Relever les défis écologiques : un impératif éducatif

70,6 % des répondants au baromètre UNSA des métiers de l’éducation (https://www.unsa-education.com/Barometre-2020-les-fiches-infographiques?var_mode=calcul) considèrent que leur employeur ne prend pas de mesures pour leur permettre d’exercer leur métier tout en respectant les défis écologiques. 43 % considèrent même que ce n’est pas une priorité de leur employeur (43,9 % chez les enseignant.e.s).

Si l’approche environnementale est si peu prioritaire dans l’exercice des métiers pur les employeurs éducatifs, elle est officiellement présente dans le contenu de l’enseignement. Inscrite depuis 1977 dans les programmes, développée sous l’appellation « d’Éducation au développement durable » (EDD), elle fait l’objet d’une succession de circulaires en 2004, 2007, 2011, 2013 et 2015 et est qualifiée à la rentrée 2019 de “transition écologique”. Une mission est même confiée au Conseil supérieur des programmes, en 2019, « pour renforcer dans les programmes scolaires la place du développement durable, du changement climatique et de la biodiversité ». Mais comme le montre l’article de Anne-Françoise Gibert de l’IFé (https://eduveille.hypotheses.org/15387 l’histoire des textes officiels en dit long sur la difficulté de l’école à enseigner la transition écologique ».

La conférence de Belgrade de 1975 invitait « à remettre en question, au sein de l’éducation, les politiques de maximisation de la production économique pour prendre en compte leurs conséquences sociétales et environnementales » or le constats est un affaiblissement des textes officiels internationaux, tendant « à privilégier la responsabilité individuelle au détriment d’une conception plus large qui intégrerait les dimensions critiques, éthiques et politiques ». Il en va de même en France. En 1977, la conférence intergouvernementale sur l’éducation relative à l’environnement soulignait la nécessité : « d’acquérir les connaissances, les valeurs, les comportements et les compétences pratiques nécessaires pour participer de façon responsable et efficace à la prévention et à la solution des problèmes de l’environnement et à la gestion de la qualité de l’environnement ». Si la dimension de « transformation des comportements pour préserver les ressources environnementales a été renforcée, les causes politiques de la limitation de ces ressources restent peu questionnées », note la chercheuse.

Plusieurs causes peuvent venir expliquer, sans la justifier, cette orientation. Tout d’abord l’inscription de la cause écologique dans les « éducation à… », domaine vaste et flou, porté par aucune matière scolaire spécifique et faisant appel à l’interdisciplinarité encore très (trop) peu développée en particulier dans l’enseignement secondaire. Ensuite de que Anne-Françoise Gibert nomme « l’enseignement du Vrai » qui, développée par les philosophes des Lumières, s’inscrit dans « la recherche d’une objectivité scientifique (pour reprendre les termes de la circulaire de 2007) », alors que « les problématiques environnementales requièrent de comprendre les différents points de vue des acteurs, leurs arguments, leurs connaissances, leurs intérêts, leurs valeurs et finalement leurs enjeux… ». Se pose aussi la question pédagogique d’inscrire l’enseignement dans un cadre plus vaste qui nécessite de sortir des murs des écoles et des établissements scolaires afin de « rendre l’école plus vivante comme le développe Benoît Kermoal dans son article « histoire de l’enseignement du milieu local et de l’environnement proche » (numéro 4 de la revue [R]). Une dimension souvent limitée dans le domaine écologique à de actions interne à l’établissement (tri des déchets, écodélégué.e.s…).

Y aura-t-il un effet Covid19 en matière d’éducation à l’environnement ? L’article de l’IFé s’achève sur cette hypothèse que « la catastrophe que nous vivons actuellement pourrait modifier nos manière de considérer l’éducation et nous encourager à développer des éducations au bien commun, “vraiment” engagées, et à la construction collective de l’adaptation pour une résilience pour tous ». Un vœu qui ne peut qu’être partagé, mais qui ne se réalisera que si l’Éducation nationale prend enfin conscience de l’importance de s’engager à la fois comme porteur de la politique éducative que comme employeur dans une conversion écologique à tous les niveaux… un vaste défi en perspective.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :