« Vouloir le meilleur pour ses enfants » , cette quête approfondie pour bon nombre de parents se révèle être à multiples facettes. En effet pour Louise Tourret, l’éducation était un bien commun; mais aujourd’hui s’y niche un marché, l’éducation étant devenue un terrain d’investissement qui place les parents comme des clients.
Dans cet ouvrage[1], la journaliste et productrice de l’émission Être et savoir sur France culture, analyse avec une fine critique l’environnement de nos enfants, de la crèche à l’université, pour débusquer derrière les dispositifs les logiques marchandes et leurs intérêts.
Démarrant à l’âge des tout-petits, sur la question de « la privatisation de la petite enfance : une crise organisée », Louise Touret fait référence à diverses enquêtes pour affirmer que « notre perception de l’éducation est associée à celle d’une menace : il existe en France des endroits financés par l’État dont le but est de faire de l’argent sur le dos des bébés. » . Elle dénonce aussi le silence complice autour de cette privatisation : « Lorsque je dis « notre » (perception), j’inclus également les responsables politiques dont les réactions restent trop timides et trop rares ; les journalistes, qui, après la publication de livres chocs, cessent d’interroger leurs invités sur le sujet ; les élus locaux prompts à éluder la question pour éviter d’engager des dépenses. »
Poursuivant avec la scolarisation en primaire et en secondaire, Louise Touret angle son propos autour de la question des écoles privées et de l’opacité les entourant. Elle évoque alors autant les combats pour obtenir de l’Éducation nationale les IPS, indices de positions sociales, que l’étude de Pierre Merle et Stéphane Bonnery montrant que via l’ignorance des chiffres, l’État a favorisé le privé et la ségrégation scolaire.[2]
Son constat concernant le passage dans l’enseignement supérieur est sans appel. En effet, l’historique de l’évolution de l’Université se conclut ainsi : « c’est bien le désengagement de l’Etat et la segmentation des parcours scolaires qui explique [la] tendance [au démantèlement du service]. Il faudrait toutes et tous, constamment réaffirmer le principe universel, gratuit et émancipateur de l’enseignement supérieur. En fin de compte, repenser l’Université comme un commun. Gratuit, exigeant et accessible. Sans devoir choisir entre excellence et justice sociale. ».
En complément de cette analyse du parcours de l’enfant, l’auteure décrit aussi le système de Parcoursup qui, malgré ses améliorations, place les candidats non plus comme étant de comme simples étudiants mais comme des consommateurs « qui doivent faire des choix rationnels, optimiser leurs options et gérer leurs investissements en termes de temps et d’efforts ». Sa critique de la réforme de l’apprentissage avec des CFA (centres de formation des apprentis) sans infrastructures adéquates et de façon générale, « un dispositif qui aura surtout profité au secteur privé », interroge le lobbying exercé sur les responsables politiques à l’origine de la loi « avenir » de 2018 ayant transformé le paysage de la formation et de l’apprentissage en France.
A travers son analyse, Louise Touret démontre que toutes ces mécaniques, depuis la petite enfance jusqu’à l’université, produisent une véritable anxiété parentale, « reflet d’un système social et économique, d’une morale individualiste typique de l’ère néolibérale[…] un marché [qui] reflète, les mutations d’un capitalisme qui encourage chacun à se vivre comme un consommateur, mais surtout comme un acteur qui devrait faire ses choix selon son seul intérêt ». Même les réseaux sociaux sont partie prenante de cette anxiété parentale, en mettant en avant du contenu pour faciliter les apprentissages, ils sont devenus « De véritables niches de communauté qui intéressent les marques touchant une audience réduite mais concernée. » . Le décryptage avisé de Louise Touret avertit le lecteur sur le dédale volontairement entretenu dans ce marché « qui a tout intérêt à maintenir cette vague d’inquiétude qui tourne autour du travail scolaire ».
L’ouvrage conclut par une ouverture sur des alternatives trouvant leur inspiration dans l’éducation populaire où une autre manière d’apprendre et de se construire peut exister ; le droit au savoir pour tous, non pas pour réussir seul, mais pour comprendre le monde et se sentir légitime à agir dans la société. Autrement dit à l’excellence individuelle choisir le progrès commun.
L’écrit qui s’apparente à un guide pour parent de recherche de décryptages de dispositifs éducatifs s’adresse donc à chacun. C’est un appel à défendre l’Éducation comme un bien commun, à y trouver son positionnement pour être acteur d’une société qui peut encore se transformer dans l’intérêt de tous.
[1]TOURRET, L (2025) Le meilleur pour nos enfants ? Editions de l’atelier
[2]Pour le lecteur qui souhaite approfondir sa connaissance des travaux de Youssef Souidi cités brièvement dans l’ouvrage, la synthèse de ses travaux ou l’écoute du Podcast pourront être un complément éclairant.
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