Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

L’économie de la connaissance pour reconstruire notre société

Au moment où le gouvernement présente son projet de budget pour 2020, sort en librairie Peuple, pouvoir et profits, le dernier livre de Joseph Stiglitz.

Quel rapport ?

Évidemment, c’est à l’analyse de la société américaine que le prix Nobel d’économie se consacre et plus particulièrement à une critique sévère de la politique menée par le président Trump. Mais à bien le lire, dans le texte et pas nécessairement entre les lignes, force est de constater que nombre de ses remarques valent pour tous les pays. Et que s’il existe une « exception américaine, […] l’Amérique devrait cesser une bonne fois pour toute de s’imaginer qu’il n’y a rien à apprendre des autres pays ». Cela est vrai pour les États-Unis, gageons que ce l’est aussi pour les autres pays, dont la France.

Ainsi, on peut se questionner lorsque le ministre français de l’économie et des finances tente de rassurer le patronat en affirmant que le budget 2020 participera à l’économie de l’offre, celle-ci même que George Bush avait qualifié d’ « économie vaudoue » et dont Stiglitz rappelle qu’elle « n’a pas fonctionné pour Reagan et elle ne fonctionnera pas pour Trump. […] la logique de l’économie de l’offre, nous devrions savoir à présent qu’elle ne fonctionne pas. » Et l’on pourrait citer de même son analyse identique sur la théorie de ruissellement chère au Président Macron.

Quel avenir ?

Mais le plus important dans l’approche de Joseph Stiglitz est moins sa critique des dysfonctionnements que ses préconisations pour (re)construire. Une reconstruction, qui certes s’appuie sur des leviers économiques, mais les dépassent en intégrant le politique (« Restaurer la démocratie », le bien-être (« une vie décente pour tous ») , la place de l’État (« la nécessité de l’action collective »).

Car l’ambition du prix Nobel d’économie est d’anticipé un nouveau programme politique et économique permettant de « reprendre l’Amérique » et dont l’inspiration pourrait aussi permettre de repenser l’évolution de nos sociétés.

Au cœur de ce projet le rôle de l’État, de la puissance publique est essentiel. « On peut faire beaucoup plus en travaillant ensemble que chacun de son côté. […] L’État est l’un de nos principaux moyens de travailler ensemble. […] avoir un État qui agira puissamment dans le bon sens, tel est le défi auquel les démocraties ont été confrontées depuis le début », c’est, selon l’auteur ce défi qu’il faut relever aujourd’hui.

Développer la connaissance

Un défi d’autant plus nécessaire que notre économie est urbaine, complexe, en flux, mondialisée et qu’elle s’inscrit dans les « limites planétaires » de la fragilité environnementale et dans la nécessité de développer l’innovation, c’est-à-dire la production de connaissances.

En effet pour Joseph Stiglitz,  » la richesse d’une nation repose sur deux piliers. Les pays s’enrichissent – augmentent leur niveau de vie – en devenant plus productifs, et la source la plus importante des progrès de la productivité, ce sont les progrès de la connaissance. »

Il affirme donc qu’ « une éducation pour tous, publique et de qualité, est donc le centre de tout programme qui œuvre pour l’égalité et l’égalité des chances. Il faudra pour cela dépenser plus au niveau national. » Et d’ajouter que les enseignants sont des « professionnels spécialisés » et que « nous aurions de meilleurs résultats si nous leur témoignons davantage de respect (au lieu de les attaquer en permanence, eux et leurs syndicats, comme c’est devenu la mode dans certains cercles de réflexion sur la réforme pédagogique), si nous recrutions les meilleurs professeurs en leur versant de meilleurs salaires (ce qui mettrait fin à l’héritage de la discrimination de genre qui a longtemps été le fléau de la profession) et si nous leur donnions de meilleures conditions de travail, notamment, dans bien des cas, des classes moins chargées. »

Une priorité à l’Éducation publique qui ne va pas de soi dans l’Amérique de Trump, mais qui devrait inspirer bien des politiques dans de nombreux pays, la France ne faisant pas exception.

Joseph E. Stiglitz, Peuple, pouvoir et profits, Les Liens qui Libèrent, septembre 2019

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