Publié dans Recherches

Même s’ils se resserrent, les écarts de retraite entre les femmes et les hommes demeurent importants

Réalisée à la demande du Centre Henri Aigueperse – UNSA Education et avec le concours financier de l’IRES, la recherche conduite par Carole Bonnet (Ined), Dominique Meurs, (Economix Paris Ouest, Ined et Cepremap), Benoît Rapoport (Paris 1 et Ined) intitulée « Ecarts de retraite entre les hommes et les femmes dans le privé et le public » (février 2018) met en évidence que les écarts de retraite entre les femmes et les hommes tendent à se réduire, mais qu’ils demeurent encore très importants. (retrouvez ici l’ensemble de la recherche : Rapport final unsa mars 2018 )

Quels enseignements nous apportent cette recherche ?

  • Tout d’abord que les écarts moyens se sont un peu resserrés entre 2008 et 2012, quel que soit le régime d’affiliation considéré. Mais « la pension moyenne des femmes au Régime Général (mono et polypensionnés) représente environ 50 % de celle des hommes en 2008 comme en 2012. Les écarts sont plus faibles dans la Fonction publique, que ce soit pour les agents de l’État (plus de 80%) ou des collectivités (autour de 75% pour les monopensionnés, plus de 80% pour les polypensionnés).

  • Ensuite que les distributions des pensions n’ont pas évolué de façon spectaculaire entre 2008 et 2012, ce qui n’est guère étonnant compte tenu du fait qu’un grand nombre de retraités observés en 2012 était déjà présents en 2008. »

      • Ainsi, la distribution des retraites des femmes reflète toujours nettement une plus grande fréquence des petites pensions, même si on observe une lente convergence vers la distribution des hommes.

      • Quant aux distributions de durée validée, elle font toujours apparaître de fortes différences entre hommes et femmes, celle des hommes étant beaucoup plus ramassée, avec un pic très fort autour de 160 trimestres, alors que celles des femmes est très dispersée, avec un grand nombre de retraitées ayant des durées inférieures à 50 trimestres.

      • Enfin une grande inertie, en défaveur des femmes, caractérise la distribution des salaires de référence servant au calcul du montant des retraites.

Un indéniable resserrement

La tableau ci-dessous montre qu’ un resserrement de l’écart moyen entre les femmes et les hommes à âge égal est indéniable. Il est beaucoup plus marqué dans le secteur privé que dans le secteur public, et un peu plus souvent plus prononcé aux âges les plus élevés. (Attention toutefois, car à 66 ans, tous les actifs n’ont pas encore pris leur retraite, en particulier les hommes très qualifiés, aux salaires élevés).

Tableau. Écart et variation des écarts des retraites entre 2008 et 2012 par âge

Age 66

Age 68

Age 70

Age 72

Age 74

Régime Général

Ecart en 2008

0,598

0,631

0,707

0,724

0,804

Ecart en 2012

0,554

0,547

0,53

0,575

0,675

Variation Ecart

-0,044

-0,084

-0,178

-0,148

-0,129

SRE

(FPE)

Ecart en 2008

0,201

0,211

0,216

0,228

0,317

Ecart en 2012

0,169

0,191

0,205

0,226

0,213

Variation Ecart

-0,032

-0,020

-0,011

-0,002

-0,104

CNRACL

(FPT et FPH)

Ecart en 2008

0,187

0,19

0,269

0,271

0,265

Ecart en 2012

0,142

0,137

0,18

0,196

0,274

Variation Ecart

-0,045

-0,053

-0,088

-0,075

0,008

Sources : EIR 2008 et 2012

Mode de lecture : La différence entre les retraites (exprimées en logarithme) des hommes et des femmes âgés de 66 ans était égale en 2008 à 0,598 et en 2012 à 0,554, soit un resserrement de l’écart de 0,044.

Les principaux facteurs de ces variations, quel que soit le régime de retraite, sont de deux ordres :

  • un accroissement des durées de cotisation

  • des salaires de référence plus élevé chez les femmes que chez les hommes.

Mais les poids de ces deux facteurs diffèrent selon le secteur : dans le privé, l’effet durée domine, dans la FPE, c’est le salaire de référence qui joue un rôle prédominant et pour la CNRACL les deux composantes jouent mais l’effet du salaire de référence l’emporte.

Ils ont également un impact différent selon la position dans la distribution des retraites. Ainsi l’étude met en évidence que pour le régime général, le resserrement est plus important pour les petites retraites (jusqu’à la médiane) et avec une ampleur moindre, pour les retraites les plus élevées. Alors que pour le secteur public, le resserrement est à peu près uniforme sur l’ensemble de la distribution, même si des différences d’évolution s’observent pour certains âges, en particulier dans le haut de la distribution pour l’État et aux deux extrémités de la distribution pour les collectivités.

En résumé :

  • l’allongement des durées travaillées réduit les inégalités entre les hommes et les femmes du bas de la distribution,

  • l’accroissement supérieur du salaire de référence pour les femmes par rapport aux hommes se traduit plutôt par un moindre écart en haut de la distribution.

Et donc que le plus sûr moyen de rapprocher les retraites des femmes de celles des hommes du même âge est de leur permettre des carrières continues.

Ceci amène les auteurs de la recherche à proposer trois piste en termes de politique économique « pour rapprocher les retraites de droit direct des femmes et des hommes :

  • la plus simple et peut-être la plus efficace serait d’informer systématiquement les femmes, particulièrement celles qui partent en congé de maternité et qui envisagent un passage à temps partiel ou une interruption de carrière, du coût à long terme de leur décision, surtout dans un contexte de réforme des retraites qui tend à accroître le nombre de trimestres à valider et à rendre plus étroit le lien entre trajectoires professionnelles et droits à retraite. Notons que cette démarche semble entrer tout à fait dans les missions des syndicats.

  • La deuxième serait le renforcement des politiques d’égalité professionnelle qui, à terme, peuvent augmenter davantage le salaire de référence des femmes. Là encore le poids des syndicats est non négligeable pour inciter les employeurs à développer ces politiques, et viendrait renforcer les efforts de l’Etat en la matière.

  • Enfin, même si leur poids statistique est réduit dans l’explication des écarts, à l’exception des monopensionnés du régime général, les minima sont loin d’être négligeables pour les petites retraites et leur relèvement bénéficierait davantage aux femmes qu’aux hommes. »

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