Publié dans Histoire sociale

La remise du Prix Maitron 2018

Le 5 décembre a eu lieu la journée Maitron 2018 avec trois temps forts : tout d’abord ce fut la présentation du site Internet qui a été totalement renouvelé avec une nouveauté majeure : l’accès libre de la très grande majorité des notices biographiques qui recouvrent une large période allant de 1789 aux années 1960. On y retrouve plus de 180 000 notices de militantes et de militants du mouvement ouvrier et du mouvement social. Dans ce corpus, la présence des enseignant.e.s est forte, et c’est toute l’histoire du mouvement syndical enseignant qui est illustré par le parcours de ces hommes et ces femmes connu.e.s ou inconnu.e.s. Plusieurs communications ont été présenté durant cette journée et on retiendra en particulier l’intervention d’Ismaïl Ferhat qui a porté justement sur le corpus enseignant. Le Maitron est une œuvre vivante et une nouvelle série de notices biographiques est en cours de réalisation : pour le monde enseignant, l’Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’éducation ( HIMASE http://www.himase.fr/ ) joue un rôle important dans l’écriture de ces notices.

Autre temps fort de la journée : la remise du Prix Maitron 2018, attribué cette année à Gaëlle Boursier pour son mémoire de M2, « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes » soutenu en 2017 à l’Université de Rennes 2 sous la direction de Gilles Richard. Le jury du prix, composé d’universitaires et de syndicalistes, a salué la grande qualité de ce travail. Chaque année le prix est doté d’une somme de 1500 euros financée par l’UNSA Éducation. Nous avons demandé à l’auteure de nous en dire davantage sur son travail de recherche.

Entretien avec Gaëlle Boursier, lauréate du Prix Maitron 2018.

Votre mémoire de master porte sur « ‘Nous ne resterons pas les bâtards de la métallurgie’. Histoire de la grève des Batignolles, janvier-mars 1971, Nantes ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

L’intitulé de mon mémoire fait référence au slogan porté par les grévistes des Batignolles qui exigeaient un rattrapage des salaires avec le reste de la métallurgie nantaise, les questions de l’égalité et de la dignité s’avérant centrales dans ce conflit. Cette lutte voit se combiner, composer ou s’opposer les différentes stratégies et modes d’action des ouvriers, des organisations syndicales et des maoïstes de l’usine. Elle déclenche rapidement un vaste mouvement de solidarité et opère des désenclavements, en s’ouvrant aux militantes de quartier, aux paysans, aux chrétiens de gauche, aux étudiants. Elle engage la résistance acharnée des directions patronales et provoque l’intervention des pouvoirs publics, symbolisant les limites de la politique contractuelle qui cherche à s’imposer alors. En somme, tout en possédant ses spécificités propres, la grève des Batignolles concentre des enjeux qui confèrent au conflit une portée nationale et fonctionnent comme un révélateur de la période.

Il me semblait par ailleurs important d’interroger la grève dans la plus longue durée. J’ai donc développé la question de la formation et de l’évolution des identités ouvrières aux Batignolles, au regard des restructurations productives de l’usine, ainsi que des transformations économiques et sociales advenues en France et dans l’Ouest durant la période. Je tenais également à inscrire la lutte de 1971 dans le contexte d’effervescence des « années 68 », marqué notamment par une configuration singulière des luttes ouvrières.


Sans délaisser l’analyse des modes d’organisation, je cherche à interroger la grève par en bas, en portant une attention particulière aux points de vue des ouvriers sur la lutte, le travail, le quotidien, en considérant leur capacité d’agir, leurs objectifs propres et leurs aspirations. Ma recherche procède donc de l’histoire ouvrière récente et s’inscrit dans les nouveaux développements de l’historiographie sur les « années 68 » et sur l’Ouest de la France.


Comment en arrive-t-on à travailler sur un tel sujet ?

Comprendre ce qui sépare le temps de la centralité ouvrière de ce qui s’avère aujourd’hui une dissolution de la classe ouvrière me motivait. A cela s’ajoutaient un intérêt profond pour les luttes sociales, une curiosité pour les événements de mai-juin 1968 et un attrait pour l’histoire de la Bretagne et de l’Ouest. Après avoir échangé avec mon directeur de mémoire, Gilles Richard, j’ai axé mon sujet autour de l’étude d’une grève qui se déroulait dans la région et pendant la période. C’est en cherchant dans les fonds du Centre d’histoire du travail de Nantes que la lutte des Batignolles a retenu toute mon attention.


Obtenir le prix Maitron cette année , qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ce fut une impressionnante surprise. En fait, je suis très honorée que mon travail ait bénéficié de cette distinction, d’autant que le Maitron est une œuvre colossale qui nourrit mon propre goût pour l’histoire sociale, abordée par en bas. Je suis aussi heureuse que les actrices et les acteurs de la lutte des Batignolles soient ainsi un peu plus mis en lumière. A mes yeux, leurs récits sont autant d’expériences qui peuvent éclairer le sens de l’action collective, nourrir nos réflexions et inspirer nos engagements.


Et maintenant , avez-vous des projets dans le domaine de la recherche ?

J’avais l’idée de m’orienter dans les métiers des bibliothèques, la remise du prix Maitron a réactivé mon envie de faire de la recherche. J’ai pour projet de rédiger les notices biographiques des militantes et des militants rencontrés dans le cadre de mon mémoire. Je me pose également la question de poursuivre en thèse, ce que j’aimerais faire, même si rien n’est encore précis. Je sais en revanche que j’aime explorer l’histoire des luttes ouvrières et sociales, que j’ai un attrait pour les années 68 et la Bretagne, et que ma volonté serait de continuer à éclairer les trajectoires et les récits de celles et ceux qui luttent, oubliés de l’histoire qui pourtant font l’histoire.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s