La petite histoire des « grandes vacances »

Dans quelques jours commencent officiellement les « grandes vacances« . Elles sont avant tout celles des enfants, surtout des élèves du primaire, car nombre de collégien.ne.s et de lycéen.ne.s – examens obligent- sont déjà sans cours depuis une à deux semaines.

Des vacances pour les privilégiés

La mythologie scolaire veut que les congés d’été aient été façonnés de manière à permettre aux enfants de participer aux travaux des champs dans une France du XIXe siècle encore majoritairement rurale. Si l’on sait que certains parents ont rechigné face à une obligation scolaire qui les privait d’une main d’œuvre nécessaire, cela ne concernait pas que la période d’été, « les travaux des champs s’étalaient sur une longue période pouvant aller du printemps à l’automne » précise Claude Lelièvre. Dans son ouvrage « École d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire » paru en 2021, l’historien de l’Éducation démonte ce cliché en rappelant que c’est en premier lieu « par et pour l’enseignement secondaire n’accueillant alors que les enfants des strates sociales favorisées qui ne participaient d’aucune façon à ces travaux » que les vacances scolaires ont été structurées. Les vacances relèvent donc d’abord d’une exigence de privilégiés : les familles aristocrates et bourgeoises dont pratiquement seuls les enfants fréquentent alors les lycées et qui peuvent passer la fin de l’été et le début de l’automne dans leurs résidences de campagne (on dirait aujourd’hui « résidence secondaire »). Ainsi donc, « avant la IIIe République, elles commencent au 15 août et finissent au 1er octobre ». Elles vont ensuite être avancées et allongées. Elles débutent ainsi le 9 août en 1875, puis le 1er à partir de 1891, enfin en 1912 leur démarrage est fixé au 14 Juillet ; « mais elles durent toujours jusqu’au 1er octobre. On est donc passé de 1874 à 1912, d’un mois et demi de grandes vacances à deux mois et demi ».

Un alignement progressif du primaire

S’il est prévu une période de vacances de 6 semaines dans les textes (statut de 1834 confirmé par un arrêté du 4 janvier 1894), c’est pour récompenser l’investissement des enseignants qu’elles sont progressivement allongées à 8 semaines et se calquent peu à peu sur les dates des vacances du secondaire : elles vont du 1er aout au 30 septembre en 1922. Avec le Front populaire et l’institution des congés payés, pour correspondre aux nouvelles vacances des familles, « on institue donc des grandes vacances qui vont du 15 juillet au 30 septembre. « Il faut que les vacances des enfants et les congés des parents soient mis en harmonie« , déclare Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale. C’est aussi l’explosion des mouvements de jeunesse, des colonies de vacances. Les enseignants sont encouragés à y participer. A partir de 1938, les calendriers de vacances sont identiques pour le primaire et le secondaire, et vont tendre à une réduction pour se stabiliser aujourd’hui de nouveau à 8 semaines.

Le zonage des « petites vacances« 

Entre temps, « dès 1968, le zonage géographique des congés de la mi-février est mis en place : deux zones décalées d’une semaine, chaque congé n’ayant qu’une durée de neuf jours. On passe à trois zones en 1972 ». Cette organisation est essentiellement liée aux sports d’hiver et à la demande de l’industrie du tourisme, alors même que le ski ne concerne « en fait qu’environ 15 % des élèves, généralement issus des milieux sociaux les plus favorisés ». Pour autant, et malgré les tentatives de prise en compte des apports de la chronobiologie sur les rythmes des enfants et des jeunes, c’est le choix économique qui l’emporte, remettant en cause chaque année l’alternance « du 7 + 2 (sept semaines de classe suivies de deux semaines de vacances, un « rythme » recommandé par les chronobiologistes). Mais le principe a connu des hauts et des bas (moins de hauts que de bas, d’ailleurs) ».

Finalement, ni les besoins des familles les plus modestes, ni l’intérêt des enfants n’auront réellement primé jusqu’alors dans l’organisation des vacances scolaires, ce sont en fait « les milieux sociaux dominants qui ont un rôle historique dans la structuration des vacances » comme le rappelle Claude Lelièvre.

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LELIèVRE Claude, « 32. Les vacances scolaires », dans : , École d’aujourd’hui à la lumière de l’histoire. sous la direction de LELIèVRE Claude. Paris, Odile Jacob, « Hors collection », 2021, p. 182-187. URL : https://www-cairn-info.ezproxy.univ-paris13.fr/ecole-d-aujourd-hui-a-la-lumiere-de-l-histoire–9782738154866-page-182.htm


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