La disparition de Joseph Rollo il y a 80 ans

 Joseph Rollo, dirigeant clandestin du SNI et résistant, meurt en déportation en avril 1945. 80 ans plus tard, il est utile sur revenir sur l’histoire de cette figure militante. En effet, pendant plusieurs années perdure une confusion sur les circonstances de sa disparition et sur la date exacte de sa mort. Il a fallu une longue enquête pour déterminer les derniers jours de son existence.

Pourtant, dès le 21 novembre 1946, une première cérémonie en souvenir des enseignants et des élèves morts à cause de l’occupation nazie avait eu lieu. Dans la crypte de la Sorbonne, 12 emplacements pour les dépouilles de résistants avaient été préparés, mais deux caveaux étaient restés vides, celui de Joseph Rollo et celui de Georges Lapierre, tous les deux décédés des suites de leur engagement dans la clandestinité au sein du Syndicat national des instituteurs, le ” S.N.” dont ils ont été les secrétaires généraux clandestins durant la Seconde Guerre mondiale. Les restes du corps de Rollo sont retrouvés après une longue enquête grâce à la détermination sans faille de son épouse Renée. Le 18 décembre 1960, une première cérémonie est réservée aux syndicalistes et aux socialistes amis du défunt. Son cercueil est drapé d’un drap rouge. Instituteur syndicaliste et pacifiste avant 1914, il participe à la Première Guerre mondiale, adhère ensuite à la IIIe Internationale, tout en devenant un syndicaliste enseignant de premier plan. Il quitte rapidement le Parti communiste, retourne au Parti socialiste SFIO, où il devient un des chefs de file de la fédération du Morbihan, tout en étant un des principaux défenseurs de la laïcité dans les rangs de ce parti. Parallèlement, il devient un des leaders nationaux du S.N. Dans les deux organisations, il s’intéresse en particulier à la laïcité et au pacifisme. Au sein du SNI, il est secrétaire national en charge de la défense et de l’éducation laïque. Comme beaucoup d’autres, son idéal de paix évolue dans l’entre-deux-guerres, tant le contexte international oblige à réexaminer sans cesse les conséquences du pacifisme. Il participe rapidement à des actions clandestines après 1940, et devient un des responsables clandestins du SNI qui se reconstitue alors. Parallèlement, il participe activement à l’action clandestine du parti socialiste et devient un des leaders du mouvement de résistance Libération Nord.

Le dossier professionnel de l’Inspection académique du Morbihan le concernant contient plusieurs documents sur sa carrière et sur cette période de l’occupation. Lorsqu’il est arrêté en mars 1944, sa femme Renée, elle-même militante socialiste et syndicaliste, fait toutes les démarches pour essayer de retrouver sa trace, pour comprendre ce qu’on lui reproche et pour obtenir sa libération. Elle contacte aussi d’anciens militants socialistes devenus collaborateurs de haut rang, comme Georges Albertini qui lui répond qu’il essaye de retrouver sa trace. Malgré toutes ses démarches, son mari est déporté, puis il disparaît en avril 1945 le 13 ou le 14 lors de l’évacuation du camp où il est détenu. L’annonce de sa disparition n’arrive que plus tard, le contexte de fin de guerre sur le territoire européen expliquant bien des attentes et des confusions.  On devine dans les documents d’archives que la recherche de sa dépouille a été longue et douloureuse pour sa famille. Au début de l’année 1960, on découvre un corps qui pourrait correspondre : l’identification demande du temps et c’est sa fille qui effectue les démarches permettant d’avoir un avis définitif.

Après une si longue attente, au matin du 18 décembre, après la première cérémonie rue de Solférino, là où se situaient alors les sièges des fédérations syndicales des fonctionnaires ( CGT, FO et FEN), un cortège officiel accompagne la dépouille de Joseph Rollo à la crypte de la Sorbonne.  Le drap rouge a été remplacé par un drapeau tricolore, le militant devenu figure nationale. Chaque personne présente jette une fleur rouge devant le cercueil.

Prochainement, une note de la fondation Jean Jaurès sera publiée sur cette figure importante du syndicalisme de l’éducation et du parti socialiste à l’aide de nombreux documents d’archives qui permettent de mieux comprendre les circonstances de sa mort.

Dans l’attente, quelques articles complémentaires :

La parcours du compagnon de Rollo, Georges Lapierre, également mort en déportation https://centrehenriaigueperse.com/2024/04/07/la-fabrique-dun-heros-georges-lapierre-syndicaliste-et-resistant/

1945, certains ne reviendront pas https://centrehenriaigueperse.com/2025/01/31/1945-certains-ne-reviendront-pas/


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