Cette année, deux mois d’affilée, il y a un vendredi 13 ! Mais celui du mois de mars se couple avec la journée nationale du sommeil. Alors avons-nous toutes et tous de la chance ou de la malchance dans notre repos nocturne ? Quelles sont les évolutions et quelles sont les incidences sur notre vie et les apprentissages pour les plus jeunes ? Arrêtons de bailler et plongeons-nous dans quelques résultats de la recherche.
On dort moins
D’après le dernier rapport de l’Institut national du sommeil et de la vigilance, nous dormons en moyenne 6h50 en semaine et 7h48 le week-end. C’est moins que l’année dernière et cette réduction du sommeil est une constante depuis plusieurs années. Pourquoi ? Le travail et le rythme de vie sont à noter, mais on peut voir dans ce rapport que les bruits nocturnes, les lumières omniprésentes et les températures trop hautes ont une incidence de plus en plus importante. De même, la proximité des téléphones allumés, l’attrait des écrans et les notifications que l’on reçoit durant la nuit sur les objets connectés près de nous perturbent de plus en plus notre repos nocturne.
On peut retrouver les principaux chiffres de l’édition 2026 ici https://institut-sommeil-vigilance.org/sommeil-rythmes-et-environnements-enquete-insv-fondation-vinci-autoroutes-pour-la-journee-du-sommeil-2026/
Un enjeu de santé publique, mais pas seulement
La question du sommeil est donc un vrai enjeu de santé publique, mais cela est également un sujet dans le domaine de l’éducation : en effet, les plus jeunes sont aussi touchés par une réduction du sommeil et cela ne peut avoir qu’un impact sur le quotidien, sur l’acquisition des connaissances et des savoir-faire ainsi que sur la santé globale des plus jeunes. Les écrans sont aussi en cause, mais également le stress et les difficultés du quotidien. C’est pourquoi les rythmes de vie sont un sujet essentiel lorsqu’on parle d’éducation. On doit ici rappeler le travail du CESE et de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant https://www.lecese.fr/actualites/les-propositions-de-la-convention-citoyenne-sur-les-temps-de-lenfant
La grande transformation du sommeil
Les sciences sociales et l’histoire ne sont pas en reste car elles abordent régulièrement la question du temps, du repos et du sommeil. Rappelons ici quelques travaux.
On peut commencer par le travail synthétique du grand sociologue Norbert Elias, qui dans son essai Du temps[1] revient sur les grandes étapes historiques de la maîtrise du temps par les humains et sur ce processus de civilisation qui s’est déroulé durant des siècles pour établir une journée segmentée en temps dédiés, avec aussi du temps de sommeil. Plus récemment, l’historien américain Roger Ekirch a étudié les transformations de la nuit et du sommeil après la Révolution industrielle[2]. Ce travail novateur est essentiel pour comprendre les transformations de nos nuits depuis le XIXème siècle et de l’impact de la modernité sur nos rythmes de vie. On y apprend beaucoup et cela permet de découvrir un nouveau champ d’études de l’histoire culturelle, sociale et même politique.
Mais l’histoire du sommeil et de la nuit est sans aucun doute également politique : on peut ici citer l’ouvrage précurseur du philosophe Jacques Rancière qui dans son essai La nuit des prolétaires[3] a montré le potentiel des activités nocturnes pour imaginer le monde nouveau voulu par celles et ceux qui au XIXe siècle ont imaginé un avenir radieux. La nuit n’est plus alors seulement le temps du sommeil mais aussi celui des insurrections présentes et futures. D’autres travaux comme ceux de Simone Delattre[4], d’Alain Cabantous[5] ou de Dominique Kalika[6] ont jeté les bases d’une histoire de la nuit dans toutes ses dimensions[7].
Mais revenons au sommeil : si la nuit semble le moment le plus approprié pour disposer du meilleur repos, il ne faut pas oublier que les activités nocturnes ne se limitent pas à l’assoupissement. Durant cette période, on travaille, on aime, on réfléchit, on imagine la vie d’après, on rêve, on lit ou on prépare le futur que l’on souhaite voir advenir. Et on peut dès lors profiter du jour pour se reposer : dormir le jour et s’apaiser de la sieste, cela peut être aussi un bon moyen de rattraper le retard que l’on a sur le sommeil nocturne. Ces quelques études ici nous ouvrent de nombreuses perspectives de compréhension des heures de repos : alors bonne nuit, bonne sieste, peu importe, rappelons-nous seulement que le sommeil est indispensable pour pouvoir vivre, que c’est un temps indispensable à notre quotidien !
Pour aller plus loin :
Le programme de la journée du sommeil 2026 https://institut-sommeil-vigilance.org/programme-journee-du-sommeil/
[1] Norbert Elias, Du temps, Fayard, 1997.
[2] Roger Ekirch, La Grande transformation du sommeil. Comment la Révolution industrielle a bouleversé nos nuits, éditions Amsterdam, 2021
[3] Jacques Rancière, La nuit des prolétaires, Hachette pluriel, 2012.
[4] Simone Delattre, Les Douze heures noires : la nuit à Paris au XIXe siècle, Albin Michel, 1999.
[5] Alain Cabantous, Histoire de la nuit, XVII-XVIIIe siècle, Fayard, 2009.
[6] Dominique Kalifa, Histoire de la nuit des temps, éditions de la Sorbonne, 2022.
[7] Voir sur ce sujet, dossier « Quand la ville dort … » de la revue Le Magasin du XIXème siècle, 2013.
En savoir plus sur Centre de Recherche de Formation et d'Histoire sociale - Centre Henri Aigueperse - Unsa Education
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.



Laisser un commentaire