Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, rappelle que l’égalité n’est ni acquise ni automatique. En 2025, à cinq ans de l’échéance des Objectifs de développement durable1, le dernier rapport d’ONU Femmes dresse un constat contrasté. Certes des avancées réelles, mais encore fragiles sont notées mais un choix décisif doit être fait dès maintenant : les inégalités entre les sexesfreinent la croissance, entretiennent la pauvreté et affaiblissent les sociétés. Il est temps d’investir pour l’égalité !
La maltraitance : un fléau endémique malgré quelques avancées
Dans le monde, près d’une jeune fille sur cinq est mariée avant l’âge de 18 ans, compromettant sa santé, son éducation et son autonomie économique. Chaque année, environ 4 millions de filles sont exposées aux mutilations génitales féminines (MGF), souvent avant l’âge de 5 ans ; au rythme actuel, les progrès devraient être 27 fois plus rapides pour éliminer cette pratique d’ici 2030.
La violence demeure également un fléau mondial : une femme sur trois subit des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie, le plus souvent de la part d’un partenaire intime. En 2025, 1 femme sur 8 âgée de 15 à 49 ans a déclaré avoir subi des violences de la part d’un partenaire au cours des 12 derniers mois. La dignité, l’intégrité physique et la liberté de disposer de leurs corps ne sont toujours pas acquises pour beaucoup d’entre elles.
Des avancées existent néanmoins. Près de 100 pays ont réformé ou abrogé des lois discriminatoires ces dernières décennies, qu’il s’agisse d’interdire le mariage des enfants ou d’adopter des législations sur le viol fondées sur le consentement. Les données montrent que lorsque des lois protectrices s’accompagnent de services accessibles et de systèmes judiciaires efficaces, les taux de violence sont jusqu’à 2,5 fois plus faibles. Ces résultats confirment qu’une action politique volontariste, adossée à des moyens concrets, produit des effets mesurables et durables.
La pauvreté a le visage d’une femme
Selon les Nations unies, les femmes sont plus exposées à l’insécurité alimentaire : elles représentent environ 60 % des personnes souffrant de faim chronique. Près de 10% d’entre elles vivent d’ailleurs dans l’extrême pauvreté. Elles passent aussi, en moyenne, plus d’années en mauvaise santé en raison d’inégalités d’accès aux soins et aux ressources. Les femmes sont également les premières à subir les conséquences du changement climatique. Les inondations, sécheresses et canicules mortelles qui s’aggravent pourraient en précipiter 158 millions de plus dans la pauvreté d’ici 2050, dont près de la moitié en Afrique subsaharienne. Pourtant, elles restent largement exclues des négociations de paix et des instances de décision climatique : en 2023, les femmes représentaient moins d’un tiers des délégués aux conférences internationales sur le climat.
Ces inégalités au détriment des femmes se répercutent sur l’ensemble des sociétés. Ainsi, par exemple, la malnutrition maternelle accroît les risques de mortalité infantile et compromet le développement des enfants. La faim, la mauvaise santé et l’absence de services de garde empêchent des millions de femmes d’accéder à l’éducation et à l’emploi. Pourtant, « quand les femmes ont accès à une alimentation et à des soins de santé adaptés à leurs besoins, les familles s’épanouissent et le cycle de la pauvreté prend fin » nous rappellent les Nations unies.
L’argument économique est sans équivoque. Investir en faveur de l’égalité des sexes constitue l’une des stratégies de croissance les plus efficaces : si des politiques ambitieuses étaient mises en œuvre dès maintenant, l’extrême pauvreté des femmes pourrait être réduite de plus des deux tiers d’ici 2050, générant jusqu’à 342 000 milliards de dollars supplémentaires pour l’économie mondiale. Cela suppose de lever les discriminations persistantes, notamment en matière d’accès à la propriété foncière, moins de 15 % des propriétaires terriens dans le monde sont des femmes, de faciliter l’accès au financement et aux emplois décents. L’égalité n’est pas seulement un impératif moral : c’est un levier central de justice sociale, de résilience climatique et de croissance durable.
Des portes qui s’ouvrent mais des plafonds persistants
Les progrès en matière d’éducation sont réels : à l’échelle mondiale, les filles ont aujourd’hui autant, voire davantage, de chances que les garçons d’achever le cycle secondaire. Pourtant, le chemin qui mène aux postes à responsabilité est semé d’embûches. Dans la plupart des pays, les femmes ont davantage tendance à devenir enseignantes que directrices d’établissement dans le secondaire, ce qui montre que, même dans un secteur très majoritairement féminisé, seules quelques-unes accèdent au sommet.
La sous-représentation est tout aussi marquée en politique. Les femmes occupent environ 27 % des sièges parlementaires dans le monde et près de 30 % des postes ministériels. A ce rythme, il faudra presqu’un siècle pour que l’égalité dans les fonctions législatives soit atteinte. Là où des quotas électoraux ont été adoptés, la proportion de femmes parlementaires a parfois doublé, démontrant, encore une fois, que des mécanismes volontaristes peuvent accélérer les progrès, même si ceux-ci restent inégaux selon les régions.
Il faut dire que les obstacles structurels demeurent puissants. Les femmes accomplissent près de trois fois plus de travail domestique et de soins non rémunérés que les hommes, ce qui limite leur disponibilité pour l’emploi rémunéré. On estime que 708 millions de femmes dans le monde sont ainsi exclues du marché du travail. Lorsqu’elles travaillent, elles sont surreprésentées dans des emplois moins bien rémunérés, l’écart salarial mondial reste d’environ 20 %, et plus précaires. À l’heure de la révolution de l’intelligence artificielle, le risque est de voir ces inégalités se reproduire. Comme elles occupent des emplois plus « standardisés », elles sont davantage menacées par l’automatisation et l’IA. Elles ne représentent d’ailleurs qu’environ 29 % de la main-d’œuvre mondiale dans le secteur technologique et seulement 14 % des postes de direction technique. Sans politiques correctrices ambitieuses, la transformation numérique pourrait ainsi creuser davantage les écarts existants au lieu de les réduire.
Ceci serait d’autant plus dommage que, quand les femmes parviennent à des postes à responsabilité, les résultats sont sans appel : les entreprises qui ont plus de femmes à des fonctions de direction obtiennent systématiquement de meilleurs résultats que leurs concurrentes. Ce qui prouve concrètement que lorsque les femmes bénéficient de l’égalité des chances, cela contribue à la croissance et à l’innovation.
Le 8 mars n’est pas une simple date symbolique. C’est un rappel : l’égalité n’est ni un coût ni une option. C’est un investissement, une condition de la démocratie, un facteur de prospérité durable et de justice sociale.
Gros plan sur l’égalité des sexes 2025 produit par ONU Femmes, à lire ici
- Les objectifs de développement durable, au nombre de 17, sont un appel mondial à agir pour éradiquer la pauvreté, protéger la planète et faire en sorte que tous les êtres humains vivent dans la paix et la prospérité. Les 17objectifs de développement durable ↩︎
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