L’été c’est bien entendu la période des centres de vacances et des centres de loisirs pour les enfants, mais pour les jeunes qui cherchent à voyager, ce peut également être le temps d’un passage par les auberges de jeunesse.
Si l’histoire des auberges de jeunesse est mouvementée et sa structuration riche en vicissitudes et en concurrences, leur principe s’inspire de l’éducation populaire et vise depuis les années 1912 (pour la première, créée en Allemagne), mais surtout depuis 1930 en France et à l’internationale à accueillir, en toute neutralité politique, toute la jeunesse sans distinction, « afin de favoriser l’amitié et la paix, éloge du voyage et de la nature ».
Sur le site « l’Histoire par l’image »*, l’affiche qui illustre cet article et qui est conservée par le PAJEP (pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire) date de mars 1945. Elle est analysée par Lucette HELLER-GOLDENBERG, autrice d’une thèse sur les auberges de jeunesse (Lucette Heller-Goldenberg. Thèse d’État. Histoire des Auberges de Jeunesse en France des origines à la Libération (1929-1945). Université de Nice. 1985).
Si son article permet mettre en évidence l’esthétique réaliste alors très en vogue dans les pays communistes, il est surtout l’occasion de rappeler des éléments historiques concernant les auberges de jeunesses. Ainsi, est citée, la Ligue Française des Auberges de Jeunesse (LFAJ), comme premier organisme d’auberges de jeunesse en France, créé en 1929 sous l’égide du démocrate-chrétien Marc Sangnier. Puis de son « concurrent laïque : le Centre Laïc des Auberges de Jeunesse (CLAJ), qui voit son apogée en 1936, avec l’instauration les congés payés par le Front populaire. L’union des auberges durant la guerre ne sera que de courte durée et la création en 1944 de l’Union Française des Auberges de Jeunesse (UFAJ) et du MUAJ, qui regroupe tous les usagers des auberges, une nouvelle scission a lieu par le développement de l’Organisation Centrale des Camps et Auberges de la Jeunesse (OCCAJ) par des militants catholiques. Depuis, l’unité ne sera jamais réalisée et nombre d’auberges de jeunesse sont aujourd’hui indépendantes, n’adhérant à aucun mouvement.
Au-delà de ce rappel historique, l’article de Lucette Heller-Goldenberg donne également à voir la modernité du mouvement dynamisé par les auberges de jeunesse.
Au travers de l’image de l’affiche tout d’abord, se lit à la fois la promotion d’une jeunesse s’affranchissant de la morosité de l’usine grise pour profiter de la nature, du voyage, du plein air. Mais le fait que la jeune fille soit également en tenue de randonneuse, « à égalité » avec son camarade l’inscrit en rupture avec « la morale étriquée qui vouait la jeune fille à son destin d’épouse et de mère. Ces jeunes découvrent les loisirs, la nature, l’activité sportive, la franche camaraderie, la mixité. Dans leur marche vigoureuse, ils bousculent les mentalités, mais remarquons que la jeune fille, heureuse de s’émanciper, doit se déguiser en garçon pour accéder à l’égalité des sexes ».
L’autrice de l’article insiste sur l’apport des auberges de jeunesse « dans l’élaboration de la politique des loisirs et la naissance de l’éducation populaire ». A l’égale des colonies de vacances pour les plus jeunes, elles ont contribué à l’instauration « des activités de plein air, la pratique du sport, la découverte de la nature, de la mer, de la montagne et du ski ». Elles ont également été vectrices de mixité, d’égalité entre filles et garçons, d’accès à la culture pour tous, dans un esprit d’internationalisme, de laïcité et de « fraternité par-delà les idéologies nationales, confessionnelles ou politiques ». Nombre des membres actifs et des usagers réguliers des auberges de jeunesse que l’on nomme les ajistes ont participer « à dessiner le paysage de la France d’aujourd’hui », étant à l’origine de diverses structures « comme Peuple et Culture, les Maisons des Jeunes et de la Culture, Tourisme et Travail, Le TNP, Jeunesse et Montagne et même le Club Med et la FNAC… ».
Un rappel important alors qu’il y aura certainement une auberge de jeunesse sur la route des vacances de chacune et chacun…
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(*) Lucette HELLER-GOLDENBERG, « Les auberges de jeunesse », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 25/07/2023. URL : histoire-image.org/etudes/auberges-jeunesse
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