. Enfin, la dernière partie du travail présente de manière thématique, à partir des caractéristiques et des enjeux repérés par les acteurs professionnels du champ de la formation, le basculement des logiques de formation qui s’opère, devenant progressivement une démarche de responsabilisation et d’individualisation de la formation dans une approche désormais pensée presque exclusivement dans une logique professionnelle.

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Mieux accompagner l’apprentissage des langues vivantes

1. Travailler sur l’oral de manière progressive, de la maternelle jusqu’au lycée

2. Guider les élèves vers l’autonomie, en s’appuyant notamment sur les outils numériques

3. Créer des ponts entre les différentes langues et cultures

4. Évaluation : reconnaître un « droit à l’erreur » et mieux cibler les compétences réelles des élèves

5. Proposer des cours de langues d’une durée plus courte mais plus régulièrement

6. Amplifier, sur le temps scolaire, l’exposition aux langues étrangères

7. Favoriser la mobilité internationale de tous les élèves et des enseignants

8. Redonner une place à l’enseignement explicite des langues

9. Construire un « programme lexical » national

10. Repenser le recrutement et la formation des enseignants en langues

Telles sont les 10 recommandations du jury de la conférence de consensus sur l’apprentissage des langues vivantes conduite par le CNESCO et l’Ifé les 13 et 14 mars dernier.

Le détails des mesures et du travail du jury est à retrouver ici : http://www.cnesco.fr/wp-content/uploads/2019/04/190411_RecommandationsLVE.pdf

Il s’appuie sur de nombreuses études qui amène à un constat riche.

Lire la suite de « Mieux accompagner l’apprentissage des langues vivantes »

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Jouer à l’école maternelle ? La parole aux enseignant.e.s pour dire leurs pratiques et leurs points de vue

Le jeu à l’école maternelle. Finalement qu’en sait-on ? Il apparaît et disparaît au gré des orientations ministérielles. Les programmes de 2015 ont font une spécificité de l’école maternelle. Mais quelles sont les pratiques des enseignant.e.s ? Quelle organisation et quel déroulement des jeux dans la classe ? Quelles différences d’objectifs et de pratiques entre jeu libre et jeu structuré ? Quelles conceptions des rapports entre jeu et apprentissages ?

Pour analyser les pratiques du jeu à l’école maternelle, le laboratoire EXPERICE de l’Université de Paris 13 propose une enquête en ligne.

Investi depuis longtemps dans des recherches sur le jeu et l’éducation des jeunes enfants (https:/experice.univ-paris13.fr), le laboratoire en sciences de l’éducation EXPERICE souhaite associer les enseignant.e.s à une enquête centrée sur cette question du jeu, dans le cadre d’une recherche intitulée :

JOUER à l’École MATERNELLE : 
PRATIQUES ET POINTS DE VUE DES ENSEIGNANT.E.S

Il vous suffira d’une vingtaine de minutes pour répondre aux questions et ajouter vos commentaires toujours très éclairants. Ce questionnaire en ligne est anonyme et ouvert jusqu’au 30 mai 2019. Ses résultats seront diffusés publiquement pour offrir à tous et toutes un état des pratiques et des points de vue des enseignant.e.s sur le/les jeu(x) à l’école maternelle.

Le Centre Henri Aigueperse- UNSA Éducation publiera les résultats de la recherche et invite les enseignant.e.s d’école maternelle à participer dès maintenant à cette enquête à l’adresse suivante :

  https://www.sphinxonline.net/EXPERICE93/Jeuetecolematernelle/questionnaire.htm

Selon la formule consacrée, enseignant.e.s de maternelle, on compte sur vous : laissez-vous prendre au jeu !

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Les trois « histoires culturelles » d’une exposition pharaonique

C’était il y a presque cent ans, début novembre 1922, le britannique Howard Carter devenait l’un des archéologues de l’Égypte ancienne les plus célèbres.

En obtenant de son mécène Lord Carnarvon un ultime financement pour les recherches qu’il a entamée depuis 7 ans, c’était la campagne de la dernière chance pour Carter. Et sa persévérance paie. Dans un des rares périmètre non fouillé de la vallée des rois, ses équipes mettent à jour une marche, puis un escalier et enfin une tombe. Il s’agit d’une nécropole royale. Son ouverture révélera qu’elle n’a pas été pillée et qu’elle renferme des centaines d’objets destinés à accompagner le voyage du pharaon défunt vers le monde de l’au-delà afin de rejoindre son dieu.

Cette découverte rend célèbre son inventeur, mais également, grâce à la multitude et la beauté des objets trouvés, un monarque jusqu’alors méconnu :Toutânkhamon.

C ‘était au XIVème siècle avant notre ère, les dix années de règne d’un jeune pharaon, prenaient fin alors que la mort l’atteignait dans sa dix-neuvième année. La brièveté de son règne, son effacement presque total après sa mort, ne font pas de Toutânkhamon, un des grands pharaons. Il doit donc sa gloire posthume au contenu intact de sa tombe, composé de conserves funéraires, des bouquets de fleurs, un trône doré, des grands lits en forme d’animaux, des chars démontés, des vases en albâtre, de masques, de bijoux en or, d’un très riche statuaire et des différentes pièce du sarcophage… Cet ensemble, s’il donne quelques indications sur la vie et l’action politique et religieuse de pharaon, explique davantage les croyances concernant la vie après la mort de ce dieu-roi et les rites accompagnant ses funérailles.

C’est aujourd’hui, à la grande halle de La Villette, une exposition exceptionnelle présentant 150 objets originaux. Une exposition qui invite le visiteur à se projeter en 1922 et à vivre ces deux histoires, celle de la découverte du tombeau par Howard Carter et, à travers elle, celle de Toutânkhamon. Une exposition en tournée mondiale avant d’intégrer le futur nouveau musée du Caire et dont une partie des bénéfices doit justement participer au financement de musée. Une exposition au tarif de 18 à 25 euros et qui attend plusieurs centaine de milliers de visiteurs.

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« Libres ensemble » : sociologie des militants de l’UNSA

Qui sont les adhérents et les militants de l’UNSA ? Qu’est-ce qui les fédère ? Quelles sont leurs valeurs ?

C’était il y a quatre ans, lors du dernier congrès de l’UNSA. Ces questions se posaient et le Centre Henri Aigueperse, dans le cadre de l’agence d’objectif de l’IRES, commanditait une étude à l’Orseu sur la sociologie de l’UNSA au prisme ou au miroir de ses militants. Visant à mieux comprendre l’organisation dans ses dimensions humaines, il s’agissait aussi d’interroger le défi de l’union dans le respect de l’autonomie.

A partir de l’exploitation d’un questionnaire et d’entretiens, « Libres ensemble » est le résultat de cette recherche. « Libres ensemble » parce que pour les auteurs de l’étude « le sens et la philosophie d’action de l’UNSA sont dans cette association complexe entre liberté et solidarité commune. »

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