Le 25 juin 2025 a eu lieu la remise officielle du prix Maitron à la lauréate Shérazade Prabel pour son mémoire intitulé « Un jour je raconterai ». Rescapées juives d’Auschwitz, auteures de témoignages précoces, et leurs récits (1945-1996) sous la direction de Laura Hobson Faure. Ce prix est décerné chaque année par un jury composé à parité d’universitaires et de syndicalistes. D’un montant de 1500 euros, il est financé par l’UNSA Éducation. Au moment du lancement de la nouvelle édition pour l’année 2025, nous avons interrogé Shérazade Prabel sur sa recherche et voici ses réponses :
Pourriez-vous nous résumer en quelques phrases votre recherche ?
J’ai travaillé sur les sur les témoignages précoces (avant les années 1960) sur Auschwitz écrits par les femmes juives déportées depuis la France. Il s’agissait d’étudier le profil sociologique, les motivations de ces femmes, mais aussi de décrire le processus d’écriture et éventuellement de publication et de diffusion, souvent collectif de ces récits. Enfin, j’ai travaillé sur ce que ces femmes décident d’écrire, notamment en comparant ces témoignages précoces avec des témoignages plus tardifs écrits par les mêmes femmes. Cela permet de voir de nouveaux thèmes apparaître par exemple les violences sexuelles, le négationnisme, ou au contraire disparaître, comme le désir de vengeance.
Quellles sont les principales caractéristiques des femmes qui ont témoigné de leur « expérience concentrationnaire » pour reprendre l’expression de Mickael Pollak ?
Certaines constantes existent comme l’âge puisqu’il s’agit d’une condition nécessaire pour passer la première sélection et rentrer dans le camp. Pour le reste, les femmes étudiées ont des profils très variés. Malgré tout, elles sont un peu plus instruites que la moyenne. C’est surtout le cas de celles qui parviennent à publier : il faut bien noter que la maîtrise des compétences de composition d’un récit est une aide pour la publication mais n’est pas nécessaire à l’écriture. Ces femmes sont aussi souvent engagées : dans des organisations politiques avant et après la guerre et dans la Résistance principalement pour celles qui ont été déportées à l’âge adulte. Une partie de ces témoins engagées avant-guerre étaient immigrées d’Europe de l’Est, communistes et appartenaient à la section yiddishophone de la MOI. D’autres s’engagent plutôt après la guerre pour la mémoire de la déportation au sein d’amicales de rescapés et/ou par le témoignage.
Quel est votre parcours et comment en êtes-vous arrivée à traiter ce sujet ?
Je suis intéressée depuis très longtemps par l’histoire contemporaine et par l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dans sa globalité. Ma grand-mère est née en 1931, elle évoquait souvent la vie quotidienne pendant la guerre. L’intérêt pour la thématique de la Shoah et l’agentivité des victimes est venu bien plus tard, en préparant le CNRD [ concours national de la Résistance et de la Déportation] à plusieurs reprises. Après mes années de CPGE B/L au lycée du Parc à Lyon, j’ai donc intégré le master d’histoire sociale de Paris 1 avec l’idée de travailler sur la Shoah, de faire de l’histoire par le bas et de travailler sur l’expérience des femmes. C’est Laura Hobson-Faure, ma directrice de recherche, qui m’a guidée vers la question du témoignage publié et non-publié, de son élaboration à sa diffusion et réception.
Enfin quels sont vos projets de recherche ?
Pour l’instant j’ai commencé à enseigner l’histoire-géographie au lycée, et cela me plaît beaucoup ! J’envisage de poursuivre mes recherches sur le thème du témoignage des femmes juives en thèse, mais peut-être d’ici quelques années. L’objectif serait notamment de travailler sur de nouvelles sources, notamment les témoignages diffusés dans la presse et les témoignages non publiés écrits en yiddish.
Toutes nos félicitation à la lauréate 2024 pour ce beau travail de recherche. Pour en savoir davantage : https://centrehenriaigueperse.com/2024/11/29/prix-maitron-2024-un-jour-je-raconterai-par-sherazade-prabel/
Et maintenant : Le Prix Maitron 2025

La nouvelle édition du Prix Maitron pour l’année 2025 est lancée : présidé par l’historien Antoine Prost, le prix est décerné chaque année, à la mi-novembre, après délibération du jury composé à parité d’universitaires et de syndicalistes.
Il récompense le mémoire de master d’une étudiante ou d’un étudiant en sciences humaines et sociales dont les travaux prolongent l’œuvre de Jean Maitron : mouvement social, mouvement ouvrier, syndicalisme, etc., du XIXe au XXe siècles, histoire sociale du politique, histoire sociale des sociétés urbaines, histoire sociale du genre, du travai, etc.
Les mémoires sont à adresser en un seul document numérique (pdf) avant le 28 septembre (minuit) à Camille Bourdiel : camille.bourdiel@univ-paris1.fr
En savoir plus sur Centre de Recherche de Formation et d'Histoire sociale - Centre Henri Aigueperse - Unsa Education
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