Publié dans Aujourd'hui, vu, lu pour vous

L’esprit et la lettre

Aux grands maux, les grands remèdes. Face à la crise de confiance, le président de la République lance une grande consultation qu’il initie par une lettre aux Française et Français.

D’autres présidents se sont en leur temps livré à cet exercice d’écriture (François Mitterrand, Nicolas Sarkozy, François Hollande) avec des objectifs différents et des succès différents.

Il ne nous revient ni d’anticiper sur les effets d’un tel courrier, ni d’en faire l’exégèse exhaustive, mais de regarder la place des sujets qui nous concernent.

Dans sa lettre Emmanuel Macron évoque l’école, la citoyenneté, la laïcité, la fonction publique.

Qu’en dit-il ?

L’École, l’Éducation ne font pas partie des questions posées par le président. Il n’y a d’ailleurs aucun axe proposé à la réflexion sur le domaine éducatif et culturel, pas plus d’ailleurs que sur la formation et l’insertion professionnelle.

L’évocation de l’Éducation correspond donc d’abord à une fierté nationale : « Chez nous, l’éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune.» Affirmation certes juste en terme d’accès, mais totalement démentie par toutes les études lorsqu’il s’agit de la réussite scolaire. Ensuite le président réaffirme la ligne de sa politique et redit son soutien aux réformes en cours : « Je pense toujours qu’il faut rebâtir une école de la confiance… » Ce qui semble accréditer tout de même que tout ne pas si bien que cela dans l’Éducation en France. Mais c’est surtout au niveau européen que le président dessine le projet d’ « inventer un projet productif, social, éducatif, environnemental et européen nouveau, plus juste et plus efficace. »

La page est tournée, le président n’en dit pas plus sur le sujet. Mais comme « il n’y a pas de questions interdites », les débats pourront s’en emparer.

La citoyenneté est au cœur du message présidentiel. Est-ce bien sûr? Le mots « citoyen» est utilisé trois fois, dont deux fois dans un sens plutôt générique et « citoyenneté » deux fois dans le quatrième axe, introduit ainsi : « Enfin, il est évident que la période que notre pays traverse montre qu’il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté. »

Cette citoyenneté, Emmanuel Macron lui confère deux caractéristiques. La première, historique, est d’être électeur : « Être citoyen, c’est contribuer à décider de l’avenir du pays par l’élection de représentants à l’échelon local, national ou européen », même s’il reconnaît que « ce système de représentation […] socle de notre République, […] doit être amélioré car beaucoup ne se sentent pas représentés à l’issue des élections» sans pour autant jusqu’à dessiner les contours d’une démocratie participative. La seconde est « le fait de vivre ensemble », définition qui permet d’introduire la question de l’immigration (un raccourci qui déjà en dit long…) et de poser, comme incidemment, la question, « une fois nos obligations d’asile remplies » de « fixer des objectifs annuels définis par le Parlement », une limitation du nombre d’étrangers accueillis qui n’est pas sans rappeler « l’immigration choisie » chère à Nicolas Sarkozy.

« Valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble, en bonne intelligence et harmonie, des convictions différentes, religieuses ou philosophiques », la laïcité est alors évoquée par Emmanuel Macron de manière partielle, évoquant la « liberté parce qu’elle permet à chacun de vivre selon ses choix », mais pas celle absolue de conscience et questionnant sur son renforcement dans «  le rapport entre l’État et les religions » et sur le « respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République »

C’est en évoquant l’impôt que le président de la République aborde la question de la fonction publique. D’abord pour rappeler que « c’est lui qui finance nos services publics. Il vient rémunérer les professeurs, pompiers, policiers, militaires, magistrats, infirmières et tous les fonctionnaires qui œuvrent à votre service. » Ensuite, toujours sur le plan économique et sans remettre en cause la politique mise en œuvre depuis le début de son quinquennat, il propose de « poursuivre les baisses d’impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique» et interroge donc sur « les économies […] prioritaires à faire » en posant deux questions :

« Faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité?

À l’inverse, voyez-vous des besoins nouveaux de services publics et comment les financer ? »

Une manière de réaffirmer le coût des services publics et de mettre en relation celui-ci avec leur utilité…dont on peut se demander laquelle (utilité sociale ou rentabilité financière?).

Nul doute que les questions évoquées par le président de la République dans sa lettre et celles qui au-delà seront abordées dans le grand débat sont d’importance et méritent de faire l’objet d’une concertation citoyenne qu’il aurait peut-être mieux fallu avoir avant les élections présidentielles que quelques mois après… Mais mieux vaut tard que jamais. L’échange peut avoir lieu, il faut souhaiter qu’il débouche sur une autre manière de faire vivre la politique et la démocratie. Ce n’est qu’à cette condition qu’il permettra d’agir, comme semble le souhaiter Emmanuel Macron qui conclut sa lettre par ces mots, « en confiance ».

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