Où est le bonheur ?

Ce 20 mars, l’Assemblée générale des Nations Unies nous invite à célébrer la Journée Internationale du Bonheur. Le rapport annuel qui dresse l’état des lieux du bien-être dans près de 150 pays est publié à cette occasion. Mais c’est surtout une opportunité à saisir pour nous interroger sur la notion qui transcende les cultures, les époques et les individus. Au milieu des maux propres à notre siècle et notre société, qu’en est-il de notre propre sentiment de bonheur ? Comment le définir, le rechercher ?  Le bonheur se vit-il de la même manière à Paris, Séoul ou Buenos Aires ? Évidemment, la réponse est complexe et les conditions de vie matérielles ne sont pas le seul paramètre à entrer en ligne de mire.

Le bonheur : une définition élastique

Le bonheur est une notion aussi ancienne que l’humanité elle-même. Dès l’Antiquité, les philosophes qui se sont penchés sur cette question en ont eu une appréciation différente. Pour Aristote[1], le bonheur (eudaimonia) était l’objectif ultime de l’existence humaine, une vie vertueuse et en accord avec la raison. Mais à l’inverse, les épicuriens voyaient dans le bonheur la recherche des plaisirs simples et l’absence de souffrance. Au moment de la Révolution française, Saint-Just a pu dire que le bonheur était une idée neuve pour définir la nouveauté de l’époque.

En ce début du XXIe siècle, le bonheur est souvent associé à un état de bien-être, une satisfaction durable qui dépasse les simples moments de joie éphémère. De toutes les réflexions menées sur le sujet, nous retenons celle du chercheur Martin Seligman, père de la psychologie positive, pour qui  le bonheur authentique résulte de l’équilibre entre trois dimensions[2] qu’il appelle la « vie plaisante », la « vie engagée » et la « vie significative ».  L’alchimie serait à trouver entre les émotions positives et les plaisirs immédiats (joie, amusement, satisfaction sensorielle- la vie plaisante est proche du bonheur hédonique) ; les activités qui nous font perdre toute notion de temps lorsque les défis relevés sont en adéquation avec nos compétences (la vie engagée) et ce qui nous dépasse mais qui prend sens : la famille, communauté, causes sociales, spiritualité, … (la vie significative).

Le bonheur dans un monde où tout va vite

Aujourd’hui, dans un monde marqué par la rapidité, la surinformation et les défis sociaux et environnementaux, la quête du bonheur semble plus complexe que jamais. Les réseaux sociaux, par exemple, ont redéfini les attentes en matière de réussite et de bonheur, créant parfois une dissonance entre l’image projetée et la réalité vécue.

Le rapport aux médias sociaux est d’ailleurs la thématique centrale du rapport World Happiness Report 2026 [3] publié ce 20 mars 2026. Les chercheurs qui ont synthétisé les données de plusieurs études expliquent les liens entre le bien-être des jeunes et leur utilisation des médias sociaux: « Les données provenant d’Amérique latine révèlent que le type de plateforme est crucial. Les plateformes conçues pour faciliter les interactions sociales présentent une nette corrélation positive avec le bonheur, tandis que celles dont le contenu est sélectionné par un algorithme tendent à afficher une corrélation négative en cas d’utilisation intensive ». Les pays anglophones et d’Europe occidentale, présentent quant à eux un niveau de bien-être plus faible chez les jeunes, ce qui s’expliquerait par leur modèle d’utilisation d’internet marquée d’avantage par la navigation de loisir, les réseaux sociaux ou les jeux vidéos que par la communication, la création de contenus ou l’apprentissage.

Sur le plan général, la Finlande conserve pour la neuvième année consécutive la première place du classement, suivie par l’Islande puis le Danemark et l’Islande. Les habitants des pays nordiques semblent trouver les points d’appui de leur bonheur dans leur modèle social solide, leur cohésion communautaire, leur confiance dans les institutions et leur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Le Costa Rica (4e) et le Mexique (12e) se distinguent en Amérique latine et prouvent qu’un haut niveau de bonheur peut être atteint sans une richesse matérielle exceptionnelle. Leur secret ? Des liens sociaux forts, une culture de la solidarité et une relation harmonieuse avec la nature. La France quant à elle recule pour la deuxième année consécutive à la 35ème place malgré une qualité de vie souvent vantée. Elle se classe parmi les 25 derniers pays mondiaux sur 147 en termes d’évolution du bien-être des jeunes. Ce recul semble s’expliquer par des inquiétudes croissantes liées à l’instabilité politique, aux difficultés économiques et à la santé mentale.

Facteurs du bonheur selon le World Happiness Report 2025

FacteurImpact sur le bonheur
Santé et espérance de vieÉlevé
Revenus (PIB/habitant)Modéré (jusqu’à un certain seuil)
Liens sociaux et bienveillanceTrès élevé
Liberté de choixÉlevé
Générosité et partageTrès élevé (effet multiplicateur)
Équilibre vie privée-professionnelleÉlevé
Confiance et cohésion socialeTrès élevé

Responsabilité collective ou choix individuels ?

La Journée Internationale du Bonheur nous rappelle que celui-ci n’est pas seulement une quête individuelle, mais aussi une responsabilité collective. Les politiques publiques, les initiatives locales et les actions citoyennes peuvent créer un environnement propice au bien-être de tous.

En France, plusieurs villes ont mis en place des projets visant à améliorer la qualité de vie de leurs habitants et habitantes, en favorisant les espaces verts, les transports durables et les lieux de rencontre. Ces initiatives montrent que le bonheur peut aussi être une construction collective.

Sur le plan individuel, contrairement à l’idée que le bonheur dépend uniquement de facteurs génétiques ou de circonstances extérieures, Seligman affirme que 40 % de notre bonheur dépend de nos actions et de nos choix (contre 50 % pour la génétique et 10 % pour les circonstances). Alors, comment cultiver le bonheur dans notre vie quotidienne ?

Dans Flourish[5], Seligman propose le modèle PERMA, qui identifie cinq piliers essentiels au bien-être et à l’épanouissement (flourishing) :

  • Positive emotions (Émotions positives) : ressentir de la joie, de la gratitude, de l’espoir.
  • Engagement : l’implication dans des activités qui captivent notre attention (état de flow).
  • Relationships (Relations) : les liens sociaux positifs et significatifs (famille, amis, communauté).
  • Meaning (Sens) : appartenir à ou servir quelque chose de plus grand que soi.
  • Accomplishment (Accomplissement) : poursuivre des buts et ressentir un sentiment de réussite.

 Le bonheur comme horizon

Le bonheur reste un idéal vers lequel nous tendons toutes et tous, mais il est aussi un itinéraire que nous élaborons chaque jour. À l’occasion de cette Journée Internationale du Bonheur ce 20 mars, nous vous souhaitons de prendre un temps pour identifier ce qui vous rend vraiment heureux·se, de cultiver le bonheur dans des gestes, des moments aussi petits soient-ils. Car dans la grande chaîne de l’humanité, ils feront leur chemin et seront contagieux !


[1] Aristote. (1990). Éthique à Nicomaque (J. Tricot, Trad.). Vrin. Œuvre originale publiée vers 350 av. J.-C. https://philosophie.cegeptr.qc.ca/2020/03/aristote-ethique-a-nicomaque/

[2] Seligman, M. E. P. (2011). La fabrique du bonheur. Vivre les bienfaits de la psychologie positive au quotidien. (J. Lecompte, trad). Œuvre originale AUTHENTIC HAPPINESS Édition publiée par Atria Books, New York en 2004

[3] World Happiness Report 2026, Nations Unies, 2026. Consultable ici

[5] Seligman, M. E. P. (2011). Flourish: A visionary new understanding of happiness and well-being. Atria Books.


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