Depuis 2005, le 9 juin a été institué journée internationale des archives. C’est l’occasion pour le Centre Henri Aigueperse de rappeler que la conservation des documents du passé dans leur pluralité est indispensable à l’écriture de l’histoire. Notre centre a pour vocation à se préoccuper de ce sujet afin de produire une histoire documentée au plus près de l’expérience des militantes et militants du passé.
L’importance de la conservation des archives pour l’histoire du mouvement ouvrier
Comme le soulignent Colette Chambelland, Jacques Julliard et Jean Maitron dans le numéro du Mouvement social consacré à la question des « archives de militants » en 1964 « Le jour où l’on a voulu faire une histoire scientifique du mouvement ouvrier, le problème de la recherche des archives ouvrières s’est immédiatement posé.[1]» Cela suffit à démontrer l’importance cruciale de disposer d’archives issues des organisations syndicales afin de faire leur histoire : on ne peut en effet se contenter des archives publiques, bien souvent constituées de rapports de surveillance des autorités officielles et de la police, ou bien encore de la documentation constituée à partir des publications militantes, dont la conservation peut être aléatoire. Comme l’explique le collectif qui a conduit la réalisation de ce numéro du Mouvement social : « Longtemps, les archives des organisations syndicales sont apparues comme une terre promise. L’historien, victime des scissions, d’un certain climat de méfiance, n’était pas toujours bien accueilli par les fédérations et les syndicats. » Puis en précisant l’objet de ce dossier : « Dans le cadre de ce numéro, nous avons voulu essentiellement montrer ce que l’on pouvait attendre des documents inédits trouvés dans des fonds récents. Nous espérons que ce sera le début d’une collecte plus systématique de ce que nous cherchons : la vision vivante des hommes et des mouvements.[2]»
L’évocation des archives syndicales et de leur conservation serait incomplète si l’on n’évoquait pas le travail en équipe au sein du CODHOS, Collectif des centres d’archives et de documentation en histoire ouvrière et sociale[3]. Mis en place en 2001, ce réseau fédère les structures d’archives et de documentation de syndicats, de partis, de fondations, d’organismes et d’institutions publiques et des associations afin de faciliter les échanges et de développer des outils communs pour mieux gérer les sources du mouvement ouvrier et social[4]. Le CODHOS dispose d’un site Internet et a réalisé plusieurs guides des sources.
Les Archives Nationales du Monde du Travail de Roubaix[5] ont reçu au mitan des années 2000 deux importants fonds d’archives, celui de la FEN/UNSA Éducation et celui du SNI/ SE-UNSA. Cela montre l’importance accordée à la préservation des archives du côté du syndicalisme de l’éducation. Mais cette première partie a surtout montré un lien fort et durable entre la pratique syndicale et l’histoire dans notre pays. Cela passe par un rôle essentiel des luttes du passé dans la construction identitaire des militant.es et adhérent.es, tout comme la volonté de se saisir des temps de commémorations pour renforcer à la fois la connaissance historique et ce sentiment d’appartenance.
L’exemple de la série T des archives départementales
Pour qui souhaite écrire l’histoire du syndicalisme de l’éducation, la série T dans toutes les archives départementales est une ressource essentielle. Une publication récente fait le point sur le contenu de cette série et sur l’importance pour connaître les carrières des professionnels et donc des syndicalistes, mais aussi l’ensemble des données historiques sur le système éducatif. Ce petit guide est essentiel et offre un contenu d’une grande valeur. L’histoire du syndicalisme de l’éducation est possible grâce à ce type d’archives et c’est pourquoi ce guide est essentiel
Sandrine Heiser et Marianne Linarès, Série T, Archives et culture, 2025, voir en ligne.
La conservation des archives des organisations syndicales est un acte militant. Cela est indispensable pour écrire une histoire au plus des acteurs et actrices du mouvement social.
Pour aller plus loin :
Faire de l’histoire à travers l’action syndicale ? Archives, mémoires, témoignages, transmissions : repenser les pratiques dans l’engagement syndical, en lignehttps://centrehenriaigueperse.com/2025/12/15/faire-de-lhistoire-a-travers-laction-syndicale/
[1] Colette Chambelland, Jacques Julliard, Jean Maitron, (dir.), « Archives de militants », Le Mouvement social, n°47, avriljuin 1964
[2] « Archives de militant », introduction au dossier, op.cit.
[3] Le termes « archives » a été ajouté récemment sans modifier le nom CODHOS, voir le PV de l’AG d u19 septembre 2025. Le Centre Henri Aigueperse de l’UNSA Éducation est membre de ce collectif.
[4] Thierry Mérel, « Le Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale (CODHOS) », La Gazette des archives, n°221, 2011, en ligne https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2011_num_221_1_4778 Thierry Mérel est actuellement le président de l’association.
[5] https://archives-nationales-travail.culture.gouv.fr/
En savoir plus sur Centre de Recherche, de Formation et d'Histoire sociale
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire