Publié dans Recherches

De l’influence de l’ « informel » sur le « formel » en éducation (et inversement)

Une précédente étude conduite par le Centre Henri Aigueperse, « Loisirs et éducation des enfants : une confusion entretenue » par Denis ADAM du SEP et de Nathalie ROUCOUS de l’Université Paris XII en partenariat avec le centre de recherche EXPERICE de l’Université Paris 13 (mai 2015), avait mis en évidence à partir de la pratique des animateurs, la tendance à la « scolarisation des loisirs » des enfants. La lutte contre l’échec scolaire s’imposant, l’animation socioculturelle est de plus en plus convoquée en effet pour y participer. Et même lorsque les activités sont éloignées des programmes scolaires, la formes d’une pédagogie « formelle » se retrouve fréquemment utilisée par des animateurs, alors même que ceux-ci s’en défendent, évoquant des démarches de liberté, de non contrainte, de choix des enfants.

Nous évoquions aussi dans ce travail, mais sans l’approfondir, le fait que l’éducation dite non-formelle, voire informelle, était également rentrée dans l’École et que nombre d’enseignants avaient par ces pratiques fait évoluer leur approches pédagogiques.

Ce sujet est repris et travaillé en profondeur par la revue Carrefours de l’éducation qui consacre le dossier son numéro 2018/1 (n° 45) à « L’éducation informelle contre la forme scolaire ? » s’appuyant sur les travaux du colloque international de l’Association transdisciplinaire pour les recherches historiques sur l’éducation (ATRHE), intitulé « Histoire des éducations dans et hors l’école », qui s’est tenu du 9 au 11 octobre 2014 à l’Université de Corse Pasquale Paoli.

L’hypothèse de la recherche, telle que la présente Bruno Garnier1 dans sa présentation, est sans « minimiser l’importance de l’éducation formelle, mais de suggérer qu’elle ne constitue, en définitive, qu’une faible partie de ce que nous savons et de ce que nous devrons apprendre, tout au long de notre vie. » Il constate en effet que « dans les sociétés occidentales hyper-scolarisées, telles que la France […] il suffit de se pencher sur nos activités quotidiennes, nos façons de résoudre les multiples problèmes de la vie, l’usage d’appareils électriques ou électroniques, l’usage d’une ou plusieurs langues, nos modalités de relation aux autres, nos modes d’adaptation aux activités professionnelles en constante évolution, pour saisir combien toutes ces pratiques sont éloignées des contenus d’enseignement et des modes d’apprentissage auxquels nous a exposés notre parcours scolaire. »

Est-ce à dire que la forme scolaire est dépassée et qu’elle devrait laisser la place à une éducation informelle davantage capable de répondre au contexte social, économique, territorial actuel ?

Tel n’est pas le propos de la recherche. Elle met en évidence la place acquise aujourd’hui par les apprentissages informels « devenus incontournables dans la conception des parcours de formation, de la petite enfance à l’âge scolaire et tout au long de la vie. » Elle analyse le fait que « l’appréhension de la complexité des savoirs indispensables pour comprendre la complexité du monde » n’est plus l’apanage exclusif de l’éducation formelle et montre que « la socialisation se fait de plus en plus au travers d’expérimentations entre pairs, par les usages de l’internet et des réseaux sociaux, c’est-à-dire par l’éducation informelle. »

De ces constats, il faut tirer une conclusion. Celle de ce dossier est claire, plutôt que d’opposer éducation formelle et éducation informelle, Bruno Garnier interroge un rapport dialogique dans lequel « la forme scolaire, sous l’influence de l’éducation informelle, deviendrait capable de favoriser la socialisation démocratique des futurs citoyens dans un monde complexe ».

Une piste importante de réflexion qui pourrait trouver également une part de sa concrétisation dans le travail, le partenariat, le formation commune des différents acteurs éducatifs, dans et hors l’École. A réfléchir alors que le ministère de l’éducation nationale pourrait abandonner la notion d’Éducation dans les structures de formation initiale et continue pour se recentrer sur le seul professorat…

Le dossier de Carrefours de l’éducation peut être retrouvé ici : https://www.cairn.info/revue-carrefours-de-l-education-2018-1.htm

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