La leçon vivante de résilience et d’audace d’Odette Roux

Il est des parcours de vie qui sont une leçon vivante de résilience, de loyauté et d’audace, à partager avec ceux que l’on guide et que l’on inspire. Celui d’Odette Roux prouve que la singularité d’une vie naît des choix. Le récit de la vie de cette femme d’engagement offre aux éducateurs un outil puissant pour parler de militantisme, de mémoire et de dépassement de soi. Son histoire rappelle que l’école est aussi un espace de résistance et d’émancipation ; que le service dans la cité vécu avec la force des convictions et des engagements militants, est vecteur de transformation sociale.

Née en 1917 à La Boissière-des-Landes  en Vendée, Odette Loisit grandit dans un milieu modeste. Ses parents font le choix de la scolariser à l’école mixte à plusieurs kilomètres de la maisonnée plutôt que dans la seule école privée de filles du village. Brillante élève, elle obtient son certificat d’études primaires avec succès et intègre l’École normale d’institutrices de La Roche-sur-Yon. Dès ses débuts dans le métier, elle adhère au Syndicat national des instituteurs (SNI), marquant le pas d’un engagement syndical qu’elle gardera sa vie durant.

Militante et défenseuse de l’émancipation des jeunes et des femmes

Odette Roux s’investit rapidement dans les combats pour l’école laïque, la défense des droits des enseignants et l’éducation populaire. Adhérente aux Jeunesses socialistes SFIO de Challans, elle devient secrétaire fédérale et se situe dans des orientations plutôt révolutionnaires. Elle milite aussi en faveur des Auberges de la jeunesse, un mouvement qui vise à offrir aux jeunes des espaces d’émancipation et de culture.

C’est en réalisant « La voix des jeunes », la publication commune aux jeunes socialistes et aux jeunes communistes, qu’elle rencontre Alfred Roux, jeune instituteur qui dirige les Jeunesses communistes des Sables d’Olonne . Le couple qui partage des idéaux de justice sociale et d’égalité se marie en 1938.

Une fidèle et vaillante figure de la Résistance

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Odette Roux et son mari Alfred s’engagent dans la Résistance et adhèrent au parti communiste clandestin. En 1943, tous deux sont arrêtés sur dénonciation après la saisie de leur matériel servant à la publication du journal « l’instituteur patriote ». Malgré les menaces subies au cours d’une douzaine d’interrogatoires et les souffrances, Odette ne révèle aucune information. Elle protège son réseau jusqu’au bout, illustrant que l’intégrité est un choix, surtout dans l’épreuve. Alfred lui, meurt dans des circonstances obscures : le suicide annoncé est en réalité la tragique issue de plusieurs jours de torture. Malgré ce drame la laissant seule avec sa fille de 10 mois, Odette poursuit la lutte sous le pseudonyme de « Simone Petit », diffusant des tracts, soutenant les maquisards et organisant des filières d’évasion vers l’Espagne. Ses missions clandestines, souvent menées à vélo, témoigne d’un courage et d’une persévérance exceptionnels.

Une élue fer de lance du progrès social

Fin avril 1945, lors de la première élection au suffrage universel masculin et féminin, Odette Roux devient à 28 ans maire des Sables-d’Olonne et ainsi, la première femme en France à administrer une sous-préfecture. Malgré le contexte de restrictions en tout genre et la nécessaire reconstruction de la ville endommagée par la guerre, son mandat est marqué par des avancées sociales majeures :

  • Création du premier centre médico-social de Vendée et mise en place d’un service d’ambulance.
  • Création de cantines scolaires pour lutter contre la malnutrition.
  • Ouverture d’un lycée public dans une ancienne abbaye, rendant l’éducation accessible à tous.
  • Développement de centres de loisirs et de colonies de vacances pour les enfants.
  • Mise en place d’un patronage laïque, ancêtre des centres aérés.
  • Renforcement des services municipaux et revalorisation des ouvriers.

Bien que non réélue en 1947, elle reste conseillère municipale.

Militante pour la paix, contre les injustices, pour le droit des travailleurs et des femmes

Odette Roux milite à l’Union des femmes françaises dont elle est secrétaire départementale jusqu’en 1949. Membre du comité national de l’union des femmes de France, elle devient permanente à la Fédération démocratique internationale des femmes comme représentante de l’UFF.

Son militantisme contre la guerre la conduit au Mouvement de la Paix à partir de 1950, devenant secrétaire départementale en 1954 et au début des années 1960. Plus tard elle milita au Secours populaire.

Militante syndicaliste et membre du conseil syndical du SNI de Vendée, elle est secrétaire générale de la section entre 1963 et 1969.

Mémoire vivante

Après la guerre, Odette Roux poursuit son combat pour la mémoire de la Résistance et la transmission des valeurs républicaines. Elle s’investit dans l’association « Grains de Mémoire », qui œuvre à perpétuer la mémoire des résistants et à éduquer sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Reconnue pour son rôle dans la lutte contre l’Occupation, elle reçoit la Légion d’honneur en 2009.

Décédée en 2014, son engagement est aujourd’hui honoré par une école portant son nom et une plaque commémorative aux Sables-d’Olonne.

Pour découvrir plus amplement la vie d’Odette Roux :

Odette Roux, une vie de lutte et d’espoir, un film de Marie-José Aïassa et Fanny Proust, 2007

Entretien avec Odette Roux, film produit par Grains de mémoire, 2000

PROUST, F. (2005) Le Jardin d’Odette : chronique d’une Vendéenne engagée : 1re époque, 1917-1947, ART & Grains de mémoire

PROUST, F. (2007) Le Jardin d’Odette : chronique d’une Vendéenne engagée : 2e époque, ART & Grains de mémoire

Biographie détaillée d’Odette Roux dans le dictionnaire du Maitron

Fiche sur Odette Roux-Loisit et Alfred Roux sur le site du mémorial de la résistance et de la déportation en Vendée


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