Il y a 50 ans : la bataille pour l’IVG en France

Le droit des femmes connaît à la fin de l’année1974 une grande avancée : Simone Veil porte au Parlement deux lois qui vont changer la vie des femmes. Le 4 décembre est adoptée la loi sur la contraception qui reconnaît un droit individuel à toutes les femmes, sans limite d’âge ni autorisation parentale pour les mineures. La pilule est remboursée par la Sécurité sociale, ce qui démocratise la légalisation permise depuis la loi Neuwirth de 1967. Parallèlement, un autre projet est discuté à partir de novembre : celui visant à l’autorisation de l’avortement. Les débats sont vifs, que ce soit dans les tribunes parlementaires ou au sein de la société. Les syndicats de l’éducation, regroupés alors au sein de la FEN (Fédération de l’Éducation nationale) sont d’actifs partisans du projet de loi.

La bataille pour le droit des femmes

Le syndicalisme de l’éducation a toujours été concerné par le combat féministe depuis sa naissance. Pour autant, de telles revendications n’étaient pas jugées prioritaires jusqu’aux années 1960. Mais l’influence du livre de Simone de Beauvoir Le Deuxième Sexe (paru en 1949) a profondément marqué des générations d’enseignants et d’enseignantes qui se retrouvent dans de nouvelles revendications : une campagne nationale est lancée conjointement avec la MGEN et le Planning familial pour développement l’éducation sexuelle et la contraception dès 1968. Les congrès syndicaux sont l’occasion de forger de nouveaux mandats revendicatifs comme l’égalité professionnelle, davantage de droits pour les femmes et « le principe de la maternité consciente » ce qui implique la fin de la loi de 1920 qui interdisait l’avortement. Le congrès de novembre 1973 aboutit à une revendication plus précise encore : la FEN souhaite « obtenir la libéralisation médicalement contrôlée et gratuitement assurée de l’avortement » et précise que « la décision de la femme doit être libre ».

Des revendications féministes ?

Les revendications pour la défense des droits des femmes sont nombreuses au sein de la FEN et de ses syndicats : la première chose qui apparaît dans la presse syndicale concerne les autorités religieuses. Dans un esprit de combat laïque, les militantes et militants de la FEN contestent les interventions de l’Eglise catholique au sujet du projet de loi. On critique la volonté d’ingérence et la pression faite sur le législateur « sous le régime de séparation de l’Eglise et de l’Etat » (L’Enseignement public, 6 décembre 1974). Bien que la fédération ait adopté très tôt une prise de position en faveur de l’avortement, cela ne s’accompagne pas forcément toutefois de revendications féministes. On perçoit en effet à nouveau dans la presse de la FEN une forme de réticence à affirmer la lutte des femmes pour l’égalité. Cela tient sans aucun doute au fonctionnement de la fédération, où les hommes sont majoritaires, même si on peut voir également que la place des femmes est de plus en plus importante dans la structure. Les débats internes aboutisseent cependant à une déclaration le 17 décembre 1974 sur les revendications concernant les femmes : dans le cadre de l’ « année internationale de la femme » décidée en 1975, la FEN adopte une ligne syndicale clarifiée. La lutte pour l’égalité des droits doit être menée par toutes et tous, il faut combattre la dépendance des femmes dans tous les domaines de l’activité, que ce soit professionnelle ou dans le quotidien. Il est donc indispensable que l’objectif éducatif place l’égalité entre les femmes et les hommes comme finalité. Cela nécessite une vraie éducation à la sexualité qui est revendiquée comme partie intégrante de l’émancipation féminine. En outre, Il faut accompagner les femmes dans la parentalité, et chose essentielle : il faut combattre les préjugés et les stéréotypes contre les femmes et donc lutter activement contre ce que l’on appelle aujourd’hui le sexisme (L’Enseignement public, 11 janvier 1975). Le droit des femmes à disposer librement de leur corps est reconnu.

C’est pourquoi les syndicalistes se mobilisent lors des discussions parlementaires : Simone Veil, ministre de la Santé, bénéficie du soutien d’une partie de la droite majoritaire, mais surtout de l’opposition de gauche qui permet le vote positif le 29 novembre 1974. La ministre Veil, insultée par les députés les plus réactionnaires, termine son discours de présentation du projet par ces mots : « L’histoire nous montre que les grands débats qui ont divisé un moment les Français apparaissent avec le recul du temps comme une étape nécessaire à la formation d’un nouveau consensus social, qui s’inscrit dans la tradition de tolérance et de mesure de notre pays. Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir. »

 50 ans plus tard, l’avortement est toujours contesté en France et dans le monde, mais il fait partie des droits fondamentaux. Le combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes doit se poursuivre et beaucoup de nouvelles batailles sont aujourd’hui à mener.

NB : la photographie d’illustration concerne une manifestation féministe de 1971 et provient du livre de la FEN, le féminisme et ses enjeux, SUDEL, 1986


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