Banlieues : de « La Haine » aux « Misérables », près de 30 ans de souffrance urbaine

« L’image tremble, noir et blanc un peu sale, comme contaminée par la boue des ruelles en terre battue, entre deux baraques pourrissantes. Des enfants jouent dehors, par grappes, sur un lit déglingué. Des chiffonniers trient des déchets, tirent une charrette à bras. Plus loin, l’ombre monumentale d’une cheminée d’usine écrase le paysage. Bienvenue dans La Zone. En 1928, le cinéaste Georges Lacombe filmait la ceinture de misère qui encerclait Paris, une sorte d’état de siège de la pauvreté et de l’exclusion. » Comme le rappelle Cécile Mury sur télérama.fr,* le cinéma et la banlieue ont une longue histoire en commun. La sortie du film « Les Misérables » de Ladj Ly est l’occasion de la rappeler.

Mais la cité moderne, avec ses immeubles, ses cours en béton, ses trafics, ses « guerres » urbaines, c’est essentiellement « La Haine » le film de Mathieu Kassovitz, inspiré d’une bavure dans un commissariat de banlieue parisienne lors d’une garde à vue, sorti en 1995 en est l les plus révélateur, mettant en scène des alarmantes tensions sociales de la banlieue française. Des lieux dans lesquels règnent violence, exclusion et échec scolaire, comme le montrait déjà Jean-Claude Brisseau en 1988 dans « Du bruit et de fureur ».Et que confirme « Ma 6-t va crack-er » le film de 1997 de Jean-François Richet, qui insiste aussi sur le trafic de drogue, repris dans « Raï » de Thomas Gilou (1995). Un caïd violent est aussi au cœur du film « La Squale » de Fabrice Genestal qui déclarait en 2000 : « il s’agit de la violence des cités. Et je ne l’ai pas cachée, parce qu’il eût été hypocrite et lâche d’édulcorer au nom de je ne sais quelle bienséance pudibonde. »

Il faut ensuite attendre presque 15 ans pour retrouver une longue séries de films qui font d ela banlieues leur sujet. C’est ainsi le cas de « Dheepan » de Jacques Audiard en 2015, de « Chouf » de Karim Dridi en 2016, de « Divines » la même année, de Houda Benyamina et de « Banlieusards » de Kery James et Leïla Sy, en 2019, films que présente Laurent Schenck sur allociné.fr**.

Tous ces films, à leur manière, cherche à montrer et à comprendre. Dire à la fois que la banlieues c’est cela : de la violence, des multi-difficultés à vivre au quotidien, des discriminations, des trafics, les difficiles relations avec la police, les autorités, les voisins, le quartier d’à côté… Mais que ce n’est pas que cela. Que c’est aussi des solidarités, des envies de s’en sortir, un chez soi , des histoires d’amitiés et d’amour…

Des films qui surtout interrogent. De « La Haine » aux « Misérables », de 1995 à 2019, en presque 30 ans, aucun progrès ne semblent avoir été réalisés, les mêmes situations semblent se reproduire, enkystées dans des inégalités sociales, des enfermements communautaires, des ghettos sociaux qu’aucune politique ne prend réellement en compte pour les faire cesser.

* https://www.telerama.fr/cinema/de-la-zone-aux-miserables-une-histoire-de-la-banlieue-parisienne-dans-le-cinema-francais-12,n6552535.php

** http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18685856.html

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