Le 18 août disparaissait la première ministre des Droits de la femme nommée en 1981 et grande figure du féminisme, Yvette Roudy. Son action, qui s’est prolongé jusqu’en 1986, a favorisé l’égalité entre les femmes et les hommes et a marqué notre société. Elle a laissé un témoignage marquant dans le livre publié par la Fédération de l’Éducation nationale (FEN) Le Féminisme et ses enjeux. C’est l’occasion de revenir sur ce parcours exemplaire à partir de son témoignage de l’époque.
En 1988, la FEN et son centre de recherche, qui a précédé l’UNSA Éducation et le Centre Henri Aigueperse, décident de publier un ouvrage sur la question du féminisme et de l’égalité femmes-hommes. 27 femmes contribuent à la réflexion, du point de vue historique, sociale, mais aussi en lien avec les questions éducatives. Ce livre est l’occasion de fonder de nouvelles revendications syndicales en faveur des droits des femmes. Il était légitime qu’Yvette Roudy puisse rendre compte de son action forte dans ce domaine. Nommée par François Mitterrand, elle était une militante féministe depuis les années 1960 et a adhéré au nouveau parti socialiste au début des années 1970. Durant cette période, elle se familiarise avec les questions féministes et propose des mandats forts pour sa formation politique en faveur des femmes. L’arrivé de la gauche au pouvoir en 1981 la propulse sur le devant de la scène politique.
Un ministère pas comme les autres
Le témoignage de la ministre, que l’on peut lire dans le livre publié par la FEN, a pour titre « Un ministère pas comme les autres. Un projet, une stratégie pour les femmes.[1] » Dans un style enlevé, parfois combatif et toujours engagé, elle relate son action déterminée en faveur des droits des femmes. Pour la première fois, ce sujet est porté par une ministre de plein exercice, avec des moyens dix fois plus important que lors de la précédente mandature. Son action est à la fois progressiste et féministe. Selon elle, il y a deux catégories de personnes, d’un côté celles qui s’accommodent des inégalités femmes-hommes : cette catégorie reconnaît qu’il existe « une condition féminine qui peut prendre parfois des aspects douloureux, qu’elle veut bien atténuer pour la vie plus supportable, mais ne souhaite à aucun prix la changer. » À ce premier groupe s’oppose celles et ceux qui veulent changer la condition des femmes : « là est la différence » indique Yvette Roudy.
La création du ministère est une nouveauté et son action s’est inspirée d’une réflexion précédente de plusieurs années, qui tient compte de l’histoire commune entre le socialisme et le féminisme. Cette réflexion s’est appuyée sur une stratégie, qui vise à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, Yvette Roudy parlant même de « discrimination positive ».
À l’arrivée au pouvoir en 1981, elle organise la mise en place d’une commission pour faire un état des lieux de la situation des femmes en France, cette commission était présidée par l’historienne Madeline Rebérioux[2]. Une fois établi le diagnostic clair sur les inégalités dont souffrent les femmes, l’action politique se démultiplie : le droit à l’information sur la contraception dispose des nouveaux moyens de communication, puis Yvette Roudy obtient le remboursement de l’IVG, autorisé en France depuis la loi Weil. Elle explique sur ce point : « Je me suis attiré les foudres des fanatiques qui, pour contrer le projet, ont mis en branle un dispositif de forces d’intimidation impressionnant ». Mais sa détermination est sans faille et elle s’engage ensuite pour une loi sur légalité professionnelle en 1983, puis sur le travail de nuit pour les femmes.
Une action de longue haleine sur l’école et l’éducation est également mis en place : de nouvelles directives sur l’orientation pour les jeunes filles voient le jour car pour elle « le besoin est urgent de tourner le dos à des représentations archaïques de l’homme et de la femme qui freinent lourdement l’avancée culturelle et économique de notre société. » Cela passe aussi par la lutte contre les stéréotypes véhiculés par les livres scolaires ou la publicité, ainsi que la lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes. Elle cherche également à féminiser la langue pour construire une égalité réelle entre les femmes et les hommes au quotidien. Les obstacles sont nombreux, y compris dans son propre camp, mais son témoignage nous montre sa détermination à toute épreuve. Le 8 mars 1982 est mis en place la journée des femmes où la question de l’égalité est mise en valeur. À cette occasion, des portraits de femmes inspirantes dans l’Histoire sont diffusés partout en France.
Plus de quarante ans après, on ne peut qu’être admiratif de cette action en faveur des droits de femmes qui a pris en compte toutes les dimensions, en insistant sur le rôle majeur de l’éducation. Rendre hommage, ou plutôt en s’inscrivant dans sa lignée, rendre un femmage à Yvette Roudy est nécessaire car si la cause des femmes a considérablement progressé sous son égide, aujourd’hui il reste encore beaucoup de chemin à faire pour arriver à une réelle égalité entre les femmes et les hommes. Yvette Roudy a montré le chemin, alliant réflexion et action, à nous d’en être les continuateurs.
Pour aller plus loin :
Notice biographique du Maitron patrimonial https://maitron.fr/roudy-yvette-nee-yvette-saldou/
Le Féminisme et ses enjeux, vingt-sept femmes parlent, centre fédéral FEN, edilig, 1988.
NB : l’illustration de cet article est issue du livre de la FEN et reprend une campagne de communication orchestrée par le Ministère d’Yvette Roudy au début de l’année 1986.
[1] Yvette Roudy, « « Un ministère pas comme les autres. Un projet, une stratégie pour les femmes » in Le Féminisme et ses enjeux, vingt-sept femmes parlent, FEN, edilig, 1988. Toutes les citations de cet article proviennent de ce témoignage.
[2] Les femmes en France dans une société d’inégalités, La documentation française, 1982.
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