Publié dans vu, lu pour vous

l’école et le cinéma

Il ne fait aucun doute que la rencontre entre l’Éducation et le cinéma s’inscrit dans une histoire déjà longue et durable. Des ciné-clubs développés par les mouvements d’éducation populaire au festival du film d’éducation porté par les Ceméa, en passant par l’ensemble des dispositifs de découverte du cinéma (école et cinéma, collège et cinéma, lycéens au cinéma, passeurs d’image…), la liste est longue et les réalisations souvent prospères.

En va-t-il de même pour la mise en scène de l’école dans les films ?

Si le thème scolaire est souvent utilisé, il faut bien avouer que c’est avec plus ou moins de succès. La scolarité peut être prétexte à de l’humour potache, de l’analyse psychologique, de l’approche sociologique ou n’être simplement qu’un décor pour y dérouler un scénario, en général mettant en scène un public adolescent.

Enseignant d’histoire-géographie au lycée Paul Langevin de La Seyne-sur-mer et passionné de cinéma, Thibaut Retiff a répertorié tous les films sur l’école. Sur le site collaboratif SensCritique, il en présente 162, mais seuls une dizaine sont, selon lui, incontournables dont Entre les murs de Laurent Cantet en 2008, Le Cercle des poètes disparus de Peter Weir en 1989, Les Héritiers de Marie-Castille Mention-Schaar en 2014 ou encore La journée de la jupe de Jean-Paul Lilienfild en 2009.

Pas sûr que le tout récent Madame Hyde de Serge Bozon vienne s’ajouter à cette liste. Mais si le film est controversé, il a indéniablement la qualité d’éviter la caricature du professeur blanc venant au secours d’une classe de pauvres banlieusards issus de l’immigration. C’est en tout cas l’analyse qu’en fait Rachid Zerrouki dans son article « Luttes des classes » pour la magazine des cinémas MK2  Troiscouleurs  . Ainsi il écrit « Mais le film de Serge Bozon évite ce lieu commun. Timide et vulnérable, madame Hyde n’arrive pas à imposer son autorité, jusqu’à l’intervention d’une force extérieure. Et si le cinéma français suivait cet exemple pour s’émanciper de ses douteux fantasmes concernant l’enseignement en milieux défavorisés ? »

Au-delà de cette approche sociologique qui dénonce sous le paternalisme ou le fraternalisme, selon le mot d’Aimé Césaire, une forme de colonialisme culturel et cinématographique, l’auteur regrette également, de son point de vue d’enseignant, les « films qui viennent aplanir, quand ce n’est pas nier, toutes les difficultés des élèves en milieux défavorisés », finissant « toujours par réduire les inégalités scolaires et sociales à une bête question d’effort et de persévérance ».

Rappelant la neutralité avec laquelle Julie Bertuccelli avait filmé sans artifices une classe d’accueil pour les nouveaux arrivants en France dans son documentaire La Cour de Babel en 2014, il voit dans le film de Serge Bozon une manière subtile « pour le cinéma français de se réinventer. »

Une bonne raison au moins d’aller voir le film.

 

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