Relire et relier

N’échappant pas au besoin, comme de nombreuses personnes en fin de vie, de réfléchir au sens de la croyance (religieuse et scientifique), Michel Serre lui a consacré ce qu’il considérait lui-même comme « sans doute mon dernier livre ».

Cet ouvrage est construit autour de deux termes : relire et relier.

Deux démarches qui, au-delà des seuls mots, résonnent particulièrement dans ce temps de pandémie et de confinement.

Chacun.e.s chez soi, que relire ? Comment rester relié.e.s ?

« La violence et la mort relient le collectif. Le tragique est sa passion. Nos médias exploitent cette tendance, en la nourrissant quotidiennement de cadavres et de morts. »

Visionnaire ou Cassandre, Michel Serres ? Seulement observateur attentif qui relit ce qui nous relie.

Pourquoi donc ce livre ? Michel Serres s’explique : « je n’aurais pas osé commencé un livre sur la religion seulement par inquiétude ou espérance, […] mais aussi parce qu’aveuglément je construisais depuis toujours une philosophie synthétique. Ne cessant de relier, j’entrevoyais l’advenue d’une époque où le changement de culture et de pratiques imposerait ce type de liaisons qui, alors, prendrait la prééminence sur la tradition et l’idéal analytique, devenus partiels, inefficaces et même dangereux de décomposition. »

Pour le philosophe, nous sommes arrivés à la fin – à la fois temporelle mais aussi d’efficience- de « l’âge analytique -celui des divisions, décompositions, destructions, y compris celle de notre planète ». Il invite au contraire, et au fil de tous ses ouvrages, à entrer dans l’âge de « la synthèse et de la reconstruction ».

Nous voici donc convier à relire « quelques textes sur l’écologie, le droit et le monde contemporain [qui] indiquent divers éléments propres à penser une politique nouvelle, urgence majeure aujourd’hui où nos formes de gouvernement, désuètes, ne disposent pas d’un modèle nouveau pour affronter un monde exceptionnel qu’elles n’ont ni construit ni prévu. »

Relire pour relier. « Parce que tous les problèmes contemporains se présentent comme transversaux par rapport à ces éléments épars, découpés, dispersés : inter-disciplinaires, inter-ministériels, inter-professionnels… et ne peuvent trouver de solutions qu’à plusieurs, représentants d’opinions, de propriétés ou d’expertises divergentes, sous l’influence douce d’un facilitateur, porteur de ce nouvel art de penser. L’art de tisser, voire de nouer, celui de négocier remplacent le discours de la méthode. Le caducée d’Hermès dessine un entrelacement. »

Car « découper détruit, relier construit ».

Relire et relier, donc.

« Arrêt des coupures, aube des reliures, voilà notre avenir par la sauvegarde du monde. »

Saura-t-on s’en souvenir, lorsque sorti.e.s de notre confinement et de cette pandémie, il faudra relire ce monde et nous y relier à nouveau ?

Michel Serres, Relire le relié, Le Pommier, Paris, novembre 2019

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