Le Front républicain : se défendre contre l’accession de l’extrême droite au pouvoir

Au soir du premier tour des élections législatives du 30 juin, l’expression de « Front républicain » a refait surface. À gauche, l’idée est mise en avant pour éviter à tout prix l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir avec une majorité absolue à l’Assemblée. Pour les autres bords politiques, le Front républicain est diversement apprécié : plusieurs ténors de l’ex-majorité présidentielle ont fait appel à ce réflexe démocratique, alors que d’autres ont affirmé que cela ne fonctionnait plus. Cet abandon est encore davantage présent si on regarde du côté de la droite politique. Mais qu’est-ce que réellement le Front républicain ? Comment l’Histoire peut expliquer l’origine de ce concept ? Demeure-t-il le meilleur rempart à l’extrême droite ? Le Centre Henri Aigueperse revient dans cet article sur le sujet.

               La défense républicaine

Avant d’aborder la question du front républicain, il est nécessaire, en s’appuyant sur les travaux de spécialistes de l’histoire de la République, comme Maurice Agulhon[1] ou Christophe Prochasson et Vincent Duclert[2], de rappeler que l’histoire de la République et celle de la gauche sont allées de pair depuis le XIXème siècle : être républicain, cela équivaut pendant des dizaines d’années à être de gauche. Progressivement, la culture républicaine a pu s’étendre dans l’ensemble de la société française, et s’intégrer à davantage de forces politiques y compris à droite. La gauche, quant à elle, désigne une famille politique souvent divisée, encore plus si on prend en compte la dimension historique. Il n’en demeure pas moins qu’elle se revendique dans son ensemble clairement en faveur de la République, en lien avec l’héritage des Lumières et de la Révolution française[3]. Cela explique que des alliances de la gauche pour défendre les institutions républicaines ont existé régulièrement : à la fin du XIXème pour contester une offensive des royalistes, au début du XXème contre le nationalisme et la volonté d’un régime autoritaire, du temps du Cartel des gauches (1924-1926) ou du Front populaire (1936-1938). Ces alliances insistent sur la « défense républicaine » et ont montré la faculté de s’unir pour défendre au mieux les institutions démocratiques. L’imaginaire de l’unité à gauche, allié à la défense des libertés démocratiques, a fait de cette expression une action mobilisatrice, mais aux résultats contrastés.

               Après la Seconde Guerre mondiale, au moment où les institutions de la IVème République sont mises en danger par le poujadisme et l’extrême droite, une coalition autour du radical Pierre Mendès France et du socialiste Guy Mollet se met en place que l’on nomme « Front républicain », là encore axée sur la défense des institutions. Arrivée au pouvoir, cette coalition de gauche et du centre n’arrive cependant pas à consolider les institutions démocratiques tant les imperfections de la constitution de 1946 sont alors criantes. Toutes ces expériences expliquent que l’expression est ensuite utilisée, en particulier à partir des années 1990 comme le moyen le plus efficace de lutter contre l’extrême droite.

               Quel périmètre pour le front républicain contre l’extrême droite ?

L’expression « Front républicain » désigne aujourd’hui la tendance de toutes les forces démocratiques à défendre la République face à un danger réel, et donc à s’unir face à un candidat d’extrême droite qui serait en position de l’emporter. La règle est simple : il s’agit de confier la République uniquement à des républicains qui respectent les libertés publiques.  Cela concerne aussi bien les élections présidentielles que les élections législatives, et tout autre suffrage. Si une telle attitude de défense républicaine est fréquente depuis les années 1990, on doit pourtant constater que plusieurs courants y sont moins sensibles aujourd’hui. Cela s’explique en partie par l’opération de « dédiabolisation » du Front national puis du Rassemblement national qui en vient à contester l’idée même de l’appellation d’« extrême droite »[4]. Mais il est également évident que les confusions, de plus en plus nombreuses, dans la sphère publique, tout comme les pertes de repères et les difficultés à créer du commun, ont fragilisé l’usage du terme et l’ont dévitalisé de sa substance mobilisatrice en faveur des libertés républicaines.

Beaucoup, aidés en cela par des médias orientés à l’extrême droite, s’interrogent à ce propos : est-ce que le RN, ses alliés ou bien et le parti de Zemmour ne sont pas des forces républicaines et des partis légaux ? Répondre par l’affirmative reviendrait à démolir le barrage contre l’extrême droite qu’un tel front implique. Pourtant, il ne s’agit pas de proposer l’interdiction de ces partis, mais face à eux, il faut dire haut et fort que leur accession à responsabilité serait d’une extrême dangerosité. Il importe de bien sérier les combats et d’agir en fonction des dangers immédiats. C’est le but de la défense républicaine ou du Front républicain. Cela ne s’oppose pas à des débats démocratiques et contradictoires. Cela n’exclut pas non plus d’avoir un regard critique sur les autres forces politiques, de droite ou de gauche, et de contester les attitudes et les idées d’une partie de ces courants. Mais face à un candidat de l’extrême droite, on vote tout simplement pour l’autre ! Cette leçon d’hier doit nous aider à agir pour demain.


[1] Maurice Agulhon, Histoire et Politique à gauche, Paris, Perrin, 2005.

[2] Vincent Duclert et Christophe Prochasson, Dictionnaire critique de la République, Paris, Flammarion, 2002.

[3] Voir la meilleure synthèse à ce sujet, Gilles Candar, Pourquoi la gauche ? De la commune à nos jours, Paris, PUF, 2022.

[4] Voir à ce sujet, Safia Dahani, Estelle Delaine, Félicien Faury, Guillaume Letourneur (dir.), Sociologie politique du Rassemblement national. Enquêtes de terrain, Presses universitaires du Septentrion, 2023


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