Apprendre à… apprendre ensemble

Évidemment parler de coopération lorsque chacun.e est confiné.e chez soi, peut apparaître paradoxal. Pour autant, les richesses du « faire ensemble » ou du « faire avec » ne sont pas inintéressantes à réfléchir justement lorsque leurs conditions sont plus difficiles à mettre en œuvre.

Alors que le ministre Blanquer s’est évertué à faire disparaître au fond des sacs de classe, smartphones et autres téléphones portables, il y aurait peut-être des vertus à les voir, durant cette période de confinement, aussi comme des outils qui peuvent servir pédagogiquement.

Il ne s’agit pas ici de nier ni les difficultés à mettre en place des démarches coopératives à distance, ni -surtout- d’ignorer les inégalités qui existent entre les enfants face au numérique scolaire (tant dans les conditions matérielles que psychologiques). Mais travail à distance et travail collectif peuvent faire bon ménage. Encore aurait-il fallu apprendre à se servir ainsi des écrans, plutôt que de les considérer comme des « éléments perturbateurs ».

A défaut donc de pouvoir/savoir mettre aujourd’hui en place du travail coopératif, le dossier « Edubref » de mars de l’Ifé permet d’y réfléchir pour demain, lorsque élèves et professeurs se retrouveront dans les salles de classe.

Et donc, que nous apprend ce dossier ?

Que tout d’abord il y a coopération et coopération. Ou plus justement coopération organisée, celle que l’enseignant décide, propose, met en œuvre et qui se matérialise par des travaux de groupes, une organisation en îlots, la mise en place de binômes… et puis une coopération plus spontanée que les élèves développent entre eux pour s’entraider, échanger leurs apprentissages, comparer leurs résultats et la manière de les trouver.

Pour autant, dans les deux cas, le développement d’interactions constructives dépend de conditions préalables, parmi lesquelles :

« – le contexte de la classe, qui dépend lui-même du contexte national : selon les pays, c’est l’esprit de coopération et/ou l’esprit de compétition qui est favorisé. Ce climat global influence également les relations entre enseignant.e et élèves, donc le climat de la classe ;

– les choix pédagogiques, dont celui de l’activité coopérative, qui serait plutôt une tâche complexe qu’un travail de mémorisation ; la mise en place par l’enseignant.e d’un climat motivationnel dans sa classe, pour que les élèves puissent s’impliquer dans une tâche et développer leur autonomie en toute   confiance ;

– les relations interpersonnelles entre les élèves, changeantes, attachées aux statuts réels ou perçus de chaque élève du groupe. Ces relations sont particulièrement sensibles et difficiles à aborder à l’entrée dans l’adolescence, période pour laquelle les groupes de pairs se font et se défont de manière rapide.L’attitude de coopération varie également avec le niveau scolaire et dépend entre autres du genre (l’attitude de coopération se retrouve davantage chez les filles que chez les garçons) ou du niveau socioéconomique (l’esprit de coopération est plus faible dans les établissements à niveau socioéconomique favorisé). »

Bien que s’appuyant sur des travaux et des réalisations déjà ancien.ne.s, la coopération scolaire est encore victime, en France, de méfiance de la part de l’institution et d’une partie des enseignants. Le dossier met en évidence qu’elle nécessite une préparation en amont : le choix des activités qui le permettent le mieux, la définition des objectifs d’apprentissage visés (« qui peuvent tout-à-fait être de développer les aptitudes à travailler à plusieurs, le travail de l’activité elle-même passant au second plan »), prendre le temps nécessaire pour rendre les conditions d’échanges entre les élèves efficaces.

Il est aussi rappeler que la taille des groupes d’élèves (« entre deux et quatre ou cinq ») et leur hétérogénéité (« variables sociales, de genre, niveau de compétences des élèves réel ou perçu ») sont conseillées.

Enfin, « l’évaluation du travail coopératif peut porter sur l’apprentissage du fonctionnement du groupe, sur l’activité elle-même, être individuelle ou collective en fonction des attentes de l’enseignant.e et des objectifs d’apprentissage visés. »

Apprendre à apprendre ensemble n’est pas la moindre des compétences que l’École a à faire acquérir. Elles fait partie des compétences psychosociales indispensables qui, à distance ou en présentiel, permettent de vivre et de travailler ensemble. Une richesse que l’on mesure d’autant mieux, lorsque l’on en est privée.

Retrouver ici le dossier « Edubref » de mars de l’Ifé : http://veille-et-analyses.ens-lyon.fr/EB-Veille/Edubref-mars-2020.pdf

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