Publié dans vu, lu pour vous

« Bienveillance », « Montessori », « neuropédagogie », « punir »… seront-ils les mots de l’Éducation en 2019 ?

En tout état de cause, ils sont ceux que le magazine Sciences humaines a retenu dans son « abécédaire des idées d’aujourd’hui » paru dans le numéro 311 de février 2019 et dans lesquels ils côtoient « démocrature », « happycratie », « posthumanisme », « réactionnaires » ou « utopies réalistes »… sans oublier « connerie ».

Comme le précise l’introduction à cet abécédaire, bien malin qui peut dire où va la pensée. « Elle avance de guingois, comme notre société, entre inventivité et crispations, progrès et repli, ambition révolutionnaire et humilité de l’expertise située. Elle doute, expérimente, tâtonne, sans autre choix que de composer avec l’incertitude de notre temps. Bref, elle chemine. »

Et c’est à ce cheminement, à cette « déambulation, à saut et à gambades » qu’un abécédaire invite. Car chacune des pensées émises invite à aller réfléchir à une autre…Tant est si bien que c’est bientôt un dictionnaire, une encyclopédie dans laquelle il faut se promener.

La bienveillance est-elle une pédagogie des bons sentiments qui risque de devenir une « forme de condescendance » vis à vis des élèves comme le suggère Sandrine Garcia (Le Goût de l’effort 2018) et dans laquelle le jugement de l’enseignant serait biaisé par l’empathie dénoncé par Paul Bloom (Against Empathy. The case for relationnel compassion 2016) ? Si la première vertu de la bienveillance est de dénoncer les méfaits des violences éducatives, ne faut-il pas se rappeler l’étude menée par trois universités finlandaises entre 2006 et 2016, (relatée également par Sciences humaines, il y a juste deux ans https://www.scienceshumaines.com/l-empathie-de-l-enseignant-source-de-reussite-scolaire_fr_35667.html ) qui met en évidence que « l’attitude empathique et chaleureuse de l’enseignant agit favorablement sur la motivation et les compétences des enfants, aussi bien en lecture, écriture ou arithmétique. À l’inverse, un faible soutien émotionnel provoque des comportements passifs et d’évitement. Au final, l’interaction entre l’enseignant et l’élève influe davantage sur les résultats scolaires que les outils pédagogiques ou la taille des classes. »

Est-ce à dire qu’il ne faudrait jamais sanctionner un enfant ? Certes non. Car si comme le rappelle Yves Michaud (Contre la bienveillance 2016) « il y a une différence entre vouloir le bien de son enfant et l’équiper en vue de son émancipation », les travaux récents montrent là encore que, davantage que la punition, c’est l’explicitation, la connaissance et la construction de la règle avec les enfants eux-mêmes qui permettent son appropriation, son respect et l’acceptation d’une sanction méritée et adaptée.

Tout revient alors à comprendre comment les enfants construisent leurs comportement d’apprenants. La science peut-elle fournir la réponse ? C’est ce que les tenants des neurosciences affirment à l’image de Stanislas Dehaenne (Apprendre. Les talents du cerveau, le défi de la machine, 2018) ou de Olivier Houdé (L’école du cerveau. DE Montessori, Freinet et Piaget aux sciences cognitives, 2018) qui définit la neuropédagogie comme « une véritable sciences de l’apprentissage qui a pour ambition de mieux comprendre ce qui se joue dans le cerveau d’un enfant qui apprend, et d’améliorer ainsi les méthodes d’apprentissage. » Certes, les progrès de la psychologie cognitive et de l’imagerie cérébrale peuvent permettre de réels progrès éducatifs et pédagogiques. Mais n’oublions pas, alerte Marie Duru-Bellat, de prendre en compte « le vécu des élèves », le contexte socioculturel, les implicites de genres… en un mot… la vie.

Car si les grands pédagogues n’ont pas renié les apports des sciences, ils ont su construire des démarches qui s’adressaient à l’enfant dans sa globalité. Ainsi en est-il de l’héritage de Maria Montessori dans une approche valorisant la créativité et l’autonomie, respectant les rythmes et les évolutions d’âges. Mais ici aussi, attention. N’est pas Maria Montessori qui veut. Et il ne suffit pas d’écrire son nom au fronton d’une école privée ou d’y faire référence sur une boite de « jeu éducatif » pour s’inscrire réellement dans l’esprit et la démarche de la pédagogue italienne.

Mieux vaut faire confiance aux « utopies réalistes » telles que développées par Rutber Regman (Utopies réalistes, 2017) ou Erik Olin Wright (Utopies réelles, 2017) qui font espérer dans un avenir éducatif dans lequel l’enfant sera considéré comme acteur de son éducation et de son apprentissage, aidé et accompagné par des adultes formés, compétents, experts et bienveillants, eux-mêmes en capacité de mener à bien leur mission d’éducateur sans subir en permanence les diktats et les lubies changeantes de leurs ministres et de leur administration.

Vouloir, au contraire caporaliser l’Éducation, semble davantage relever de la « connologie », science certes récente, mais à laquelle les éditions Sciences humaines apportent une contribution d’importance à travers le récent ouvrage Psychologie de la connerie sous la direction de Jean-François Marmion (2018).

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s