Publié dans Aujourd'hui, Recherches, vu, lu pour vous

Les femmes premières victimes des inégalités

« Les inégalités économiques échappent à tout contrôle. En 2019, les milliardaires du monde entier, c’est à dire seulement 2 153 personnes, se partageaient plus de richesses que 4,6 milliards de personnes. Ce clivage profond s’appuie sur un système économique sexiste et injuste qui valorise davantage la richesse d’une minorité privilégiée, constituée d’hommes principalement, plutôt que les milliards d’heures de travail de soin – non rémunéré ou peu rémunéré – des femmes et des filles dans le monde. Prendre soin des autres, cuisiner, nettoyer, aller chercher de l’eau et du bois de chauffage sont des tâches essentielles au bien-être des sociétés et des communautés ainsi qu’au bon fonctionnement d’une économie. La responsabilité lourde et inégale du travail de soin perpétue les inégalités économiques et de genre.

Il est temps que cela change. Les gouvernements du monde entier doivent agir maintenant afin de construire une économie centrée sur l’humain qui défend des valeurs féministes et valorise ce qui est réellement important pour la société, plutôt que d’alimenter une course sans fin au profit et à la richesse. Des solutions existent et il y a urgence à les mettre en place : investir dans des systèmes de soin afin de répartir plus équitablement le travail de soin effectué aujourd’hui par les femmes et les filles et mettre en place une fiscalité plus juste et progressive qui taxe davantage les grandes fortunes et qui favorise les aidant-e-s. »

Ainsi commence le résumé du rapport annuel d’OXFAM international publié ce 20 janvier 2020 et intitulé « Celles qui comptent Reconnaître la contribution considérable des femmes à l’économie pour combattre les inégalités »

Deux éléments essentiels structurent ce rapport. Le premier consiste à mettre en évidence les immenses écarts de richesses entre les plus pauvres de la planète et les quelques milliardaires que compte le monde. Un écart qui ne cesse de croître si l’on en juge les chiffres d’augmentation des revenus. Ainsi si, de 2011 à 2017 les salaires moyens ont évolué de 3 % dans les pays du G7, les dividendes versés aux importants actionnaires ont progressées de 31 %.

graphique 2

Le second point fort est celui du « sexisme ». En effet, le rapport montre clairement que les femmes sont les premières victimes des inégalités économiques. Leurs salaires sont plus faibles, leurs emplois plus précaires, souvent moins qualifiés et le travail ‘ménager » qui leur incombe pour l’essentiel n’est ni reconnu, ni rémunéré. D’après les calculs d’Oxfam, « le travail de soin non rémunéré assuré par les femmes apporte une contribution considérable à l’économie à hauteur d’au moins 10 800 milliards de dollars chaque année, soit trois fois la valeur du secteur des technologies. » Les femmes sont ainsi moins riches que les hommes mais aussi moins représentées dans les instances de décisions, que ce soit au niveau économique (dans les conseil d’administration des entreprises) ou au niveau politique (dans les parlements et gouvernements).

graphique 3

Des données négatives qui ne sont pas pour autant immuables. Des solutions existent.

Le rapport rappelle que « depuis des décennies, économistes féministes, société civile et défenseur-e-s du travail de soin proposent une série de solutions pour mettre le travail de soin au premier plan, sous la forme d’un cadre transformateur baptisé « 4R ».

graphique 4

Oxfam propose les six mesures suivantes pour faire valoir les droits des aidant-e-s et pour commencer à combler le fossé entre les personnes qui assurent le travail de soin peu ou non rémunéré et l’élite fortunée qui bénéficie le plus de leurs efforts.

  1. Investir dans les services publics en charge pour rééquilibrer la responsabilité du travail de soin qui incombe de façon disproportionnée aux filles et aux femmes.

  2. Mettre un terme à l’extrême richesse pour éradiquer l’extrême pauvreté.

  3. Légiférer pour protéger les droits de l’ensemble des aidant-e-s et garantir des salaires décents pour les travailleuses et les travailleurs rémunérés pour leurs activités de soin.

  4. S’assurer que les aidant-e-s influent sur les processus décisionnels.

  5. Remettre en question les normes nuisibles et les croyances sexistes.

  6. Valoriser le travail de soin dans les pratiques et les politiques commerciales.

Des préconisations à débattre, mais qui permettent de réfléchir à la construction d’une société moins inégalitaire pour l’avenir.

Le rapport d’Oxfam est à retrouver ici : https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2020/01/Rapport-Oxfam-Inegalites-2020-COMPLET.pdf

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