Tout au long de sa vie Yvonne Hagnauer (1898-1985) a œuvré pour la défense de la paix ; en témoigne son parcours d’institutrice engagée tant syndicalement, elle fut membre active du SNI (syndicat national des instituteurs), que professionnellement, elle développa avec son époux, Roger Hagnauer (1901-1986), une pédagogie nouvelle centrée sur l’enfant et ses besoins.
C’est d’ailleurs un édifice qui parle le mieux de son engagement pour les plus jeunes : la Maison d’enfants de Sèvres. Institution créée en 1941, sous l’égide du Secours national (Entraide d’hiver) et donc avec l’autorisation du gouvernement de Vichy, Yvonne Hagnauer en prend la direction et très vite, à la mission première de porter secours aux enfants parisiens victimes de la guerre, elle ajoute clandestinement celle d’accueillir et surtout de cacher à la vue de tous les enfants juifs victimes de la répression du régime nazi aidé par les collaborateurs français, ce qui lui vaudra la médaille de Juste en 1975. Après guerre, elle poursuit son travail d’accompagnement de centaines d’enfants à travers une pédagogie s’appuyant sur les travaux d’Ovide Decroly[1].
Ce portrait pourrait s’arrêter là mais ce serait faire l’impasse sur le rapport complexe qu’entretiennent le pouvoir politique et le monde syndical avec les fonctionnaires et plus particulièrement avec les institutrices et instituteurs de l’époque.
Signataire en pleine guerre du texte ultra-pacifiste « Paix immédiate », Yvonne, tout comme son époux, en paie le prix en étant suspendue sans traitement du Ministère de l’Éducation Nationale. Ils sont les seuls à ne pas être réintégrés en 1941 du fait des origines de leur militantisme syndical (et probablement aussi des origines juives et alsaciennes de Roger Hagnauer) ;ils ne sont finalement acquittés et rétablis dans leurs droits qu’en 1942 par un tribunal militaire. Ils poursuivent ensuite leur engagement en participant tous les deux à des actions de résistance tout en apparaissant officiellement comme étant des soutiens à Vichy, ce qui leur sera reproché après-guerre.
En effet, en 1946, Yvonne est à nouveau jugée, tout comme Roger, mais cette fois-ci par le conseil supérieur d’enquête du Ministère de l’éducation nationale. Haïe par des communistes qui se souviennent de ces deux syndicalistes pacifistes et anti-staliniens, Yvonne se voit reprocher sa proximité avec les autorités de Vichy ayant fait de la Maison des enfants de Sèvres une vitrine partisane pendant la guerre. Ce procès à charge ne reconnait aucunement l’engagement d’Yvonne Hagnauer et de son équipe dans la résistance, et il décide de sa radiation de l’Éducation nationale. Cette sentence vient alors s’ajouter à celle reçue par Yvonne suite à l’épuration administrative lancée en 1944 qui l’a déchue de ses fonctions au sein du Conseil départemental, devenu régisseur de la Maison des enfants de Sèvres.
Soutenue par des dizaines de témoignages d’enfants, de familles, de personnel de la Maison des enfants de Sèvres et de membres des réseaux de résistance, Yvonne Hagnauer n’aura de cesse de prouver son engagement contre le régime nazi et en faveur de la paix. Il lui faudra attendre une seconde commission d’enquête au SNI et à la FEN qui, bien qu’initialement menée contre les Hagnauer, fut l’occasion de revenir sur leur parcours militant ; cela permettra alors de dédouaner les époux de leur proximité de Vichy en raison de leur résistance active et de la protection qu’ils ont accordé aux enfants juifs au péril de leur vie et qu’enfin les charges soient levées et qu’Yvonne réintègre ses fonctions.
Elevée ensuite au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur, Yvonne Hagnauer a œuvré au sein de la Maison des enfants de Sèvres jusqu’au début des années 1970.
Un important fonds d’archives sur les Hagnauer est consultable au Mémorial de la Shoah.
Pour aller plus loin :
Mémorial de la Shoah, consultation du fond sur Yvonne et Roger Hagnauer : https://urls.fr/TJp7A9
Notice du Maitron pour Yvonne Hagnauer : https://maitron.fr/hagnauer-yvonne-nee-even-yvonne-eugenie-pauline/, notice HAGNAUER Yvonne [née EVEN Yvonne, Eugénie, Pauline] par Jean Maitron
Documentaire sur la Maison des enfants de Sèvres : Michel Leclerc Pingouin & Goéland et leurs 500 petits ESC Éditions DVD Mars 2020
[1] Ovide Decroly développe une psychologie de l’enfant basée sur l’observation et la mesure. Il est à l’origine de ce que l’on appellera la méthode globale dans l’apprentissage de la lecture et l’initiateur des centres d’intérêt dans la pratique pédagogique. Il peut être considéré comme l’un des plus importants représentants du mouvement de l’Éducation nouvelle du début du XXe siècle.
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