Sorcières : Une expo à voir à Nantes pour aller au-delà des clichés

Jusqu’au 28 juin prochain, le musée d’histoire de Nantes nous propose un parcours immersif pour comprendre la genèse d’une des plus grandes persécutions de l’histoire ; celles des femmes accusées de sorcellerie.

De la figure historique : arrêtée et réduite au silence

Loin de la figure archétypale habituellement convoquée de la sorcière « au nez crochu et au chapeau pointu », l’exposition nous plonge au cœur des procès, souvent à charge, ciblant principalement des filles (la plus jeune citée n’avait que treize ans) et des femmes « comme les autres ». Articulant archives d’époques, installations d’art contemporain et dispositifs audiovisuels créés spécialement, le parcours proposé dresse le portrait d’une société patriarcale fortement guidée par la religion : régie par le dogme, nourrie par l’imaginaire collectif, la loi des hommes s’inscrit dans une histoire violente de la répression des femmes. La « chasse aux sorcières », apparue à partir du XIVème siècle fera ainsi entre 90 000 et 110 000 victimes, majoritairement féminines, à travers toute l’Europe. Il faudra attendre la fin du XVIIème siècle pour que s’amorce la décriminalisation progressive des pratiques occultes et que cesse l’usage de la torture au moment des interrogatoires.

A la figure contemporaine : libératrice et émancipatrice

A partir du XIXème et surtout au XXème siècle, l’image de la sorcière est remodelée : elle devient progressivement celle d’une femme « rebelle » et « puissante ». Inspirant différents courants de pensée allant du «wiccanisme », qui valorise l’essentialité de la femme dans ce qu’elle a de plus sacré, aux mouvements féministes plus politiques, la « sorcière » moderne » entre en résonnance avec les thématiques actuelles. Libre, indépendante, affranchie de toute connotation démoniaque, elle défend ses droits et le clame haut et fort en écho aux enjeux présents liés au genre, au corps, à la sexualité, aux dynamiques de domination, de manipulation voire d’effacement. Dans sa dernière étape, le parcours propose à ce titre des documents très contemporains : photographies de manifestations pour l’égalité femme-homme et pour la liberté de disposer de son corps, extraits de textes de Françoise d’Eaubonne, à l’origine du terme « écoféminisme » et de Anne Sylvestre, chanteuse « engagée » pour la cause des femmes.

Avant de vous inviter à aller voir cette exposition très riche, il est toutefois nécessaire de rappeler que cette reprise symbolique d’une « sorcière puissante » est anachronique : historiquement les femmes accusées de sorcellerie étaient des personnes ordinaires, comme nous l’explique Michelle Zancarini-Fournel dans son ouvrage Sorcières et sorciers, histoire et mythes, Lettre aux jeunes féministes[1]. Deux publications en lien avec l’exposition permettent également de poursuivre la réflexion engagée :

Le 1 l’hebdo intitulé « Sorcières l’histoire derrière la légende » publié en partenariat avec le Musée d’histoire de Nantes

et

« Sorcières ! A trop chercher le diable… » ouvrage de recherche réalisé à l’occasion de l’exposition sous la direction scientifique de Krystel Gualde.

Nous vous recommandons vivement cette plongée historique au cœur d’un imaginaire qui a traversé les siècles de l’Antiquité à l’époque moderne. Sacrées sorcières !

Pour la visite : https://www.chateaunantes.fr/expositions/sorcieres/

Pour poursuivre la réflexion : Carlo Ginzburg, Le sabbat des sorcières, éditions Folio histoire, 1992 et Christelle Taraud, Les filles au diable, éditions La Découverte, Cahiers Libres, 2026


[1] Michelle Zancarini-Fournel, Sorcières et sorciers, histoire et mythes, Lettre aux jeunes féministes, Éditions Libertalia, 2024


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