Publié dans Recherches, vu, lu pour vous

Les trois « histoires culturelles » d’une exposition pharaonique

C’était il y a presque cent ans, début novembre 1922, le britannique Howard Carter devenait l’un des archéologues de l’Égypte ancienne les plus célèbres.

En obtenant de son mécène Lord Carnarvon un ultime financement pour les recherches qu’il a entamée depuis 7 ans, c’était la campagne de la dernière chance pour Carter. Et sa persévérance paie. Dans un des rares périmètre non fouillé de la vallée des rois, ses équipes mettent à jour une marche, puis un escalier et enfin une tombe. Il s’agit d’une nécropole royale. Son ouverture révélera qu’elle n’a pas été pillée et qu’elle renferme des centaines d’objets destinés à accompagner le voyage du pharaon défunt vers le monde de l’au-delà afin de rejoindre son dieu.

Cette découverte rend célèbre son inventeur, mais également, grâce à la multitude et la beauté des objets trouvés, un monarque jusqu’alors méconnu :Toutânkhamon.

C ‘était au XIVème siècle avant notre ère, les dix années de règne d’un jeune pharaon, prenaient fin alors que la mort l’atteignait dans sa dix-neuvième année. La brièveté de son règne, son effacement presque total après sa mort, ne font pas de Toutânkhamon, un des grands pharaons. Il doit donc sa gloire posthume au contenu intact de sa tombe, composé de conserves funéraires, des bouquets de fleurs, un trône doré, des grands lits en forme d’animaux, des chars démontés, des vases en albâtre, de masques, de bijoux en or, d’un très riche statuaire et des différentes pièce du sarcophage… Cet ensemble, s’il donne quelques indications sur la vie et l’action politique et religieuse de pharaon, explique davantage les croyances concernant la vie après la mort de ce dieu-roi et les rites accompagnant ses funérailles.

C’est aujourd’hui, à la grande halle de La Villette, une exposition exceptionnelle présentant 150 objets originaux. Une exposition qui invite le visiteur à se projeter en 1922 et à vivre ces deux histoires, celle de la découverte du tombeau par Howard Carter et, à travers elle, celle de Toutânkhamon. Une exposition en tournée mondiale avant d’intégrer le futur nouveau musée du Caire et dont une partie des bénéfices doit justement participer au financement de musée. Une exposition au tarif de 18 à 25 euros et qui attend plusieurs centaine de milliers de visiteurs.

Au-delà de la richesse extraordinaire de son contenu et de l’assez belle réussite de sa mise en espace, cette exposition pose la question du financement et de la diffusion de la culture. A la question de qui doit payer pour accéder aux œuvres culturelles, si la réponse est celle des organisateurs de cette exposition : le public, alors la notion même de démocratisation culturelle est bafouée. Mais, le coût n’est pas le seul frein à l’accessibilité culturelle. La Villette a réussi à négocier pour les scolaires, les centres de loisirs, les « publics sociaux » un tarif à 5 euros l’entrée. Pour autant, l’affluence rend difficile l’approche des œuvres. Il y a beaucoup de textes à lire. De très nombreux termes techniques. Une histoire de l’Égypte ancienne et une chronologie complexes. Sans médiation, le seul espoir est que ce produise le « choc esthétique » cher à André Malraux et qu’en découvrant ces œuvres, le public en soit transformé. Une expérience aléatoire bien rare. Il est plus vraisemblable que seul un accompagnement permet d’amener des publics éloignés de la culture muséale à penser qu’une telle exposition est (aussi) faite pour eux, à venir y découvrir les interrogations qu’elle pose sur le monde d’hier comme sur celui d’aujourd’hui, y vibrer de tous ses sens et y puiser un regard renouveler.

Autant dire que, dans cet objectif d’une médiation pensée comme une valorisation et un accompagnement à découvrir toutes les formes de cultures, l’action culturelle demeure (aussi) un projet pharaonique, toujours à construire.

Le Centre Henri Aigueperse -UNSA Éducation mène, dans le cadre de l‘agence d’objectifs de l’IRES, une recherche sur la question de la transmission de la culture. Vous pouvez déjà retrouver des éléments de cette réflexion avec les articles de Béatrice Laurent, dans la rubrique « Vous avez dit culture » de la revue [R].

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