Publié dans Recherches

la radicalisation des jeunes en question

Le début de ce mois d’avril aura été l’occasion de nombreuses interrogations autour de la question de la radicalisation des jeunes. Au-delà de l’actualité, toujours éprouvante, qui entoure les phénomènes d’attentat, ravivée par l’ouverture du procès de la filière jihadiste de Lunel, c’est aussi la recherche qui vient éclairer le sujet avec la publication aux PUF de l’ouvrage du CNRS La Tentation radicale. Enquête sur les lycéens, sous la direction d’Olivier Galland et Anne Muxel.

A n’en pas douter, l’ouvrage réalisé à partir d’une grande enquête auprès de 7000 lycéens, marque une référence essentielle dans l’étude du phénomène de la radicalisation des jeunes en France. Elle tente d’apporter des réponses aux questions qui se posent sur l’ampleur et les causes de cette radicalisation. Mais elle est aussi contestée, tant dans sa méthodes que dans son manque de « neutralité axiologique », exigence définie par Max Weber que Jean Baubérot ne retrouve pas dans l’ouvrage qu’il critique largement dans un article paru sur son blog.

Le travail d’Olivier Galland et Anne Muxel affirme la présence d’une forme de radicalisation politique et religieuse chez les adolescents. Et met en évidence une « minorité préoccupante » -32 % d’entre eux pour les jeunes se réclamant de l’islamencline à un absolutisme religieux. Ils seraient 6 % parmi les lycéens se revendiquant chrétiens et 14 % chez les fidèles d’autres cultes.

Mais « cet absolutisme religieux ne débouche pas forcément sur la violence, laquelle peut s’exprimer sans absolutisme religieux », précise Anne Muxel, qui met en garde contre le « risque d’instrumentalisation » de ces chiffres. Une grande majorité des jeunes condamne les attaques terroristes (68 % pour Charlie Hebdo, 79 % pour le Bataclan). Et elle rappelle que l’enquête « ne porte pas seulement sur les jeunes musulmans » mais sur la jeunesse française au sens large.

Le constat montre certes une spécificité des jeunes musulmans du point de vue de l’importance de la foi religieuse dans leur vie personnelle, leur forte pratique religieuse et leur attachement au respect des comportements et interdits religieux. Pour Olivier Galland « ces jeunes se situent bien dans un univers culturel et normatif très éloigné de la jeunesse majoritaire et très éloigné des valeurs centrales de la société. » Pour autant aucune étude approfondie n’existe aujourd’hui pour comprendre comment les jeunes musulmans «vivent, interprètent leur religion par rapport à la laïcité française et aux valeurs de la République » constate Anne Muxel qui conclut que les résultats de ces travaux « donnent envie d’aller plus loin pour mieux comprendre la vision de ces jeunes ».

Plusieurs travaux de recherche, en revanche, tentent d’étudier la radicalité quand celle-ci bascule vers la violence. Un phénomène complexe qui nécessite de s’appuyer sur différentes disciplines. C’est à une revue de littérature scientifique sur le sujet que s’est attelée ISABELLE LACROIX, Chercheuse postdoctorante en sociologie au laboratoire Printemps, université Versailles-Saint-Quentin/Paris Saclay à la demande de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF). Son travail fait l’objet d’une publication de l’institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire : Radicalisations et jeunesses – Revue de littérature, INJEP notes & rapports n°2018/02.

L’histoire, la science politique et la sociologie sont les principales disciplines mobilisées. Mais au-delà, cette revue puise également dans les sciences de l’éducation, la psychologie et la psychanalyse, qui choisit de ne pas se limiter choisit au jihadisme mais rend compte des formes d’engagement radical au sein desquels les jeunes sont présents de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par les indépendantismes.

Cet éclairage sur cette jeunesse dite « radicalisée », ainsi que sur les facteurs conduisant à ce type de parcours de vie, confirme le besoin de croiser les regards disciplinaires pour comprendre ce phénomène et invite là aussi à conduire des travaux plus approfondis.

[On lira également sur ce même sujet le rapport que Laurent Bonelli et Fabien Carrié ont remis à la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) Radicalité engagée, radicalités révoltées – Une enquête sur les mineurs suivis par la protection judiciaire de la jeunesse, dans lequel les deux sociologues se sont intéressés aux différentes manières de s’approprier une forme de radicalisation et aux conditions sociales qui les produisent. Les conclusions de leur travail montrent que le profil des mineurs radicalisés ne correspond pas à tous les a priori associant très souvent radicalisation, précarité et délinquance et mettent en évidence d’autres mécanismes.]

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