Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Qui sont les professeurs des écoles ?

Au travers de l’analyse de 70 portraits socioprofessionnels originaux, le travail « Professeurs des écoles au XXIème siècle » conduit par André D. Robert et Françoise Carraud répond en grande partie à cette question.

L’ensemble des éléments constitutifs des parcours professionnels y est abordé : du « choix » d’entrer dans le métier à l’ « amour des enfants », de la polyvalence à la surprescription hiérarchique, du lien syndical et politique aux rythmes scolaires.

L’hétérogénéité des territoires, la segmentation des publics et des tâches, la diversité du métier selon les niveaux et les contextes d’exercices ne sont pas oubliées.

La lecture de l’ouvrage permet de mieux appréhender ce corps professionnel d’environ 330 000 membres, féminisé à près de 83 % et dont 40 % a entre 35 et 45 ans.

Ainsi pour cette profession relativement « jeune », si l’attirance pour le métier, une « vocation » dominent les choix, la déception se situe majoritairement du côté de l’action du ministère de l’Éducation nationale. Comme l’a montré le baromètre UNSA des métiers de l’Éducation, que l’étude cite parmi ses nombreuses sources, la charge de travail est jugée trop importante, les injonctions trop nombreuses, les réformes trop rapides et mal explicitée. Globalement, les professeurs des écoles se sentent mal armés pour débuter dans le métier, manquant trop souvent de connaissances pédagogiques et d’accompagnement. Ils subissent un système de plus en plus basé sur la performance et la culture du résultat, dont ils ont dû mal à percevoir en quoi il permet une meilleure réussite de leurs élèves.

Face à ce besoin d’être représenté et défendu, ils jugent utiles les organisations syndicales, mais regrettent leur morcellement qu’ils identifient comme une fragilisation qui ne leur permet plus de faire contre-pouvoir par rapport aux injonctions ministérielles.

De fait, avec l’élévation du niveau de recrutement et de l’origine sociale des enseignants la proximité avec un engagement syndical s’estompe tout comme se développe un « éclectisme politique » assurant « aux représentations politiques de droite une place plus grande que pas le passé dans ce milieu. »

Ainsi, aux travers de cette riche analyse se dégage le portrait type d’une enseignante fière de son métier, surtout mobilisée et investie dans le travail quotidien de la classe avec ses élèves et ses collègues, méfiante des « appareils » administratifs, ministériels, syndicaux ou politiques jugés éloignés de ses préoccupations et souffrant d’un manque de reconnaissance professionnelle voire sociétale.

Dans le contexte particulier, à la fois de nouvelles attentes en matière d’enseignement et d’Éducation et de permanence, voire d’aller-retour permanents, dans les réformes scolaires, la construction d’une identité professionnelle des professeurs des écoles reste encore à construire. C’est certainement un des « oubliés » des politiques éducatives récentes. Cet ouvrage fournit de nombreux éléments pour alimenter cet indispensable chantier.

André D. Robert, Françoise Carraud, Professeurs des écoles au XXIème siècle, Portraits socioprofessionnels, PUF, Paris, juin 2018

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