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Diabète, surpoids, obésité : l’urgence d’éduquer à la santé et à l’alimentation

Le 13 novembre 2017 s’ouvraient, à l’Assemblée Nationale, les États Généraux du Diabète et des Diabétiques, avec ce slogan « 1 an pour évaluer et agir ensemble »

La synthèse des débats d’alors fait apparaître la place importante que devrait prendre la prévention et tout particulièrement aux enjeux de l’alimentation. Il y est ainsi affirmer que, «plutôt que de culpabiliser les diabétiques de type 2, mieux vaut prendre grand soin de l’alimentation et de l’activité physique dès le plus jeune âge, en milieu scolaire. C’est la meilleure manière de promouvoir l’éducation en santé, de battre en brèche les idées reçues et de dissiper le sentiment de honte qui envahit trop souvent le patient diabétique

Et si le constat était partagé d’une prise de conscience progressive de l’incidence des comportements alimentaires sur la maladie, avec des tentatives de réponses réglementaires (comme le protocole signé par les ministres de la santé, du budget, de l’agriculture et de l’alimentation et auquel de grandes enseignes ont adhéré), « le combat se heurte aux pratiques de l’industrie agroalimentaire », accusée de déverser « sur le marché des produits toxiques ! » renforcées par les « pratiques tentatrices des centres commerciaux »

Qu’en est-il un an plus tard ?

Le 14 novembre 2018 est la journée mondiale du diabète. Occasion de faire le point. Et il ne semble pas très positif. Up Magazine1, fait ce constat : « En France, plus de 3,3 millions de personnes sont traitées contre le diabète. Le diabète de type 1, pourtant rare, touche de plus en plus d’enfants. Le diabète de type 2, qui représente 90 % des cas de diabète, affecte surtout les adultes, mais il est de plus en plus présent chez les enfants et adolescents compte tenu de l’augmentation de la fréquence du surpoids et de la sédentarité chez les jeunes.

Le professeur Jérôme Salomon, directeur général de la santé au ministère des solidarités et de la santé, affirme que « la vitesse de croissance du diabète est parmi les plus importantes des pathologies chroniques.»

S’appuyant sur une étude de l’association foodwatch2 le magazine montre qu’en France, un enfant sur six est en surpoids ou obèse et risque de le rester à l’âge adulte, et qu’en 2015, le diabète représentait un coût de 8 milliards d’euros pour l’Assurance maladie.

Pour l’Organisation mondiale de la Santé3, les conséquences les plus graves du surpoids et de l’obésité de l’enfant, sont des maladies qui, souvent, ne se manifestent pas avant l’âge adulte, dont le diabète.

Comment agir ?

Évidemment, et même si elles le nient, les responsabilités des industries agro-alimentaires sont énormes. L’association Foodwatch milite pour une loi, d’autres revendiquent des sanctions sous le mode « pollueurs-payeurs ». L’occasion de légiférer sur le sujet lors de la loi Agriculture et alimentation a été ratée, refusée par le gouvernement et les industriels : difficile de ne pas y voir une victoire de leurs lobbies.

Reste donc, en attendant une réelle protection des enfants et des jeunes face à la « malbouffe », le travail d’éducation.

Un accompagnement pour des repas équilibrés à la cantine, l’éducation à l’alimentation, avec mais aussi au-delà de la seule semaine du goût à l’école, l’apport des sciences sur les « aliments nocifs », le rôle de l’activité physique, l’éducation à la santé… deviennent dans ce contexte indispensables et urgentes.

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11 novembre 1918 : enfin la Paix !

Alors que depuis quelques jours, les rumeurs de paix deviennent de plus en plus nombreuses, c’est chose faite le 11 novembre 1918. L’Allemagne signe l’armistice et cela entraîne la victoire des Alliés, après plusieurs années de terribles combats. La Grande Guerre a dévasté le continent européen et a bouleversé l’ensemble des sociétés en guerre. Les mondes scolaires n’y ont pas échappé : plusieurs dizaines de milliers d’enseignants ont été mobilisé, et près d’un quart meurent au feu entre 1914 et 1918. Les enfants eux-mêmes sont marqués par ce conflit durant les longues années des combats comme le montre le tout récent livre de Manon Pignon et Yann Potin sur Françoise Dolto, qui devient « veuve de guerre à sept ans. »

Alors qu’avant 1914, les instituteurs étaient soupçonnés d’être des antipatriotes influencés par le syndicalisme, ils ont participé à ce conflit en défendant le territoire mais aussi leur idéal marqué par l’espérance d’un monde meilleur. Ainsi, dans le numéro de juillet 1916 de la Revue des deux mondes, le recteur de l’académie de Bordeaux, Raymond Thamin, évoque la participation des enseignants dans la Grande Guerre. Il souhaite ainsi démontrer le rôle positif que jouent les instituteurs au combat : « À quelques-uns, qui connaissaient mal nos instituteurs, leurs vertus militaires ont causé une agréable surprise. On les jugeait d’après des manifestations tapageuses qui n’engageaient que ceux qui s’y livraient, et qui, eux-mêmes, étaient le plus souvent des esprits généreux grisés par le vin des idées. » Plusieurs leaders syndicaux comme André Chalopin, secrétaire du syndicat des instituteurs à Paris, meurent au combat.

Le retour à la paix est difficile : près d’un tiers des enseignants survivants sont marqués physiquement par les blessures plus ou moins graves. Durant toute la guerre, les collègues non mobilisés et les institutrices apprennent la mort ou les blessures de leurs camarades dans le bulletin des amicales. Les listes au fur et à mesure de la durée du conflit sont de plus en plus longues. Une minorité d’entre eux s’oppose à la guerre, au risque de la prison, mais la grande majorité a fait son travail de soldat, même si les doutes sur les buts réels de cette guerre furent de plus en plus nombreux.

Il faut attendre la fin des combats pour voir s’afficher une volonté plus radicale de construire un monde nouveau, avec une école plus égalitaire, et une société nouvelle. Plusieurs enseignants se regroupent alors pour défendre l’idée d’une école unique, qui ne connaisse pas la césure entre les plus riches et les plus pauvres. Beaucoup d’entre eux se rassemblent dans les syndicats et les partis politiques qui aspirent à un monde nouveau. Mais tous veulent dès le 11 novembre 1918 défendre la paix. Cette guerre si meurtrière doit être la Der des Ders.

C’est ce que pensent ainsi deux instituteurs qui jouent un grand rôle dans le syndicalisme enseignant après 1918, d’une côté Georges Lapierre, de l’autre Joseph Rollo, tous deux mobilisés durant le conflit. Le premier devient ensuite particulièrement actif dans la promotion de la paix, en voulant bâtir un enseignement de l’histoire basé sur l’entente franco-allemande. Le second, fait de la laïcité le ferment d’une éducation et d’une société nouvelles. Tous les deux deviennent des leaders du SNI dans ce qu’on l’appelle plus tard l’entre-deux-guerres. En effet, malheureusement, la guerre de 14-18 n’est pas la dernière guerre mondiale. Lapierre et Rollo participent au nom de leur idéal à la Seconde Guerre mondiale et tous les deux meurent des suites de leur déportation après leur participation active à la Résistance. Cela nous montre qu’après la Grande Guerre, la Paix a été en réalité très fragile et que le monde qui se construit à partir du 11 novembre 1918 est très instable. On peut se rappeler 100 ans plus tard après la fin de cette Première Guerre mondiale les mots passionnés que Joseph Rollo écrit à sa femme lorsqu’il part au combat : « Nous sommes conscients de la nécessité de lutter. Je demande à partir et si je disparais, il faut que je sois assuré que tu survives et qu’à notre idéal tu consacres tout ce que tu lui donnes déjà et ce que tu réserves à notre amour. »

Pour aller plus loin :

Un excellent livre de synthèse, Jean-Michel Guieu, Gagner la paix, 1914-1929, Paris, Seuil, Points Histoire, 2018.

Sur l’histoire des années de guerre de la toute jeune Françoise Dolto, Manon Pignot, Yann Potin, 1914-1918. Françoise Dolto, veuve de guerre à Sept ans, Gallimard, 2018.

Un exemple de parcours en guerre d’un instituteur militant syndical, Benoît Kermoal « Officier et socialiste : l’instituteur Louis Cren dans la Grande Guerre » http://centenaire.org/fr/espace-scientifique/societe/officier-et-socialiste-linstituteur-louis-cren-dans-la-grande-guerre

Les notices biographiques de Georges Lapierre et de Joseph Rollo sont consultables sur le site du Maitron http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/

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[Quoi de 9?] : les 9 infos du mois de novembre

Parmi les infos de ce mois de novembre :

– les mauvaises nouvelles des inégalités :

  • celles liées à la pauvreté telles que les présente l’Observatoire des inégalités
  • celles, éducatives, liées au territoire, comme l’analyse le CNESCO

– des anniversaires :

  • les 100 ans de la fin de la Grande Guerre
  • les 50 ans de l’Office franco-québécois de la Jeunesse

– des mobilisations :

  • pour les élections professionnelles dans la Fonction publique
  • pour lutter contre le harcèlement

– des engagements :

  • à faire vivre la Francophonie
  • à mieux accueillir les enfants allophones

Toutes ces informations -et d’autres- sont à retrouver dans le [Quoi de ?] de ce mois de novembre : quoi-de-neuf novembre 2018

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Lutter contre toutes les formes de harcèlement, pas uniquement le premier jeudi de novembre

Toute forme de harcèlement qu’il soit produit par la violence ordinaire ou porté par les réseaux sociaux est inacceptable. Il n’a nullement sa place dans les lieux d’éducation. En parler et le combattre est donc indispensable. Et tel est l’objet d’une journée comme celle de mobilisation nationale de lutte contre toutes les formes de harcèlement entre élèves, qui se déroule dorénavant, depuis 4 ans, le premier jeudi du mois de novembre.

Car une journée ne peut être qu’une mise en lumière, un rappel, une invitation à conduire un travail éducatif de prévention et d’accompagnement tout au long de l’année.

Les chiffres sont plutôt encourageants.

Une enquête nationale du ministère de l’Éducation nationale parue en décembre 2017, estime que « le nombre de collégiens déclarant être victimes de plusieurs formes de harcèlement est en légère baisse : 5,6 % en 2017 contre 6,1 % en 2011. » Pour l’enquête internationale HBSC (Health Behaviour in School-aged Children), menée tous les quatre ans dans 42 pays auprès de collégiens, le harcèlement scolaire a diminué en France de 15 % au collège entre 2010 et 2014. La baisse atteint même 33 % en sixième. L’enquête Pisa de 2015 fait apparaître la France comme faisant partie des pays ayant le plus faible taux de harcèlement.

Il s’agit pour autant de ne pas relâcher la vigilance.

En effet, le harcèlement est toujours un traumatisme. Chaque enfant victime doit pouvoir dire, être entendu, écouté, aidé, accompagné.

Les harceleurs aussi doivent être accompagnés, mis devant leur responsabilité, mais aidé pour sortir de la spirale de la violence.

Les campagnes, les journées de sensibilisation, les clips, affiches et autres documents sont essentiels pour rappeler sans cesse qu’il faut sortir du silence pour pouvoir agir.

Les 310 référents « harcèlement » répartis sur tout le territoire chargés de sensibiliser, d’accompagner et de former, les numéros gratuits d’appel (le 3020 : un numéro d’écoute et de prise en charge au service des familles et des victimes et le 0800 200 000, Net Écoute pour agir contre le cyberharcèlement et les cyberviolences) sont des ressources indispensables.

Mais au-delà, il faut rappeler que c’est la question du climat scolaire qui est interrogée au travers de la question du harcèlement. Qu’elle ne peut avoir comme seule réponse des mesures sécuritaires ou répressives. Que l’École, comme les autres lieux d’Éducation, se doit de construire des réponses éducatives, à la hauteur de sa mission. Que cela passe par la formation de tous les personnels éducatifs dont le nombre doit être renforcé, par l’implication des élèves à la vie démocratique des écoles et des établissements, par des partenariat avec des associations, par des liens renforcés et positifs avec les familles, par un travail de médiation entre les enfants et les jeunes eux-même (médiation entre pairs)…

Des actions et des engagements à mener sur le long terme et dans la durée : c’est ce que rappelle cette journée de mobilisation contre toutes les formes de harcèlement à l’École.

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« La jeunesse » ne serait-elle qu’un mot dans le titre des ministères ?

Le jeunesse a dorénavant un ministre et un secrétaire d’État.

En effet à l’Éducation Nationale, Jean-Michel BLANQUER, se voit chargé de la Jeunesse. Ce qu’il était déjà en fait, mais cette fois la dimension jeunesse est inscrite dans le titre de son ministère. Affichage complété par la nomination de Gabriel ATTAL, en tant que secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et dont on comprend qu’il sera plus spécifiquement en charge de la jeunesse et de la mise en place du service national universel.

Si elle n’est pas inédite, cette configuration n’est pas si fréquente.Tant il est remarquable que le champ de la jeunesse est souvent difficilement à réduire à un seul portefeuille ministériel.

Cette jeunesse n’apparaît d’ailleurs qu’en 1940 sous le gouvernement de PÉTAIN, Georges RIPERT étant secrétaire d’État à l’Instruction publique et à la Jeunesse avec le Général D’HARCOURT en tant que secrétaire général à la Famille et à la Jeunesse jusqu’au 27 septembre, puis Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse. Cette situation, avec des appellations diverses perdurera durant toute la période de collaboration. Ainsi, du 23 février 1941 – 18 avril 1942 c’est Jérôme CARCOPINO qui en tant que secrétaire d’État réunit l’Éducation nationale la Jeunesse avec encore Georges LAMIRAND comme secrétaire général à la Jeunesse.

A la libération ce sont les mouvements de jeunesse et non plus la jeunesse qui apparaît dans les titres ministériels. C’est le cas dès le 10 septembre 1944 date à laquelle Jean GUEHENNO devient directeur des Mouvements de Jeunesse et d’Éducation populaire dans le ministère l’Éducation nationale dont René CAPITANT est le ministre.

A partir de 1946, de manière général, c’est le regroupement de la jeunesse et des sports, sous la tutelle de l’Éducation nationale qui domine tout au long de l’histoire (de la 3ème à la 5ème République). On relève ainsi plus d’une trentaine de ministres ou secrétaires d’État ou encore haut-commissaires, ayant été en charge de la jeunesse et des sports.

Les exceptions à cette dénominations sont donc assez rares et méritent d’être signalées.

12 novembre 1954 – 1er février 1956 dans le gouvernement de Pierre MENDES-FRANCE, André MOYNET est « secrétaire d’État à la Présidence du Conseil », chargé de la « coordination des activités gouvernementales relatives aux problèmes intéressant la jeunesse ».

Il faut attendre le premier gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN en mai 2002 (du 7 mai 2002 au 30 mars 2004) pour que Luc FERRY, ministre de la Jeunesse, de l’Éducation nationale et de la Recherche ne soit pas en charge du sport (confié lui à Jean-François LAMOUR).

Les gouvernements FILLON auront également innové dans la matière puisque le 12 janvier 2009 Martin HIRSCH, est nommé à la fois Haut commissaire à la Jeunesse et Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Marc-Philippe DAUBRESSE lui succède le 22 mars 2010 mais avec le titre de ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives

Puis, 15 novembre 2010, Luc CHATEL, devient ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et de la Vie associative avec Jeannette BOUGRAB comme secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et de la Vie associative.

Si jeunesse et sports ont été de nouveau réunis sous le quinquennat de François HOLLANDE, ils l’étaient dans un ministère de plein exercice sans lien avec celui de l’Éducation nationale.

A l’inverse, dans les gouvernements successifs d’Édouard PHILIPPE, c’est l’Éducation nationale et la jeunesse qui sont regroupées.

Il va sans dire que ces aléas gouvernementaux sont révélateurs de la difficile place donnée aux jeunes et aux politiques de jeunesse. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet puisque le Centre Henri Aigueperse – UNSA Éducation mène actuellement un travail de recherche sur le sujet.

On peut d’ores et déjà avancer quelques pistes de réflexion :

– l’apparition de la jeunesse dans les appellations ministérielles est souvent un fait conjoncturel : les années 1950 annoncent les révoltes des jeunes qui auront lieux la décennie suivante ; Jacques CHIRAC cherche en 2002 a se rapprocher d’une jeunesse qui n’a voté pour lui que pour repousser le Front national ; Nicolas SARKOZY veut faire une place aux sports et les détachent donc de la jeunesse « qui va mal », qu’il « case » au rayon des « solidarités ». ON peut imaginer sans peine que, après une absence de politique en direction des jeunes jusqu’alors, leur inscription aujourd’hui se justifie avant tout par la mise en place du service national universel.

– l’ancrage de la jeunesse comme objet interministériel n’a jamais réellement trouvé sa concrétisation. De GAULLE refusa à André MALRAUX un ministère de la jeunesse arguant que celui-ci était l’apanage des régimes totalitaires et avait vocation à encadrer les jeunes. Mais les dimensions du travail, du logement, de l’emploi, de la santé….des jeunes relèvent davantage des missions ordinaires des ministères en charge de ces domaines. Reste donc l’Éducation et les loisirs…

– l’appareil de l’État peine à trouver une organisation cohérente et durable quant à la prise en compte de la jeunesse et l’élaboration des politiques qui la concernent. La partition avec les collectivités territoriales n’est pas précisée. Les agents de l’État en charge de la « jeunesse et de l’éducation populaire » voient leurs missions évoluer vers la réparation sociale sans qu’aucune orientation politiques claires n’accompagnent cette évolution. Sans parler de l’incohérence de ne pas avoir l’ensemble des personnels éducatifs gérés par la même DGRH.

Aussi, sans politique ambitieuse et cohérente, affirmée et mise en œuvre, la jeunesse qui fait son apparition dans les titres du Ministre de l’Éducation nationale et de son secrétaire d’État risque de n’être qu’un mot.

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« C’est chacun de nous qui est humilié en sa personne » : la FEN et le 17 octobre 1961

algerie

La répression des manifestations pour l’indépendance de l’Algérie organisées à Paris le 17 octobre 1961 a longtemps été occultée. Ce jour-là, le mouvement indépendantiste algérien souhaite montrer sa force en métropole en organisant une série de manifestations. La police parisienne sur ordre des autorités réprime très violemment les rassemblements parisiens, afin de dissuader les Algériens présents en France de rejoindre les rangs des indépendantistes. La violence systématique a causé plusieurs dizaines de morts et la presse fut muselée afin de ne pas rendre compte de ce climat de répression. Il a fallu attendre plus de trente ans pour que témoins et historiens puissent rendre compte des événements de ce 17 octobre sanglant. Pourtant des organisations syndicales et politiques, des médias également, ont bravé le silence et la censure, dès les premiers jours après cette violente répression. C’est le cas de la FEN (Fédération de l’Education nationale) qui regroupe la majorité des syndiqué.e.s du monde de l’éducation à l’époque. Le 1er novembre 1961 lors de son congrès, la FEN exprime sa condamnation des actes du 17 octobre en dénonçant le racisme contre les Algériens et en affirmant son soutien au mouvement indépendantiste.

La FEN et la Guerre d’Algérie

Depuis 1954, l’organisation syndicale est plongée dans la guerre d’Algérie. Face à l’enlisement du conflit, la FEN se place sous une double volonté : d’une part de défendre les droits humains , et d’autre part de trouver une solution pacifique en Algérie. La motion adoptée au congrès de novembre 1961 souligne clairement cette idée : l’organisation syndicale « exprime la douloureuse stupeur des enseignants devant l’explosion de violence raciste qui vient d’entacher l’honneur de notre pays ». Cette motion montre en particulier que malgré l’instauration de la censure, l’opinion publique est au courant des violences organisées par le pouvoir au mois d’octobre 1961. Le texte se place sous l’égide des droits de l’Homme qu’il faut absolument préservés. On condamne avec fermeté le « racisme camouflé » qui est destiné à habituer les Français à la répression collective.

La journée du 17 octobre est clairement ciblée par les syndicalistes enseignants : « Considérant que ces mesures légitiment la protestation collective des Algériens, et constatant le caractère pacifique de leurs manifestations dans les rues de Paris le 17 octobre, il réprouve avec indignation le déchaînement de brutalités policières qui s’est abattu sur eux, et dont le gouvernement est, en dernier ressort, le vrai responsable. »

Une action pour la défense des droits humains

À l’exemple de quelques journaux et revues, comme le Monde, l’Observateur ou Esprit, ou de plusieurs intellectuels, la FEN se place sur le terrain des valeurs pour défendre les Algériens contre la répression de l’État. En agissant de la sorte, le pouvoir en place met en danger les droits de l’Homme. L’Enseignement Public publie plusieurs pages sur la Déclaration universelles des droits de l’Homme dans son numéro de novembre 1961, et cela ne doit rien au hasard. Dans le numéro du mois suivant on peut lire ces lignes :

« Comment ne pas voir que lorsqu’un Algérien est méprisé, avili, c’est chacun de nous qui est humilié en sa personne. La paix, seul, nous délivrera de cette peste. »

Pour aller plus loin :

Plusieurs travaux d’historiens ou de journalistes ont été publié à propos de la répression du 17 octobre 1961, qui fait encore l’objet de recherches et de débats, en particulier sur le nombre de victimes. Nous vous conseillons cette étude plus large, magistralement menée :

Emmanuel Blanchard, La Police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau monde éditions, 2011.

Plusieurs travaux sur la FEN et la Guerre d’Algérie ont été menés, voir ainsi les Cahiers du Centre fédéral, n°4, 1992 où l’on peut lire un article de Rémi Skoutelski.

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[Quoi de 9 ? ], les 9 infos du mois d’octobre

Le CESE se penche sur les enjeux actuels de l’Éducation populaire ;

l’Assemblée nationale étudie l’évaluation de notre système scolaire ;

le CNESCO analyse les effets d’une éducation à la citoyenneté ;

la recherche éclaire les différente manière de vivre un séjour Erasmus.

[Quoi de 9 ?] vous en rend compte et ainsi que du plan d’éducation artistique et culturel, de l’impact de mai 68 sur la social-démocratie, des Espé qui pourraient devenir des INSP…

Le tout à retrouver ici parmi les 9 infos de ce [Quoi de 9 ?] du mois d’octobre : quoi-de-neuf octobre 2018

 

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Mieux évaluer l’École

Dans un rapport rendu public jeudi 27 septembre, le Comité de contrôle et d’évaluation des politiques publiques de l’Assemblée nationale propose un renforcement et une mise en cohérence de l’évaluation du système scolaire dans ses trois dimensions : les élèves, les personnels, les établissements.

(Retrouver ici la synthèse du rapport :

http://www2.assemblee-nationale.fr/content/download/71521/729093/version/1/file/SYNTHESE+rapport.pdf.)

Les rapporteurs Régis JUANICO et Marie TAMARELLE-VERHAEGHE s’appuient tout d’abord sur des constats :

– un très faible investissement dans l’évaluation par rapport à l’importance du domaine scolaire : 3 millions d’euros sur un budget de près de 70 milliards d’euros concernant presque 1 million d’agents publics et 12 millions d’élèves ;

– Des acquis des élèves évalués de manière morcelée, peu cohérente et négative : trop d’évaluations, peu de cohérence entre elles, trop peu de recours à l’autoévaluation et surtout des évaluations construites sur le principe du tri des élèves (notes, classements…) ;

– Un système d’évaluation des personnels inabouti : malgré les progrès apportés par PPCR, trop peu de rendez-vous de carrière pour les enseignants, des avancées de grade trop encadrées, pas de grille de compétences pour les personnels de direction ;

– Une évaluation des établissements pratiquement inexistante : exception française puisqu’elle est pratiquée dans 31 systèmes éducatifs de 26 pays européens ou voisins

Face à ces constations, les rapporteurs font plusieurs propositions.

Concernant l’évaluation des élèves :

– ils préconisent d’articuler et de coordonner les différents niveaux d’évaluation et d’en distinguer les objectifs. Ainsi les évaluations nationales devraient sur la mesure régulière des connaissances et des compétences des élèves, autour de 5 principes :

  • centrer les évaluations des acquis en français et en mathématiques sur le socle commun

  • utiliser des tests numériques au début de chaque cycle d’enseignement(CP,CM1,5e)

  • contextualiser les résultats de ces tests via des questionnaires sur les caractéristiques sociales, culturelles et le climat scolaire des établissements

  • ne pas lier ces résultats à l’évaluation des enseignants et à l’allocation des moyens

  • mettre en place un réseau de personnes ressources pour accompagner les enseignants voulant adapter leurs pratiques pédagogiques et assurer ainsi un service d’aide « post-évaluation ».

– ils invitent à avoir recours à l’étude d’échantillons ou de panels d’élèves afin de conduire une mesure fine de la performance du système scolaire et des réformes pédagogiques.

– Le rapport insiste sur le fait que les évaluations en classe doivent faire progresser les apprentissages et prendre en compte les compétences sociales et civiques des élèves. Pour cela il préconise de :

  • recourir à des évaluations positives et formatives en classe :

  • sortir de la logique de classement et mettre en avant les acquis ;

  • prendre en compte les compétences psycho-sociales, la créativité et la capacité d’observation et d’analyse ;

  • adapter l’enseignement aux difficultés identifiées.

  • Intégrer au cursus de formation des futurs enseignants la connaissance des méthodes d’évaluation et de leurs effets.

  • valoriser les activités et l’engagement extrascolaires des élèves

– Pour les rapporteur l’enjeu du bien-être à l’école est essentiel. Il doit donc être pris en compte comme une composante importante et mesurable de la réussite scolaire.

Concernant l’évaluation des personnels :

Les rapporteurs affirment qu’elle doit être ajustée afin de :

valoriser davantage les enseignants les plus investis dans leur métier :

  • en complétant les trois « rendez-vous de carrière » par des évaluations intermédiaires ;

  • en facilitant, pour les enseignants particulièrement investis, l’accès aux grades de la hors classe et de la classe exceptionnelle ;

  • en permettant aux enseignants ayant conçu et mis en œuvre les bonnes pratiques de devenir des formateurs de leurs collègues, en contrepartie d’un service d’enseignement réduit.

faire de l’évaluation le pivot de la direction des établissements :

  • en confiant aux directeurs des écoles publiques une mission de co-évaluation des enseignants ;

  • en évaluant les compétences professionnelles des directeurs d’école et des chefs d’établissement à partir de référentiels élaborés en concertation avec leurs représentants.

Concernant l’évaluation des établissements :

Les rapporteurs envisagent une modifications du code de l’Éducation afin de la rendre effective et préconisent :

  • d’adosser l’évaluation des unités éducatives au projet d’école ou d’établissement

  • de prendre en compte, dans l’autoévaluation, toutes les dimensions de la vie scolaire

  • de faire suivre l’autoévaluation par une évaluation externe, menée par des équipes mixtes et centrée sur les problématiques révélées par l’évaluation interne.

  • de s’assurer que les parties prenantes s’approprient les résultats de l’évaluation externe.

Screenshot_2018-09-28 SYNTHESE rapport version A4 ppt [Mode de compatibilité] - SYNTHESE+rapport pdf

Enfin le rapport invite à mettre en cohérence le travail des instances ministérielles en charge de l’évaluation autour d’un CNESCO rénové à partir d’une organisation simplifiée et clarifiée

  • en recentrant la DGESCO sur ses missions pédagogiques

  • en fusionnant les deux inspections générales et en créant un nouveau service, le Conseil général de l’enseignement et de la recherche (CGER)

  • en confiant au CNESCO la régulation de l’évaluation du système scolaire par l’établissement d’un programme pluriannuel d’évaluation, sa consultation obligatoire sur les évaluations et les nouveaux outils envisagés par le ministère, une augmentation des effectifs et des moyens de fonctionnement du Conseil.

    (Voir à ce propos le communiqué du CNESCO qui voit dans le rapport une reconnaissance de son travail et un encouragement à le poursuivre et le renforcer : https://mailchi.mp/education/cnesco_rapport_assemblee-nationale )

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L’orientation : clé de la réussite scolaire

Notre système d’orientation cristallise les inégalités” affirme Marie Duru-Bellat. Et la chercheuse explique son affirmation par deux éléments forts du système scolaire français.

D’une part la réussite scolaire est essentiellement évaluée par les notes, « or dans notre pays, la réussite des élèves est particulièrement marquée par leur milieu social d’origine ». Ainsi les « bons élèves » vont être orientés vers « les « meilleures filières » (celles qui donnent accès aux emplois les plus attractifs) […] alors que ceux qui ont plus de difficultés sont relégués dans les voies (et les métiers) dont personne ne veut (et où il y a de la place). »

D’autre part les vœux des élèves et de leurs familles ont un poids important, officiellement du moins, dans l’orientation, « or ces vœux sont très inégalement ambitieux et informés. »

Deux éléments conjugués qui qui disent autant de notre système éducatif que plus globalement de notre vision de la société.

Lire la suite de « L’orientation : clé de la réussite scolaire »

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Assemblée générale : un important moment de débat

Le Centre Henri Aigueperse est une association. Son assemblée générale est donc un temps important dans son fonctionnement démocratique.

Il s’agit de faire le bilan de l’année 2017, d’échanger sur les orientations et les évolutions en cours depuis l’assemblée générale extraordinaire du 13 mars dernier.

Mais le Centre est également un lieu de débat sur les questions éducatives. Une table-ronde avec les journalistes Judith Blanes (AEF) et Luc Cédelle (Le monde.fr), nous permettra d’évoquer la manière dont est diffusée et discutée la réflexion sur l’Éducation en France. (Un article sur le site fera suite à ce temps fort).

A l’occasion de cette réunion un nouveau conseil d’orientation constitué de syndicalistes, de personnes qualifiées et de chercheurs va être installé. Un lieu d’échanges de croisements, d’éclairages mutuels permettant d’élargir nos réflexions et nos productions.

Enfin, le premier numéro de la revue [R] sera présenté cet après-midi : article à retrouver demain sur notre site….

Lire ici le document de l’Assemblée générale  : AGO 2018