Apparu en 1953, le Comité National d’Action Laïque (CNAL) poursuit aujourd’hui son action en faveur de la défense de la laïcité. Il est issu d’un premier regroupement de défense de l’École publique : le Cartel d’Action Laïque.
Un regroupement d’acteurs essentiels de la sphère scolaire
Ce premier rappel est nécessaire. En effet ce premier regroupement informel est créé en 1947, au sortir de la guerre autour de trois entités militantes de premier plan : le syndicat national des instituteurs (SNI), la fédération des comités de parents d’élèves (FCPE) et la Ligue de l’enseignement. Toutes les trois défendent ardemment l’École publique laïque et en s’associant, elles deviennent un acteur encore plus essentiel dans le monde scolaire d’après-guerre. Les trois associations sont très liées entre elles à cette période. Ainsi la fédération de parents a été créée conjointement par le SNI et la Ligue de l’enseignement avec l’action fondamentale de l’avocat Jean Cornec, fils des dirigeants syndicalistes du SNI, Jean et Josette. D’autres regroupements de ce type avaient existé avant la Seconde Guerre mondiale[1].
Sous le régime de Vichy, l’école était identifiée comme devant être le principal instrument de la « Révolution nationale » : à visée traditionaliste, cette école valorisait le culte de la patrie, de Philippe Pétain et imposa la réintroduction dans les écoles publiques d’un enseignement religieux. Cette « révolution nationale » s’accompagna par ailleurs par la révocation de milliers d’enseignant·es et la suppression des écoles normales. L’idéologie réactionnaire et collaboratrice du régime de Vichy s’accompagnait d’une lutte contre l’idée laïque.C’est pourquoi après 1945, les militant.es de ce principe ont souhaité fédérer leurs forces pour défendre la laïcité à l’École.
Aujourd’hui, le CNAL regroupe toujours le monde syndical avec l’UNSA Éducation et le SE-UNSA[2], les parents d’élèves avec la FCPE et le monde de l’éducation populaire avec la Ligue de l’enseignement d’une part et les délégués départementaux de l’éducation nationale, les DDEN[3] d’autre part.
Un combat initial pour la laïcité à l’École
Dès le départ, le comité construit son action pour la défense de la laïcité et l’inscrit notamment dans le champ scolaire. En effet, pour le CNAL, l’enjeu majeur est de valoriser et de promouvoir l’École publique laïque, la seule à même de former les futur·es citoyen et citoyennes de notre société en les protégeant de tout prosélytisme et en forgeant leur esprit critique et la liberté de conscience. En 1984, il est ainsi l’un des plus farouches défenseurs de la loi Savary qui souhaitait la création d’un grand service public d’éducation avec la nationalisation progressive des écoles privées . Les deux grandes manifestations organisées à ce titre en avril puis en juin 1984 regroupèrent ainsi un million de manifestants chacune[4]. De plus, à ce jour, la pétition du CNAL contre la loi de Debré de 1959 permettant le financement par l’État des écoles « privées » reste celle ayant reçu le plus de suffrages avec 10 831 697 signatures exactement[5].
Un combat toujours d’actualité
Aujourd’hui, le CNAL poursuit son action de vigilance quant au respect des lois régissant l’ensemble du champ éducatif : surveillance du financement du privé, respect des contenus d’enseignement et de l’absence de prosélytisme, actions pour l’ouverture d’écoles et d’établissement publics, auditions des acteurs et actrices du monde éducatif pour en affiner la connaissance. Cela passe également par la promotion d’une pédagogie de la laïcité et l’éducation laïque au cœur du projet émancipateur de toutes et tous. Dernière action nationale en date, le CNAL s’est associé à l’IFOP, l’institut français d’opinion publique, pour mener une enquête auprès des parents d’élèves sur leur choix entre l’école publique ou privée[6]. A travers cette enquête, le CNAL joue pleinement son rôle de défenseur de la laïcité et de relai auprès des pouvoirs publics en portant les attentes des premiers usagers du service public d’éducation.
Une organisation au service du bien commun
Le secrétariat général du CNAL est constamment assuré par le ou la responsable laïcité du SE-Unsa, qui est actuellement Marie-Laure Tirelle, en poste depuis depuis juillet 2023. Pour permettre aux organisations membres fondateurs de proposer des thèmes de travaux, la présidence du CNAL est « tournante » annuellement. Cette année 2025-2026 est menée par l’UNSA Éducation. Cette particularité, alternance et répartition des rôles entre les différents membres, est à l’image de l’engagement militant du CNAL : rassembler pour favoriser les échanges entre toutes les organisations laïques et coordonner les actions en faveur de la défense de la laïcité et de l’École de la République. Le CNAL est aujourd’hui un acteur clé de la défense laïque en France[7].
Pour aller plus loin :
Notre article sur Clément Durand https://centrehenriaigueperse.com/2025/11/25/clement-durand-la-laicite-militante/
Clément Durand, « Origine et développement du Comité national d’action laïque » in les cahiers du centre fédéral Henri Aigueperse, n°22, janvier 1998.
Jean Cornec, Laïcité, SUDEL, 1965.
Pour en savoir plus sur l’action actuelle du CNAL : https://www.cnal.info/
Pour accéder à l’ensemble de la dernière enquête IFOP-CNAL : https://www.cnal.info/colloque-du-cnal-choisir-lecole-publique/
[1] On doit rappeler ici le rôle majeur de Joseph Rollo, voir Benoît Kermoal, « Histoire et mémoire d’un militant laïque : Joseph Rollo socialiste syndicaliste et résistant » https://www.jean-jaures.org/publication/histoire-et-memoire-dun-militant-laique-joseph-rollo-socialiste-syndicaliste-et-resistant/
[2] L’UNSA Éducation est l l’héritière directe de la FEN (Fédération de l’Education Nationale) en 1992, FEN à laquelle appartenait le SNI à l’origine. Le SE-UNSA est le syndicat des enseignants de l’UNSA et il est le successeur du SNI (Syndicat national des instituteurs).
[3] DDEN : bénévoles partenaires de l’école publique, nommés par le DASEN, ils veillent aux bonnes conditions de vie de l’enfant, à l’école et autour de l’école, voir en ligne https://www.dden-fed.org/fonction-dden/quest-ce-quun-dden/
[4] Sur cette période, voir notre article https://centrehenriaigueperse.com/2025/03/27/une-nouvelle-publication-de-linstitut-pierre-mauroy-sur-leducation/
[5] A ce propos, lire notre article sur l’histoire des pétitions en France : https://centrehenriaigueperse.com/2025/09/07/la-force-du-nombre-le-role-des-petitions-dans-lhistoire/
[6] Voir sur le site du CNAL https://www.cnal.info/colloque-du-cnal-choisir-lecole-publique/
[7] On peut citer à titre d’illustration la récente note publiée en collaboration avec la Fondation Jean Jaurès https://www.jean-jaures.org/publication/une-ecole-publique-fragilisee-qui-peine-a-valoriser-ses-atouts/
En savoir plus sur Centre de Recherche de Formation et d'Histoire sociale - Centre Henri Aigueperse - Unsa Education
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