Le 9 juin est la journée internationale des archives. À cette occasion, nous revenons sur l’importance des archives et de leur conservation pour les syndicats membres de l’UNSA Éducation. Documents indispensables pour l’écriture de notre histoire syndicale, les archives participent aussi à notre patrimoine commun. Pour autant, dans des activités syndicales avant tout ancrées dans le quotidien du présent, ce domaine peut être négligé. C’est pourquoi il est impératif de disposer d’outils pour aider à la conservation des documents syndicaux et prendre conscience de leur importance capitale.
Le 9 juin est devenue journée internationale des archives depuis 2007 et chaque année cette journée est l’occasion d’un coup de projecteur sur l’importance de ces documents pour notre patrimoine commun. Elle commémore à cette date la création du Conseil international des archives en 1948, placée sous la houlette de l’UNESCO. Sans la conservation des archives, pas de mémoire et pas d’histoire. C’est pourquoi le Centre Henri Aigueperse et l’UNSA Éducation se préoccupent de cette question essentielle.
Conserver les archives : une mission syndicale
Notre organisation a confié une grande partie de ces fonds les plus anciens aux Archives du Monde du travail à Roubaix. On peut ainsi y consulter les archives de la FEN, fédération nationale de l’éducation et celles du SNI/SE-Unsa. Ces deux fonds représentent une quantité impressionnante de cartons et de mètres linéaires. On dispose pour faciliter les recherches d’un inventaire très complet :
Inventaire des archives du SNI, puis SNI-PEGC, puis SE-Unsa
Inventaire des archives de la FEN
Le dépôt des archives de la Fédération de l’Education nationale a été l’occasion d’un colloque et de la publication d’un ouvrage, la Fédération de l’éducation nationale (1928-1992) Histoire et archives en débat, publié aux éditions du Septentrion[1]. Plusieurs historiens et archivistes ont participé à cette publication : c’est le cas de Jean-François Chanet, historien de l’école, auteur d’un ouvrage qui a fait date L’École républicaine et les petites patries[2], et actuel président du Comité d’histoire de l’éducation nationale[3]. On peut y retrouver également Jacques Girault, spécialiste de l’histoire syndicale et des instituteurs[4] ou bien encore Laurent Frajerman[5] auteur d’une thèse sur la minorité de la FEN entre 1944 et 1959. Les archives du SNI quant à elles ont été utilisées pour rédiger le livre du centenaire du SNI, écrit par Nicolas Anoto avec la participation de Benoît Kermoal, Du SNI au SE-UNSA, 100 ans d’engagement pour l’École publique, Sudel, 2022[6].
D’autres fonds d’archives ont été déposés ensuite à plusieurs reprises dans des archives départementales, comme les archives de la section parisienne de la FEN accessibles aujourd’hui aux archives de Paris
Il est aujourd’hui nécessaire de concevoir un guide complet des archives syndicales du monde de l’éducation conservées dans des dépôts d’archives, publics ou privés. Un tel guide n’existe pas à proprement parlé, même si on dispose d’outils très utiles, comme cet ouvrage Archives et sources pour l’histoire de l’enseignement de Thérèse Charmasson[7]. Dans ce domaine, la fédération a déjà fourni un effort important, en particulier sous la houlette pendant plusieurs années de Guy Putfin, archiviste professionnel qui a beaucoup œuvré pour la conservation de nos archives. il faut saluer son action qui a impulsé de nombreuses initiatives.
On peut voir qu’on dispose de plusieurs outils pour mieux connaître l’histoire syndicale et la gestion des archives des syndicats. Toutefois, il est nécessaire de poursuivre sur cette voie. C’est pourquoi nous concevrons très prochainement un tel guide.
Des outils pour aider à ce travail d’histoire et de mémoire
L’intérêt des archives syndicales est d’offrir un regard complémentaire des archives publiques, nombreuses dans le domaine de l’éducation. Cela éclaire également l’engagement syndical et peut nourrir la reconstitution de parcours militants (par exemple dans le cadre de la rédaction de notices pour le Maitron) et compléter l’explication de certains événements. Ainsi, dans les archives conservées à Roubaix, on peut trouver le fonds du couple militant Jean et Josette Cornec qui des années 1920 aux années 1950 a marqué l’histoire du syndicalisme enseignant. Ce fonds d’une richesse inestimable permet de mieux connaître en particulier l’évolution du syndicalisme, d’une approche révolutionnaire à une pensée plus réformiste. On peut également trouver des dossiers très riches sur l’engagement résistant des instituteurs et des institutrices ou bien encore un fonds unique sur l’histoire de la Fédération générale de l’enseignement créée en 1928. Mais c’est aussi tout le fonctionnement de la « Maison éducation » qui apparait dans ces archives surtout pour la période des années 1950-1970 où le SNI et la FEN sont des partenaires indispensables, et parfois remuants, des pouvoirs publics. Pour certains dossiers, ces archives sont plus riches que les données en provenance des ministères, et c’est pourquoi cela en fait une source très utile aujourd’hui pour mieux connaître l’histoire de l’éducation.
Toutefois, il est à noter que de nombreux syndicats de la FEN ont conservé leurs archives jusqu’à nos jours et n’ont pas souvent fait d’inventaires des sources dont ils disposent. C’est également le cas depuis la création de l’UNSA Education et de l’UNSA. Dans d’autres cas, ce sont les dirigeants des structures qui ont conservé des fonds syndicaux. Dans de nombreuses sections, on trouve encore des archives très riches, souvent depuis les prémisses du syndicalisme enseignant au début du XXème siècle. Il est donc indispensable de procéder à deux opérations : d’une part la recension complète de ces fonds, et d’autre part l’élaboration d’un guide pour aider à la conservation des documents d’archives.
Ces deux étapes seront menées par le Centre Henri Aigueperse.
Des archives pour construire l’histoire de notre syndicalisme.
L’identification des fonds et leur conservation est une étape préalable essentielle pour la conservation de notre patrimoine archivistique commun et pour la production historique. On ne peut pas faire l’histoire de nos syndicats sans documents. Cela passe donc par le « goût de l’archive » pour reprendre les mots de l’historienne Arlette Farge, mais aussi par l’exploitation minutieuse et rigoureuse des sources à disposition. L’histoire du syndicalisme de l’éducation a encore beaucoup à nous apprendre sur de nombreuses périodes, des plus récentes aux plus anciennes. C’est une opération essentielle à laquelle le Centre Henri Aigueperse contribuera avec ses partenaires. La façon de faire de l’histoire a aussi beaucoup évolué, de l’histoire publique à l’importance des recherches généalogiques, de l’écriture usant de plus en plus des formes littéraires, des nouvelles productions, comme les podcasts, vidéos, ou mises en récit sous forme d’enquêtes. Il faudra donc développer l’ensemble des potentialités des nouvelles façons de faire de l’histoire et de l’écrire.
Pour tout cela, un préalable : la conservation des archives. On pourra donc s’inspirer des événements qui se développent dans toute la France depuis 2014 : l’appel à la collecte d’archives, comme pour la guerre de 1914, la période de l’Occupation et de la Résistance plus récemment, ou bien encore sur l’histoire de sports. Pourquoi pas ne pas lancer une collecte partout en France des archives syndicales de l’éducation ?
L’ensemble des thématiques esquissées dans cet article fait l’objet d’une recherche en cours du Centre Henri Aigueperse, dans le cadre de l’IRES : intitulée « Archives, mémoires, témoignages, transmissions : quelles pratiques de l’histoire dans l’engagement syndical ? » elle traitera l’ensemble des questions abordées ici et de nombreuses autres thématiques. Les archives sont essentielles pour écrire notre histoire et comprendre le présent. Comme l’a écrit Jaurès dans la Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur : « L’histoire ne fournit pas de similitudes complètes et elle ne dispense pas les vivants d’une perpétuelle invention dans le combat. Mais elle suggère d’intéressantes analyses, et surtout elle constate quelques résultats, elle met en évidence quelques grandes forces que le politicien à la journée pourrait méconnaitre ou sous-évaluer, dans la nuée de poussière que soulèvent les pieds des passants.[8] »
[1] https://www.septentrion.com/fr/livre/?GCOI=27574100979400
[2] Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, Aubier, 1996. Pour réaliser cet ouvrage, issu de sa thèse, l’auteur a pu bénéficier de l’aide du SNI de l’époque pour lui faciliter l’accès à des témoignages d’anciens instituteurs.
[3] Voir https://www.education.gouv.fr/bo/2024/Hebdo17/MENA2410683A
[4] Voir par exemple un ouvrage qui synthétise une grande partie de ses recherches, Pour une école laïque du peuple ! Instituteurs militants de l’entre-deux-guerres en France, Publisud, 2009. Voir ce compte rendu https://lms.hypotheses.org/10541
[5] Laurent Frajerman, Les frères ennemis. Le FEN et son courant unitaire sous la 4e République, Syllepse, 2014, https://www.syllepse.net/les-freres-ennemis-_r_61_i_596.html
[6] Voir cette présentation https://sections.se-unsa.org/45/spip.php?article1740
[7] Paru aux éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques en 2005, ce guide s’intéresse avant tout aux archives publiques, sans explorer les archives syndicales et leur importance pour connaître le monde de l’éducation et ses personnels.
[8] Jaurès, Revue de l’enseignement primaire et primaire supérieur, 1914.
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